Tendances et événements au Proche-Orient

Tournée de Cheney : le pétrole avant tout

De nombreux journalistes et analystes, arabes et occidentaux, ont estimé que la tournée au Moyen-Orient du vice-président états-unien, Dick Cheney, intervient dans le même esprit que la célèbre phrase d’un commentateur européen : « Là où cet homme débarque, il faut chercher les traces des transactions, des marchés et de l’argent. Souvenez-vous de Halliburton, qui a été le grand gagnant de la catastrophe irakienne. »
Selon les experts, le récent échec israélien à Gaza a contraint Cheney de retirer de l’ordre du jour de ses entretiens les projets belliqueux et guerriers, faisant passer en tête de ses préoccupations les prix du pétrole.
En Irak, le vice-président n’était porteur d’aucune initiative susceptible d’atténuer l’impact du désastre irakien. Il a été accueilli par un vague d’attentats et d’attaques qui ont fait des dizaines de morts, dont deux GI’s. Dans le même temps, plusieurs militaires de l’Otan trouvaient la mort en Afghanistan. Cheney s’est contenté d’appeler les alliés arabes de Washington à ouvrir des ambassades en Irak pour contrer l’influence de l’Iran dans ce pays.
Les analystes attendent maintenant de voir les résultats de sa visite dans les Territoires palestiniens. Le fait qu’il ait placé ses entretiens sous le titre de la concrétisation de la vision de George Bush des deux États a fait sourire les observateurs qui savent bien que l’homme est aveuglément, impartialement et inconditionnellement pro-israélien.
À Tel-Aviv, il examinera avec ses alliés les moyens de sortir de l’impasse de Gaza, où toutes les options israéliennes ont jusqu’à présent échoué. Mais on sent déjà les effets négatifs de la venue de Cheney : les Israéliens recommencent à évoquer la nécessité de négocier avec l’Autorité palestinienne et de ne pas parler au Hamas. On peut d’ores et déjà prévoir sans craindre de se tromper la reprise des assassinats de militants palestiniens et des raids contre la population civile.

Presse et agences internationales

• Des policiers de l’Onu ont essuyé lundi des tirs et plus de 140 personnes ont été blessées dans de violents affrontements dans le nord du Kosovo, majoritairement serbe, après une opération de police contre des Serbes un mois après l’indépendance du Kosovo. Face à cette situation, la police de l’Onu s’est retirée du Nord serbe de Mitrovica, la ville ethniquement divisée du Nord du Kosovo et dont le Sud est albanais.
La force de l’Otan (Kfor) qui assure la sécurité sur tout le territoire du Kosovo depuis la fin de la guerre de 1998-1999 est toutefois restée dans la partie nord de Mitrovica.
La tension, très forte dans le nord du Kosovo depuis la proclamation de son indépendance le 17 février, a dégénéré en violences après une opération de police dans la matinée pour déloger des Serbes qui, depuis vendredi dernier, occupaient deux tribunaux de l’Onu à Mitrovica, réclamant d’être placés sous l’autorité de l’État serbe. Lors de cette opération, 63 membres de la police de l’ONU ont été légèrement blessés. À Varsovie, un porte-parole de la police polonaise a précisé que 27 policiers polonais figuraient parmi les blessés. Vingt soldats français ont aussi été blessés. Environ 80 Serbes ont été blessés, tandis que 53 ont été interpellés lors de l’intervention.
À Belgrade, le président Boris Tadic et le Premier ministre du gouvernement sortant Vojislav Kostunica, tous deux opposés à l’indépendance du Kosovo, ont appelé les autorités internationales au Kosovo à ne pas utiliser la force contre les Serbes. M. Kostunica a indiqué que Belgrade avait « entamé des consultations avec la Russie sur une réaction commune afin d’arrêter toute forme de violence contre les Serbes ».

• Une attaque-suicide revendiquée par les talibans a fait lundi matin sept tués, dont deux soldats danois et un tchèque d’une patrouille de l’Otan, leur interprète et trois civils afghans dans la province très instable du Helmand, dans le sud de l’Afghanistan. Une voiture piégée conduite par un kamikaze a explosé près d’un convoi de la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF) de l’Otan dans le district de Gereshk, sur la route circulaire reliant Kaboul à la province de Kandahar puis à celle de Herat au nord-ouest. Un porte-parole des talibans, Youssouf Ahmadi, a appelé l’AFP pour endosser la responsabilité de l’attentat. « Nous revendiquons la responsabilité de l’attaque-suicide contre les forces de l’Otan à Gereshk. Elle a été menée par un camarade fidèle, originaire de la province, Abdulrahman », a-t-il dit.

ROSSIISKAÏA GAZETA (QUOTIDIEN OFFICIEL RUSSE)
- Entretien avec Serguei Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères
« Nous ne défendons et ne dédouanons personne dans nos relations avec l’Iran, comme avec tout autre pays. Dans notre politique étrangère, volet iranien compris, nous nous inspirons exclusivement des intérêts nationaux russes et du droit international (…) La communauté internationale avait des questions légitimes à poser à l’Iran qui avait développé son programme nucléaire pendant des années sans en informer l’AIEA en bonne et due forme, alors que c’était son obligation en vertu du Traité de non-prolifération (…) Je suis convaincu que la construction de cette centrale nucléaire constitue une très importante contribution en vue de pousser l’Iran à respecter ses engagements en vertu du Traité de non-prolifération. La centrale de Bouchehr est, si vous voulez, l’ancre qui maintient fermement l’Iran dans le giron du Traité de non-prolifération. »

VREMIA NOVOSTEÏ (QUOTIDIEN RUSSE, LIBERAL)
- Entretien avec Riyad al-Maliki, ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne
« Nous estimons que la Russie devrait entretenir des contacts avec les autorités légitimes en Palestine et leur accorder l’aide indispensable. En juin 2007, le mouvement Hamas a fait un coup d’État à Gaza, en s’opposant au gouvernement et à la loi et en provoquant des violences dans ce secteur (…) Toute négociation avec le Hamas ferait l’impression d’un soutien accordé au coup d’État. Ce serait un signal pour ceux qui ont fait un coup d’État chez nous, mais aussi pour ceux qui souhaitent agir de la même façon dans d’autres coins du monde. Des autorités légitimes doivent négocier avec des autorités légitimes, des ministres doivent rencontrer des représentants légitimes du peuple et non pas les leaders des mouvements ayant perpétré des actes pareils à ce qu’on a vu à Gaza (…) La seule chose qui puisse le justifier serait l’hypothèse suivante : au lendemain d’une telle rencontre, le Hamas annoncerait le retour à la situation d’avant juin 2007 où le coup d’État à Gaza a eu lieu. »

EUROPOLITIQUE (AGENCE DE PRESSE DE L’UNION EUROPEENNE)
Boeing a porté plainte contre EADS devant l’organe d’investigation du Congrès des États-Unis, après l’achat par le Pentagone de 179 avions ravitailleurs européens. On assiste à une bataille entre les partisans de l’industrie militaire toute américaine et ceux de l’industrie militaire atlantique intégrée. Jusqu’ici, le marché était à sens unique : les membres de l’Otan pouvaient acheter du matériel US, tandis que le Pentagone ne s’approvisionnait qu’en matériel US. Mais il existe déjà un précédent il y a quelques mois : l’achat par la Maison-Blanche d’hélicoptères italiens Augusta.

LES ECHOS (QUOTIDIEN ECONOMIQUE FRANÇAIS, GROUPE ARNAULT)
- Éditorial
L’échec militaire états-unien en Irak a montré la faiblesse du concept de « coalition des volontaires ». A contrario, il justifie une relance de l’Otan, mais celle-ci ne peut trouver de second souffle qu’avec l’aide de la France, seule puissance importante de l’Alliance qui ne faisait pas partie de la Coalition. Aussi le Congrès des États-Unis a-t-il accepté les exigences du président Sarkozy de laisser se développer une défense européenne capable d’initiatives autonomes. C’est que ce qui posait problème n’effraie plus, la confiance étant retrouvée entre Washington et Paris. Le sommet de l’Otan à Bucarest devra donc déterminer les objectifs de l’Alliance dans l’après-Irak.

LE TEMPS (QUOTIDIEN SUISSE)
• Le 13 août 1998, les banques suisses avalisent avec le Congrès juif mondial un accord destiné à mettre un terme définitif à la crise des fonds en déshérence qui ébranle la Suisse depuis deux à trois ans. Elles achètent la paix au prix fort : 1,25 milliard de dollars, destinés à indemniser les survivants de l’Holocauste ou leurs héritiers qui n’ont pas pu récupérer l’argent qu’ils avaient déposé en Suisse. Mais, dix ans plus tard, 260 millions de dollars ne sont toujours pas distribué. Une des principales raisons de cela tient au fait que le nombre de titulaires de comptes en déshérence qui se sont finalement annoncés a été largement inférieur aux prévisions. Il a donc fallu trouver à l’argent disponible de nouvelles affectations en cours de route. De solides appétits se sont alors manifestés. Mais le juge new-yorkais responsable de la mise en œuvre de l’accord, Edward Korman, ne s’est pas laissé impressionner. L’affaire a fait bien des victimes : Israël Singer, l’inflexible secrétaire du Congrès juif mondial, a été éjecté de son poste pour des irrégularités financières ; Ed Fagan, l’avocat des victimes de l’Holocauste, a été accusé de s’être rempli les poches avec l’argent dû à ses clients ; Il n’est pas jusqu’à Greta Beer, dont l’étoile ait aussi fini par pâlir. Cette États-unienne était un symbole. Toute l’affaire avait commencé par le récit qui avait tant ému le Sénat US de ses vaines recherches pour retrouver le compte ouvert jadis par son père auprès d’une banque suisse. Le compte a été identifié en 2005 : dans une banque en Israël.
• « Les experts devront avoir des compétences et une expérience approfondie dans le domaine des droits de l’homme, avoir une haute moralité et faire preuve d’indépendance et d’impartialité. » Le sociologue Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation jusqu’à la fin de mars, répond-il au profil ? La Suisse en est convaincue, qui a réalisé une brochure dans laquelle elle recense les atouts du sociologue genevois et qui en a fait son candidat officiel à l’élection au Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme. Un organe qui va succéder à la Sous-Commission des droits de l’homme en qualité de groupe de réflexion du Conseil. Composé de 18 experts (cinq pour l’Asie, cinq pour l’Afrique, trois pour l’Amérique latine, deux pour l’Europe de l’Est et trois pour le groupe occidental) qui seront élus le 26 mars prochain, le Comité consultatif devrait être un « aiguillon à la réflexion et à l’action du Conseil des droits de l’homme ». Les experts siégeront au maximum dix jours par an.

LE SOIR (QUOTIDIEN BELGE)
Le chef présumé d’un réseau d’islamistes récemment arrêté au Maroc, le Belgo-Marocain Abdelkader Belliraj a nié lundi devant un juge d’instruction avoir été un informateur des services secrets belges et avoir commis ou participé à des meurtres en Belgique, a déclaré son avocat Mohamed Ziane. En outre, le prévenu a affirmé au juge avoir décidé d’enterrer à Nador les armes saisies après qu’une tentative de les remettre à des islamistes algériens a été annulée par ces derniers dans les années 1990. Il a dit avoir eu un grand réseau relationnel avec la mouvance islamiste, y compris Oussama Ben Laden, expliquant au juge d’instruction que cela ne voulait pas dire qu’il était un terroriste.

THE DAILY TELEGRAPH (QUOTIDIEN BRITANNIQUE)
La lettre adressée ce week-end par le Premier ministre Gordon Brown à la Fabian Society marque un tournant politique. Il accepte le principe d’une commission d’enquête sur la guerre en Irak et amorce un virage pour en rendre responsable son seul prédécesseur, Tony Blair. Au demeurant, le conflit entre les deux hommes laisse entrevoir une opposition classique dans la vie politique britannique qui était déjà celle de Gladstone (moraliste) et Palmerstone (pragmatisme). Alors que Blair imaginait une réponse au terrorisme islamique d’ordre idéologique à l’échelle globale, Brown pense une réponse d’ordre psychologique à l’échelle locale. Le premier s’inspirait des néoconservateurs, le second des ouvrages de l’Australien David Kilcullen. Cet ancien officier qui conseille aujourd’hui le départment d’État US estime qu’il faut convaincre les jeunes musulmans que l’extrémisme n’est pas une solution, un peu comme on convainc des jeunes occidentaux de ne pas rejoindre un gang de rue.
[Le Daily Telegraph commet une erreur d’interprétation. Kilcullen n’a rien d’une assistante sociale, il est aujourd’hui conseiller du général Petraeus en Irak. Son apport théorique consiste à préconiser la « désagrégation » du jihad, c’est-à-dire la disjonction des théâtres d’opérations et la réduction progressive des foyers de résistance. Quoi qu’il en soit, cette erreur est significative comme l’assimilation de Brown à Palmerstone, qui fut responsable du fiasco de Crimée ; ou encore de l’opposition de Palmerstone à Gladstone alors qu’ils ne sont pas de la même génération et que celui-ci s’est surtout opposé à Disraeli, référence historique des néoconservateurs. Ndlr.]

THE AGE (QUOTIDIEN AUSTRALIEN)
La société chinoise Beijing AustChina Technology a reconnu avoir sponsorisé en 2006 des déplacements de l’actuel Premier ministre australien Kevin Rudd au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Chine. Mais elle a démenti l’avoir accompagné au Soudan. L’actuel ministre de l’Agriculture, Tony Burke, et le trésorier du Parti travailliste, Wayne Swan, ont également bénéficié des largesses de cette entreprise. M. Rudd a déclaré au Parlement que son voyage au Soudan avait été financé par ses propres deniers et visait à évaluer la situation au Darfour en qualité de leader de l’opposition de l’époque.

THE AUSTRALIAN (QUOTIDIEN AUSTRALIEN, GROUPE MURDOCH)
• Les trois prochains mois vont être marqués par une intense activité diplomatique au Proche-Orient. Après la chancellière allemande, on attend à Tel-Aviv, le vice-président des États-Unis et le candidat républicain à la Maison-Blanche, puis la secrétaire d’État US, le président français, le ministre britannique des Affaires étrangères, et pour finir le président des États-Unis en personne au mois de mai à l’occasion des cérémonies du 60eme anniversaire de la création de l’État d’Israël. Parallèlement se tiendront des conférences internationales à Londres, Berlin, Bethléem, et peut-être Moscou.
• Le gouvernement australien a signifié à la municipalité de Marrickville (ouest de Sydney) que la rencontre qu’elle projette en octobre avec la municipalité de la ville jumelée de Bethléem constitue un délit pénal. En effet, 15 conseillers municipaux de Bethléem sont membres du Hamas et 1 du Jihad islamique, organisations classées comme terroristes.

THE LOS ANGELES TIMES (QUOTIDIEN ETATS-UNIEN)
Les sondages du Palestinian Center for Policy and Survey Research ont été cités par l’administration Bush comme prouvant la justesse de sa politique. Ils donnaient en effet il y a quelques mois une légitimité quasi-identique à Mahmoud Abbas (pro-US) et à Ismaël Haniyed (Hamas). La dernière étude montre que désormais seuls 37% voteraient pour Abbas lors d’une élection présidentielle, tandis que 56% choisiraient Ismaël Haniyeh.

THE WASHINGTON POST (QUOTIDIEN ETATS-UNIEN)
• Un rapport de l’Inspection générale de la Direction nationale du renseignement a mis en évidence les incohérences du fichier anti-terroriste. 12 agences différentes, ayant chacune leurs propres critères alimentent ce fichier qui comprend aujourd’hui 720 000 entrées. La Direction nationale devrait établir une norme commune, faute de quoi ce fichier est source d’erreurs et peu utilisable.
• Un groupe de leaders juifs a organisé un débat entre des représentants des trois candidats à la Maison-Blanche. Le délégué de Barack Obama n’a été désigné qu’au dernier moment, tant il peinait à en trouver un pour ce difficile exercice. Ce fut en définitive le professeur Dan Kurtzer, ancien ambassadeur en Israël, qui se trouva sur la sellette. On lui reprocha pêle-mêle les propos du pasteur Wright (assimilant Israël à un État terroriste) ou ceux de Brzezinski (accusant Israël d’avoir tué des otages au Liban). Il s’en sortit en rappelant qu’il n’était que porte-parole d’Obama, pas son ex-pasteur, ni un de ses conseillers. Plus culoté, il se plaignit de la campagne d’e-mails diffamatoires contre son candidat (accusé d’être un crypto-musulman) en la comparant aux dénonciations calomnieuses dont les juifs furent victimes dans l’Histoire.

Audiovisuel international

CANNAL 10 (TELEVISION ISRAELIENNE, PROPRIETE DE LAUDER ET GAYDAMAK)
Le voyage de relations publiques de six jours, que Benjamin Netanyahu a entrepris lors de la « guerre contre le Hezbollah » (sic) a donné lieu à 50000 US dollars de frais (incluant le transport en première classe avec son épouse, l’hébergement au Connaught Palace, et même des tickets de spectacles). Pendant qu’il menait une vie de luxe, le pays était en guerre et les Israéliens souffraient.

Tendances et événements au Liban

Hésitations et embarras dans les rangs loyalistes

Le débat se poursuit dans les rangs loyalistes sur l’attitude à adopter vis-à-vis du sommet de Damas. Les avis sont partagés entre participation et boycott. Certains attendent pour calquer leur décision sur celle de l’Arabie saoudite. Mais d’autres, notamment le chef druze Walid Joumblatt, le chrétien Samir Geagea et certains députés du Courant du futur de Saad Hariri, mènent campagne pour le boycott. La plupart des forces politiques estiment qu’aucune solution à la crise libanaise n’est pas possible avant le sommet. L’ancien ministre Michel Murr a pour sa part fait remarquer qu’au lendemain du sommet, l’initiative arabe sera prise en main par le président syrien Bachar al-Assad, qui va faire en sorte d’aider les Libanais à dépasser leurs difficultés.
- 1. L’attitude de Fouad Siniora et de Saad Hariri est caractérisée par l’hésitation et l’embarras face à l’escalade initiée par leurs alliés Joumblatt et Geagea. Pour sa part, l’ancien président Amine Gemayel, un des leaders du 14-mars, s’est prononcé en faveur de la participation du Liban à travers une délégation. Les analystes constatent que la Syrie a réussi à semer le trouble dans les rangs de ses adversaires en envoyant une invitation par les voies diplomatiques ordinaires au nom du Premier ministre de facto. C’est ce qui explique l’étonnement exprimé par le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, à l’égard des appels au boycott. Par ailleurs, des proches de la coalition au pouvoir ont ouvertement appelé à copier la décision du Liban sur celle du roi Abdallah d’Arabie, estimant que Fouad Siniora ne devrait pas laisser passer l’occasion de voir la Syrie le reconnaître en sa qualité de Premier ministre « légitime » du Liban.
- 2. Le chef chrétien de l’opposition, Michel Aoun, a déclaré que le gouvernement de Fouad Siniora ne représente pas le Liban et est responsable de la crise qui secoue le pays depuis près plus de deux ans (Voir ci-dessous). Par conséquent, il ne peut pas le représenter au sommet de Damas. En parallèle, des députés du bloc parlementaire du général Aoun ont une nouvelle fois proposé qu’une délégation du 14-mars et une autre de l’opposition se rendent à Damas pour exposer leurs points de vue devant les dirigeants arabes. Michel Aoun a révélé qu’après le sommet arabe, l’opposition va lancer une initiative de règlement de la crise, sans donner de plus amples précisions.
- 3. Malgré le démenti du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, il est désormais certain que son adjoint, Terje Roed Larsen, examine la possibilité de convoquer une conférence régionale et internationale sur le Liban. C’est Samir Geagea qui l’a confirmé de New York après une rencontre avec… Ban Ki-moon en présence de M. Larsen ! Ce dernier est connu pour son alignement aveugle sur la politique des États-Unis et d’Israël.
- 4. Le député Mohammad Kabbara, membre du Bloc Tripolitain (quatre députés membres du 14-mars) s’est publiquement démarqué du document fondateur du 14-mars. Il a accusé Hariri, Joumblatt et Geagea de monopoliser le Mouvement du 14-mars, révélant que son bloc n’avait pas été consulté pour l’élaboration du document (Voir ci-dessous).
- 5. De multiples sources diplomatiques occidentales à Beyrouth ont démenti l’existence de toute initiative de règlement de la crise libanais. Mais l’ambassadeur d’Iran a révélé que la France avait repris ses consultations auprès de capitales concernées par le Liban, confirmant ainsi l’existence de contacts entre Téhéran et Paris sur ce dossier.

Principaux développements au Liban

• Akram Azouri, l’avocat de défense de l’ancien chef de la Sûreté générale, le général Jamil Sayyed, emprisonné sans jugement depuis deux ans et demi dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri, a envoyé deux lettres adressées l’une au secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, l’autre au chef de la commission d’enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri, Daniel Bellemare, pour se plaindre de l’interview de l’ancien chef des enquêteurs internationaux, Detlev Mehlis, sur la chaîne LBCI. Selon Me Azouri, le timing choisi pour l’intervention du juge allemand —soit à quelques jours de la remise par le nouveau chef de la commission d’enquête de son premier rapport au secrétaire général de l’Onu— « laisse présager le type de discours qu’il tiendra ». L’avocat a estimé qu’« une telle intervention ne peut se comprendre que comme une tentative de pression exercée sur M. Bellemare pour l’influencer quant au contenu de son prochain rapport, ou en prévision de ce qu’il pourrait contenir ». Si la véritable intention de M. Mehlis était « d’aider effectivement l’enquête, il aurait plutôt choisi de rencontrer M. Bellemare discrètement, et dans le respect des procédures, et non pas de faire des révélations au public libanais » par le biais d’un média. « Si les Nations unies ne peuvent pas empêcher l’intervention publique de M. Mehlis dans le but de préserver la crédibilité de l’investigation —que Serge Brammertz (le prédécesseur de M. Bellemare ) avait réussi à rétablir au cours des deux années de travail sérieux—, la LBCI devra alors accorder à ceux qui le désirent un droit de réponse en direct au cours de la diffusion de l’émission, pour garantir la transparence et la crédibilité. »

Déclarations et communiqués

- MICHEL AOUN, CHEF CHRETIEN DE L’OPPOSITION
« Je ne reconnais pas la légitimité du gouvernement. Les décisions du Premier ministre ne sont pas contraignantes pour moi. Si l’accusation de blocage de la présidentielle adressée aux députés maronites de notre bloc sont vraies aux yeux des Européens et des États-uniens, ces derniers n’avaient qu’à négocier avec nous afin de parvenir à une solution appropriée au lieu de soutenir des forces qui ne sont pas en mesure d’assurer la présence d’un chef d’État. Nous savions dès le départ que la situation était difficile, mais nous ne plierons pas. Nous nous sommes révoltés contre une décision qui ne tient pas compte de notre poids politique au Liban et qui ne nous permet pas d’assumer notre rôle. La résistance est notre seul choix contre des régimes hostiles au Liban. Elle peut être par moments pacifique comme elle peut, à d’autres moments, revêtir un autre caractère. Nous nous défendrons alors avec les armes. Nous sacrifierons tout pour notre présence, mais pas pour des objectifs mesquins. Le Liban est le seul pays où la même classe politique qui gouvernait sous l’occupation syrienne continue de tenir les rênes du pouvoir après la libération, parce que son principal tuteur est resté le même, en l’occurrence les États-Unis. Les Arabes devraient écouter les points de vue de la majorité et de l’opposition au sommet de Damas parce qu’ils entendent à chaque fois le même point de vue. Je ne dois laisser aucun État arabe s’exprimer en mon nom. J’exprime des doutes quant au refus états-unien d’autoriser l’implantation des Palestiniens au Liban et je refuse toute réunion internationale, similaire à Taëf, au sujet du Liban. Si les États qui refusent cette présence sur leur sol et ne permettent pas aux chrétiens de pratiquer leurs croyances sur leur territoire sont ceux qui ont de l’influence dans le milieu oriental, comment les chrétiens pourraient-ils être présents en Orient ? Des gens ont été jetés en prison parce qu’ils portaient un Évangile sur eux et d’autres parce qu’ils priaient chez eux. C’est une société comme celle du Qatar, qui a fait don d’un terrain pour l’édification d’une cathédrale, qui peut préserver la présence chrétienne. »

- NEHMETALLAH ABI NASR, DEPUTE DU BLOC DE MICHEL AOUN
« La loi autorise la vente de biens-fonds jusqu’à concurrence de 3 % de la superficie totale du Liban. La superficie des terrains déjà cédés est égale au tiers de la superficie de la capitale, soit 0,1 % de la superficie du Liban. Mais ce chiffre ne tient pas compte des reliefs des parcelles vendues. Le nombre des propriétaires de cette superficie (0,1 %) est de 43 000 personnes, avec une prédilection pour l’achat des biens-fonds de propriétaires chrétiens, notamment dans le Mont-Liban. Voici 23 ans que les gouvernements successifs s’emploient à modifier les données démographiques du Liban. La décision qui a porté le plus de tort aux chrétiens a été celle de boycotter les élections de 1992. Cette erreur a entraîné la modification de tous les équilibres. »

- NAWAF MOUSSAOUI, RESPONSABLE DES RELATIONS EXTERIEURES DU HEZBOLLAH
« La charte du printemps 2008 élaborée par les forces du 14 Mars n’a aucune valeur et devrait être relégué aux archives inutilisables. Nous savons pertinemment l’importance des divergences intellectuelles, culturelles et politiques qui existent entre ceux qui prétendent que cette charte est destinée à réhabiliter leur unité. La culture de la résistance et de l’opposition repose sur l’édification d’un Liban de pluralité où la diversité confessionnelle est gérée par un gouvernement équilibré où aucune partie ne peut monopoliser le pouvoir. Cette culture ne saurait être comparée à celle du fédéralisme et de la division qui repose sur le diktat états-unien. Cette formation finira par s’effondrer, et reviendra, honteuse et bredouille, vers le dialogue. La charte est une lettre de créance adressée à qui de droit par une Administration américaine qui a noyé son armée dans le pire des marécages et qui a détruit l’économie de son pays. Le camp progouvernemental n’a aucun rapport avec le Liban ou avec l’identité du pays, à moins que notre identité ne soit celle du féodalisme, de la corruption, de l’inféodation aux puissances étrangères et du mini-État de Taëf. Nous dénonçons la campagne de terreur qui a ciblé la population du Sud en répandant des rumeurs selon lesquelles une agression israélienne serait imminente. Cette campagne publicitaire payée par les États-Unis et par des pays arabes n’aboutira pas à ses fins. »

- MOHAMMAD KABBARA, MEMBRE DU BLOC TRIPOLITAIN (14-MARS)
« Nous étions censés participer à la rédaction de la charte en tant que partenaires principaux, d’autant que le ministre Mohammad Safadi est l’un des piliers du 14-mars. Le camp du 14-mars est-il désormais devenu une agence exclusive, dont les parts sont distribuées entre trois personnes, Saad Hariri, Walid Joumblatt et Samir Geagea, les autres partenaires n’ayant droit à aucune part. En tant que Bloc tripolitain, nous étions parmi ceux qui ont le plus tenté d’éliminer les agences exclusives, notamment en collaboration avec l’ancien chef de gouvernement Rafic Hariri. Est-il acceptable que l’on y revienne aujourd’hui ? Les leaders du 14-mars doivent faire preuve de plus de vigilance, et œuvrer à chercher leurs intérêts en traitant avec respect les membres du groupe. »

- COMMUNIQUE DE LA PRESIDENCE DE L’UNION EUROPEENNE
« L’UE continue d’apporter son ferme soutien aux efforts déployés par le gouvernement et les institutions du Liban pour préserver, comme ils en ont la mission, la stabilité, la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale du pays. L’UE se déclare préoccupée par l’impasse politique que connaît le Liban et par la dégradation de la sécurité.
L’UE réaffirme qu’elle soutient résolument le plan adopté à l’unanimité par les ministres des Affaires étrangères des pays arabes pour tenter de parvenir à un règlement de la crise politique et rend hommage aux efforts incessants du secrétaire général de la Ligue arabe, M. Amr Moussa. Elle invite instamment les parties en présence au Liban à faire en sorte, dans un premier temps, que l’élection présidentielle puisse avoir lieu sans délai, avant le sommet arabe. Le succès du plan exige que tous les acteurs jouent un rôle constructif. L’UE rappelle que le haut représentant de l’UE a été désigné pour conduire les efforts que l’UE déploiera avec les pays arabes à cet égard. »

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions allemande, arabe, anglaise, espagnole et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise, espagnole et arabe.