Tendances et événements au Proche-Orient

Barak refuse la trêve ; les Palestiniens dialoguent au Yémen

La reprise de la violence dans les Territoires palestiniens et la poursuite de tournée régionale du vice-président américain, Dick Cheney, n’ont pas occulté les propos pro-israélien de la chancellière allemande qui effectue une visite « historique » en Israël. Les principaux points à retenir des développements des dernières 24 heures sont les suivants :
- 1. Deux délégations du Fatah et du Hamas commencent ce mercredi au Yémen un dialogue pour tenter d’élaborer une plateforme palestinienne d’action commune, premier pas vers la consolidation de l’unité nationale.
- 2. Sur le terrain, les agressions israéliennes et les ripostes palestiniennes se poursuivent. Les Brigades des Hommes libre de la Galilée —qui ont revendiqué l’attaque contre l’Institut talmudique de Jérusalem, le 6 mars— ont refait parlé d’elles après avoir poignardé un rabbin extrémiste. Ce groupe confirme son ascension dans les rangs des mouvements de la Résistance palestinienne.
- 3. La presse israélienne fait état d’une attitude confuse, voire contradictoire du ministre de la Défense, Ehud Barak. D’un côté, il ne semble plus aussi pressé et enthousiaste à l’idée de lancer une invasion totale de la Bande de Gaza. De l’autre, il refuse la proposition de trêve globale avancée par le Hamas et les mouvements de la Résistance par le biais de la médiation égyptienne. Barak a réitéré son attachement à la politique des assassinats ciblés de militants, qu’il considère comme une constante israélienne non-négociable. Il refuse aussi de négocier avec le Hamas et estime que les attaques israéliennes contre les villes et agglomérations palestiniennes constituent un service inestimable rendu à l’Autorité palestinienne et qui n’est pas apprécié à sa juste valeur.
- 4. Les observateurs s’intéressent à la visite du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, dans certains pays de la région. C’est l’étape damascène qui semble la plus importante, surtout après les recommandations des services de renseignement militaire israéliens d’essayer « l’option syrienne » afin de tenter de sortir de l’impasse dans laquelle se trouve l’État hébreu.
Mais certains experts estiment qu’Israël pourrait exploiter la conférence de Moscou sur le Golan —prévue dans le cadre du processus d’Annapolis— pour lancer une vaste manœuvre dans le but d’affaiblir le soutien accordé par la Syrie aux mouvements de la Résistance. En somme, il s’agirait d’un énième retour à la stratégie visant à semer la division au sein de l’alliance Syrie-Iran-Hezbollah-Hamas. Une tentative qui sera, évidemment, vouée à l’échec.

Presse et agences internationales

• Le Fateh s’est dit prêt à reprendre le dialogue national avec le Hamas si celui-ci accepte les termes du compromis proposé par le président du Yémen pour mettre fin à la brouille des deux frères ennemis du mouvement palestinien. Le numéro deux en exil du mouvement islamiste, Moussa Abou Marzouk, a affirmé à la chaîne de télévision qatari al-Jazeera à son arrivée à Sanaa qu’il venait informer le président Ali Abdallah Saleh que son mouvement accepte l’initiative yéménite. Saleh a proposé d’en revenir à la situation d’avant ce que le président palestinien Mahmoud Abbas présente comme le « coup d’État » du Hamas contre l’Autorité autonome à Gaza ainsi que l’organisation d’élections présidentielle et législatives anticipées en Cisjordanie et à Gaza. L’annonce par M. Abou Marzouk de l’acceptation des termes de l’initiative yéménite semble faire « bouger les lignes », mais l’absence simultanée à Sanaa de Khaled Méchaal, numéro un en exil du bureau politique du Hamas, et du président Abbas indique que rien n’est encore joué.

• Un haut responsable israélien, Amos Gilad, est arrivé mardi au Caire pour s’entretenir avec le chef des services de renseignement égyptiens de la situation dans la bande de Gaza. Le général Gilad, conseiller politique au ministère israélien de la Défense, discutera également avec Amr Sleimane du terminal de Rafah, à la frontière entre l’Égypte et la bande de Gaza.

• Deux membres de la police religieuse saoudienne ont été arrêtés à Tabouk (Nord-Ouest) pour être interrogés sur la mort de deux jeunes, dont une fille, tués dans un accident de la route après avoir apparemment été pris en chasse par les deux policiers, a rapporté hier la presse. La puissante Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice, communément appelée Moutawa, a cherché à défendre ses deux membres. Forte de plus de 5000 hommes, la police religieuse a de larges pouvoirs dans le royaume ultraconservateur. Chargée de veiller au respect de l’ordre moral, elle avait été rappelée à l’ordre par le ministre saoudien de l’Intérieur afin qu’elle n’outrepasse pas ses droits, alors que plusieurs personnes sont mortes dans des conditions suspectes ces derniers mois.

AFP (AGENCE DE PRESSE FRANÇAISE)
- Karin Zeitvogel
Regard perdu et gorge nouée, le soldat américain Clifton Hicks ravive des souvenirs douloureux quand il raconte comment son unité en Irak s’est retrouvée prise dans une fusillade qui a fait plusieurs victimes civiles lors d’un mariage.
« Une patrouille en Humvee équipé de mitrailleuses était attaquée sur la gauche par deux ou trois insurgés », se souvient-il en témoignant devant l’organisation Iraq Veterans Against the War (IVAW), à la veille du cinquième anniversaire de l’attaque américaine contre l’Irak. « Des coups de feu ont alors retenti aussi sur la droite où se trouvaient des maisons. Le peloton a alors tiré dans les deux directions », a-t-il poursuivi.
Trois civils qui participaient à une fête de mariage ont alors été touchés. « Un vieil homme et une fillette de 10 ans ont été blessés, une petite fille de six ans tuée », raconte-t-il. « Elle a été tuée par des soldats à peine sortis de l’adolescence ! » s’indigne Clifton Hicks.
Après que son unité eut rapporté l’opération à ses supérieurs, l’ordre est arrivé : « Charlie Mike ! » ce qui, en jargon militaire américain, signifie : « La mission continue ! » « Nous avons tiré au milieu d’une fête de mariage, tuant et blessant plusieurs personnes et tout ce qu’on nous dit, c’est de continuer et d’oublier », déplore le soldat. Pour commémorer à leur façon ce 5e anniversaire, plusieurs soldats ont dépeint les horreurs de la guerre d’Irak, décrivant les violences à l’encontre de civils ordonnées par leur supérieur, la corruption dans le pays, ou les raids mal préparés.
Bombarder un village avec ordres de « feu à volonté », c’est-à-dire carte blanche pour tirer sur tout ce qui peut paraître anormal : « Cela va à l’encontre des règles militaires qui veulent que “l’identification catégorique” d’une personne ou d’un lieu comme cible militaire précède les tirs », explique l’ancien marine Adam Kokesh.
Le soldat Steve Casey, lui, se souvient des mots de son supérieur à l’entrée d’un quartier résidentiel : « “Tout le monde est a priori hostile”, “Allez-y, tirs à volonté”, comme s’il déclarait l’ouverture de Jeux olympiques macabres ». « J’ai vu des soldats tirer sur des pare-brise ou le radiateur de voitures », raconte-t-il. La majorité des victimes de cette opération n’étaient pas 700 à 800 combattants ennemis, comme l’ont annoncé les officiels, mais « des civils cherchant à fuir le champ de bataille », assure-t-il.
« Je ne suis pas venu ici pour émettre des jugements sur mes camarades soldats, je suis ici pour condamner la guerre », déclare le soldat Clifton Hicks pour expliquer sa démarche.
Poitrine couverte de médailles, Luis Montalvan, ancien capitaine de 34 ans, a lui aussi rejoint le mouvement IVAW pour, dit-il, dénoncer les mensonges des officiers de haut rang et la corruption rampante qui règne en Irak. Ce vétéran, traité pour stress post-traumatique, condamne très sévèrement l’Administration Bush qu’il accuse notamment de « crimes, de forfaiture et de mensonges » en Irak. Il appelle les Américains à « bien voter » en novembre, pour la présidentielle. « Votez pour le candidat qui pourra le plus sûrement nous sortir d’Irak », renchérit-il.

• Le président sortant russe, Vladimir Poutine, a appelé au « renforcement du partenariat stratégique » entre la Russie et la Chine, dans un message adressé au n° 1 du Parti communiste chinois, Hu Jintao, à l’occasion de sa réélection à la tête de l’État, a annoncé hier le Kremlin. « Je voudrais encore une fois confirmer l’attachement de la Russie à la poursuite du renforcement dans tous les domaines du partenariat stratégique avec la Chine », a déclaré M. Poutine. Et ce « pour le bien de nos peuples, dans l’intérêt de la consolidation de la paix et de la sécurité mondiales, de la construction d’un ordre mondial multipolaire et juste », a-t-il poursuivi. Les liens entre Pékin et Moscou se sont resserrés ces dernières années avec en particulier l’objectif commun de réduire l’influence des États-Unis, notamment en Asie centrale. La Russie et la Chine, qui disposent toutes deux d’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’Onu, adoptent souvent des positions proches sur les grands dossiers internationaux.

RIA-NOVOSTI (AGENCE DE PRESSE RUSSE)
Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov commence mercredi une tournée de trois jours au Proche-Orient qui le conduira en Syrie, en Israël et en Palestine. Dans une interview accordée à la chaîne de télévision arabophone Roussia Al-Yaoum ("Russie aujourd’hui"), M. Lavrov a averti que sa tournée serait recentrée sur le règlement du conflit israélo-palestinien. Selon le ministre russe, la Russie poursuivra ses contacts avec le mouvement islamiste Hamas « à seule fin de rétablir l’unité palestinienne et de pousser le Hamas à répondre aux appels adressés par la communauté internationale ». Le ministre russe a en outre annoncé son intention de signer à Damas un accord sur l’assouplissement du régime des visas syriens pour les Russes et en Israël un accord sur l’annulation complète des visas entre les deux pays. En Syrie, le chef de la diplomatie russe compte également évoquer les moyens à mettre en œuvre pour « influer positivement » sur la situation au Liban.

LIBERATION (QUOTIDIEN FRANÇAIS, GROUPE LAGARDERE)
Angela Merkel s’est employée à donner des gages à l’Etat juif, poussant l’élégance jusqu’à prononcer quelques mots en hébreu en préambule à son discours historique devant la Knesset. Arrivée en Israël avec une délégation impressionnante —huit ministres de premier plan— la chancelière a signé avec l’État juif un accord de coopération stratégique semblable à celui qui lie l’Allemagne à ses plus proches alliés européens. Sur le dossier du nucléaire iranien, elle fait preuve d’une incontestable fermeté, et ce malgré les investissements colossaux des entreprises allemandes en Iran.

LES ECHOS (QUOTIDIEN ECONOMIQUE FRANÇAIS, GROUPE ARNAULT)
Jean-Louis Guigou [époux de l’ancien ministre socialiste des Affaires européennes Ndlr.] ne tarit d’éloges à propos du projet d’Union pour la méditerranée de Nicolas Sarkozy. Il a créé en octobre la Fondation pour le monde méditerranéen. « Cette fondation privée, dont le noyau dur sera constitué d’une cinquantaine d’entreprises du Nord et du Sud, aura pour mission d’identifier et de chiffrer les projets prioritaires que nous soumettrons ensuite au secrétariat de l’UPM. Nous sommes des identificateurs de projets », résume-t-il. La Fondation se veut aussi « un lieu de brassage des élites du Nord et du Sud, qui, en se rencontrant, créent des liens de fraternité ». Pourtant, l’une des priorités consiste désormais à mettre sur pied une institution financière propre à la région. À l’image de la BERD pour les pays de l’est de l’Europe, elle financera les projets méditerranéens. « Ce n’est pas l’argent qui manque, assure Jean-Louis Guigou, l’important c’est que l’Union pour la Méditerranée soit un déclencheur de confiance. Offrir aux pays de la rive sud un avenir fermement lié à celui de l’Europe va très rapidement sécuriser les investisseurs », conclut-il dans un ultime élan d’optimisme.

LE TEMPS (QUOTIDIEN SUISSE)
De retour de Téhéran, où elle a assisté à la signature d’un gros contrat gazier entre la société zurichoise EGL et la National Iranian Gas Export Company (Nigec), Micheline Calmy-Rey a réfuté une quelconque violation des sanctions des Nations unies. Ces mesures onusiennes visent à contraindre l’Iran à suspendre son programme d’enrichissement d’uranium, soupçonné d’être de nature militaire. Le contrat d’EGL, qui n’a rien à voir avec le dossier nucléaire, prévoit la livraison de 5,5 milliards de mètres cubes de gaz pendant vingt-cinq ans à partir de 2011. Plus polémique, l’ambassade des Etats-Unis à Berne a fait savoir publiquement qu’elle réexamine l’affaire pour voir si le contrat viole la lettre de l’Iran Sanctions Act. Ce à quoi Mme Calmy-Rey a répondu sèchement : « Ces critiques étaient attendues. Nous n’acceptons pas l’extraterritorialité des lois états-uniennes. Mais le contrat d’EGL et de Nigec a quand même été examiné et il serait compatible. Je rappelle qu’il s’agit d’un contrat de gaz. Cela n’implique aucun investissement en Iran. »

LA TRIBUN DE GENEVE (QUOTIDIEN SUISSE)
De retour d’Iran en Suisse, Micheline Calmy-Rey a été pressée de s’expliquer sur son comportement à Téhéran. Les télévisions ont largement diffusé des images de la cheffe de la diplomatie helvétique portant un léger voile, comme une diva. « Ce n’était pas un acte de soumission, ni pour moi ni pour les personnes qui m’accompagnaient. Il y a aussi des femmes qui portent le voile en Suisse, sans que cela soit signe de soumission. Je ne voulais pas créer d’incident diplomatique. » a-t-elle déclaré. Il n’en reste pas moins que son choix illustre sa volonté d’être diplomate avant d’être féministe. A titre de comparaison, la présidente du Conseil nationale, Christine Egerszegi, s’était rendue en novembre en Arabie saoudite et n’avait pas porté le voile, même lors de son entretien avec le roi Abdallah.

THE DAILY TELEGRAPH (QUOTIDIEN BRITANNIQUE)
L’annonce du maintien en Irak jusqu’à la fin de l’année de 4000 soldats britanniques a suscité un concert de protestations. Le Premier ministre Gordon Brown s’était engagé à les réduire à 2500 en juillet. Il est revenu sur sa décision compte tenu des difficultés sur le terraine et se voir accusé de jouer un jeu cynique.

THE FINANCIAL TIMES (QUOTIDIEN ECONOMIQUE BRITANNIQUE)
BAE Systems a investi depuis trois ans aux États-Unis. Il a racheté United Defense Industries (le constructeur des tanks Bradley) pour 4 milliards de dollars, puis Armor Holdings pour 4,5 milliards. BAE vient de signer avec le Pentagone un contrat pour fournir 1500 véhicules résistants aux mines (MRAP) devenant ainsi un des principaux fournisseurs de l’armée US. Dans cette perspective, la compagnie britannique envisage de désigner un PDG états-unien, lors du renouvellement de cette charge en août. Si tel était le cas, une validation du gouvernement Brown serait nécessaire.

THE AGE (QUOTIDIEN AUSTRALIEN)
Beijing AustChina Technology était inconnue jusqu’à la semaine dernière et la découverte des facilités qu’elle a accordé au Premier ministre. Il apparaît aujourd’hui que cette société, propriété d’un certain Ian Tang, est la quatrième contributeur à la vie politique de l’Australie. Mais on ignore toujours quels intérêts précis elle représente.

THE SYDNEY MORNING HERALD (QUOTIDIEN AUSTRALIEN)
Les autorités philippines ont annoncé avoir déjoué un complot islamiste visant plusieurs ambassades à Manille, dont celle d’Australie. Les suspects arrêtés seraient liés à Al-Qaeda et à la Jemaah Islamiah, déjà responsable des attentats de Bali en 2002. Des spécialistes australiens ont été envoyés à Manille pour assister aux interrogatoires. L’Australie aide déjà les Philippines dans la lutte anti-terroriste, notamment en encadrant des Forces spéciales et en formant divers fonctionnaires de sécurité.

THE TIMES OF INDIA (QUOTIDIEN INDIEN)
L’American Jewish Council a invité l’imam Maulana Jameel Illyasi de la mosquée Kasturba Gandhi Marg de Delhi à se rendre en Israël. Il serait ainsi le premier dignitaire musulman étranger à entreprendre un tel voyage. M. Illyasi a déjà rencontré le président Shimon Peres et deux grands rabbins pour leur demander de rouvrir la mosqué Al-Aqsa. L’association pan-indienne des imams a annoncé qu’il serait exclu s’il se rendait à cette invitation. Interrogée à New York, l’American Jewish Council a confirmé le caractère hautement stratégique d’une telle visite pour Israël.

INSIDE THE AIR FORCE (HEBDOMADAIRE PROFESSIONNEL ETATS-UNIEN)
L’Air Force postule pour qu’un de ses généraux quatre étoiles succède à l’amiral Fallon à la tête du CentCom. Trois noms sont avancés : T. Michael Mosley (qui dirigea l’attaque aérienne de l’Irak en 2003 et est aujourd’hui chef d’état-major de l’armée de l’Air), John Corley (actuel responsable de la formation et du matériel aérien) et Victor Renuart (actuel patron du NorthCom).
Toutefois, cette exigence de l’Air Force aura du mal à s’imposer car aujourd’hui sur les 10 commandements principaux, elle en détient déjà 3 (le StratCom, le NorthCom, et le Transportation Command), la Marine en a 4, l’Armée de terre 2, et les Marines 1. En outre, c’est un autre général de l’Air Force qui dirige la CIA.

THE LOS ANGELES TIMES (QUOTIDIEN ETATS-UNIEN)
Le journal publie le résumé d’une étude cruelle de Christopher Cerf et Victor S. Navasky sur les analyses et conseils des hommes politiques, des experts et des éditorialistes à propos de la guerre en Irak. Sa conclusion est sans appel : ils n’ont cessé de se tromper depuis le début et ils l’ont fait à l’unisson (que ce soit à propos des armes de destruction massive, des liens entre Saddam Hussein et Al-Qaeda, de l’accueil des GI’s en libérateurs, du coût de la guerre et de la reconstruction, sans parler de la victoire sur l’insurrection). Les experts sont tous d’accord entre eux, mais le public peut-il être d’accord avec eux ?

THE NEW YORK TIMES (QUOTIDIEN ETATS-UNIEN)
• Les estimations du coût de la guerre en Irak sont contradictoires car il n’y a pas de consensus préalable entre les économistes sur la manière de le calculer. Quoi qu’il en soit, il est considérable. Les démocrates ont beau jeu de dénoncer cette gabegie mais, en définitive, ils voteront comme les autres la prochaine ralonge budgétaire.
• Le dernier sondage du Palestinian Center for Policy and Survey Research fait frémir. 64 % des Palestiniens approuvent les attaques à la roquette contre les colonies israéliennes. 75 % pensent que les négociations Abbas-Olmert n’apportent rien de positif et doivent être interrompues. 84 % approuvent l’attaque du 6 mars contre un centre de formation juive à Jérusalem. Le sondage établit également que 66 % des Palestiniens acceptent la solution à deux États si elle se fait sur un retour aux frontières de 1967.
• Le département d’État, qui refuse de discuter avec le Hamas, encourage des négociations indirectes entre l’organisation palestiniennes et Israël via une médiation égyptienne. Or, les choses sont en train de changer au fur et à mesure que s’impose le fait du Hamas à Gaza. Washington doit-il se priver de ces contacts ? À titre de test, le blog du département d’État a intitulé sa question de la semaine : « Les États-Unis doivent-ils discuter avec le Hamas, dans le cadre de leurs efforts de paix entre Israéliens et palestiniens ? ». Les réactions ne se sont pas fait attendre. Elles sont toutes négatives, mais la question est désormais posée.

THE WASHINGTON POST (QUOTIDIEN ETATS-UNIEN)
John McCain a perdu une bonne occasion de se taire. À la sortie de son entrevue avec le roi de Jordanie, mardi 18, il a déclaré que l’Iran entraînait les terroristes d’Al Qaeda en Irak. Les démocrates ne se sont privés de souligner sa confusion entre le groupe sunnite et l’État chiite pour mettre en question sa prétendue compétence en politique internationale.

Déclarations

- JOSE-MARIA AZNAR, ANCIEN PREMIER MINISTRE ESPAGNOL
« La situation en Irak n’est pas idyllique, mais assez bonne (…) c’est aujourd’hui moins difficile qu’à l’époque de Saddam Hussein (…) Les gens peuvent participer à des élections libres et parler librement. Il y a la liberté dans le pays et la possibilité d’établir une démocratie. Le monde est meilleur sans Saddam Hussein et les Talibans ».

- KEVIN RODD, PREMIER MINISTRE AUSTRALIEN
« La création de l’État d’Israël, en 1948, est une œuvre artisanale du gouvernement travailliste de l’époque » (allusion au rôle du ministre des Affaires étrangères australien et président de l’Assemblée générale de l’ONU Herbert Evatt).

Tendances et événements au Liban

Riyad-New York : Le Liban à l’affiche

Le gouvernement de facto dirigé par Fouad Siniora a reporté au 25 mars sa décision concernant le sommet de Damas qui vacille toujours entre participation et boycottage. Plus de six heures de débats entre les ministres loyalistes n’ont pas suffit pour dégager une position mardi soir :
- 1. Le débat se poursuit dans les rangs des loyalistes sur l’opportunité de participer ou de boycotter le sommet de Damas. Mais les spécialistes du dossier libanais savent très bien qu’il s’agit là d’une pure perte de temps. Car c’est l’Arabie saoudite qui décidera de l’attitude à adopter et qui la dictera à ses « alliés » libanais.
- 2. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Saoud al-Fayçal, a fait mardi des déclarations plus modérées et moins provocatrices qu’à l’accoutumée. Il a espéré que le sommet arabe sera une occasion pour régler la crise libanaise. Cela signifie, en clair, que le royaume ne boycottera pas le sommet de Damas. Ce développement s’accompagne d’informations sur une prochaine visite à Damas d’un émissaire égyptien de haut niveau —peut-être le chef des services de renseignement le général Amr Sleimane— dans le cadre d’une nouvelle médiation entre la Syrie et l’Arabie saoudite.
- 3. Une grande déception commence à gagner les rangs du 14-mars pro-US après la multiplication des indices montrant que le sommet de Damas sera couronné de succès, en dépit des énormes pressions exercées par les États-Unis et leurs satellites arabes. D’autant que la Syrie a réussi à imposer la question palestinienne comme point principal à l’ordre du jour, tandis que les Arabes « modérés » avaient liés le sort du sommet à l’élection d’un président de la République au Liban. Damas a refusé le marché de dupes qui lui était proposé : exercer de fortes pressions sur l’opposition libanaise afin qu’elle abandonne ses revendications politiques —en d’autres termes qu’elle s’auto-élimine— en contrepartie d’un sommet qui verrait la participation de tous les chefs d’État et rois arabes.
- 4. Les loyalistes ont ressorti du placard de vieux outils obsolètes pour exercer des pressions sur l’opposition, notamment l’affaire du tribunal international. Violant le secret de l’instruction et tous les droits des accusés et des témoins, l’ancien président de la Commission d’enquête internationale, Detlev Mehlis, a donné une interview à une télévision proche du 14-mars, la LBCI. Soin objectif était de saper le travail de son successeur, le belge Serge Brammertz, dont le travail avait été professionnel et non-politisé (Voir ci-dessous).
- 5. Les médias libanais évoquent de plus en plus un projet de renflouement du gouvernement de Fouad Siniora en y nommant deux ministres chrétiens pour remplacer Pierre Gemayel (assassiné le 28 novembre 2006) et Yaacoub Sarraf, qui a démissionné deux semaines plus tôt. La nomination d’un ministre nécessite la signature du président de la République. En pourvoyant ces deux portefeuilles à ce moment précis, le gouvernement de facto veut s’approprier les prérogatives du président de la République. L’opposition a annoncé son refus catégorique de laisser passer une telle mesure sans réagir.
- 6. Des informations de presse (le quotidien al-Akhbar proche de l’opposition) en provenance de New York font état de la dégradation des relations entre le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, et son adjoint Terje Roed Larsen, soupçonné de suivre un agenda US et non pas onusien. Larsen a effectué une tournée auprès de plusieurs capitales arabes et occidentales pour sonder le terrain dans l’éventualité de l’organisation d’une conférence internationale de soutien au Liban (comprendre au gouvernement Siniora).
- 7. L’ancien ministre Sleimane Frangié, un des leaders chrétiens de l’opposition, a confirmé les informations révélées par Tendances il y a quelques jours, sur la mise en place par l’opposition de structures de coordination entre ses différentes composantes. Une mesure nécessaire pour améliorer et optimiser l’action de l’opposition dans la période à venir.

Déclarations

- BERNARD KOUCHNER, MINISTRE FRANÇAIS DES AFFAIRES ETRANGERES
« Je suis toujours en contact avec la société civile libanaise, que j’aime, parce qu’elle est beaucoup moins sectaire que la société politique, parce qu’elle est ouverte, parce qu’il y a un travail intercommunautaire et c’était cela que je souhaitais qu’ils développent eux-mêmes. Hélas, il est très difficile pour la société civile, dans ce pays, de se faire un chemin. Il y a des déclarations, de belles déclarations, mais qui sont insuffisantes et la politique traditionnelle, c’est-à-dire, extrêmement communautariste, au mauvais sens du terme, divisée en clans, reprend le dessus. J’encourage la société civile libanaise à publier, à faire connaître l’avis de la population. Maintenant, est-ce que je suis optimiste ou pas ? Sur le fait que le Parlement puisse se mettre d’accord pour élire un candidat que la majorité a proposé alors que c’était le candidat de l’opposition, cela bloque évidemment, sinon cela aurait été trop beau. Est-ce qu’aujourd’hui sera le bon jour ? Qu’en pensez-vous ? Non. Est-ce que quelque chose se fera avant le sommet de Damas ? Non, je ne le crois pas. J’espère me tromper complètement en disant cela. Je ne souhaite pas cela. Est-ce qu’il faudra prendre une initiative après ? Peut être. Encore une fois, notre position s’adressait à toutes les communautés libanaises. La position française, que l’on a appelé l’initiative française, n’a pas eu plus de succès que l’initiative de la Ligue arabe car c’était sur les mêmes trois points que nous étions arrivés à un accord entre la majorité et l’opposition. Est-ce qu’il faudra reprendre cette initiative ? Je ne sais pas, en tout cas j’y suis prêt. »

- SAOUD AL-FAYÇAL, MINISTRE SAOUDIEN DES AFFAIRES ETRANGERES
« J’espère que le sommet de Damas pourra contribuer au règlement de la crise politique au Liban. La persistance de cette crise est incompréhensible. En dépit de plusieurs interventions de nombreux pays, notamment de la part de la Ligue arabe et nonobstant les solutions équitables proposées pour le règlement de cette question, la situation demeure inchangée et menace ainsi l’unité du Liban. »

- JOHN MCCAIN, CANDIDAT REPUBLICAIN AUX ELECTIONS US
« Je suis très inquiet de l’influence de l’Iran en Irak et son soutien au Hezbollah. Je soutiens Jérusalem en tant que capitale d’Israël ».

Audiovisuel libanais

LBCI (CHAINE PROCHE DU 14-MARS)
- Invité : Detlev Mehlis, ancien président de la Commission d’enquête Hariri
« Selon ce que j’ai lu dans les rapports de la commission depuis mon départ (en janvier 2006), je n’ai pas décelé beaucoup de nouveaux détails par rapport au travail de la commission lorsque j’en étais le chef. Soit l’enquête a progressé sans être publique, soit elle n’a pas beaucoup progressé depuis. Le public a le droit de savoir où en est l’enquête. La commission se doit de transmettre ses conclusions sans pour autant mettre l’enquête en péril. Cette commission a été formée par l’Onu pour donner de l’espoir aux Libanais et soutenir la démocratie. J’ai des réserves sur le principe de garder le secret autour des éventuels suspects identifiés par mon successeur. Ceux-ci pouvaient commettre de nouveaux crimes s’ils étaient gardés en liberté. En tant que procureur général, je ne peux pas accuser des États, mais il est possible d’accuser des individus, qu’ils soient présidents, ministres, officiers ou quoi que ce soit. Personne n’est au-dessus des lois, pas même le pape de Rome. Le tribunal international ne protègera pas les chefs d’État, vu qu’il a la capacité d’accuser et de pénaliser toute personne impliquée dans l’attentat. Au cas où un État refuserait de livrer un suspect ou un témoin, les Nations unies disposent de plusieurs moyens pour lui imposer de le faire, comme les sanctions. Les (quatre) généraux (libanais) ont été arrêtés suite à des informations selon lesquelles ils quitteraient le pays alors qu’ils étaient activement impliqués dans l’attentat (…) La méthode utilisée par les assassins, qui se base en grande partie sur les contacts par téléphones portables, a beaucoup aidé dans l’enquête. J’ai personnellement fais l’objet de menaces répétées lorsque j’étais en poste au Liban et j’étais inquiet pour mon entourage. L’assassinat du député Gebran Tuéni (le 12 décembre 2005) s’inscrivait dans le cadre de ces menaces, puisqu’il a été perpétré un jour avant la présentation de mon rapport final au Conseil de sécurité. Il y a une lettre d’un groupe islamiste qui affirme que j’aurais été la cible privilégiée si je n’avais pas abandonné l’enquête. C’est l’Onu qui m’a recommandé de ne plus résider au Liban, et m’a proposé un bureau à l’extérieur du pays. Mais j’ai jugé que je ne pouvais pas diriger une telle enquête de loin (…) Il n’y a pas un ange blanc qui descend de son nuage pour nous donner toutes les informations, et comme dans toute affaire d’attentat terroriste, les informations viennent de plusieurs sources, notamment des témoins ou des suspects. Mohammad Zouhair Siddik n’a jamais été ce qu’on appelle un témoin-roi. En ce qui concerne Houssam Houssam, j’ai voulu l’interroger de nouveau et j’ai demandé cela aux autorités syriennes, mais sans succès. Le cours suivi par le tribunal international est désormais indépendant de tout gouvernement au Liban, parce que si l’actuel cabinet était renversé, et que le chaos venait à régner, qui pourrait garantir la pérennité du processus ? Le procès pourrait durer des années, mais en définitive, les coupables seraient écroués. »

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions allemande, arabe, anglaise, espagnole et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise, espagnole et arabe.