Tendances et événements au Proche-Orient

Presque en même temps, les États-Unis et Israël ont adressé de vives critiques à la Syrie. Le président George Bush l’a accusé de s’ingérer dans les affaires libanaises, tandis que la ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni, lui a reproché lors d’une réunion annuelle avec l’Union européenne, de poursuivre son soutien aux extrémistes (Les mouvements qui résistent à l’occupation israélo-US en Irak, au Liban et en Palestine). Certains analystes se sont empressés de lire dans ces déclarations un changement d’attitude de la part des USA qui avaient choisi la voie du dialogue avec Damas, et un recul de ce qu’on appelle le « pari syrien » en Israël.
Mais d’autres experts et diplomates avancent une toute autre analyse :
- 1. Contrairement à ce que pensent certains, Washington n’est pas engagé dans des compromis globaux avec ses adversaires au Moyen-Orient mais dans un processus de gestion en basse intensité des dossiers conflictuels. Cela nécessite des dialogues directs (avec l’Iran concernant l‘Irak) et indirects (avec la Syrie via la France concernant le Liban). Ce dialogue va certainement rencontrer des obstacles au sujet de questions litigieuses. Les pressions vont alors s’intensifier de part et d’autres pour les surmonter. Les relations entre la Syrie, la France et les États-Unis vont donc s’améliorer mais vont rencontrer des hauts et des bas.
- 2. États-uniens et Israéliens savent pertinemment qu’intégrer la Syrie au groupe des États arabes « modérés » de Charm el-Cheikh est irréaliste, surtout que Damas a réussi à briser le blocus et à sortir de son isolement et a noué des relations étroites et efficaces avec l’Iran, la Russie et la Turquie.
- 3. Selon des spécialistes, la dimension française dans la politique syrienne est désormais liée à des réseaux d’intérêts français très importants en Syrie. Ces intérêts ne sont pas moins importants que les contrats alléchants proposés à la France par certains pays arabes à la demande des États-Unis, pour dissuader Paris d’aller trop loin dans ses relations avec Damas.
- 4. Dans le discours de Livni, la partie la plus importante est celle qui souligne que les divergences restent profondes entre Israël et la Syrie au sujet du volet palestinien et du dossier du Golan. Tel-Aviv et Washington sont inquiets des efforts syriens visant à encourager un rapprochement entre les différents mouvements palestiniens. Ils pensent que cela va pousser l’Autorité palestinienne à faire preuve d’une plus grande fermeté dans les négociations et entraver le projet israélo-us de transformer les services de Mahmoud Abbas en milice supplétive, à l’instar de l’Armée du Liban-Sud d’Antoine Lahad, à l’époque de l’occupation israélienne du Liban.

Presse et agences internationales

YEDIOT AHARONOT (QUOTIDIEN ISRAELIEN)
La guerre entre Israël et la bande de Gaza est inévitable. Les débats en Israël et les préparatifs sur le terrain entrepris par le Hamas en sont la preuve. Ce qui empêche la direction politique de donner l’ordre d’éradique le Hamas c’est que l’armée israélienne a besoin de plus de temps pour être prête. Pour Israël, l’option militaire pour en finir avec le danger grandissant à sa frontière sud est la seule solution en l’absence de toute autre alternative, comme par exemple la conclusion d’un accord ou d’une trêve avec le Hamas. Surtout que le ministère de la Défense reconnait que les mesures prises contre la population (coupure du courant électrique, rationnement des livraisons de fioul etc…) pour mettre la pression sur le Hamas ne sont pas une recette miracle.

AL-BAYAN (QUOTIDIEN QATARI)
Comme le fait le chevalier, l’Armée libanaise a surmonté ses blessures et sa douleur lors des obsèques du général François al-Hajj pour demander à toutes les parties politiques d’adopter une position historique et faire des concessions mutuelles afin d’organiser l’élection présidentielle sans conditions préalables. L’appel de l’armée intervient alors que le Liban se débat dans une crise qui a absorbé ses énergies et l’a déchiré entre les revendications des loyalistes et de l’opposition.

LOS ANGELES TIMES (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
- Ian Bremer
La politique extérieure de la Russie a atteint un degré inégalé de confiance en soi. Le 2 août dernier, un sous-marin russe a planté le drapeau de la fédération de Russie au fond de l’Arctique, à deux kilomètres seulement du Pôle Nord, exprimant les ambitions de Moscou sur au moins la moitié de la superficie de cet océan qui renferme d’immenses réserves de pétrole et de gaz. La Russie va rester un acteur puissant mais seulement dans son voisinage géographique. Jusqu’au jour où elle et la Chine décideront qu’il est dans leur intérêt d’utiliser en commun leurs ressources politiques et économiques pour influencer l’ordre mondial dirigé par l’Occident. Mais une telle éventualité est exclue. Moscou et Pékin continueront à travailler ensemble sur des dossiers de politique extérieure, comme ils l’ont fait dans le cadre de l’Organisation de coopération de Shanghai, lorsqu’ils ont utilisé leur influence pour convaincre l’Ouzbékistan de démanteler les bases US situées sur son territoire en 2005. Mais sur le plan stratégique, les intérêts de la Russie et de la Chine ne sont pas toujours convergents.

AL-KHALEEJ (QUOTIDIEN EMIRATI)
Le choix par George Bush de l’ancien Premier ministre britannique au poste d’envoyé spécial permanent du quartette international n’était pas fortuit mais réfléchi. Tony Blair est un ami dévoué du président. Il marche dans son sillage, porte ses idées et ses convictions concernant les causes des Arabes et des musulmans. Il est habile à trouver des justifications et des prétextes, même infondées, pour aider à la réalisation les objectifs impériaux par tous les moyens, y compris l’utilisation injuste et démesurée de la force. Tony Blair ne rate pas une occasion d’exprimer sa sympathie et son soutien à Israël dans son agression contre le peuple palestinien. De même qu’il était clair dans son appui à l’attaque israélienne contre le Liban en juillet 2006, lorsqu’il a ouvert les aéroports de son pays au pont aérien états-unien pour livrer les bombes à fragmentation à l’État hébreu.

LE MONDE (QUOTIDIEN FRANÇAIS, SOCIAL-DEMOCRATE)
• Prenant l’initiative, Paris tente d’obtenir la remise par Washington à l’AIEA des preuves attestant que l’Iran a conduit en secret un programme nucléaire militaire jusqu’en 2003, comme indiqué dans le rapport des agences de renseignement états-uniennes. Il s’agirait ainsi de relancer le processus des sanctions internationales.
• Les 10 milliards d’euros de contrats avec la Libye, annoncés par l’Élysée, ne correspondent à rien. En réalité, aucun contrat n’a été signé, il s’agit uniquement de mémorandums, de promesses d’achat, note le quotidien qui a vérifié l’avancement des dossiers auprès de chaque entreprise concernée.

LIBERATION (QUOTIDIEN FRANÇAIS, OPPOSITION)
Le dictateur libyen Muammar al-Kadhafi quitte la France au terme d’une visite où il a multiplié les provocations et ridiculisé son hôte, Nicolas Sarkozy, réduit au rôle de spectateur.

L’HUMANITE (QUOTIDIEN FRANÇAIS, COMMUNISTE)
À force d’écœurement, le grand cirque Kadhafi, qui a donc posé durant cinq jours tentes et harem au cœur d’une ville lumière toute violentée par un tel outrage laisse derrière lui un goût amer. Pour ne pas dire carrément nauséeux.

LE FIGARO (QUOTIDIEN FRANÇAIS, MAJORITE PRESIDENTIELLE)
• Une fois la visite à Paris du Guide terminée, le ministre des Affaires étrangères libyen, Abdelrahman Chalgham, a répondu aux déclarations de son homologue français, Bernard Kouchner. Celui-ci avait boycotté le dîner officiel et qualifié les propos de Mouammar Khadafi de « pitoyables ». « Comment un homme qui nous rend visite, qui mange avec nous, peut-il changer d’avis en arrivant à Paris ? », s’est indigné M. Chalgham. « S’il ne veut pas nous voir, nous non plus on ne veut pas le voir », a-t-il poursuivi, avant de préciser que la plupart des contrats signés par Nicolas Sarkozy ont en réalité été négociés depuis 2004 par Jacques Chirac.
• L’Autorité palestinienne espère récolter plus de cinq milliards de dollars d’aide des 90 pays donateurs qui se réunissent lundi à Paris pour financer leur État, promis par la récente conférence internationale d’Annapolis, aux États-Unis. Il s’agit de la plus importante conférence en matière d’aide financière à la Palestine organisée depuis 1996. Cependant, le blocus de Gaza et les barrages en Cisjordanie ont provoqué une forte dégradation des conditions de vie et de la situation politique qui n’incite pas les donateurs (notamment les États du Golfe) à la générosité.

LE PARISIEN-AUJOURD’HUI EN FRANCE (QUOTIDIEN FRANÇAIS)
Dans le cadre d’Eupol Copps (mission de police de l’Union européenne pour les territoires palestiniens), des CRS français intégrés au SCTIP (service de coopération technique internationale de police) forment la police palestinienne au maintien de l’ordre. Les Palestiniens détiennent le record mondial du nombre d’agents par habitant.

Tendances et événements au Liban

Les funérailles du général François al-Hajj n’ont pas occulté les virulentes polémiques entre les protagonistes libanais. À 48 heures de la séance de l’élection présidentielle lundi, Beyrouth devrait être le théâtre d’une intense activité politique, locale et étrangère.
Les loyalistes du 14-mars ont axé leurs déclarations sur deux points :
- 1. Refus absolu de négocier avec le général Michel Aoun, mandaté par l’opposition pour dialoguer avec le 14-mars. L’entourage du général a laissé entendre que le document d’entente que l’opposition va proposer à la coalition au pouvoir pourrait accélérer la solution à la crise.
- 2. Intensification de la virulente campagne contre le président du Parlement, Nabih Berry. Ceci a nécessité une violente réponse de l’entourage de Berry aux propos sans précédent du vice-président de la Chambre, Farid Makari, membre du 14-mars.
C’est dans ce contexte qu’est attendu à Beyrouth, dans les prochaines heures, le secrétaire d’État adjoint états-unien, David Welch. On ne sait pas si le diplomate va inciter le 14-mars à faire preuve de plus de flexibilité ou au contraire davantage de fermeté. Certaines figures du 14-mars misent sur un changement dans l’approche conciliatrice de la France et des États-Unis à l’égard de la Syrie et un retour à la politique de la confrontation. Des journaux libanais ont fait état d’un mécontentement US de l’attitude du ministre français des Affaires étrangères qui avait estimé que les dossiers litigieux pouvaient être débattus avant l’élection présidentielle, comme le souhaite l’opposition.
Ce climat s’accompagne d’une déclaration du président français Nicolas Sarkozy qui a affirmé que lundi prochain est la dernière chance pour l’élection d’un président au Liban. Paris doit accueillir à partir de demain les participants à la conférence internationale économique pour les Palestiniens, notamment la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice et le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem. Une occasion pour avoir des discussions sur le Liban en marge des travaux de cette réunion.
Pendant ce temps, l’opposition reste attachée à l’élection du général Michel Sleimane à la présidence, de même que la France et la Syrie. Mais les milieux du 14-mars affirment que le gouvernement de Fouad Siniora va prochainement exercer les prérogatives de la présidence. Il menace de procéder à la nomination de ministres à la place de ceux de l’opposition qui ont démissionné, au cas où cette dernière continu à lier l’élection de Michel Sleimane à un accord politique global.

Presse libanaise

AN-NAHAR (QUOTIDIEN PROCHE DU 14-MARS)
Les funérailles du général François al-Hajj ont offert le visage d’un Liban uni derrière son martyr. Mais cette image contrastait avec la réalité politique caractérisée par des divergences encore plus profondes, donnant l’impression qui le pays est entré dans une phase nouvelle après l’assassinat du général al-Hage, considéré comme le candidat favori à la succession de Michel Sleimane à la tête de l’armée au cas où ce dernier était élu président.
Le secrétaire d’Etat adjoint états-unien, David Welch, est attendu à Beyrouth dans les prochaines heures pour des entretiens avec le président du Parlement, Nabib Berry, le Premier ministre Fouad Siniora et des personnalités politiques surtout du 14-mars. Welch a préparé sa venue par des entretiens téléphoniques avec plusieurs responsables. Il s’agit de la première visite à Beyrouth d’un haut responsable US depuis que la France a pris en main le dossier libanais. Ce retour s’accompagne d’une déclaration de Nicolas Sarkozy annonçant que lundi était la dernière chance pour l’élection d’un président.

AS-SAFIR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
Parallèlement à la guerre des communiqués et des déclarations entre Ain el-Tiné (résidence de Nabih Berry) et Koreytem (résidence de Saad Hariri), la France a multiplié ses démarches loin des projecteurs à la lumière des informations selon lesquelles Washington a prorogé jusqu’au 31 décembre le mandat accordé à Paris pour gérer le dossier libanais.
À moins de 48 heures de la séance de l’élection présidentielle prévue lundi, la tension politique est montée. Ce qui signifie que cette session va être reportée, ou que le quorum ne sera pas assuré.

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions allemande, arabe, anglaise, espagnole et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise, espagnole et arabe.