Tendances et événements au Liban

Walid Joumblatt menace les Libanais d’une guerre civile ; le monde « civilisé » se tait

Les Libanais ont retenu leur souffle, dimanche soir, et son allés dormir dans l’angoisse, en pensant qu’au levé du jour, la guerre civile aura déjà commencé. Une série de provocations armées menées par des partisans du 14-mars au pouvoir a en effet suivi des discours appelant à la reprise de la guerre ou à la « confrontation », lancés par deux des principaux chefs de cette coalition, Walid Joumblatt et Saad Hariri. Des hommes armés qui circulaient à bord d’un convoi ont tiré sur la résidence du président du Parlement, Nabih Berry, en plein cœur de Beyrouth. Dans la montagne d’Aley, c’est un autre convoi du Parti socialiste progressiste (PSP, de Walid Joumblatt) qui a attaqué une permanence du Parti démocratique libanais de l’émir druze Talal Arlsan, un des dirigeants de l’opposition nationale.
En dépit des appels directs à la guerre civile émanant de personnalités politiques couvées par l’Occident, aucune réaction n’a été enregistrée dans le monde « civilisé » à ces discours irresponsables et belliqueux.
Les dernières 24 heures ont enregistré les développements suivants :
- 1. Le discours va-t-en-guerre des loyalistes a atteint son apogée avec la menace de Walid Joumblatt de brûler le Liban. En soirée, il a atténué ses propos pour expliquer que cette escalade sans précédent du 14-mars ne vise pas à rallumer la guerre civile mais à mobiliser la rue à l’occasion du meeting du 14 février prochain. Il a plaidé pour un « compromis équilibré ». Le chef du Courant du futur, Saad Hariri, a de son côté été contraint d’interdire les convois motorisés de ses partisans armés qui ont effrayé les habitants de nombreux quartiers de Beyrouth et d’autres grandes villes.
- 2. En dépit de cette ambiance de terreur entretenue par les extrémistes du 14-mars, les dirigeants de l’opposition ont fait preuve de calme et de retenue. Face aux discours belliqueux de Joumblatt et de Hariri, les chefs de l’opposition ont appelé au dialogue et à l’entente. Ils ont réaffirmé qu’ils sont déterminés à faire face par des moyens pacifiques aux tentatives visant à replonger le Liban dans les affres de la guerre civile.
- 3. Les tentatives des chefs du 14-mars de mettre un terme, en soirée, aux provocations et aux exactions de leurs partisans, ont fait suite à la crainte d’une réaction des partisans de l’opposition, ce qui provoquerait une grande explosion aux conséquences incalculables. Certains milieux du 14-mars ont également ressenti une forte inquiétude de ces appels à la guerre. Ces « sages », qui ont vécu toutes les guerres du Liban, savent que ce genre d’expériences n’est pas une simple promenade. Les souvenirs des atrocités de la guerre, de ses souffrances et de ses destructions sont encore vivaces dans les esprits.
- 4. La plupart des observateurs estiment que la virulente campagne politique et médiatique a des buts beaucoup plus importants que la mobilisation pour le meeting du 14 février. Les chefs de la coalition au pouvoir affirment que cette campagne vise à modifier les rapports de force locaux à l’ombre desquels les négociations avec l’opposition se déroulent depuis plusieurs mois. Mais l’opposition, elle, assure que c’est son sens du sacrifice qui a évité au Liban de plonger à nouveau dans la guerre civile. Elle s’est abstenue de la moindre réaction violente malgré le meurtre d’un grand nombre de ses partisans depuis le 10 décembre 2006 (l’assassinat d’Ahmad Mahmoud à son retour d’une manifestation), jusqu’aux 9 morts et les 50 blessés de l’église de Mar Mikhaël, le 27 janvier, sans oublier les sept morts des incidents de l’Université arabe, le 23 janvier 2007.

Princiaples prises de position

- WALID JOUMBLATT, CHEF DRUZE DU 14-MARS
« Le Liban sera libre, souverain, indépendant ou restera hypothéqué à l’Iran et à la Syrie, sous prétexte de la coordination entre la milice du Hezbollah et l’État libanais. Le 14-mars, seul, décide s’il lui appartient de choisir la paix ou la guerre, de déterminer l’appartenance des hameaux de Chebaa et de laisser l’État central s’occuper du dossier des prisonniers ou s’il faut que le chef de la milice du Hezbollah préserve la décision de guerre et de paix au détriment de la stabilité, de la souveraineté, de la liberté et de l’indépendance du pays (…) Ou bien la sécurité est confiée à l’État central ou bien elle émanera des périmètres de sécurité. Et ceux-ci sont nombreux, sans compter les canaux de communications privées de la milice du Hezbollah. Les hommes encagoulés et les criminels sont issus des partis totalitaires. Ils ont tué Wissam Eid et les autres.
« À ceux qui cherchent, à travers leurs documents d’entente, le retour de l’ère de la tutelle, nous disons : Quelle que soit votre puissance et quelles que soient les équipes de mercenaires que vous protégez, que vous entraînez ou que vous financez, nous n’aurons pas peur et nous ne plierons pas. Ne pensez surtout pas que nous tolérerons un retour de la tutelle syrienne à laquelle vous pavez la voie à travers vos faux slogans patriotiques et palestiniens. Vous êtes les instruments des personnes les plus viles, à savoir Bachar el-Assad et sa clique.
« Le vide institutionnel, l’armement, l’entraînement, l’achat de terrains, les accusations de trahison et les assassinats, s’ils se poursuivent, et il semble que ce sera le cas, entraîneront tout le monde au chaos. Si vous vous imaginez que nous garderons les bras croisés, vous vous trompez. Nous serions prêts à tout brûler sur notre passage. Notre présence, notre dignité et la survie du Liban sont plus importants que tout. Vous voulez le chaos ? Il sera le bienvenu. Vous voulez la guerre ? Elle sera la bienvenue. Nous n’avons pas de problème avec les armes, pas de problème avec les missiles. Nous vous les prendrons. Pas de problème avec le martyre et le suicide non plus. Nous en avons assez des assassinats, des accusations de traîtrise et de l’humiliation (…) Nous en avons assez d’une guerre ouverte avec Israël, menée sous des prétextes fallacieux au service des ambitions du régime syrien et de l’empire iranien. Quant aux familles de la clique des quatre généraux, je promets à May Chidiac, Marwan Hamadé et Élias Murr, qu’elles verseront des larmes de sang lorsque les potences de cette bande seront dressées. »

- SAAD HARIRI, CHEF SUNNITE DU 14-MARS
« Le régime syrien qui a assassiné Rafic Hariri tente aujourd’hui d’assassiner le Liban de nouveau. Il est de notre devoir de nous rassembler massivement le 14 février pour exprimer notre refus du retour de la tutelle syrienne et notre opposition à ceux qui tentent d’enclencher une nouvelle guerre civile. Nous ne voulons pas de confrontation, mais si une confrontation nous est imposée, devrions-nous rester les bras croisés ? Certainement pas ! ». La confrontation ne sert que les intérêts de la Syrie et d’Israël. Je doute que l’opposition veuille se transformer en outil du projet israélien ou syrien. Les incidents du 23 et du 25 janvier 2007 ont clairement montré que la confrontation dans la rue est dévastatrice pour le pays. Les armes de l’opposition sont son point faible. Ira-t-elle jusqu’à utiliser son arsenal sur la scène interne ? (…) Les fonds nécessaires au financement du tribunal international ont été réunis, et les juges ont été nommés. Le procès est sur le point de commencer. Les assassins seront traduits en justice bon gré mal gré. »

- MOHAMMAD RAAD, CHEF DU BLOC PARLEMENTAIRE DU HEZBOLLAH
« Le Hezbollah ne se laissera pas entraîner dans une confrontation. Le camp loyaliste ne peut pas nous entraîner vers une confrontation dont il redoute les conséquences et nous ne voulons pas leur imposer une confrontation qui leur permettrait de tirer profit du rapport de force international qui leur est favorable. Les menaces de confrontation brandies par certaines parties mettent en relief le manque d’expérience politique de ces dernières. Ils ne veulent pas parvenir à une entente, car il leur est demandé de temporiser jusqu’en mai ».

- HASSAN FADLALLAH, DEPUTE DU HEZBOLLAH
« Le 14-mars prend pour cible l’opposition pour détourner l’attention du rapport Winograd et de l’impasse dans laquelle il se trouve. La confrontation ne fera que détruire le pays. Il n’y a pas de solution possible en dehors de l’entente. Quelles que soient l’intimidation et les menaces, nous ne renoncerons pas à nos choix et à nos constantes. »

- IBRAHIM KANAAN, DEPUTE DU BLOC DE MICHEL AOUN
« Que veut le député Joumblatt ? Déclarer la guerre ? C’est ce que Rafic Hariri voulait ? Est-ce que ces propos sont unificateurs et à même d’encourager la participation à une commémoration qui avait uni tous les Libanais ? Est-il permis que les gens soient poussés à la confrontation ? Sommes-nous obligés de payer le prix fort pour satisfaire vos intérêts et vos liaisons avec l’étranger ? Comment est-il possible d’exploiter une telle circonstance [la commémoration de l’assassinat de Rafic Hariri] et de la détourner de son objectif principal ? Les attentats ne sont-ils pas liés au conflit régional ? Pourquoi n’ont-ils [les loyalistes] pas accusé l’axe syro-iranien de l’assassinat du général François el-Hajj ? »

- NABIL NICOLAS, DEPUTE DU BLOC DE MICHEL AOUN
« Je fais assumer à Walid Joumblatt la responsabilité de chaque goutte de sang versée sur le sol libanais, au cas où un incident surviendrait. M. Joumblatt a perdu la raison parce qu’un homme politique sage et responsable ne veut pas brûler tout sur son passage. L’opposition ne tient qu’un langage de paix et d’entente. »

Principaux développements

• Le commandement de la police du Parlement a indiqué que de nombreuses balles, tirées par des partisans de Saad Hariri pendant et après un de ses discours télévisés, sont tombées sur le siège de la Chambre, le bâtiment abritant les bureaux des députés et sur la place de l’Étoile et ses environs. Un cocktail Molotov a été lancé depuis un véhicule passant devant la résidence du président de la Chambre. La police du Parlement a ajouté qu’un de ses agents, Mohammad Jaber, en poste devant le siège de la Chambre, a été blessé par balles et a dû être hospitalisé.

• Des coups de feu nourris ont été tirés à Aïn el-Tiné (en plein cœur de Beyrouth) lors d’une dispute entre partisans du Courant du futur et membres des services de sécurité du président du Parlement, Nabih Berry. Selon un communiqué diffusé par la police du Parlement, un véhicule aurait tenté de passer à travers les obstacles de sécurité dressés devant la résidence du président de la Chambre à Aïn el-Tiné. Les passagers, ajoute le communiqué, ont également tiré en direction des agents de la sécurité postés devant la résidence. Mais les tirs n’ont fait aucun blessé. L’armée a été déployée en force dans le secteur.
Un convoi de voitures de partisans du Courant du futur est également passé devant le domicile de l’ancien Premier ministre Sélim Hoss, lançant des slogans hostiles. Enfin, plusieurs personnes se sont rassemblées devant les bureaux de la New TV, scandant des slogans politiques, d’après la chaîne proche de l’opposition.

• À Aley (20 kilomètres à l’est de Beyrouth), une fusillade a éclaté entre les gardiens d’une permanence du Parti démocratique libanais de Talal Arslane et un convoi de voitures appartenant à des sympathisants du PSP. Ces affrontements ont eu lieu quand un convoi de sympathisants du Parti socialiste progressiste est passé devant le siège du Parti démocratique libanais. Les tirs ont fait deux blessés, une fillette et un passant, qui a été grièvement blessé. Les forces de l’ordre ont fini par rétablir le calme sur les lieux.

Tendances et événements au Proche-Orient

Gaza entre l’invasion et un nouveau projet de séparation

La décision d’Israël de renforcer la punition collective contre Gaza parallèlement à la poursuite des assassinats et des massacres de Palestiniens, ne voile pas le débat en cours au sein des instances dirigeantes israéliennes sur les options à prendre contre ce territoire étroit abritant 1,5 millions d’habitants.
- 1. Des hommes politiques et de hauts responsables militaires appellent à une offensive terrestre d’envergure quel que soit le prix à payer, pour mettre un terme à la force grandissante du Hamas et des autres mouvements de résistance. Ils pensent que l’État hébreu doit briser le cycle de la guerre d’usure qu’il subit, de manière à imposer de nouvelles règles de jeu. Même si les pertes sont exorbitantes, elles sont plus acceptables que d’être à la merci des roquettes qui pourraient, dans un certain temps, atteindre le cœur d’Israël.
- 2. D’autres responsables plaident pour le lancement d’une vaste campagne d’assassinat ciblés des plus hauts dirigeants du Hamas. Le ministre de la Défense, Ehud Barak, a tenu dimanche une réunion avec les chefs militaires et sécuritaires pour discuter de ce plan. Il a parlé de mesures secrètes visant à réduire le nombre de roquettes tirées par la Résistance palestinienne sur les colonies du Sud d’Israël.
- 3. Une troisième tendance se dessine. Elle estime que l’État hébreu ne doit plus se laisser entraîner dans un « chantage » politique et militaire à Gaza. L’intérêt supérieur d’Israël est de consacrer deux entités palestiniennes, l’une à Gaza et l’autre en Cisjordanie. dans ce cas, la théorie des deux États laisse la place à celle des trois "bantoustans". Les tenants de cette tendance affirment qu’en se basant sur la décision de la Cour suprême sur la fin de l’occupation israélienne dans la Bande, il faut demander aux Nations unies de définir le statut de Gaza.
- 4. Une grande partie du débat en Israël s’articule toujours autour des conséquences du rapport Winograd sur la défaite de la guerre du Liban. De nombreux experts ne peuvent pas s’empêcher de dresser des comparaisons entre ce qui se passe actuellement à Gaza et ce qui s’est produit au Liban en 2006.
- 5. Le chef du gouvernement palestinien Salam Fayad et le négociateur Ahmad Koreih se plaignent de l’absence de coopération de la part d’Israël. Ils désespèrent d’une possible avancée dans les négociations de paix. Ils comptent se plaindre auprès de la secrétaire d’État, Condoleezza Rice, qui doit entamer prochainement une tournée en Israël et à Ramallah.

Presse et agences internationales

• Alors que le Premier ministre israélien rejetait l’option d’une opération militaire terrestre de grande envergure contre Gaza, les responsables israéliens ont multiplié dimanche les menaces de liquidation contre les dirigeants du Hamas dans la bande de Gaza. Un proche du Premier ministre israélien Ehud Olmert, le ministre de l’Habitat Zeev Boïm, a évoqué hier la possibilité de l’élimination d’Ismaïl Haniyeh, Premier ministre du gouvernement islamiste. « À la guerre comme à la guerre, à Gaza il faut parler un langage plus guerrier pour se faire comprendre, tous les membres de la direction politique et militaire du Hamas sont impliqués dans le terrorisme », a affirmé M. Boïm. Il faut, selon lui, s’attaquer à la « tête du serpent, en partant de Haniyeh, et tous ceux qui sont en dessous de lui ».
Le numéro deux du gouvernement Haïm Ramon a, pour sa part, affirmé à la Radio militaire que tous ceux qui sont « impliqués de façon directe ou indirecte dans des crimes de guerre contre des civils (israéliens) se trouvent dans la ligne de mire de l’armée israélienne ». Le ministre de l’Intérieur, Meïr Sheetrit, a, de son côté, carrément affirmé pour sa part qu’Israël « devait raser tout secteur de Gaza d’où proviennent les tirs de roquettes ». « Il faut prévenir les habitants à l’avance pour qu’ils quittent les lieux, entrer et raser totalement le quartier. Ils réfléchiront alors à deux fois avant de tirer des roquettes », a-t-il déclaré à la radio militaire.
En Conseil des ministres, M. Olmert n’a pas exclu la reprise des « liquidations ciblées ». « Nous continuerons à attaquer tous les terroristes. Ceux qui les envoient et les utilisent. Nous n’exclurons personne », a-t-il prévenu. Il a toutefois indiqué qu’il n’envisageait pas pour le moment d’opération terrestre de grande envergure. « Nous ne pouvons pas ignorer les sentiments et les frustrations des habitants de Sderot et des localités voisines (...) Leur colère est compréhensible et naturelle. Mais la colère ne peut constituer un plan d’action. Nous devons agir de manière ordonnée et systématique sur une longue période de temps. C’est ce que nous faisons et que nous continuerons à faire », a affirmé M. Olmert.

• Le président George Bush a estimé qu’il avait réussi à convaincre les pays du Moyen-Orient du danger que représentait leur voisin iranien et jugé que les sanctions imposées à Téhéran commençaient à porter leurs fruits. « Durant mon voyage au Moyen-Orient, j’ai clairement expliqué à des nations nerveuses que l’Iran était un danger », a dit le président sur la chaîne de télévision Fox. M. Bush a également estimé que les sanctions internationales pour tenter de forcer Téhéran à soumettre son programme nucléaire au contrôle de la communauté internationale commençaient à faire sentir leurs effets sur l’économie iranienne. Le Conseil de sécurité de l’Onu a commencé fin janvier à examiner de manière informelle une troisième série de sanctions économiques et commerciales contre l’Iran.

ISNA (AGENCE DE PRESSE IRANIENNE)
L’Iran et les États-Unis auront de nouvelles discussions sur l’Irak la semaine prochaine à Bagdad, a déclaré samedi un responsable iranien. « Ces discussions auront lieu d’ici à la fin de la prochaine semaine iranienne », a déclaré ce responsable ayant requis l’anonymat. « L’organisation de ces discussions a été finalisée mais le niveau de la participation n’est pas encore défini », a-t-il ajouté. Selon lui, l’Iran veut des discussions au niveau des ambassadeurs alors que les Américains préfèrent une rencontre au niveau des experts. L’objectif de ces rencontres est d’étudier les moyens de contribuer à une réduction de la violence en Irak. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad devrait d’ailleurs effectuer une visite en Irak avant le 19 mars, a indiqué le ministre iranien des Affaires étrangères.

HAARETZ (QUOTIDIEN ISRAELIEN)
Le Hezbollah a réussi à déployer un grand nombre de roquettes katiouchas et des RPG au Liban-Sud. Des officiers de l’armée israélienne soulignent que « les nouveaux missiles du Hezbollah sont capables d’atteindre des cibles situées au-delà de Tel-Aviv ». Remarquant que ces armes n’ont pas été détectées par les observateurs de l’Onu, les sources militaires israéliennes ont expliqué que celles-ci ont été clandestinement introduites au sud du fleuve Litani, malgré une forte présence des forces de la Finul. Selon ces sources, « la réticence du Hezbollah à utiliser ces armes après la fin de la guerre, il y a un an et demi, met l’accent sur le coup violent asséné par l’armée israélienne et montre que la force de dissuasion israélienne n’a pas été diminuée ».
Selon l’armée israélienne, le Hezbollah a introduit les armes dans la région dans des camionnettes qui devraient délivrer des provisions aux civils. « La majorité des armes viennent d’Iran ou de Syrie », estiment ces sources qui constatent, par ailleurs, que « pour recueillir des informations sur l’armée israélienne, le parti de Dieu a envoyé des agents déguisés en reporters pour filmer les activités sur la frontière israélienne ».
Les sources notent de même que depuis la fin de la guerre de juillet 2006, les forces de la Finul ont exploré les postes du Hezbollah près de la frontière, où l’organisation avait construit une série de bunkers et camouflé des lance-roquettes katiouchas. « Le Hezbollah a placé la majorité de ses lance-roquettes au nord du Litani et en a caché un grand nombre dans les villages chiites au sud du fleuve, ont noté les sources militaires israéliennes. L’organisation a réussi à se réapprovisionner en roquettes et missiles. Et les derniers missiles envoyés par l’Iran sont capables d’atteindre des cibles situées au-delà de Tel-Aviv. »

LE FIGARO (QUOTIDIEN FRANÇAIS, GROUPE DASSAULT)
Contrairement à son prédécesseur à l’Élysée, qui ne voulait pas voir les troupes françaises s’attarder en Afghanistan, Nicolas Sarkozy considère ce pays comme le principal front de la lutte contre le terrorisme islamique. Pour le chef de l’État, qui s’est rendu sur place en décembre, un retrait français aurait des conséquences désastreuses pour les autres contingents et conduirait, à terme, au retour des talibans et d’al-Qaida à Kaboul. Quatre options sont actuellement en préparation. La première resterait centrée sur la région de Kaboul où est actuellement basé le gros des troupes (quelque 2000 hommes au total). La deuxième serait un déploiement dans la région « Sud », autour de Kandahar. Paris y maintient déjà six avions (3 Rafale et 3 Mirage 2000D) et 200 hommes. La troisième consisterait à envoyer des renforts français à l’ouest, dans la province du Helmand et vers la frontière iranienne. Enfin, la dernière hypothèse viserait à dépêcher des troupes à l’Est, autre zone « chaude » de l’Afghanistan, proche des régions tribales du Waziristan où les djihadistes évoluent comme des poissons dans l’eau. Reste à surmonter les réticences de ceux qui, à l’état-major, gardent l’œil sur d’autres théâtres de crise, comme le Liban-Sud ou le Tchad où nos forces sont bien intervenues la semaine dernière pour exfiltrer des ressortissants français et des diplomates.
[Ndlr. Sans attendre l’annonce du président Sarkozy, Mme Rice a annoncé jeudi depuis Londres que la France enverrait au moins 1 000 hommes supplémentaires en Afghanistan, permettant ainsi aux Canadiens de poursuivre leurs missions de combat dans le respect des conditions posées par le rapport Manley.]

LIBERATION (QUOTIDIEN FRANÇAIS, GROUPE ROTHSCHILD)
• Le haut tribunal administratif égyptien a autorisé samedi douze Coptes devenus musulmans puis revenus au christianisme à faire inscrire leur religion chrétienne sur leurs papiers. Il n’est pas rare en Egypte que des chrétiens se convertissent à l’islam afin, par exemple, de contourner l’interdiction du divorce par l’Église copte. Et nombreux sont ceux qui étendent cette conversion à leurs enfants mineurs pour conserver leur autorité parentale. Or, jusqu’à présent, il était impossible de revenir en arrière : bien que la Constitution égyptienne garantisse la liberté religieuse, les autorités refusaient, au nom d’une interprétation conservatrice de la loi islamique, que la conversion d’un musulman au christianisme, ou à toute autre religion, soit mentionnée sur sa carte d’identité, comme cela est obligatoire. Accusés de renier l’islam, les convertis sont considérés comme apostats.
• Menacée de mort en raison de ses positions sur l’islam, l’ex-députée néerlandaise d’origine somalienne Ayaan Hirsi Ali était à Paris hier. Dans les locaux de l’École normale supérieure, un meeting de soutien était organisé par la revue ProChoix, La Règle du jeu, Charlie Hebdo, Libération et SOS Racisme. Le prix Simone de Beauvoir lui a été remis par Claude Lanzmann et Bernard-Henri Lévy, qui a prononcé en ouverture de la soirée un discours en forme d’appel. Elle a également été l’invitée du journal télévisé de France 2 en compagnie de la ministre des Droits de l’homme, Rama Yade. Celle-ci a annoncé que le président Sarkozy pourrait accorder la nationalité française à cette « Voltaire des temps modernes ».
[Ndlr. : la biographie de Mme Ayaan Hirsi Ali est sujette à caution. Elle est ajourd’hui employée de l’American Entreprise Institute de Richard Perle et Paul Wolfowitz.]

LE TEMPS (QUOTIDIEN SUISSE)
• Rien ne va plus au siège de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), à Vienne, qui doit remettre un rapport sur le programme nucléaire iranien, le 20 février. Attendu au tournant pour ses conclusions « sur les activités nucléaires présentes et passées » du régime islamique, le directeur général de l’agence, l’Égyptien Mohamed ElBaradei, s’apprêterait selon des sources concordantes à « boucler » l’enquête et absoudre Téhéran sur la nature réelle de ses intentions nucléaires. Au grand dam des pays occidentaux, États-Unis, France et Grande-Bretagne, qui attendent de l’Iran qu’il cesse immédiatement ses activités d’enrichissement de l’uranium, comme l’exigent les résolutions 1737 et 1747 du Conseil de sécurité des Nations unies, sous peine de se voir infliger de nouvelles sanctions internationales, voire des frappes aériennes déjà planifiées à Washington.
• A la conférence annuelle sur la sécurité de Munich, ce week-end, le secrétaire à la Défense des États-Unis, Robert Gates a souligné qu’un échec en Afghanistan aurait des répercussions sur la sécurité de l’Europe. « Nous devons nous entendre sur une stratégie à 3-5 ans, a asséné déclaré. Nous devons définir ensemble ce qui doit changer en Afghanistan, fixer des objectifs et des critères d’évaluation. »

LE SOIR (QUOTIDIEN BELGE)
Le Qatar aura le mois prochain sa toute première église catholique, juste à temps pour Pâques. Cet évènement suscite un débat animé sur l’opportunité d’accorder un lieu de culte public aux quelque 100 000 chrétiens de l’émirat. A terme, quatre églises supplémentaires doivent être construites au Qatar pour d’autres confessions chrétiennes, parmi lesquelles les anglicans, dans un pays dont la famille régnante et la plupart des citoyens se réclament du wahhabisme, une doctrine rigoriste de l’islam.
Mais l’émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa Al-Thani, un proche allié des États-Unis, a opté pour une politique d’ouverture sur le monde depuis qu’il a accédé au pouvoir en 1995. Alors que le wahhabisme est appliqué de manière impitoyable en Arabie saoudite voisine, qui sera dès le mois prochain l’unique pays arabe du Golfe à ne pas tolérer d’églises sur son territoire, le Qatar, par exemple, a déjà accueilli des religieux chrétiens et juifs à l’occasion de forums interreligieux.

LA VANGUARDIA (QUOTIDIEN ESPAGNOL DE CATALOGNE) Le secrétaire états-unien à la Défense, Robert Gates, a confirmé hier, lors de la 44e conférence sur la sécurité à Munich, que la cellule terroriste démantelée il y a quelques jours à Barcelone était commanditée depuis le Pakistan par Baitullah Meshud. Il a souligné qu’une défaite de l’Otan face aux Talibans ouvrirait les portes de l’Europe aux terroristes.

THE TIMES (QUOTIDIEN BRITANNIQUE, GROUPE MURDOCH)
Le gouvernement afghan a décidé de contrôler la circulation des armes et a arrêté quatre contractants de société de sécurité étrangères (deux Britanniques, un Français et un Népalais) pour port d’armes prohibé. Il s’agirait en fait de rabattre les agences étrangères vers des sociétés de sécurité afghanes, dont la principale, ASG, est détenue par le cousin du président Karzaï.

THE DAILY TELEGRAPH (QUOTIDIEN POPULAIRE BRITANNIQUE)
Les forces US ont rendus publics deux documents saisis lors d’attaques de bases d’Al-Qaeda dans la province d’An Anbar en Irak. Il s’agit de longues lettres dans lesquelles les combattants de Ben Laden se plaignent des trahisons de leurs camarades et se lamentent de la désorganisation de leur groupe. Ces documents attestent de l’efficacité de l’escalade militaire, mais leur interprétation ne doit pas être généralisée à tout l’Irak.

THE GUARDIAN (QUOTIDIEN BRITANNIQUE, MAJORITE PARLEMENTAIRE)
Un juge fédéral US a interdit au prince saoudien Bandar Ben Sultan de retirer ses avoirs des Etats-Unis tant que ne serait pas clos le procès de l’affaire BAE. Un actionnaire britannique de la firme d’armement accuse le prince d’avoir détourné au moins 2 milliards de livres à l’occasion du contrat Al-Yamamah, en 1985.

THE AUSTRALIAN (QUOTIDIEN AUSTRALIEN, GROUPE MURDOCH)
En marge de la réunion des ministres de la Défense de l’Otan à Vilnius (Lituanie), le ministre australien Joel Fitzgibbon a vivement critiqué les conditions de prises de décision militaire en Afghanistan. L’Australie, qui est le plus grand contributeur non-membre de l’Otan à l’effort de guerre de l’Otan en Afghanistan, n’est pas associée à la réflexion stratégique.

THE WASHINGTON POST (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
Le nouveau budget de la Défense prévoit 80 milliards de dollars pour la recherche et le développement. Cela profitera d’abord à Lockheed Martin (Bethesda), General Dynamics (Falls Church), SI International (Reston), CACI International (Arlington) et Northrop Grumman (Los Angeles et Washington). Les dotations d’armement profiteront quant à elles à Lockheed Martin, Boeing et Pratt & Whitney pour 20 F-22 Raptor (3,4 milliards) ; à Lockeed Martin encore pour ses hélicoptères présidentiels (1 milliard) ; à Lockheed Martin toujours pour ses F-35 JSF (6,7 milliards) ; à Northrop Grumman pour des Global Hawks ; à General Atomics pour des Predators ; à SAIC et Boeing pour l’équipement du fantassin du futur (3,5 milliards) ; à General Dynamics pour ses véhicules blindés Stryker et ses MRAP (2 milliards) ; le gros lot est remporté par Boeing, Northrop Grunman et Lockheed Martin bien sûr pour le bouclier anti-missiles (21 milliards).

THE WALL STREET JOURNAL (QUOTIDIEN ECONOMIQUE ÉTATS-UNIEN)
Le procureur militaire de Guantanamo s’apprête à rendre public son réquisitoire contre les chefs d’Al-Qaeda. Six personnes, dont Khalid Sheikh Mohammed, sont passées aux aveux à la suite « d’interrogatoires poussés » (=tortures) et ont reconnu les faits. Les attentats du 11 septembre 2001 seraient le fruit d’une conspiration bien plus sophistiquée que ce que l’on croyait jusque là. Le procureur entend requérir la peine de mort contre ces six détenus.

FONDATION CARNEGIE POUR LA PAIX (THINK TANK)
La communauté sunnite libanaise se sent en danger depuis l’assassinat de son principal leader, Rafic Hariri. Cependant, nombre d’entre eux qui ne se reconnaissent pas dans l’alliance conclue par la famille Hariri avec les États-Unis se tournent désormais vers des groupes fondamentalistes. Ceux-ci représentent désormais une force non-négligeable et un risque de perméabilité du Liban au terrorisme de type Al-Qaeda.

Documents joints


"Lebanon’s Sunni Islamists—A Growing Force", Carnegie Endowment for International Peace


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