Tendances et événements au Proche-Orient

« Alliance éternelle » avec Israël, humiliations pour Abbas

La visite de George Bush au Moyen-Orient vise à exprimer un fort soutien à Israël en sa qualité de base principale pour la stratégie hégémonique des États-Unis au Machrek arabe.
Bien que le président américain ait appuyé l’idée de l’État palestinien en Cisjordanie et à Gaza, il a encouragé les politiques agressives d’Israël, sa colonisation à outrance et la transformation de la Cisjordanie en zones géographiques distinctes les unes des autres.
George Bush s’est ouvertement vanté d’appuyer toutes les demandes d’Israël alors que le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, l’exhortait de faire pression sur l’État hébreu afin qu’il améliore les conditions de vie précaire qu’il impose aux Palestiniens sous occupation. Mais le plus important, ce sont les propos de George Bush dès son arrivée en Israël parlant d’une alliance éternelle avec Israël, l’État des juifs. Le président US a voulu ainsi enterrer le droit au retour des refugies palestiniens, et a ouvertement, et pour la première fois, proposer de lier l’affaire des refugies à un mécanisme d’indemnisation.
Autre humiliation infligée aux Palestiniens, le refus de Bush de visiter le mausolée où est enterré Yasser Arafat. Un geste qui illustre la légèreté avec laquelle il traite l’Autorité de Mahmoud Abbas.

Presse et agences internationales

SOBH (QUOTIDIEN IRANIEN)
Les élections législatives en Iran approchent et une alliance des forces souhaitant arracher au président Mahmoud Ahmadinejad et à ses alliés la majorité parlementaire commence à se former. Mais de nombreux journaux estiment que le contrôle exercé par le Conseil de surveillance de la Constitution, à travers un filtrage préalable des candidatures, entravent le processus électoral et sape son intégrité. Le journal Roz a vivement critiqué la couverture accordée aux erreurs du président. La revue Ahdath a pour sa part longuement commenté l’incident entre des vedettes des Gardiens de la révolution et des bâtiments états-uniens dans le détroit d’Ormuz.

SADAY ADALET (QUOTIDIEN IRANIEN)
Il va de soi que l’assassinat de l’ancienne Premier ministre pakistanaise, Benazir Bhutto, s’inscrit dans la continuité des agissements dictatoriaux soutenus de l’extérieur. Il semble que la mort se soit mêlée à la vie dans le monde, surtout dans notre région, qui s’étend de l’Irak à l’Afghanistan, en passant par la Palestine, le Liban, le Pakistan et la Somalie. Dans les dictatures, la vie n’est plus qu’une ombre et la force politique tyrannique ne reconnait pas l’existence d’un partenaire. Puisque le général Pervez Musharraf contrôle tout et reste l’unique centre de décision, c’est lui qui assume la responsabilité de la grave crise qui secoue le Pakistan. C’est lui seul qui peut sortir le pays de ses difficultés.

AL BAYAN (QUOTIDIEN EMIRATI)
Si les paroles sur la « paix » que George Bush a prononcées devant Ehud Olmert sont la marchandise qu’il souhaite proposer lors de sa tournée moyen-orientale, cette visite n’avait même pas besoin d’avoir lieu. Cette marchandise est présente dans les souks depuis longtemps. Sa venue dans la région pour en reparler ne va pas contribuer à l’écouler. La réalisation du compromis israélo-palestinien, basé sur l’idée des deux États, a besoin d’autres produits. Concernant la situation actuelle, il ne reste qu’un an et dix jours du mandat du président Bush. De plus, le contexte actuel dans la région ne permet pas des tergiversations, et il n’est plus possible de laisser libre cours à la violence israélienne. Le facteur temps est primordial.

AL KHALEEJ (QUOTIDIEN EMIRATI)
Personne n’avait besoin du conseil de la Maison-Blanche de ne pas s’attendre à de « grandes percées » à l’occasion de la tournée de George Bush. Le président états-unien a donné le ton dès son arrivée à Tel-Aviv en déclarant que « les États-Unis resteraient un proche allié et une garantie pour la sécurité de l’État juif ». Seuls les naïfs auraient pu croire que la visite de Bush aboutirait à des résultats différents de ceux qui avaient été fixés à l’avance, c’est-à-dire réaffirmer la solidité de l’alliance entre les deux pays, et rien d’autre. Sous ce principe s’inscrivent un grand nombre de points comme l’engagement à garantir la suprématie militaire d’Israël et à soutenir ses équipées sauvages contre le peuple palestinien.

REBELLION (SITE LATINO-AMÉRICAIN)
Les crimes commis contre les Palestiniens dans les Territoires occupées et dans d’autres régions, depuis qu’ils ont voté « dans la mauvaise direction » en donnant la victoire au Hamas, sont tellement flagrants que la seule réaction affective est l’extrémisme. Mais cela n’aide pas les victimes et pourrait provoquer beaucoup de dégâts.

AS-SAOURA (QUOTIDIEN SYRIEN)
- Ahmad Hamadé
Nous avons toujours entendu des présidents états-uniens appeler Israël à mettre un terme à sa politique de colonisation alors qu’en pratique ils l’encourageaient et le soutenaient à poursuivre sur cette voie. La même chose s’applique au mur de la séparation raciste et à la nécessité de réaliser la paix. Très vite, les vents US tournent comme le souhaitent les navires israéliens et la politique de la Maison-Blanche évolue conformément aux penchants racistes de l’État hébreu. Avant même le début de sa tournée, George Bush avait invité Israël à cesser la construction de colonies « illégales ». Pourquoi, y’a-t-il des colonies légales ?

LES ECHOS (QUOTIDIEN ÉCONOMIQUE FRANçAIS)
Nicolas Sarkozy comencera dimanche sa tournée dans le Golfe par l’Arabie saoudite, troisième fournisseur de pétrole de la France (après la Norvège et la Russie). Il sera accompagné de nombreux chefs d’entreprise français, dont Anne Lauvergon (Areva) et Gérard Mestrallet (Suez). Aucun contrat notable sera signé, mais ils ‘agit de placer les industriels français dans la course alors que les échanges hors pétrole entre les deux pays sont peu importants. Sont notamment en vue la distribution d’eau à Riyad pour Veolia, une nouvelle raffinerie avec Total, le projet « Land Bridge » de liaison ferroviaire entre l’est et l’ouest du royaume pour Alstom.
En outre, les États du Golfe en général et l’Arabie saoudite en particulier, achetent plus du quart des exportations d’armement français. Ils représentent un potentiel commercial énorme, malgré un processus de décision très long. Thales est sur les rangs pour le projet Miksa de sécurisation des frontières saoudiennes Les Saoudiens envisagent également de s’équiper de 4 frégates multimissions, de sous-marins, d’un satellite d’observation, ainsi que de 5 Airbus ravitailleurs supplémentaires. Coté hélicoptères, si la piste du contrat-cadre a tourné au fiasco, EADS espère encore vendre une dizaine de NH90 à la marine, et une cinquantaine de Fennec à l’armée de l’air.

LA LIBRE BELGIQUE (QUOTIDIEN BELGE)
Le tribunal correctionnel de Bruxelles a prononcé jeudi soir un jugement sévère à l’encontre des cinq membres de la filière qui avait envoyé la Belge Muriel Degauque commettre le 9 novembre 2005 un attentat suicide en Irak, le premier jamais perpétré par une Occidentale.

THE TIMES (QUOTIDIEN BRITANNIQUE, GROUPE MURDOCH)
Les services médicaux US ont soigné des soldats britanniques blessés en Irak et en Afghanistan en leur transfusant un sang infecté. Le Pentagone a reconnu 11 cas de contamination VIH, le ministère britannique en a trouvé 18. Une enquête est en cours.

JEWISH CHRONICLE (HEBDOMADAIRE SIONISTE BRITANNIQUE)
Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, a assuré de son soutien une délégation d’un comité juif du Royaume-Uni soucieuse d’empêcher que la prochaine conférence mondiale de l’ONU contre le racisme ne soit une répétition de celle de Durban où le sionisme avait été mis en question. D’ores et déjà, le comité —qui comprend Henry Grunwald, Lord Janner et Rosalind Preston— s’est indigné que la réunion préparatoire de la conférence ait été convoquée par l’ONU le jour de Yom Kippour, fête juive.

THE WASHINGTON POST (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
Le contre-amiral Frank Thorp IV, porte-parole de l’US Navy, a indiqué que l’enregistrement radio diffusé par le Pentagone, attribué aux Gardiens de la révolution iranien menaçant un bâtiment de guerre états-unien, pouvait en réalité provenir de n’importe qui et menacer n’importe qui. Il contredit ainsi les propos du vice-amiral Kevin Cosgriff, commandant des forces navales du Central Command, et ceux de Geoff Morrell, porte-parole du Pentagone, qui avaient tous deux évoqués un incident de la plus haute gravité.

THE LOS ANGELES TIMES (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
Les troupes de la Coalition poursuivent leur opération de nettoyage en Irak. 25 tonnes de bombes ont été lancées en moins de 10 minutes, hier par des B1, F16 et F18 dans la province de Diyala. Plus de 4 000 GI’s tentent d’y neutraliser une cinquantaine d’insurgés.

Audiovisuel international

CHAINE SATELLITAIRE SYRIENNE
La délégation parlementaire française, conduite par le député Gérard Bapt, a estimé que la Syrie est un État important dans la région et ne peut être ignorée.
La Ligue arabe a jugé « inacceptables » les propos de George Bush appelant à l’indemnisation des réfugiés palestiniens.

AL JAZEERA (CHAINE QATARI)
Principal journal du soir
- Naim Kassem, secrétaire général adjoint du Hezbollah
Nous voulons participer et non pas être présents au gouvernement. La participation signifie un poids efficace garantissant un processus sain de prise des grandes décisions. Notre simple présence pourrait nous transformer en témoins impuissants.
Le Hezbollah ne recherche ni portefeuilles ni positions au sein de l’État. Nous souhaitons simplement vivre dignement dans notre pays. Et nous ne permettrons pas d’être placés sous tutelle quelle que soit celle-ci, car nous sommes en mesure de gérer nos affaires.
L’Administration Bush veut détruire l’expérience de la Résistance politiquement après avoir échoué à la détruire sur le terrain. Mais je conseille aux États-uniens de ne plus se fatiguer car les Libanais ne se laisseront pas faire.
La majorité refuse d’accorder le tiers de garantie à l’opposition pour garder une mainmise totale sur les décisions politiques du pays. Les efforts de l’opposition visent à ne pas placer le général Michel Sleimane dans une situation embarrassante, lorsqu’il sera élu président.
La Syrie n’intervient nullement dans la position de l’opposition.

Tendances et événements au Liban

Hariri torpille une proposition de rencontre avec Aoun

L’activité politique libanaise est dominée par les entretiens du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, avec les dirigeants du 14-mars (pro-US) et l’opposition ainsi que d’autres personnalités politiques et spirituelles. Les dernières 48 heures ont enregistré les développements suivants :
- 1. Amr Moussa et ses interlocuteurs libanais font preuve d’un mutisme total sur les résultats de leurs entretiens autour du plan de solution arabe à la crise.
- 2. Les États-uniens ont exprimé des réserves concernant l’initiative de la Ligue. L’ambassadeur US à Beyrouth a commencé une série de contacts pour torpiller ou retarder une éventuelle entente interlibanaise. Jeffrey Feltman a publiquement déclaré que l’accord entre les protagonistes pourrait prendre des semaines et ne pas voir le jour avant le sommet arabe prévu à Damas fin mars. Les analystes ont interprété ces propos comme un signal américain envoyé aux loyaliste du 14-mars afin qu’ils procèdent à une escalade dans le but de torpiller les efforts de Amr Moussa. Washington souhaite visiblement reporter au printemps prochain toute solution à la crise libanaise, car d’ici là, les contours d’éventuels compromis régionaux globaux seront plus clairement apparus et l’orientation des relations avec la Syrie et l’Iran seront plus claires.
- 3. Amr Moussa a tenu, après un entretien avec le général Michel Aoun, à rendre hommage au chef chrétien de l’opposition dont « les positions sont claires et positives ». Les concertations entre les dirigeants de l’opposition se poursuivent alors que des informations faisant état d’une possible rencontre, au Parlement, entre Michel Aoun et le chef du 14-mars, Saad Hariri, ont très vite été accueillies par le refus de ce dernier de rencontrer le chef chrétien de l’opposition après le veto du leader de l’ancienne milice des Forces libanaises, Samir Geagea.
- 4. L’ancien président Amine Gemayel, une des personnalités chrétiennes du 14-mars, a avancé la proposition de formation d’un gouvernement neutre en cas d’échec des négociations entre les loyalistes et l’opposition. Une source dirigeante de l’opposition a estimé que cette formule n’aura aucun sens sans accord préalable sur l’élaboration d’une nouvelle loi électorale pour organiser des élections législatives anticipées qui permettraient une reconstitution du pouvoir.
- 5. La Syrie et l’Arabie saoudite ont exprimé des positions complémentaires sur l’indivisibilité du plan arabe dont toutes les clauses doivent être mises en œuvre dans le cadre d’un même processus. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont assuré que Damas et Riyad coopérait dans le but de faire réussir l’initiative arabe et la mission de Amr Moussa.
- 6. Des indices commencent à apparaitre sur l’imminence de mouvements de protestations populaires contre le recul du niveau de vie et la hausse vertigineuse des prix des produits de consommation.
- 7. Il est pratiquement certain que la séance de l’élection présidentielle prévue le samedi 12 janvier sera reportée en attendant un compromis politiques entre le 14-mars et l’opposition.
- 8. La commission des droits de l’homme à Genève a publié un rapport qualifiant de politique et d’arbitraire la poursuite de l’incarcération des généraux Jamil Sayyed, Moustapha Hamdane, Raymond Azar et Ali el-Hage, arrêtés il y a deux ans et quatre mois dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. La commission d’enquête internationale avait assuré à plusieurs reprises ne détenir aucune preuve incriminant les quatre généraux et justifiant leur maintien en prison.

Presse libanaise

L’ORIENT-LE JOUR (QUOTIDIEN PROCHE DU 14-MARS)
« Le problème n’est pas une affaire de chiffres : le problème c’est le Liban. Il ne faut pas nous cacher derrière le jeu des chiffres et perdre de vue l’intérêt du Liban ». Amr Moussa, pour qui le déblocage de la crise « n’a pas besoin de miracle » et qui a eu droit hier à une journée marathon, de Bkerké à Rabieh en passant notamment par Aïn el-Tiné (deux fois), le Sérail, Clemenceau et Saïfi, a été très clair dans son constat. Et pourtant, c’est bien dans les chiffres que les Libanais, ou une partie d’entre eux, enlisent le chef de la diplomatie arabe. Et c’est la même question que tout le monde se pose – à commencer par le secrétaire général de la Ligue arabe : si la formule sur laquelle se seraient mis d’accord, samedi dernier au Caire, Saoud el-Fayçal et Walid Moallem (entre autres), à savoir 14 + 10 + 6 au lieu du 10 + 10 +10 proposée par l’opposition, n’est pas suivie samedi par l’élection de Michel Sleimane, c’est que quelqu’un, quelque part, s’est largement payé la tête de… tout le monde, ou presque.

AD DIYAR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
Amr Moussa ressemble à celui qui combat les diables des détails pour tenter d’aboutir à un accord entre les différentes parties. Le secrétaire général semble nerveux et tendu dans ses déclarations à la presse. Peut-être que l’énervement de Moussa est-il dû au fait que le danger qui guette le Liban est très grand en cas d’échec de l’initiative arabe, et qu’il ne trouve pas chez les dirigeants libanais qu’il rencontre assez de sens de la responsabilité et de sagesse.