Tendances et événements au Proche-Orient

Le belliqueux Dick Cheney en tournée

Que vient faire le vice-président états-unien, Dick Cheney, au Moyen-Orient à partir de dimanche prochain ? Plaider pour la baisse du prix du pétrole, préparer une guerre contre l’Iran après la démission de l’amiral William Fallon, mettre sur les rails le projet d’implantation des réfugiés palestiniens, encourager une trêve provisoire en attendant de meilleures conditions pour une guerre contre le Liban, la Syrie et Gaza, ou tout simplement remonter le moral des alliés des États-Unis après l’échec israélien à Gaza, et leur conseiller de s’adapter aux nouvelles circonstances en attendant les résultats des élections présidentielles US ?
Une foule de questions entoure les objectifs de la visite de Cheney, chef de file du « parti de la guerre » au sein de l’administration et artisan, avec le conseiller à la sécurité nationale Elliot Abrams, de toutes les aventures sanglantes de George Bush ces sept dernières années.
Les prix du pétrole et Israël figurent en tête des préoccupations de Cheney. Mais toutes les autres questions seront inscrites à l’ordre du jour de cette visite. Cependant, de nombreux analystes soulignent la déception du « parti de la guerre » après les échecs répétés de l’État hébreu et la faiblesse de ses alliés régionaux. Aussi, un des principaux soucis du vice-président sera de remonter le moral de ses amis a qui il réitérera les promesses de « victoires décisives » sur « l’axe du mal » avec un menu composé de nouveaux assassinats pour préparer le terrain et se débarrasser de figures « gênantes » avant la fin du mandat Bush. Aux monarchies des pétrodollars, il leur demandera de prendre des mesures urgentes pour faire baisser les prix du pétrole en raison des graves répercussions sur l’économie américaine.

Presse et agences internationales

• Un expert de l’Onu sur la torture, qui souhaite se rendre en Irak pour y rencontrer des prisonniers, a déploré à Genève qu’il se voyait toujours refuser l’accès à des personnes détenues par les GI’s. « Je suis un peu surpris que le gouvernement des États-Unis ne veuille pas me donner accès » aux prisonniers qui se trouvent aux mains des États-uniens, a déclaré Manfred Nowak devant la presse à l’issue d’une réunion du Conseil des droits de l’homme de l’Onu à Genève. Il a souligné qu’en revanche, il avait le feu vert des autorités irakiennes et des Britanniques qui sont encore déployés dans le sud de l’Irak autour de Bassora. Washington fait valoir que, dans la situation de conflit armé prévalant en Irak, les droits de l’homme ne sont pas applicables. « Les droits de l’homme s’appliquent autant en temps de paix qu’en cas de conflit armé », a souligné M. Nowak

• Dans son rapport annuel sur les droits de l’homme, publié par le département d’État, Washington cite dix pays où le pouvoir est resté en 2007 « concentré entre les mains de dirigeants n’ayant aucun compte à rendre » : la Corée du Nord, la Birmanie, l’Iran, la Syrie, le Zimbabwe, Cuba, le Belarus, l’Ouzbékistan, l’Érythrée et le Soudan. La Chine, qui figurait l’an dernier et en 2005 dans cette liste des « pires violateurs systématiques des droits de l’homme dans le monde », est reléguée en cette année de Jeux olympiques au rang de « pays autoritaire en pleine réforme économique ayant vécu des changements sociaux rapides mais n’ayant pas procédé à des réformes politiques et continuant à nier à ses citoyens les droits de l’homme et les libertés fondamentales basiques ». Le rapport souligne que le bilan du régime chinois en 2007 est resté « mauvais », faisant état de cas de torture et de contrôle abusif des naissances, mais note que le gouvernement a procédé à « plusieurs réformes importantes », notamment l’examen par le Parlement chinois de certains aspects de la législation sur la peine de mort. « Le gouvernement a continué à surveiller, harceler, détenir, arrêter et emprisonner des journalistes, des écrivains, des activistes et des avocats ainsi que leurs familles, qui cherchaient pour la plupart à exercer des droits prévus dans la loi », ajoute le rapport.
Sur cette deuxième liste figure notamment le Venezuela, le Nigeria, la Thaïlande, le Kenya et l’Égypte. Washington a ajouté trois pays sur la liste noire des « pires violateurs systématiques » des droits de l’homme cette année : la Syrie, le Soudan et l’Ouzbékistan.
« Les droits de l’homme en Syrie se sont aggravés cette année et le régime a continué à commettre de graves abus tels que la détention d’un nombre croissant d’activistes, de responsables de la société civile et d’autres critiques du régime », ajoute le rapport.
Le rapport qualifie le bilan des droits de l’homme au Soudan d’« horrible », faisant état de « meurtres, torture, coups et viols commis par les services de sécurité gouvernementaux et les milices à leur solde au Darfour ».
En Ouzbékistan, le gouvernement dominé par le président Islam Karimov « domine la vie politique et exerce un contrôle quasiment total sur les autres branches de l’État ». Les services de sécurité « torturent, frappent et abusent de façon routinière des détenus en cours d’interrogatoire pour obtenir des confessions ou des informations qui les incriminent », précise le rapport.
En revanche, la situation des droits de l’homme s’est améliorée dans quatre pays au cours de l’année passée, note le rapport : la Mauritanie, le Ghana, le Maroc et Haïti. Ces deux derniers pays avaient déjà reçu un bon point des États-Unis pour leurs progrès l’an dernier. Peu ou aucun progrès ont été réalisés au Népal, en Géorgie, au Kirghizstan, en Irak, en Afghanistan ou en Russie, tandis que la situation s’est détériorée au Pakistan, au Bangladesh et au Sri Lanka, selon le département d’État.

• L’ambassadeur de Russie a averti l’Otan, déjà divisée sur ses liens avec la Géorgie, que ce pays pourrait dire adieu à ses territoires séparatistes prorusses d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud s’il faisait un pas de plus vers l’adhésion à l’alliance occidentale. « En cas d’invitation de la Géorgie par l’Otan, sous l’impulsion des États-Unis, on peut s’attendre à la séparation de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud », a déclaré Dmitri Rogozine, ambassadeur russe auprès de l’Otan. Le référendum sur l’adhésion de la Géorgie à l’Otan, organisé en décembre par le président Mikhaïl Saakachvili, « s’est tenu sur tout le territoire géorgien, mais pas en Abkhazie et en Ossétie du Sud », a-t-il souligné. Si l’Otan accepte, lors de son prochain sommet à Bucarest du 2 au 4 avril, que la Géorgie participe à son plan d’action (MAP) qui constitue la dernière étape avant une adhésion, cela peut « provoquer la sécession de ces deux territoires », a-t-il averti.

FARS (AGENCE DE PRESSE IRANIENNE)
« Le Parlement n’est pas un endroit pour les espions et les demandeurs d’asile », a dit le député (ultraconservateur) Elias Naderan. Il faisait référence à l’un des principaux députés réformateurs, Noureddine Pir Mouazen, qui a donné le week-end dernier une interview à la chaîne Voix de l’Amérique depuis les États-Unis.

KAYHAN (QUOTIDIEN IRANIEN)
Mohammad Reza Khatami, ex-chef du Front de la participation (réformateur) a eu une conversation confidentielle avec l’ambassadeur allemand à Téhéran, Herbert Honsowitz, ce qui constitue une collusion avec un pays soutenant les sanctions contre la République islamique. Khatami rend compte des questions intérieures iraniennes à l’ambassadeur d’Allemagne. Pourquoi n’a-t-il pu s’empêcher de s’épancher, avec ses amis réformateurs, auprès des alliés de l’Amérique et d’Israël ?

EUROPOLITIQUE (AGENCE DE PRESSE DE L’UNION EUROPEENNE)
L’UE a fustigé la décision d’Israël d’autoriser l’installation de nouveaux colons en Cisjordanie, au moment où le processus de paix apparaît de plus en plus compromis. « Nous le déplorons », a déclaré sans ambages, le 10 mars, Javier Solana, en réaction à la décision du Premier ministre israélien Ehud Olmert d’autoriser un nouveau plan de colonisation juive en Cisjordanie. « La question des colonisations fait partie de la feuille de route. Elle est très importante pour nous », a prévenu le chef de la diplomatie européenne lors du Conseil Relations extérieures de l’UE, qui se tenait le 10 mars à Bruxelles. M. Solana qui vient d’achever une série de visites dans la région a informé les ministres des Affaires étrangères de la situation sur le terrain. « C’est de la provocation ! » a estimé Jean Asselborn, ministre luxembourgeois des Affaires étrangères.

ITAR-TASS (AGENCE DE PRESSE RUSSE)
• La tournée proche-orientale du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, du 19 au 21 mars (Syrie, Israël, Territoires palestiniens) aura pour objectif principal d’évaluer la faisabilité de la tenue à Moscou d’une conférence globale de paix au Proche-Orient. « Si tout le monde est prêt, nous sommes prêts, nous aussi, à accueillir cette rencontre », a déclaré le ministre. Peu après la rencontre d’Annapolis nos partenaires du « quartette » se sont prononcés pour la convocation à Moscou d’une conférence sur les problèmes du Proche-Orient, a-t-il noté. Si toutes les parties intéressées manifestent de l’intérêt, nous sommes prêts à avancer sur cette voie ». « A Annapolis un accord entre Palestiniens et Israéliens a été conclu concernant le début des négociations concrètes, et les problèmes des volets syrien et libanais ont été inscrits à l’ordre du jour. A Moscou une « valeur ajoutée » devra être créée sur tous ces problèmes ».
• Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov assistera au XIème sommet de l’Organisation Conférence Islamique le 13 mars à Dakar, en qualité d’observateur.

RIA-NOVOSTI (AGENCE DE PRESSE RUSSE)
• Lors de la réunion du Conseil russo-français de sécurité, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a réitéré sa proposition d’élargissement du transit par la Russie à toutes les troupes de l’OTAN combattant en Afghanistan. Actuellement seuls les contingents français et allemands bénéficient de cette facilité. Son extension aux autres membres de l’Alliance est subordonnée à l’approbation des autres États d’Asie centrale et à un accord entre l’OTAN et l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTCS).
• « La reconnaissance de l’indépendance du Kosovo marque, à mon avis, le début de la fin pour les processus d’intégration en Europe. Le mécanisme qui mènera à l’affaiblissement de la compétitivité de l’Europe face aux Etats-Unis, au redéploiement de l’énergie de l’Union européenne vers la liquidation de toutes les tendances séparatistes observées en Europe, est lancé désormais », a déclaré le général Leonid Ivashov lors d’une conférence de presse à Moscou. « Nous avons vu qu’après avoir testé les bombardements sur les Serbes, l’Occident et l’Alliance de l’Atlantique Nord sont passés au Proche-Orient, à l’Irak. Par la suite, ce modèle peut être appliqué à d’autres pays nettement moins forts. Le malheur des Serbes, tout comme celui des Irakiens, est qu’ils sont faibles, qu’ils n’ont pas de liens solides avec d’autres États », a souligné le président de l’Académie des problèmes géopolitiques.
• Le renforcement de la présence états-unienne « ne contribue pas à assainir la situation au Liban », a déclaré l’ambassadeur russe à l’ONU, Vitali Tchourkine, à l’issue des consultations du Conseil de sécurité de l’ONU sur le Liban. « Toutes les forces politiques libanaises, y compris le gouvernement de Fouad Siniora, sont préoccupées. Ce comportement prête à des analogies historiques indésirables », a-t-il souligné. Le destroyer USS Ross et le croiseur USS PhilippineSea ont pris position au large du Liban, en remplacement de l’USS Cole qui a quitté la zone.

LE MONDE (QUOTIDIEN FRANÇAIS, GROUPE LAGARDERE)
- Éditorial Dès avant son élection, M. Sarkozy avait pris ses distances avec la politique arabe de la France voulue par les gaullistes. Non seulement il se refusait à répéter les déclarations officielles et équilibrées sur le conflit israélo-palestinien. Il les qualifiait de « palinodies » contredites par la tradition du ministère des Affaires étrangères consistant à « diaboliser Israël ». Il exprimait franchement sa proximité avec l’État hébreu et il était soucieux de ne pas le voir se perdre dans le rôle de l’agresseur alors qu’il le tenait pour la victime. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait été reçu en Israël en homme d’État au temps où il était simple président de l’UMP.
• La visite d’État de quatre jours commencée, lundi 10 mars à Paris, par le président israélien, Shimon Pérès, « résume, selon lui, soixante ans de l’histoire d’Israël, durant lesquelles la France a joué un rôle extrêmement important ». « Je suis venu lui dire merci », a-t-il déclaré dans un entretien au Figaro. Shimon Pérès n’est pas rentré dans les détails. Mais il aurait pu mentionner que c’est grâce aux Mirages français qu’Israël a remporté la guerre des Six-Jours (1967) en détruisant au sol l’aviation égyptienne. Et que Paris a permis à l’État juif d’acquérir ce que M. Pérès lui-même avait appelé, il y a quelques années, « une capacité nucléaire », en l’occurrence un réacteur et du combustible. Les autorités israéliennes n’ont toutefois jamais reconnu disposer de l’arme atomique.
• C’est un « ami d’Israël » qui a reçu un « ami de la France », lundi 10 mars, en fin d’après-midi, à l’Élysée. En réservant au président israélien, Shimon Pérès, la première visite d’État accordée à un homologue étranger depuis le début de son quinquennat, Nicolas Sarkozy entendait illustrer « la force et l’ancienneté de l’amitié qui lie les deux peuples ». Les deux hommes se sont rencontrés durant une heure, dès l’arrivée du chef de l’État d’Israël sur le sol français. À l’issue de l’entretien, M. Pérès s’est félicité d’avoir en M. Sarkozy « un ami véritable du peuple juif, un ami honnête et vrai de l’État d’Israël, sans aucune ambiguïté » et a souligné que cette visite le ramenait « cinquante-trois ans en arrière, âge d’or des relations franco-israéliennes. La France nous a beaucoup aidés à la période la plus critique de notre histoire ».

LE PARISIEN (QUOTIDIEN POPULAIRE FRANÇAIS)
« Israël est aujourd’hui intéressé de voir se créer sérieusement un Etat palestinien » qui constituerait « une solution pour la paix » dans la région, souligne le président israélien Shimon Peres en visite d’État en France. Mais l’initiateur des accords d’Oslo n’y croit plus guère, même s’il se garde bien de l’avouer. Le Prix Nobel de la paix se fait donc philosophe et envisage, en vieux sage, une séparation à l’amiable avec les Palestiniens. « A l’image de ce qu’ont fait les Tchèques et les Slovaques qui ont transformé leur divorce en lune de miel, je voudrais arriver demain à une séparation en forme de lune de miel et non une séparation à la dynamite », observe-t-il avec une pointe de désillusion.

L’HUMANITE (QUOTIDIEN COMMUNISTE FRANÇAIS)
En quête de légitimité internationale, John McCain, futur candidat républicain à la présidentielle états-unienne du 4 novembre, sera en Israël, en Grande-Bretagne et en France, du 18 au 21 mars. Sécurité nationale et diplomatie dont l’intervention en Afghanistan qu’il souhaiterait voir renforcée seront les principaux sujets à l’ordre du jour.

LES ECHOS (QUOTIDIEN ECONOMIQUE FRANÇAIS, GROUPE ARNAULT)
Un des deux constructeurs automobiles iraniens chargés de la fabrication de la version locale de la Logan de Renault a attribué les grands retards de livraison de la berline aux sanctions frappant l’Iran à cause de son programme nucléaire. « Iran Khodro s’était engagé à livrer 51000 voitures d’ici à la fin de l’année iranienne (se terminant le 19 mars), mais nous en aurons fabriqué 13000 d’ici là », a dit Mohammad Hossein Fagih, responsable de la production de la voiture chez le premier fabricant iranien. Les voitures sont fabriquées par Iran Khodro et Saipa, partenaires dans la coentreprise dont Renault détient une part de 51%. Environ 85000 Iraniens s’étaient inscrits dès mars 2007, en versant chacun une avance équivalant à 5400 dollars, pour acheter une Logan (Tondar-90). Les livraisons devaient être achevées à la fin mars 2008, mais 10000 voitures seulement avaient été livrées à la fin 2007.

EL PAIS (QUOTIDIEN ESPAGNOL, MAJORITE)
- Fernando Reinares, professeur de sciences politique et expert auprès de la Fondation atlantique
Contrairement à ce que pourraient laisser penser les déclarations de certains spécialistes, Al Qaïda existe bien. Il ne s’agit pas d’un mouvement idéologique, ni d’un groupe qui se serait dissous dans le jihadisme global. C’est une organisation originale qui maintient un contrôle efficace sur de nombreux groupuscules et cellules locales. Al Qaïda existe toujours et est toujours aussi dangereux.

THE DAILY TELEGRAPH (QUOTIDIEN BRITANNIQUE)
Le commandant des milices Janjaweed, qui terrorisent les populations du Darfour, a affirmé au reporter du journal que ses armes « ne sont pas apparues par magie dans les airs. Elles proviennent du gouvernement ». Cette déclaration contredit de manière définitive les dénégations du président soudanais Omar Al-Bachir.

THE GUARDIAN (QUOTIDIEN BRITANNIQUE, MAJORITE)
• Le secrétaire général de l’ONU a nommé le juriste britannique Robin Vincent greffier du Tribunal international spécial pour juger les assassins de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. M. Vincent avait été greffier-adjoint du Tribunal pour l’ex-Yougoslavie et greffier du Tribunal pour le Sierra Leone.
• Khalid Khaliq, un ami des terroristes du 7 juillet 2005, a été condamné par une cour de Londres à 16 mois de prison pour détention d’un CD-rom reproduisant un manuel d’Al-Qaïda. Le manuel avait été téléchargé depuis un site internet US d’information reproduisant des documents présentés par le FBI dans des procès anti-terroristes.

THE AUSTRALIAN (QUOTIDIEN AUSTRALIEN, GROUPE MURDOCH)
• Le Premier ministre australien Kevin Rudd présentera aujourd’hui au Parlement une motion de soutien à Israël en vue du 60eme anniversaire de cet État, qui sera célébré le 14 mai. Cette initiative illustre le consensus bipartisan autour d’Israël, uniquement troublé par les habituelles récriminations d’organisations gauchistes qui ont acheté des espaces publicitaires dans la presse pour protester. Au demeurant, la question aujourd’hui n’est pas de savoir si Israël a le droit de se défendre, mais pourquoi le Hamas continue à faire souffrir son peuple plutôt que d’ignorer Israël et de se concentrer sur le développement économique de la Palestine. La seule parlementaire à s’opposer à la résolution est la socialiste Julia Irwin, bien connue comme pro-Palestinienne. Pour Philip Chester, président de la Fédération sioniste d’Australie, la résolution célèbre cette « merveille moderne ». Elle place Israël dans le processus de décolonisation (sic) qui suivit la Seconde Guerre mondiale : il s’agissait en effet de rendre cette terre à ses habitants originels.
• Le principal think tank néoconservateur, l’American Enterprise Institute, a décerné hier à Washington son prix annuel à l’ancien Premier ministre australien, John Howard. On doit en effet à M. Howard la dérégulation économique, la privatisation des télécoms, l’épuration de la sécurité sociale, et bien sûr l’intervention militaire en Irak [Les forces spéciales australiennes furent les premières à entrer en Irak, ouvrant la voie à l’invasion américano-britannique. Ndlr.].

THE GLOBE AND MAIL (QUOTIDIEN CANADIEN)
• Une commission militaire de Guantanamo Bay révisera cette semaine le cas du jeune Canadien Omar Kadr (mineur au moment des faits qui lui sont reprochés). Elle statuera aussi sur un autre cas de mineur, jusqu’ici passé inaperçu, celui de Mohammed Jawad, arrêté en Afghanistan à l’âge de 16 ans. M. Jawad est détenu illégalement à Guantanamo depuis 5 ans. Il est inculpé de tentative de meurtre pour avoir lancé une grenade (qui n’a pas explosée) dans un camion de l’US Army.
• John Manley, l’auteur du rapport du la mission future du Canada en Afghanistan, a été entendu par les parlementaires. Il a confirmé qu’un renfort de 1000 hommes était un minimum pour être opérationnel. Les parlementaires ont également discuté du coût des opérations. Elles ont déjà coûté 7,5 milliards de dollars canadiens aux contribuables, depuis 2001. Elles devraient représenter au moins 1 milliards pour l’actuelle année fiscale.
• Rami Khoury, directeur de l’Institut Issam Fares à l’université américaine de Beyrouth Le gouvernement israélien a accepté l’idée de pourparlers indirects avec le Hamas et le Jihad islamique, via l’Égypte. La situation ne pourra pas évoluer sur le terrain sans des pourparlers qui se déroulent dans une atmosphère calme. Une trêve est donc indispensable. Elle doit inclure l’arrêt des tirs de roquettes, un échange de prisonniers et la réouverture de points de passage à Gaza.

THE TIMES OF INDIA (QUOTIDIEN INDIEN)
Deux tours operators israéliens ont entrepris une visite de reconnaissance à Lucknow (Uttar Pradesh, État du nord-est de l’Inde) en vue de la création d’un circuit touristique juif. Les autorités religieuses juives croient en effet que les Afridi Paschtounes seraient les descendants d’une des tribus perdues d’Israël. Les Afridis se sont installés dans l’Inde actuelle entre le 13 et le 18e siècle, en provenance de la vallée de Khyber [passage entre l’Afghanistan et le Pakistan, aujourd’hui principale zone de combats. Ndlr]. Ils sont de religion musulmane et n’apprécient guère l’origine qu’on leur prête. Ils ont donné de prestigieuses personnalités au pays, dont le poète ourdou Josh Malihabadi et Zakir Husain [président de l’Inde de 1967 à sa mort en 69]. En novembre 2002, le professeur Tudor Parfitt, du Centre d’études juives de l’université de Londres, était venu prélever des échantillons d’ADN pour vérifier la judéité des Afridis. Son étude n’a pas été rendue publique.

THE SOUTH CHINA MORNING POST (QUOTIDIEN CHINOIS DE HONG-KONG)
Le gouverneur de la région autonome du Xinkiang a vivement dénoncé les allégations de la presse occidentale selon lesquelles le complot déjoué, visant à organiser des attaques terroristes islamiques durant les Jeux Olympiques de Pékin, serait une mise en scène du Parti communiste chinois. L’AFP s’était fait l’écho de ces imputations, laissant entendre que cette opération anti-terroriste était uniquement un moyen pour museler les Ouighours musulmans.

THE LOS ANGELES TIMES (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
- Max Boot, éditorialiste néoconservateur
Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi la démission de l’amiral Fallon est une bonne nouvelle. En lisant l’article d’Esquire, on réalise à quel point il a saboté la politique du président Bush. S’il est exagéré de dire que Fallon a empêché un bombardement de l’Iran —car un tel plan n’existe pas—, il n’a cessé de retirer l’option militaire de la table et, de cette manière, il a encouragé les Iraniens au lieu de faire pression sur eux. Fallon avait été précédemment commandant du Pacifique et avait commis les mêmes erreurs avec les Chinois. Il était opposé à l’escalade (surge) en Irak. On ne l’a heureusement pas écouté.

THE NEW YORK TIMES (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
• George Bush a prononcé un discours de 42 minutes devant l’assemblée des télévangélistes. Après avoir adressé ses vœux de prompt rétablissement au pasteur Billy Graham, en convalescence dans sa maison de Caroline du Nord, le président états-unien a réaffirmé que sa politique au Grand Moyen-Orient était basée sur la conviction que la liberté est un don de Dieu et que tous les hommes sont créés à son image. Devant les congressistes qui l’applaudissaient debout, il a redit que la bonne décision était de renverser Saddam Hussein et qu’elle reste la bonne.
• Le gouvernement britannique a refusé l’entrée au Royaume-Uni de Moshe Feiglin. Ce leader du Likoud est favorable à une solution militaire du problème palestinien, à la sortie d’Israël de l’ONU et à l’expulsion des non-juifs. Les autorités britanniques craignent que ses discours ne provoquent des violences.

THE WASHINGTON POST (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
• L’amiral William Fallon, commandant en chef du Central Command, a démissionné dans un contexte d’opposition avec le responsable des opérations en Irak, le général David Petraeus. L’étalage public de dissensions réelles ou supposées ont atteint son autorité. Le secrétaire à la Défense a démenti les allégations selon lesquelles Fallon était le rempart contre une guerre en Iran et que sa démission présageait du conflit.
• L’article qui a mit le feu aux poudres, rédigé par Thomas P.M. Barnett pour Esquire, est élogieux pour l’amiral Fallon. Mais une citation semble être directement dirigée contre le président Bush. Fallon y parle du besoin de force et de volonté pour engager des forces et note qu’elles font défaut.
• L’Institute for Defense Analyses a rendu public une version expurgée de son rapport d’étude des 600000 documents saisis par les USA en Irak. Il établit que le régime de Saddam Hussein n’avait pas de liens directs avec Al-Qaeda, mais avec de nombreux groupes terroristes de la région, notamment palestiniens. Cependant, ces liens étaient plus politiques qu’opérationnels.

USA TODAY (QUOTIDIEN POPULAIRE ÉTATS-UNIEN)
Le désastre irakien est d’abord imputable au fait que l’on n’a pas assez écouté les mises en garde de nos officiers. De ce point de vue, la démission de l’amiral William Fallon est malheureusement une preuve de plus qu’il ne fait pas bon de dire son avis face à l’administration Bush. Le général Martin Dempsey assurera l’interim.

THE WALL STREET JOURNAL (QUOTIDIEN ECONOMIQUE ÉTATS-UNIEN)
La démission de l’amiral Fallon ne doit pas être comprise au regard de la question iranienne, mais de l’escalade (surge) en Irak. Avec notamment George Casey (chef d’état-major de l’armée de terre), Mike Mullen (chef d’état-major interarmes) et Robert Gates (secrétaire à la Défense), William Fallon était partisan d’un retrait rapide. De son côté David Petraeus (commandant des opérations en Irak) y est opposé. Il sera auditionné par le Congrès juste après le départ de Fallon.

Déclaration

- NICOLAS SARKOZY, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANçAISE
« La sécurité d’Israël passe par un État palestinien démocratique et moderne et par l’arrêt de la colonisation. Je l’affirme devant vous [M. Shimon Peres] qui en êtes convaincus, la création d’un État palestinien démocratique moderne et viable, mais c’est une condition de la sécurité à long terme d’Israël. Il n’y aura pas, et c’est un ami d’Israël qui le dit du fond de son cœur, de sécurité pour Israël sans un État palestinien démocratique, viable et moderne à ses frontières. Je veux le redire avec force et que chacun m’entende bien. La France, Monsieur le Président, sera toujours au côté d’Israël quand son existence sera mise en cause. Pas de temps en temps, Monsieur le Président, toujours. Et ceux qui appellent de manière scandaleuse, scandaleuse, à la destruction d’Israël, trouveront toujours la France face à eux pour leur barrer la route. »

Tendances et événements au Liban

Attentisme et navigation à contre-courant

L’attentisme règne sur la scène libanaise où une impression de blocage total domine le paysage politique après la suspension de l’initiative arabe. Un communiqué de la Maison-Blanche dénonçant le report de la séance de l’élection présidentielle est venu empoisonner un climat déjà très lourd. Ce commentaire américain inhabituel a été interprété comme un signal de la volonté des États-Unis de retarder, voire d’empêcher l’entente interlibanaise qui était sur le point d’aboutir en décembre 2007 avant que n’interviennent les sous-secrétaires d’État David Welch et David Satterfield, qui ont saboté l’initiative arabe.
Pendant ce temps, les milieux politiques libanais attendent les résultats des médiations entreprises par plusieurs pays arabes et l’Iran pour tenter d’assainir les relations entre la Syrie et l’Arabie saoudite.
Dans ce contexte, on peut noter les observations suivantes :
- 1. Les loyalistes libanais poursuivent leur campagne contre la Syrie et appellent au boycott du sommet de Damas si un président de la République n’est pas élu d’ici là. Le 14-mars exécute ainsi les instructions venues de l’étranger dans le but de maintenir la scène interne sous tension.
- 2. Dans sa réponse au communiqué de la Maison-Blanche, le président du Parlement, Nabih Berry, a réaffirmé la détermination de l’opposition nationale à conclure un accord sur tous les points de litige, conformément à l’initiative arabe. Il a refusé de réduire la crise libanaise à la simple question de l’élection présidentielle, puisque le problème est bien antérieur à cette échéance. Il porte sur le refus du 14-mars de conclure un véritable partenariat politique, à travers la formation d’un gouvernement d’entente nationale et l’élaboration d’une loi électorale juste et équitable.
- 3. L’opposition nationale observera la tournée de Dick Cheney dans la région et ce qui se passe dans les coulisses de l’administration Bush après la démission du chef de Centcom, l’Amiral William Fallon. Cet officier s’était ouvertement opposé, à plusieurs reprises, à toute guerre contre l’Iran. L’Amiral Fallon avait rédigé un rapport sur la situation au Liban, mettant en garde contre toute tentation de déclencher une guerre civile au Liban ou de toute intervention militaire dans ce pays pour protéger l’élection par le 14-mars d’un président à la majorité absolue.
- 4. Les milieux de l’opposition se sont intéressés aux déclarations de ministres chypriotes sur l’intention du gouvernement de Fouad Siniora –Le Premier ministre de facto a démenti l’information- de fournir gratuitement à l’ile 300 000 mètres cubes d’eau par jour. Ils craignent que le destinataire final de l’or blanc, une richesse rare au Moyen-Orient, soit Israël. Israël dont l’aviation multiplie les violations de l’espace aérien libanais.

Déclarations

- REPONSE DU CHEF DU PARLEMENT, NABIH BERRY, AU COMMUNIQUE US
« Ceux qui ne soutiennent pas l’initiative arabe et qui ont fait obstacle à plus d’un plan de règlement, y compris l’initiative française, ceux qui ne dénoncent pas les violations israéliennes de l’espace aérien libanais, même durant les délibérations du Conseil de sécurité lundi, qui gardent le silence sur le maintien de l’occupation israélienne des fermes de Chebaa et de la partie nord de Ghajar, qui ne réagissent pas aux millions de bombes à fragmentation lancées par Israël après l’adoption de la résolution 1701 et qui envoient leur flotte pour protéger les agressions israéliennes à Gaza, ne peuvent pas nous faire croire qu’ils sont plus attachés que nous à l’élection d’un président qui consacrera l’unité du pays et le retour (à la vie) de ses institutions, dont le gouvernement illégitime. L’illégitimité du cabinet Siniora est défendue par les États-Unis qui répètent tous les jours la même rengaine, à savoir que ce gouvernement est légitime dans la mesure où il a été élu légalement. Ils ne savent même pas que notre gouvernement n’est pas élu ».

- SERGUEÏ LAVROV, MINISTRE RUSSE DES AFFAIRES ETRANGERES
« Il ne doit y avoir aucune ingérence (au Liban), d’où qu’elle vienne, dans le règlement de ce problème. Nous allons utiliser notre influence dans la région pour œuvrer en ce sens. Il importe d’ajouter le dossier syro-libanais à l’ordre du jour des négociations israélo-palestiniennes ouvertes à Annapolis. Cela apporterait une valeur ajoutée à ces négociations si un déblocage intervenait au niveau de l’élection présidentielle libanaise et si des pourparlers de paix syro-israéliens intervenaient. La Russie usera de toute son influence au Moyen-Orient pour parvenir à un règlement de la crise libanaise qui commence à inspirer une déception du fait des ajournements successifs de l’élection présidentielle. »

- SAMIR GEAGEA, CHEF CHRETIEN DU 14-MARS (EN VISITE A WASHINGTON)
« Nous avons principalement axé nos entretiens sur l’indépendance et la souveraineté du Liban, car avant toute chose nous devons préserver le Liban. Nous avons longuement discuté de la nécessité de tenir le pays à l’écart des conflits internationaux, en raison de la situation particulière du Liban et de la composition de sa population. Nous avons mis l’accent sur l’importance que revêt pour le Liban et le gouvernement le problème des fermes de Chebaa. Nous avons évoqué le dossier des détenus libanais dans les prisons syriennes et israéliennes. La tendance actuellement est de tenter de former une commission d’enquête aux Nations unies afin de suivre cette affaire. Tous les responsables américains que nous avons rencontrés, à différents niveaux, ont affirmé qu’ils étaient opposés à l’implantation des Palestiniens au Liban car ils sont conscients de la situation du Liban et de ses équilibres délicats. Sans compter qu’ils estiment que les Palestiniens ont le droit de regagner leur pays lorsque l’État palestinien sera formé. De ce fait, l’affaire de l’implantation des Palestiniens est devenue une rigolade qu’il faut cesser d’exploiter afin de se forger une popularité et de susciter la crainte des Libanais, alors que ces derniers font face aujourd’hui à de nombreux problèmes qui doivent être réglés. »

- TALAL ARSLAN, CHEF DRUZE DE L’OPPOSITION
« Ni (le commandant en chef de l’Armée, ndlr) Michel Sleimane ni (le chef des SR militaires. Ndlr) Georges Khoury qui veut à tout prix être nommé commandant en chef de l’armée, ne sont habilités à se prononcer sur la légitimité du cheikh Akl. Nous avons pris une décision qu’ils sont obligés de respecter s’ils sont vraiment à égale distance de toutes les parties. Michel Sleimane et Georges Khoury ne sont pas libres de prendre des positions douteuses à l’égard de la communauté druze, ni de s’immiscer dans les Khelwat (lieu de culte druze, ndlr) de Kfeir ou de Aley. Il y a une ligne rouge qu’il faut observer. Ils doivent respecter la spécificité druze. Nous ne permettrons pas à Michel Sleimane de se mêler de nos affaires, avant ou après son élection à la présidence. Celui qui se considère consensuel ne doit pas exercer des pressions contre une seule partie. »

- ABBAS ZAKI, REPRESENTANT DE L’OLP AU LIBAN
« Il n’y a pas de lien entre l’offensive israélienne sur Gaza et la date du prochain sommet arabe. Il n’y a jamais de date pour de telles offensives et les Israéliens cherchent à couvrir leurs divisions, voilà pourquoi nous, Palestiniens, ne connaîtrons jamais de trêve, et par conséquent, nous nous préparons à un danger encore plus grand. L’opération contre (une école talmudique à Jérusalem le jeudi 6 mars, ndlr) revêt une dimension stratégique. Ce n’est pas une opération ordinaire, et elle n’est donc pas une agression mais s’inscrit dans le cadre d’une riposte stratégique. »

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions allemande, arabe, anglaise, espagnole et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise, espagnole et arabe.