Tendances et événements au Proche-Orient

La Résistance irakienne, principal électeur aux présidentielles US

Le cinquième anniversaire de l’invasion de l’Irak a fait l’objet d’une large couverture de la part des médias arabes et internationaux, qui ont longuement analysé et commenté l’échec états-unien dans ce pays. Dans le même temps, le président George Bush affirmait n’avoir aucun regret, estimant que le renversement de Saddam Hussein est un « grand succès » pour son pays. Mais il est peut-être un des rares à continuer à le croire —le croit-il vraiment ?— au vu des résultats catastrophiques de cette aventure militaires : 4 000 GI’s morts et 30 000 blessés ; un coût économique exorbitant (3 000 milliards de dollars selon le prix Nobel de l’économie Joseph Sitglitz), en partie responsable de la crise économique structurelle qui se profile aux États-Unis ; un million de morts irakiens.
Des experts en affaires US pensent que le « parti de la guerre » au sein de l’administration va faire tout ce qui est en son pouvoir pour assurer l’élection de John McCain, dans l’espoir qu’il continuera sur la voie des aventures militaires lancées par Bush. D’autres spécialistes affirment, cependant, que bien que les mêmes lobbies économiques géants qui ont soutenu Bush appuient maintenant McCain, la politique étrangère du candidat républicain sera principalement basée sur les recommandations de la commission Baker-Hamilton.
Ces mêmes analystes s’attendent à une conspiration entre le parti républicain et certains milieux du parti démocrate pour barrer la route au candidat Barak Obama qui pourrait pratiquer une politique encore plus à gauche des recommandations de Baker-Hamilton au cas où il était élu président.
Mais la plupart des observateurs estiment que quels que soient les scénarios, la Résistance irakienne sera le plus grand électeur aux États-Unis. Car à chaque GI tué, MacCain sortira plus affaibli et le candidat démocrate renforcé.

Presse et agences internationales

• Cinq ans après être apparu sur les télévisions pour confirmer que les États-Unis avaient, « avec réticence », commencé à bombarder un « régime hors la loi qui menace la paix avec des armes de meurtre en masse », M. Bush a déclaré que, malgré le prix « élevé » payé depuis lors, « chasser Saddam Hussein du pouvoir était la bonne décision, et ceci est un combat que l’Amérique peut et doit gagner ». Le 1er mai 2003, sur le pont d’un porte-avions, M. Bush n’avait pas hésité à déclarer que la mission était « accomplie ». Depuis le début de la guerre, le 20 mars 2003, plus de 80 000 Irakiens ont été tués, ainsi que près de 4 000 GI’s. La guerre a également coûté des centaines de milliards de dollars, renforcé l’influence iranienne et altéré le crédit de l’Administration Bush.
En conséquence, 64 % des États-uniensestiment que la guerre n’en valait pas la peine, selon un sondage réalisé pour la chaîne CBS, et attendent que leur président annonce la poursuite de la réduction des effectifs militaires en Irak. Mais M. Bush les a prévenus que les gains enregistrés depuis 2007 en Irak étaient « fragiles et réversibles » et qu’il ne ferait rien qui les remettrait en cause. En réaction au sondage, le vice-président Dick Cheney s’est, pour sa part, contenté d’un « Et alors ? » Selon lui, la stratégie US en Irak ne doit pas « changer de cap » à cause des sondages.
Dans son discours au Pentagone, M. Bush a toutefois jugé « compréhensible » que le débat continue, mais s’est contenté de livrer un argumentaire connu : les États-uniens doivent combattre al-Qaeda en Irak pour ne pas le combattre aux États-Unis, se retirer trop rapidement sèmerait le « chaos » et enhardirait les « terroristes » et l’Iran voisin. Il a surtout fait valoir les progrès accomplis depuis 2007 et la diminution des violences grâce à l’envoi d’environ 30 000 GI’s supplémentaires. Ce changement « a fait plus que renverser la situation en Irak.

• Le maire de Sderot, Eli Yoal, a indiqué que 3 000 personnes ont quitté la colonie du sud d’Israël ces derniers mois en raison de la poursuite des tirs de roquettes par les mouvements de la Résistance palestinienne. Ce chiffre représente près de 15 % de la population totale, dont une grande partie habite la ville de manière intermittente. Sderot (22 000 habitants) est souvent la cible de roquettes artisanales qui font rarement de victimes mais effrayent les habitants.

• Le numéro deux du bureau politique du Hamas, Moussa Abou Marzouk, a affirmé mercredi que son mouvement acceptait de renoncer au pouvoir dans la bande de Gaza contre la réhabilitation du Premier ministre Ismaïl Haniyeh, limogé par le président Mahmoud Abbas. M. Abou Marzouk, à Sanaa en même temps qu’une délégation de l’OLP pour des entretiens séparés avec les responsables yéménites sur leur initiative d’une réconciliation inter-palestinienne, a déclaré à l’AFP que le Hamas acceptait « un retour à la situation prévalant avant le 13 juin, y compris un retour du gouvernement d’Ismaïl Haniyeh en sa qualité de gouvernement d’union nationale ». « Nous voulons revenir à une situation d’unité en Cisjordanie et dans la bande de Gaza sous un seul gouvernement, un seul corps sécuritaire et une autorité unique », a affirmé le numéro deux du Hamas. En cas de rejet de cette offre par le Fateh, il a prôné « le dialogue ».

• L’homme fort du Tibet, le numéro un du Parti communiste, Zhang Qingli, a affirmé que la Chine avait engagé une « lutte à mort avec la clique du dalaï-lama ». Dans un discours particulièrement violent prononcé mardi —où M. Zhang a qualifié le dalaï-lama de « loup enveloppé dans une bure de moine » et de « monstre à face humaine mais au cœur d’animal »—, il a également appelé les responsables à ne pas baisser la garde. Les autorités chinoises ont affirmé que 105 personnes impliquées dans les manifestations de vendredi dernier à Lhassa s’étaient rendues mardi soir, a indiqué l’agence Chine nouvelle. Les émeutes dans la capitale du Tibet ont fait 13 morts, vendredi 14 mars, selon un bilan officiel. Les Tibétains en exil parlent de 100 morts, voire de centaines de victimes, non seulement au Tibet mais dans d’autres régions où les manifestations s’étaient propagées la semaine dernière.

• Le Pakistan a élu mercredi la première femme présidente de l’Assemblée nationale de son histoire, Fahmida Mirza, une fidèle de l’ancienne Premier ministre Benazir Bhutto, assassinée dans un attentat-suicide en décembre 2007. Fahmida Mirza, âgée de 52 ans, a été élue présidente de l’Assemblée nationale par 249 voix sur 342 députés.
L’annonce de l’élection de Mme Mirza, première femme à occuper ce poste au cours des 60 ans d’histoire du Pakistan, un pays musulman conservateur de 160 millions d’habitants, a été suivie par une salve d’applaudissements des députés qui ont frappé de la main sur leurs pupitres. Fahmida Mirza était assurée de l’emporter, à la suite d’un accord entre son mouvement, le Parti du peuple pakistanais de Benazir Bhutto (PPP) et la Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N), qui ont respectivement obtenu 121 et 91 des 342 sièges de l’Assemblée et vont former un gouvernement de coalition avec d’autres formations.

• L’émir du Koweït, cheikh Sabah al-Ahmad al-Sabah, a annoncé mercredi la dissolution du Parlement, dominé par l’opposition, et convoqué par décret des élections législatives anticipées pour le 17 mai, les deuxièmes en moins de deux ans. « Pour protéger le pays et le peuple des comportements irresponsables qui ont dépassé les limites (...) et pour préserver l’unité nationale, j’ai décidé de dissoudre le Parlement et d’appeler le peuple koweïtien à élire un nouveau Parlement », a lancé l’émir dans un discours à la nation retransmis à la télévision d’État. Il a ajouté que la conjoncture régionale et internationale « commandait une sérieuse révision de notre situation ». « Il n’y a pas de place dans ce pays au fanatisme ou à l’allégeance à une secte, une tribu ou une classe sociale aux dépens de la nation », a-t-il poursuivi.
L’émirat, gouverné par une dynastie sunnite, est en proie à des tensions interconfessionnelles depuis l’organisation le mois dernier par des activistes chiites d’un rassemblement à la mémoire du chef militaire du Hezbollah, Imad Moghniyé, tué le 12 février dans un attentat à Damas. La minorité chiite constitue le tiers des quelque un million de Koweïtiens, pour une population totale de 3,2 millions d’habitants.

AWAN (QUOTIDIEN KOWEITIEN)
- Mehdi al-Khamis
« La crise au Koweit ne sera pas résolue par le limogeage du gouvernement ou de celui qui le dirige. Elle ne sera pas résolue par la dissolution du Parlement ni même par la suspension de la vie démocratique. Nous avons grand besoin d’un système de partis en vertu duquel le gouvernement est issu du Parlement sur la base d’un programme clair. »

ISNA (AGENCE DE PRESSE IRANIENNE)
L’ancien président Mohammad Khatami et le chef du Parti de la confiance nationale, l’ex-président du Parlement Mehdi Karoubi, deux chefs de file réformateurs, ont écrit conjointement au Conseil des gardiens de la Constitution pour demander un nouveau décompte des voix à Téhéran. À Téhéran, 19 conservateurs ont été élus au premier tour (sur 30 sièges), à la surprise des réformateurs qui ont contesté le décompte des voix. Selon la loi iranienne, un candidat doit recueillir 25 % des suffrages exprimés pour être élu au premier tour. Or, selon le site Internet conservateur Tabnak, les autorités n’ont pas tenu compte de quelque 170 000 bulletins nuls ou blancs pour calculer ce pourcentage, permettant aux 19 candidats conservateurs de passer la barre, alors qu’ils n’auraient été qu’onze en appliquant strictement la loi.

AL QABAS (QUOTIDIEN KOWEITIEN)
- Entretien avec Walid Joumblatt, chef druze du 14-mars pro-US
« Les relations avec le Hezbollah ont atteint un point de non-retour, parce que ce parti prend ses ordres d’Iran et du régime syrien. Quelle est cette hérésie qui consisterait à aller en Syrie au moment où nous l’accusons de sabotage et d’assassinat ? J’écarte la possibilité d’une guerre civile. Mais éventualité dépend des ordres de la Syrie et de l’Iran à leurs alliés qui pourraient provoquer des incidents sur le terrain. Je suis en possession d’informations selon lesquelles l’opposition voudrait ajourner la bataille au lendemain des élections législatives, prévues l’année prochaine. Je suis d’accord pour l’adoption du caza, à condition de ne plus joindre des cazas ensemble, comme c’est le cas de Hasbaya-Marjeyoun et de la Békaa-Ouest-Rachaya. En cas d’offensive israélienne, nous y ferons face de toutes nos forces politiquement et moralement, comme nous l’avions fait pendant la guerre de juillet. L’accord de Taëf reste le cadre adéquat pour le Liban, dans la mesure où il tient compte très précisément des équilibres dans le pays et organise les rapports libano-syriens. Je tiens à rester en contact avec le président de la Chambre, Nabih Berry, qui a voulu, par le biais du dialogue, éviter ces fortes divisions dans le pays, mais les circonstances qui l’entourent ne l’ont pas aidé. »

HAARETZ (QUOTIDIEN ISRAELIEN)
Les forces de sécurité israéliennes ont été placées en état d’alerte quasi maximale dès mardi, Israël redoutant une attaque du Hezbollah pour venger l’assassinat d’Imad Moghniyé, à l’approche du quarantième, dimanche, et de la pâque juive. L’armée israélienne craint particulièrement des attaques simultanées contre des cibles situées à l’intérieur d’Israël et contre des institutions israéliennes à l’étranger. Les dispositifs de sécurité ont donc été renforcés autour des ambassades israéliennes dans le monde. Les services de renseignements disposeraient d’informations faisant état d’un plan de vengeance que le Hezbollah aurait élaboré en coordination avec la Syrie et l’Iran. Des détachements supplémentaires de l’armée israélienne ont été déployés le long de la frontière avec le Liban et le ministre de la Défense, Ehud Barak, a décrété un bouclage total de la Cisjordanie qui devrait perdurer jusqu’à dimanche.

SITE INTELLIGENCE GROUP (SPECIALISE DANS LA SURVEILLANCE DES SITES ISLAMISTES)
Le chef du réseau al-Qaëda, Oussama Ben Laden, devrait prochainement diffuser un nouveau message. Il est intitulé : « La réponse sera ce que vous voyez, pas ce que vous entendez ». L’annonce de la diffusion prochaine de ce message a été faite par l’administrateur d’al-Ekhlaas, un forum sur Internet lié à al-Qaëda et accessible avec un mot de passe.

ITAR-TASS (AGENCE DE PRESSE RUSSE)
Le tribunal de Mosgorsoud a commencé mercredi à examiner le fond des charges retenues contre le copropriétaire de Ioukos, Leonid Nevzline, accusé d’organisation de plusieurs meurtres. Nevzline est réfugié en Israël et le procès à son encontre en Russie a lieu par contumace. « L’affaire Nevzline » est le deuxième procès judiciaire par contumace en Russie. Antérieurement, le tribunal Savelovski de Moscou avait condamné par contumace Boris Berezovski, exilé à Londres, à 6 ans de prison pour détournement de quelque 215 millions de roubles appartenant à la compagnie Aeroflot.

AGENCE EUROPE (AGENCE DE PRESSE DE L’UNION EUROPEENNE)
L’actuel président du Conseil de l’UE, le ministre slovène des Affaires étrangères Dimitrij Rupel, a entamé, mardi 18 mars, sa tournée au Proche-Orient par une visite au Caire où il s’est entretenu avec le président égyptien Hosni Moubarak. L’entretien a porté surtout sur le processus de paix au Proche-Orient. M. Rupel a exprimé des préoccupations concernant les récents événements qui ont coûté la vie à de nombreux Israéliens et Palestiniens, et la très mauvaise situation humanitaire dans la Bande de Gaza. « Notre mission commune est de convaincre les Israéliens et les Palestiniens de reprendre les négociations », a-t-il dit. Les deux hommes ont également abordé la situation au Liban, en Syrie et en Iran. M. Rupel fera rapport de son voyage lors de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères (« Gymnich ») les 28 et 29 mars à Brdo en Slovénie.

LE MONDE (QUOTIDIEN FRANÇAIS, GROUPE LAGARDERE)
- Tribune libre de John McCain, candidat républicain à la Maison-Blanche
« États-Unis–Europe : pour un nouveau pacte global ». « Les pays de l’OTAN et de l’Union européenne doivent en même temps avoir la capacité et la volonté d’agir pour défendre la liberté et la prospérité économique. Ils doivent consacrer les moyens financiers nécessaires pour se doter de capacités militaires et civiles qui puissent se déployer dans le monde entier, des Balkans à l’Afghanistan, du Tchad au Timor- Oriental. Nous saluons le rôle éminent que joue l’Europe pour faire du monde un endroit plus agréable et plus sûr. Nous attendons avec impatience la réintégration pleine et entière de la France dans l’OTAN. Et nous soutenons les efforts de l’Union européenne en vue de construire une politique européenne de sécurité et de défense efficace. Une Union européenne forte, une OTAN forte et un véritable partenariat stratégique entre elles sont dans notre intérêt. »
- Entretien avec Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem, démissionnaire pour raison d’âge
« En Israël, la paix est considérée comme un risque. Ce pays estime que ce n’est pas le moment de le prendre, car cela l’exposera en permettant aux Palestiniens de devenir plus forts et de développer leurs moyens de résister. C’est la raison pour laquelle les Israéliens ont peur de la paix. Mais la peur ne peut pas permettre, ni à une personne ni à un peuple, de vivre sa vie pleinement (…) Le Hamas existe, le Hezbollah existe. Ils représentent une menace [pour Israël]. Ce qui fait exister le Hezbollah et ce qui fait monter le Hamas, c’est cette situation de guerre qui crée des injustices, la pauvreté et la misère. Tant que cette situation se perpétuera, le Hamas existera (…) L’Union européenne, la communauté internationale doivent parler avec une seule Autorité palestinienne et accepter que celle-ci opère sa réconciliation avec le Hamas et non pas la boycotter dès que le Hamas entre dans un gouvernement palestinien. Il s’agit de reconnaître à l’Autorité palestinienne la possibilité de renouer une alliance parce que la paix ne peut pas se faire seulement avec une partie du peuple palestinien. Il faut que les deux groupes se réunissent et deviennent une seule réalité palestinienne pour que la communauté internationale et Israël fassent des accords de paix. Tant que le Hamas fait l’objet d’un boycottage, on est dans une impasse. »

LE PARISIEN (QUOTIDIEN POPULAIRE FRANÇAIS)
Ils rêvaient tous de partir au « Jihad », « la guerre sainte » pour « venir en aide à leurs frères musulmans en Irak ». Certains sont morts sur le champ de bataille ou en sont revenus estropiés. Le procès de ces sept combattants, cinq Français, un Algérien et un Marocain, mis en examen pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte terroriste » et appartenant aux « filières irakiennes », s’est ouvert hier devant la 14e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

THE DAILY TELEGRAPH (QUOTIDIEN BRITANNIQUE)
• Des dizaines de milliers de bénévoles vont être recrutés pour former un Réseau de protection civile au Royaume-Uni, a indiqué le Premier ministre Gordon Brown en rendant publique sa Stratégie de sécurité nationale. Ces volontaires de tous âges ne porteront ni armes, ni uniformes, mais seront formés pour faire face au terrorisme, aux catastrophes naturelles et aux pandémies.
• Le gouvernement Brown souhaite faire adopter une nouvelle législation prévoyant que les enquêtes et procès en matière de terrorisme se déroulent à huis-clos et sans jury. Si ce projet de loi était voté, il s’appliquerait à la procédure en cours sur les attentats du 7 juillet 2005 à Londres. Les rapports des médecins légistes ne seraient jamais communiqués aux familles des victimes et le public ne serait jamais informé des résultats de l’enquête.

THE GUARDIAN (QUOTIDIEN BRITANNIQUE)
Un hôtel de luxe, exclusivement féminin, a été inauguré prés de Riyad et présenté comme une réalisation du féminisme saoudien. Le Lutha est la propriété d’une société détenue par une vingtaine de princesses. Il emploie exclusivement un personnel féminin (du manager au groom) et ne reçoit que des clientes. Il propose de nombreux services pour la beauté, la ligne, et le bien-être. Réservations online : http://www.luthanspa.com.

THE INDEPENDENT (QUOTIDIEN BRITANNIQUE)
Le général irakien Mohan al-Furayji, commandant en chef des forces de sécurité dans le Sud du pays, a notifié à ses troupes qu’elles devaient se tenir prêtes à une grande offensive. Il s’agit d’en finir avant l’automne [c’est-à-dire avant les élections US. Ndlr.] avec les milices chiites installées à Bassora, notamment l’Armée du Mehdi et la Brigade Badr.

THE SYDNEY MORNING HERALD (QUOTIDIEN AUSTRALIEN)
Le Premier ministre travailliste australien Kevin Rudd a reconduit dans ses fonctions le chef d’état-major interarmes, le général Angus Houston, et nommé de nouveaux chefs d’état-major pour chacune des trois armes (général Ken Gillespie pour l’armée de Terre, contre-amiral Russell Crane Chief pour la Marine, et général Mark Binskin pour l’armée de l’Air). À cette occasion, il a souligné que les forces australiennes ne poursuivraient leur engagement en Afghanistan que si l’OTAN se dotait d’une stratégie claire et des moyens de gagner. Des conditions qui seront débattues au sommet de l’Alliance à Bucarest, début avril.

THE AUSTRALIAN (QUOTIDIEN AUSTRALIEN, GROUPE MURDOCH)
La liste des personnalités travaillistes australiennes qui ont bénéficié des largesses de l’homme d’affaire chinois Ian Tang s’allonge. On ignore toujours s’il y a ou non une contrepartie à ce mécénat. La société de M. Tang se consacre à l’exportation de haute technologie australienne en Chine. Mais voilà qu’un second donateur chinois vient d’être identifié. Il s’agit du très controversé milliardaire Stanley Ho, propriétaire de cercles de jeux et de casinos à Macau.

THE GLOBE AND MAIL (QUOTIDIEN CANADIEN)
De nouveaux documents ont été versés au procès d’Omar Khadr, le Canadien, mineur au moment des faits, qui est jugé par une commission militaire à Guantanamo. D’une part, il apparaît qu’un autre combattant était présent sur le lieu de l’incident et aurait pu lancer la grenade qui a tué un GI’s. D’autre part, une conversation avec un procureur militaire laisse entendre que l’inculpation du prévenu a été requise pour des motifs exclusivement politiques.

THE LOS ANGELES TIMES (QUOTIDIEN ETATS-UNIEN)
Le débat qui oppose les officiers supérieurs s’est considérablement durci depuis la démission de l’amiral Fallon. D’un côté le général David Petraeus (commandant en chef en Irak) plaide pour le maintien d’au moins 140000 hommes en Irak jusqu’à la fin du mandat Bush ; de l’autre le général Mike Mullen (chef d’état-major interarmes), inquiet de l’épuisement de l’armée de Terre, souhaite la reprise du retrait des troupes, sans pour autant envisager de départ. Petreaus, qui déposera bientôt devant le Congrès, souligne que l’escalade (surge) fonctionne et qu’il ne faut pas lui en retirer les moyens. Tandis que des proches de Mullen font valoir que si l’escalade fonctionne vraiment, c’est pour pouvoir se retirer, et que si elle ne fonctionne pas, il faut l’interrompre.

THE NEW YORK TIMES (QUOTIDIEN ETATS-UNIEN)
Le vice-président irakien Adel Abdul Mehdi a approuvé la loi nouvelle loi électorale, qui avait été votée en février, mais bloquée par lui depuis. Ce revirement intervient deux jours après sa rencontre avec le vice-président états-unien Dick Cheney. Les élections législatives devraient se tenir en Octobre [c’est-à-dire juste avant l’élection présidentielle US. Ndlr.]. Elles devraient donner lieu à un renouvellement considérable des élus, en effet, les sunnites avaient largement boycotté la consultation précédente alors qu’ils devraient voter en masse cette fois et bénéficier du nouveau découpage électoral. Il devrait s’en suivre une réduction du nombre d’élus kurdes et chiites. Parmi ces derniers, le Suprême conseil islamique de M. Mehdi devrait être le grand perdant. Mais le parti de l’imam radical Moktada el-Sadr n’est pas satisfait pour autant car il dénonce un nouveau système qui affaiblira considérablement le pouvoir central au profit des gouvernements régionaux.

USA TODAY (QUOTIDIEN POPULAIRE ETATS-UNIEN)
La chancellière Angela Merkel a débloqué une indemnisation de 2000 euros pour chaque juif survivant des ghettos qui y a été soumis au travail forcé par les nazis. Ils seraient 50000 dans le monde, dont 20000 aux Etats-Unis.

THE WALL STREET JOURNAL (QUOTIDIEN ECONOMIQUE ETATS-UNIEN)
• Le voyage en Irak du vice-président Cheney visait à négocier l’accord de sécurité irako-US dont le Congrès ne veut pas entendre parler. Le seul obstacle réel qui reste à surmonter pour signer ce document est la loi sur le pétrole irakien.
• De graves émeutes ont eu lieu hier aux Émirats arabes unis. Des centaines d’employés d’une firme de construction et d’équipement électrique protestaient contre la baisse de leur pouvoir d’achat. Loin d’améliorer les choses, l’augmentation soudaine des salaires, l’an passé, de 70% a encouragé l’inflation. Ce phénomène touche aussi le Qatar et l’Arabie saoudite. Il ne se limite pas au pays du Golfe, mais s’étend à tout le monde arabe. Des émeutes similaires ont eu lieu en Égypte contraignant le président Moubarak à ordonner la production massive par l’armée de pain subventionné.

Déclaration

- GENERAL LEONID SAJIN (ETAT-MAJOR DE LA FEDERATION DE RUSSIE)
« La guerre d’Irak, qui dure depuis 5 ans, a pratiquement épuisé l’armée états-unienne qui était considérée jusque là comme la plus puissante du monde. Seul le désespoir peut à présent pousser les États Unis à déclencher une guerre contre l’Iran. Une telle guerre sonnera la fin de cette armée : frappés par la récession économique et compte tenu du mauvais moral de leurs militaires, les États-Unis ne tiendront pas le coup ».

Tendances et événements au Liban

Sommet de Damas : Dick Cheney décidera de la participation du Liban… et de l’Arabie saoudite !

La situation politique libanaise s’articule autour de la position à l’égard du sommet de Damas et des mesures de renflouage du gouvernement de facto de Fouad Siniora que compte prendre le mouvement pro-américain du 14-mars. L’opposition a fermement annoncé son intention de faire face à toute tentative d’élargissement du cabinet ou de nomination de nouveaux ministres :
- 1. Il est clair que Fouad Siniora et Saad Hariri attendent le mot d’ordre saoudien avant de décider de participer ou de boycotter le sommet de Damas, ainsi que le niveau de représentation s’ils reçoivent des instructions pour s’y rendre. Certaines sources affirment que Siniora pourrait charger un ambassadeur de représenter le Liban, alors que d’autres informations indiquent que l’ancien président Amine Gemayel pourrait prononcer un discours au nom du Liban à Damas après avoir été nommé ministre en remplacement à son fils Pierre, assassiné le 21 novembre 2006. Mais la presse souligne que Riyad ne prendra sa décision qu’après avoir reçu le vice-président états-unien, Dick Cheney, qui « inspirera » le roi Abdallah ben Abdel Aziz sur la décision à prendre.
- 2. L’opposition accélère les mesures pour organiser ses rangs et mettre en place des structures de coordination, malléables mais efficaces. La « Rencontre nationale » -présidée par l’ancien Premier ministre Omar Karamé, elle regroupe des anciens ministres et députés et des personnalités politiques de l’opposition- a achevé la rédaction d’un document politique qualifié de « très important » qui pourrait servir de programme pour l’opposition. Une délégation de la Rencontre doit examiner ce jeudi le document avec des responsables du Courant patriotique libre du général Michel Aoun, avant de le soumettre aux autres composantes de l’opposition. Après d’éventuelles modifications, cette charte sera officiellement approuvée lors d’un congrès constitutif.
- 3. L’entourage du président du Parlement, Nabih Berry, indique que l’évolution de la crise libanaise dépendra du climat du sommet arabe de Damas. Si l’atmosphère va vers la détente, cela aura des répercussions positives sur la situation au Liban. Si, au contraire, le blocage persiste et le fossé s’approfondit entre la Syrie et l’axe des pays arabes dits « modérés », la crise va se compliquer considérablement.

Déclarations et communiqués

- AMR MOUSSA, SECRETAIRE GENERAL DE LA LIGUE ARABE
« L’espoir repose sur la reprise très prochaine de démarches qui auraient lieu dans le cadre du sommet arabe ou juste après, pour que le Liban retrouve sa situation normale. L’espoir est grand dans ce sens. Le soutien de l’ensemble de la nation arabe à l’initiative arabe doit déboucher, à l’issue du sommet de la Ligue, à l’élection d’un président de la République. Nos contacts avec le Premier ministre, Fouad Siniora, avec le président du Parlement, Nabih Berry, ainsi qu’avec la majorité et l’opposition permettent d’entrevoir une certaine avancée. Les choses évolueront plus nettement, très bientôt. Aucune visite n’est prévue pour l’heure au Liban. La présence du Liban au sommet de Damas est nécessaire. Le sommet est une occasion importante et essentielle pour que cette crise soit abordée à haut niveau. Des contacts directs ont lieu entre l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Syrie. »

- COMMUNIQUE DU BLOC PARLEMENTAIRE DU HEZBOLLAH
« En bloquant l’initiative arabe ainsi que toutes possibilités de partenariat pour trouver un règlement au Liban, l’équipe du pouvoir n’a fait qu’exacerber dangereusement la crise, ce qui risque d’avoir un effet boomerang contre elle. Nous mettons en garde contre une concrétisation de l’escalade à travers l’élection unilatérale d’un président de la République ou le replâtrage du gouvernement qui a perdu toute légitimité. Si la coalition au pouvoir envisage une telle option, elle serait en train d’entraîner le pays vers l’abîme et de barrer la voie à toute solution ou initiative (…) La forme, le contenu et les objectifs du document de la coalition au pouvoir en font par excellence le communiqué d’un coup d’État flagrant contre l’accord de Taëf et le consensus national, ainsi qu’une annonce d’adhésion au projet de tutelle et d’hégémonie américain qui va à l’antipode des intérêts des Libanais. La démocratie consensuelle ne peut faire l’objet d’aucun débat, concession ou révision. Les pressions américaines et sionistes visant à modifier les engagements et les choix nationaux du Liban seront toutes vouées à l’échec. »

- COMMUNIQUE DU PARTI DEMOCRATIQUE LIBANAIS DE TALAL ARSLAN (CHEF DRUZE DE L’OPPOSITION)
« Le document de la coalition au pouvoir appelée Charte du printemps 2008 porte en lui les prémices d’une discorde interlibanaise. Plus de la moitié des Libanais est opposé à ces thèses, ce qui reflète une volonté profonde chez le 14-mars de généraliser la culture de la division et du fédéralisme dans un pays qui ne peut être ni divisé ni fédéré. La charte a révélé que le 14-mars reflète le point de vue de l’axe américain dans la région dans la mesure où elle n’accorde pas la priorité au conflit avec Israël, ce qui est en contradiction avec ce que la majeure partie de la population souhaite. Le 14-mars veut reconstituer le même pouvoir en plaidant pour une loi électorale fondée sur les petites circonscriptions génératrices d’un système confessionnel et sectaire favorisant de nouvelles divisions et guerres entre les Libanais. »

- ABDEL MAJID SALEH, DEPUTE DU BLOC DE NABIH BERRY (OPPOSITION)
« Le document politique du 14-mars représente la politique de la main menottée et non pas celle de la main tendue au dialogue et au débat. Il illustre la présence d’une confrontation réelle entre deux cultures libanaises, l’une qui souhaite l’environnement arabe résistant et l’autre qui veut se tenir en permanence devant la porte de l’ambassade des États-Unis. »

- SAMIR GEAGEA, CHEF CHRETIEN DU 14-MARS
« Il y a une grande bataille qui se déroule en ce moment au Liban. C’est le destin du Liban qui se joue ; un pays aux frontières reconnues. Notre priorité est l’intérêt du peuple libanais. J’ai une confiance totale dans le futur du Liban. Nous sommes engagés dans cette lutte. Il faut continuer ensemble pour bâtir le Liban que nous voulons. Il n’y a malheureusement pas de solution dans un avenir proche. Dans tous les cas, il faudra attendre jusqu’au sommet arabe, fin mars. Après ce sommet, on devra alors discuter de l’action à entreprendre, parce qu’on ne peut pas laisser le pays sans une réelle gouvernance. Nous avons un gouvernement légitime et légal, mais il marche au ralenti puisqu’on attend toujours l’élection présidentielle. Au cas où nous devrions élire un président à la majorité absolue, nous choisirons, bien sûr, l’un des deux candidats principaux, qui sont Boutros Harb ou Nassib Lahoud. Quant à moi, je ne suis pas candidat. Dans le cas où l’élection présidentielle n’aurait pas lieu après le sommet de Damas, les FL et le 14-mars prévoient deux alternatives : ou bien élire un président à la majorité, ou remanier le gouvernement Siniora. L’opposition paralyse le Parlement et bloque la présidentielle. C’est la stratégie du chaos. Ils pensent qu’il faut passer par le chaos pour revenir à la situation antérieure, c’est-à-dire une apparence d’État alors que les décisions stratégiques seraient prises ailleurs, entre le Hezbollah, la Syrie et l’Iran. »

- JEFFREY FELTMAN, ANCIEN AMBASSADEUR US AU LIBAN
Conférence prononcée au Saban Center (Proche du lobby sioniste)
« Il ne fait pas de doute qu’il existe une nette division entre la majorité et l’opposition au Liban. Mais une grande proportion de la population partage les mêmes inquiétudes concernant la crise économique, l’impasse politique et la montée des confrontations. À l’exception du Hezbollah, je crois que les Libanais ont les mêmes désirs et les mêmes espoirs. Je crois qu’un partisan de Michel Aoun et un partisan de Saad Hariri, qui viennent de différents backgrounds, ne peuvent qu’être d’accord sur des principes fondamentaux : un État fort, l’arrêt des assassinats politiques, l’application de la loi et des relations avec la Syrie basées sur une reconnaissance mutuelle. Le Hezbollah ne fait pas partie de ce consensus, de par sa volonté de maintenir son appareil militaire, son État dans l’État et son monopole de la décision de guerre ou de paix. Par le biais de son document d’entente, le général Michel Aoun pense que le Hezb a intérêt à s’incorporer à l’État. Or les partisans de Aoun ne verraient probablement pas d’un bon œil de vivre dans un État contrôlé par l’équivalent de mollahs iraniens. C’est peut-être avec eux que le 14-mars devrait établir un pont dans le but de consolider l’État. Durant les années précédentes, nous avons œuvré pour mettre sur pied une coalition régionale et internationale pour soutenir le Liban. L’Administration Bush a, pour la première fois dans l’histoire, établi une politique indépendante pour le Liban, sans pour autant ignorer sa place dans le contexte régional. Mais le Liban ne figure plus pour nous dans le cadre de nos relations avec Israël ou notre désaccord avec la Syrie et l’Iran. Nous regardons le Liban comme le Liban. Les tactiques peuvent changer avec le changement de l’Administration. Mais je crois que notre appui au Liban est devenu l’une des pierres angulaires bipartisanes de notre politique étrangère, identique au soutien accordé à d’autres pays. »

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions allemande, arabe, anglaise, espagnole et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise, espagnole et arabe.