Tendances et événements au Proche-Orient

L’holocauste s’étend à la Cisjordanie

L’armée d’occupation israélienne a poursuivi ses attaques sanglantes contre la Bande de Gaza et l’holocauste (pour reprendre les termes utilisés par le vice-ministre israélien de la Défense) perpétré contre le peuple palestinien s’est étendu à la Cisjordanie. Les crimes israéliens ont nécessité une prise de position du haut comité des Droits de l’homme basé à Genève, qui a appelé le secrétaire général des Nations unies, toujours prompt à condamner les mouvements de la résistance, à intervenir pour faire cesser le bain de sang en Palestine (Voir ci-dessous). Les observations suivantes peuvent être notées au niveau du conflit israélo-palestinien :
- 1. Le débat se poursuit en Israël sur le timing le plus opportun pour lancer une invasion totale de Gaza, déjà soumis à un blocus de la part d’Israël et de l’Égypte. La presse israélienne a indiqué que le Premier ministre Ehud Olmert avait l’intention de lancer de vastes opérations militaires contre Gaza au lendemain de la fin de la visite que compte effectuer en Israël le président George Bush à l’occasion des festivités marquant le 60ème anniversaire de la fondation de l’État hébreu. Pour sa part, le ministre de la Défense, Ehud Barak, s’est déclaré partisan d’une longue guerre d’usure en attendant que toutes les conditions soient réunies pour lancer une invasion totale. Selon la radio militaire israélienne, les responsables israéliens hésitent à lancer une vaste opération terrestre à Gaza de crainte que le Hamas tire une pluie de roquettes sur le sud d’Israël durant la célébration de la Pâque juive qui débute samedi et dure huit jours.
- 2. La Résistance palestinienne multiplie ses opérations de représailles contre les crimes israéliens. À cet égard, la presse israélienne souligne l’amélioration significative des compétences, de l’efficacité et de la précision des résistants palestiniens, aussi bien au niveau de l’expérience acquise sur le terrain que de l’armement. De plus, les combattants jouissent d’un très fort appui de la population. Les mouvements de la résistance ont placé en tête de leurs priorités la levée du blocus.
- 3. Les rencontres effectuées par l’ancien président états-unien, Jimmy Carter, avec de hauts dirigeants du Hamas, hier au Caire et aujourd’hui à Damas, sont en tête de l’actualité. Le prix Nobel de la paix a appelé à un dialogue avec le Hamas et la Syrie, tandis que l’administration Bush lui a adressé de violentes critiques qui ne l’ont pas dissuadé de poursuivre son programme initial de rencontres (Voir ci-dessous).
- 4. De nombreux milieux politiques et académiques israéliens ont mis en garde contre l’éclatement d’une troisième Intifada qui permettrait au Hamas et aux autres mouvements de la Résistance de prendre le contrôle de la Cisjordanie. Un tel développement barrerait la route aux tentatives de George Bush de rentrer à Washington, après sa visite dans la région, avec dans sa besace une réalisation quelconque, ne serait-ce qu’une modeste déclaration de principes.

Presse et agences internationales

• Traversant les camps de réfugiés de Boureij et Nousseirat à Gaza, d’où était originaire la majorité des 18 morts palestiniens tués mercredi par les Israéliens, plus de 10 000 personnes, brandissant les drapeaux du Hamas, du Jihad islamique ou du Fatah, ont crié « vengeance ». Le Hamas a appelé dans un communiqué sa branche armée, les Brigades Ezzedine al-Qassam, à « frapper l’ennemi sioniste partout et par tous les moyens possibles en réponse aux crimes de Boureij car l’ennemi ne comprend que le langage de la force ». De son côté, le Premier ministre israélien Ehud Olmert a réaffirmé qu’il considérait le Hamas comme le « seul responsable direct de ce qui se passe dans la bande de Gaza. Nous lui en ferons payer le prix ». La violence s’est poursuivie hier avec la mort de deux résistants du Jihad islamique en Cisjordanie et d’un autre du Hamas à Gaza, tués par l’armée israélienne, alors que 13 roquettes ont été tirées depuis le territoire palestinien contre les colonies du sud d’Israël. Au moins 413 personnes ont été tuées depuis la conférence de « paix » d’Annapolis le 27 novembre aux États-Unis.

• Le Conseil de sécurité ou le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon doivent « assumer leur rôle de médiateur » pour faire cesser le « bain de sang à Gaza », a estimé jeudi le rapporteur spécial de l’Onu pour les Droits de l’homme dans les territoires occupés. « Combien de temps encore va durer cette folie sans intervention internationale sérieuse ? » a lancé John Dugard dans un communiqué au lendemain des affrontements les plus violents qu’ait connus Gaza depuis début mars. « On peut comprendre le refus d’Israël de parler avec le Hamas, étant donné l’hostilité du Hamas vis-à-vis de l’État d’Israël. Mais il n’y a aucune raison pour que les Nations unies, à travers le Conseil de sécurité ou le secrétaire général, s’abstiennent d’intervenir et d’assumer leur rôle de médiateur », souligne M. Dugard. « Ce n’est certainement pas trop demander au Conseil de sécurité, et si celui-ci ne peut pas agir, au secrétaire général de protéger la vie humaine, même si cela signifie de parler avec un groupe que l’on peut désapprouver d’un point de vue politique », estime le rapporteur spécial.

• L’ancien président états-unien Jimmy Carter, prix Nobel de la paix en 2002, s’est entretenu dans un hôtel de la capitale égyptienne, sous haute sécurité, avec Mahmoud Zahar et Saïd Siam, deux hauts responsables du Hamas venus de la bande de Gaza. Les États-Unis et Israël avaient critiqué l’intention de M. Carter de rencontrer le Hamas, et la Maison-Blanche avait souligné que l’ex-président agissait à titre personnel. Elle a d’ailleurs réaffirmé jeudi que les entretiens engagés au Caire par Jimmy Carter avec le Hamas n’étaient « pas utiles ». Jimmy Carter est un homme « bien disposé, et nous avons besoin de ça », a déclaré Ibrahim al-Darrawy, le coordinateur du mouvement palestinien au Caire, avant le début des entretiens du Caire. D’après M. Darrawy, ses interlocuteurs devaient l’informer de « la situation dans la bande de Gaza et lui dire que le Hamas est un mouvement de libération nationale »

YEDIOT AHARONOT (QUOTIDIEN ISRAELIEN)
- Entretien avec le Premier ministre israélien, Ehud Olmert
« Pour autant que je sache, les Israéliens ne sont pas sous la menace nucléaire de la Syrie. Israël souhaite parvenir à un accord de paix avec la Syrie et a entamé des démarches en ce sens. Le président Bachar el-Assad sait très exactement quelles sont nos attentes, et nous connaissons les siennes. Je n’en dirai pas davantage sur ce point. »

MAARIV (QUOTIDIEN ISRAELIEN)
- Entretien avec le Premier ministre israélien, Ehud Olmert
« Il y a un énorme effort de la part de la communauté internationale pour empêcher l’Iran de devenir un pays nucléaire. Israël prend une part très importante dans ces efforts, sans toutefois être à la pointe du combat, c’est pourquoi Israël ne doit pas se livrer à des menaces comme cela a été le cas dernièrement. »

• L’armée iranienne a mis l’accent sur sa force aérienne, en faisant voler jeudi des dizaines d’avions et hélicoptères de combat, lors d’un défilé militaire pour la Journée de l’armée, au sud de la capitale, et en présence du président Mahmoud Ahmadinejad. Des avions de combat américains F4 et F5, dont la conception remonte aux années 1960 et 1970, ainsi que le Saegheh présenté comme un chasseur moderne de fabrication locale mais dérivé du F5, et des Mig 29 ont participé au défilé. »

TECHRINE (QUOTIDIEN SYRIEN)
- Issam Dari
La ministre israélienne des Affaires étrangères, Tsipi Livni, a eu la bonté de prodiguer un « conseil » aux Arabes, leur apprenant que leur pire ennemi est le frère et l’ami et qu’Israël est leur plus fiable soutien. L’intelligence de Livni ne l’a pas aidé lorsqu’elle a tenté de falsifier les vérités, tenter d’orienter les Arabes vers des dangers qui n’existent pas et monter les Arabe sles uns contre les autres. Si la mémoire de la ministre israélienne est tellement défaillante, nous sommes prêts à l’aider pour la revitaliser.

ANADOLU AJANSI (AGENCE DE PRESSE TURQUE)
Une grande confusion règne après les propos tenus mardi 15 avril par Luis Maria de Puig, le tout nouveau président (PS) de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. S’exprimant sur NTV, M. de Puig a déclaré : « Nous avons reçu une demande pour la publication d’un communiqué condamnant le processus juridique d’interdiction du parti au pouvoir de la Justice et du Développement, (AKP, conservateur). Je voudrais que vous sachiez que cette demande vient de la délégation turque (…) Le chef du Parlement turc va également nous inviter à Ankara. Car s’il avait été seulement question d’un parti politique, nous n’aurions pas accepté. Il y a eu d’autres procès d’interdiction de partis mais dans ces situations, on ne nous a pas demandé d’agir ». Le président du Parlement turc, Köksal Toptan, a démenti ces imputations avec vigueur : « J’ai rencontré M. Puig dimanche soir à mon arrivée à Strasbourg dans le lobby de l’hôtel et il m’a fait part de la décision de sa Présidence de publier un communiqué sur le procès à l’encontre de l’AKP (…) Il m’a ensuite fait part de son désir d’effectuer une visite en Turquie mais je lui ai dit que l’invitation devait venir du chef du Parlement (…) Nous nous efforçons le plus possible d’éviter de mettre la Turquie dans une situation difficile. Les parlementaires européens nous ont demandé notre avis sur le procès à l’encontre de l’AKP et nous avons transmis nos opinions », a-t-il indiqué. Cependant, la presse turque consacre ses gros titres à l’affaire en dénonçant une manœuvre indigne de la majorité. Denis Bölükbasi, un membre de la délégation turque appartenant au parti d’opposition Action nationaliste, a dénoncé : « L’AKP fait du porte à porte pour faire pression sur la magistrature. Ils (les dirigeants AKP) mendient la grâce et le soutien ».

ITAR-TASS (AGENCE DE PRESSE RUSSE)
Le président russe Vladimir Poutine s’est déclaré satisfait de son voyage en Libye au cours duquel une dizaine d’accords ont été signés. Il ne semble pas que la question de la dette libyenne à l’ex-URSS ait été résolue. M. Poutine s’est contenté de faire état de la signature d’un contrat de milliards d’euros pour la construction d’un chemin de fer.
Dans leur déclaration finale, la Russie et la Libye s’engagent à « encourager l’instauration d’une paix juste et durable au Proche-Orient, avant tout le règlement négocié du problème palestinien et la garantie des droits inaliénables du peuple palestinien. »

JANA (AGENCE DE PRESSE LIBYENNE)
La Russie et la Libye ont signé d’importants contrats, lors de la visite du président Vladimir Poutine à Tripoli. Le premier contrat a été remporté par la compagnie publique russe des chemins de fer et porte sur la construction d’une ligne ferroviaire de 600 km reliant les villes de Syrte et Benghazi, pour plus de deux milliards d’euros. Les deux pays ont signé quatre autres accords portant notamment sur la coopération économique et financière, l’échange d’informations confidentielles, la promotion et la protection des investissements. Un mémorandum de coopération a été signé par ailleurs entre Gazprom et la Compagnie pétrolière nationale libyenne.

THE DAILY TELEGRAPH (QUOTIDIEN BRITANNIQUE)
Le Premier ministre britannique, Gordon Brown, en voyage officiel aux États-Unis, a été questionné de manière répétée sur une radio US à propos du retrait des troupes britanniques du Sud de l’Irak. M. Brown a assuré que ses hommes avaient pour seule mission d’assister l’armée irakienne. La presse US se montre très critique face au retrait précipité des Britanniques qui aurait facilité les récentes violences de Bassora. Des commentateurs soulignent sans ménagement que M. Brown n’a pas grand chose dans le ventre et que les États-Unis doivent porter le fardeau seul.

DAWN (QUOTIDIEN PAKISTANAIS)
Les démocrates ont commencé des consultations au Congrès des Etats-Unis à propos de l’aide civile au Pakistan. Une enveloppe de 2,3 milliards de dollars sur cinq ans avait été votée à l’initiative du sénateur Joseph Biden. Elle prend fin en octobre 2009. Les démocrates envisagent une nouvelle enveloppe pour cinq ans, de 7 milliards cette fois. Elle comprendrait 1,5 milliard d’aide par an, auxquels s’ajoutent 1 milliard de récompense pour avoir tenu des élections et formé un gouvernement de coalition. Cependant, on fait valoir à Washington, que l’administration Bush ne devrait pas valider engager de la sorte le prochain président.

RADIO LIBERTY (RADIO DU DEPARTEMENT D’ETAT AMERICAIN)
La Cour suprême d’Afghanistan a confirmé 100 condamnations à mort, annonce l’Agence AKI. Les condamnés sont des criminels de droit commun reconnus coupables de meurtres et de viols.

ASIA TIMES ONLINE (QUOTIDIEN ELECTRONIQUE THAÏLANDAIS)
- M. K. Badrakumar
Quatre déclarations récentes laissent entrevoir une profonde modification de l’approche régionale de la question afghane, sous l’impulsion probable de Moscou. Le président iranien a affirmé que « les Etats-Unis ont attaqué l’Afghanistan au prétexte du 11 septembre ». Ce faisant, il tourne la page de l’époque où Téhéran avait apporté son aide au renversement des Talibans en partageant le discours Us sur le terrorisme. Le ministre turc des Affaires étrangères, Ali Babacan, a prévenu : « L’OTAN court au désastre en Afghanistan ». Il a réaffirmé la position de son pays selon laquelle il ne peut y avoir de solution militaire au conflit. Le président pakistanais Pervez Musharraf a invité « l’OTAN et l’Organisation de coopération de Shangai à joindre leurs efforts en Afghanistan ». Il a proposé de réactiver le groupe des 6 États frontaliers+2 (USA et Russie) pour élaborer une solution politique. Enfin, l’Alliance du Nord a annoncé : « Nous avons planifié des négociations avec les Talibans ».

THE CHRISTIAN SCIENCE MONITOR (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
La zone sunnite d’Irak a été le théâtre de plusieurs attentats meurtriers cette semaine. Les victimes sont principalement des membres ou sympathisants du Réveil, ce mouvement indirectement financé par les Etats-Unis pour lutter contre Al-Qaeda.

THE LOS ANGELES TIMES (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
Le Government Accountability Office (organisme de contrôle budgétaire du Congrés) a rendu un rapport très critique sur la gestion de l’aide au Pakistan. Il dénonce l’absence de plan pour lutter contre les insurgés dans les zones tribales et l’absence de suivi des dépenses engagées. Au cours des cinq dernières années, 5,8 milliards de dollars, sur les 10,5 alloués au Pakistan, ont été utilisés dans les zones tribales sans aucun succés.

THE NEW YORK TIMES (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
Les forces US ont commencé dans la nuit de mardi la construction d’un mur en béton divisant Sadr City. L’idée est de créer un vaste périmètre de sécurité, contrôlé conjointement par les forces irakiennes et US, pour protéger la « Zone verte » (siège du gouvernement irakien et de l’ambassade US) des attaques de roquettes.

THE WASHINGTON POST (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
Un sondage réalisé pour le quotidien après l’audition sénatoriale du général Petraeus et de l’ambassadeur Crocker fait apparaître une évolution significative de l’opinion publique. 60% des personnes interrogées distinguent la guerre en Irak de la lutte contre le terrorisme, en contradiction avec le discours de George Bush et de John McCain selon lequel c’est en Irak que se joue la guerre globale au terrorisme. 57% pensent qu’il n’y a pas de progrès dans la restauration de l’ordre civil en Irak. 56% pensent qu’il faudrait poursuivre le retrait des GI’s pour éviter de nouvelles pertes (alors que M. Bush conseillé par le général Petraeus a choisi de maintenir 100000 hommes sur place).

• Les sanctions financières américaines imposées à l’Iran « ont un impact » sur les mesures prises par la communauté internationale pour empêcher la République islamique de se doter de l’arme nucléaire, a affirmé jeudi un haut responsable du Trésor américain. Daniel Glaser, sous-secrétaire d’État adjoint chargé du Financement du terrorisme et de la Criminalité financière, a précisé que nombre de banques internationales allaient au-delà des restrictions fixées par les États-Unis et les Nations unies dans le cadre des sanctions.

Communiqué

COMMITTEE TO PROTECT JOURNALISTS
« Nous demandons aux autorités israéliennes de conduire une enquête publique exhaustive sur cet incident [le tir d’un blindé israélien sur la voiture de presse de Reuters, tuant le caméraman Fadel Shana et blessant le preneur de son Wafa Abu Mizyed] et d’en publier les conclusions. Des enquêtes précédentes sur ce genre d’incidents ont été marquées par le manque de transparence et de publication. Le film du caméraman Shana montre un tank israélien, stationné à quelques centaines de mètres, ouvrir le feu. Environ deux secondes après que de la fumée se dégage du tube du canon, le film devient blanc —apparemment au moment précis où Shana a été touché ».

Audiovisuel international

CHAINE SATELLITAIRE SYRIENNE
• Un millier d’habitants (druzes. Ndlr.) du Golan ont célébré les 62 ans d’indépendance de la Syrie en même temps que des centaines d’autres en territoire syrien. Les manifestants se sont rassemblés dans la « vallée des Cris », où passe la ligne de cessez-le-feu entre Israël et la Syrie, brandissant des drapeaux syriens. De l’autre côté de la ligne de cessez-le-feu, dans la vallée, des centaines de personnes manifestaient en même temps. À cette occasion, des notables du Golan ont promis aux manifestants que le Golan reviendra très bientôt à la Syrie.

Tendances et événements au Liban

David Welch remonte le moral des loyalistes et torpille le dialogue

La scène politique libanaise a été dominée par la visite surprise du secrétaire d’État adjoint US pour les affaires du Proche-Orient, David Welch, venu soi-disant pour participer à la cérémonie marquant le 25ème anniversaire de l’attentat contre l’ambassade US à Beyrouth. Mais le diplomate a passé le clair de son temps en réunion avec les différentes personnalités du 14-mars, ainsi qu’avec le président de la Chambre Nabih Berry et le Patriarche maronite Nasrallah Sfeir. (L’ambassade US avait été détruite en 1983, marquant la fin du court intermède atlantiste au Liban à l’époque de l’ancien président Amine Gemayel).
- 1. Selon des sources bien informées, David Welch a examiné avec ses interlocuteurs du 14-mars (Walid Joumblatt, Fouad Siniora et les membres du secrétariat permanent dirigé par l’ancien député Farès Souhaid) les points que les États-Unis vont tenter d’imposer lors de la réunion arabo-internationale sur le Liban, qui se tiendra au Koweït en marge de la rencontre des voisins de l’Irak.
- 2. Les déclarations de M. Welch après ses rencontres reflètent la volonté des États-Unis d’accentuer les pressions sur l’opposition libanaise afin de vider le plan arabe de son contenu le limitant au seul premier point de l’élection du général Michel Sleimane à la présidence de la République. Les deux autres points, la formation d’un gouvernement d’union nationale et l’élaboration d’une loi électorale juste et équitable, sont totalement occultés par le diplomate US.
- 3. Lors de sa rencontre avec M. Welch, Nabih Berry a exprimé son attachement à son initiative qui consiste à relancer le dialogue national et a rejeté les critiques de Washington sur la fermeture du Parlement.
- 4. Le secrétariat du 14-mars a remis à Welch un mémorandum sollicitant officiellement l’accentuation des pressions de Washington sur la Syrie et demandant aux États-Unis une promesse solennelle qu’ils ne comptent pas conclure un deal avec Damas au détriment du Liban.
- 5. En résumé, les analystes estiment que la visite de Welch n’a rien apporté de nouveau et avait principalement pour but de remonter le moral du 14-mars et s’inscrit dans le cadre des préparatifs régionaux à la prochaine visite de George Bush au Moyen-Orient, à la mi-mai, qui sera essentiellement axée sur le volet israélo-palestinien.

Déclarations

DAVID WELCH, SECRETAIRE D’ETAT ADJOINT US POUR LE PROCHE-ORIENT
« Nous estimons que l’élection présidentielle aurait déjà dû avoir lieu et qu’elle devrait se tenir sans délai. Ce n’est pas une bonne chose que ce poste soit vacant depuis aussi longtemps, car ce poste est la plus haute fonction chrétienne du pays. Le Parlement doit se réunir, les élections doivent avoir lieu sans aucun délai. Le Parlement est l’endroit indiqué pour un dialogue. Nous soutenons la majorité (14-mars) parce qu’elle a été élue conformément à la Constitution et par la majorité des Libanais (…) Nous appuyons la vision de la majorité pour un Liban prospère souverain et qui regarde vers l’avenir. Les États-Unis sont inquiets car certaines parties ont été soumises à des pressions externes qui les ont poussées à stopper le processus souverainiste. Certaines parties, qui ont été influencées par l’étranger, ont unilatéralement entrepris des démarches pour bloquer le processus politique afin de faciliter l’aboutissement de leurs propres objectifs ainsi que ceux de leurs alliés. L’avenir du Liban appartient aux Libanais, et à aucun de ses voisins, ni aux États-Unis. J’ai fait parvenir à M. Berry les attentes et les espoirs de nombreux Libanais mais aussi des États-Unis. Le Parlement doit ouvrir ses portes pour qu’il puisse remplir son rôle et surtout élire le président de la République immédiatement. »

SAMIR GEAGEA, CHEF CHRETIEN DU 14-MARS
« Certains services de renseignement relevant de l’État nous ont appelés à la vigilance. Ils ont des informations selon lesquelles certaines personnes sont surveillées et filées. Nous avons été formellement priés d’être vigilants. Nous refusons de discuter de la formation d’un gouvernement avant l’élection d’un président. Quand Nabih Berry avait été élu président de la Chambre, nous n’avions pas lié cette élection à une quelconque condition relative au gouvernement ou encore à la loi électorale. Le chef du Parlement œuvre à se rapprocher de l’Arabie saoudite pour faire pression sur la majorité libanaise et ceci ne mènera à aucun résultat. M. Berry tente aussi d’effectuer un rapprochement entre la Syrie et l’Arabie saoudite, pensant que ceci pourrait mener à un résultat. Je pense que l’Arabie a refusé de l’accueillir, surtout après les déclarations des membres de l’opposition. Nous comprenons que les Saoudiens ne lui aient pas fixé de rendez-vous. Je pense que les responsables saoudiens sont mécontents de son attitude, notamment en ce qui concerne la fermeture du Parlement. »

SALIM AOUN, DEPUTE DU BLOC AOUN (OPPOSITION)
Entretien avec le site NowLebanon.com
« Il n’y a plus de candidat consensuel à la présidence, tant qu’une solution comprenant un package deal n’est plus envisagée. La politique libanaise se trouve dans un état de paralysie totale, puisque toutes les initiatives et tous les compromis ont échoué sans qu’il n’y ait une alternative. Aujourd’hui, des mois après les négociations et les tables de dialogue, les propositions de solution sont échoué parce qu’elles ont été rejetées par l’équipe au pouvoir, et nous cherchons désormais de nouvelles solutions qui pourraient englober le général Michel Sleimane comme elles pourraient en englober d’autres. »

ALI HASAN KHALI, DEPUTE DU BLOC BERRY (OPPOSITION)
« Une partie libanaise continue de refuser les solutions pour maintenir son contrôle sur le pouvoir. Le général Michel Aoun n’a pas refusé le dialogue, il a simplement souhaité qu’on s’en tienne aux points à l’ordre du jour. Le général Aoun reste le négociateur en chef de l’opposition et le président Berry a tenté une percée en lançant sa proposition. L’opposition n’acceptera en aucun cas un retour à la loi électorale de 2000 ni une éventuelle prorogation du mandat de l’actuel Parlement. Le président Berry avait souhaité relancer le dialogue interne pendant quatre jours à partir d’aujourd’hui (Jeudi) pour parvenir à l’élection d’un président le 22 avril. La responsabilité de l’échec de ses efforts incombe à la majorité qui œuvre pour le maintien du statu quo. »

ALI RIDA CHIBANI, AMBASSADEUR D’IRAN (APRES UNE RENCONTRE AVEC MICHEL AOUN)
« L’Iran fait partie du tissu social et religieux du Moyen-Orient et par conséquent, ce pays est concerné par les problèmes de cette région. Par contre, il faudrait demander aux pays étrangers à ce tissu social et religieux de cesser de se mêler de nos affaires. Les points de vue états-unien et iranien sont totalement divergents sur les questions régionales. Mais la crise libanaise est liée à la volonté interne et c’est à travers elle qu’elle sera résolue. Il n’est pas question de lier le dossier libanais aux relations irano-US et l’Iran pourrait tenter une médiation pour rapprocher les points de vue entre l’Arabie saoudite et la Syrie, en raison de ses bonnes relations avec Damas et de ses relations solides avec Riyad. »

Affaire As-Siddik

MAGAZINE (HEBDOMADAIRE FRANCOPHONE LIBANAIS-INDEPENDANT)
- Entretien avec Malek Sayyed, fils et avocat du général Jamil Sayyed, emprisonné dans le cadre de l’affaire Hariri

« Le rôle qu’a joué Mohammed Zuheir as-Siddik dans cette affaire est primordial pour comprendre la tournure prise par les évènements. Ce « témoin » a été entendu pour la première fois par la commission d’enquête au cours du mois d’août 2005, c’est-à-dire avant l’arrestation et la détention des quatre officiers (Jamil es-Sayyed, Raymond Azar, Moustapha Hamdane et Ali Hajj). Il a été réentendu par les enquêteurs les 26 et 27 septembre 2005, après l’arrestation. Lors de cette deuxième confrontation, il a clairement avoué avoir participé à l’assassinat de Rafic Hariri, en tant que chauffeur des officiers actuellement détenus. Dans le cadre d’un système judiciaire qui se respecte, il aurait dû être arrêté sur la base de cet aveu. Au lieu de cela, il a été libéré puis a soudainement disparu de la circulation. Après sa « disparition », le juge-instructeur libanais a émis un mandat d’arrêt contre lui à la date du 13 octobre 2005. Entre les deux dernières dates citées, le suspect Zuheir as-Siddik était libre de tout mouvement, malgré ses aveux formulés devant la commission d’enquête. Comment les enquêteurs, censés être impartiaux, peuvent-ils laisser en liberté ce suspect alors que, de la même manière, les quatre officiers, également considérés comme suspects, ont été arrêté malgré le fait qu’ils n’aient pas formulé d’aveux ? Après le mandat d’arrêt, une demande d’extradition, émise par les autorités, a été refusée par le tribunal de Versailles. On nous dira, par la suite, qu’une deuxième demande d’extradition a été adressée aux autorités françaises. Nous, en tant que défendeurs, n’avons pas eu d’informations le confirmant. Il faut savoir que, conformément aux procédures de justice, toute demande d’extradition conduit les autorités du pays hôte à interpeller la personne recherchée, sous réserve de la décision finale d’extrader ou non le suspect. Dans ce cadre, nous pensons que si, effectivement, une demande en ce sens avait été formulée, le suspect aurait été arrêté. Nous considérons à cet effet que sa fuite, provoquée ou non, prouve que cette deuxième demande d’extradition n’a jamais été émise par les autorités libanaises. Les résolutions 1636 et 1595 stipulent que tous les États membres du Conseil de sécurité doivent collaborer à l’enquête. Nicolas Michel a récemment déclaré que si les autorités libanaises s’étaient directement adressées à l’Onu, cette dernière aurait pu faire pression sur les États peu enclines à collaborer. Les balbutiements et les mauvais choix opérés par les autorités judiciaires font partie d’une machination. Les autorités libanaises n’ont pas fait leur devoir. Je ne pense pas que la fuite du suspect ait un grand impact sur le dossier des officiers détenus car, très rapidement, Serge Brammertz a rectifié le tir. Après avoir entendu as-Siddik, le juge belge a réévalué la déposition de ce dernier, considérant ses dires comme un faux témoignage dénué de toute crédibilité. Le rapport de cette réévaluation a été présenté aux autorités libanaises à la date du 8 décembre 2006. Dans le rapport d’enquête publié le mois d’après, Brammertz dit explicitement que « ce fait nouveau revêt une importance particulière vis-à-vis de la détention de certains détenus. » Nous considérons qu’à partir de ce moment, la détention des généraux n’a plus de raison d’être. Le silence, le mutisme délibéré des autorités libanaises pose de grandes questions sur l’objectif de l’enquête (…) Cela fait maintenant deux et demi que les quatre généraux sont détenus, dans le cadre largement dépassé de la détention provisoire malgré les rapports du Haut Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations unies, qui a qualifié cette détention d’« abusive », Département d’État US, qui stipule clairement que « des considérations politiques ne permettent pas de libérer le général es-Sayyed et ses codétenus. À ce jour, il n’y a toujours pas d’acte d’accusation. On est dans une situation de vide juridique délibéré (…) Pour comprendre le rôle du juge allemand Detlev Mehlis, il faut revenir à la source. Le 5 mai 2005, Jamil es-Sayyed quitte son poste de directeur général de la Sûreté générale. Fin mai 2005, Gerhard Lehmann, le chef de l’équipe d’enquêteurs, sollicite un rendez-vous secret avec le général es-Sayyed. Il lui a proposé de fournir à la commission d’enquête une victime valable, à la manière de l’affaire Lockerbie. L’idée était qu’un responsable de haut rang, que devait fournir le général, en relation avec les autorités syriennes, avoue sa participation au crime. Après le refus d’es-Sayyed, Lehmann l’a clairement menacé en affirmant que s’il ne l’aidait pas, c’est sur vous que nous nous rabattrons. Trois mois plus tard, le général est arrêté. Après son arrestation, la même proposition lui a été faite mais, cette fois-ci, en présence de son avocat, que mon père a encore une fois refusé. Nous avons intenté une action en justice contre Mehlis et Lehmann pour manipulation et faux témoignage. Le véritable visage de la manœuvre est implicitement exprimé dans le rapport Mehlis qui a suivi l’arrestation. L’arrestation du général était un signal destiné « au peuple libanais qui doit savoir que personne n’est au-dessus des lois. » Toutes ces basses œuvres ont anéanti toute possibilité d’aboutir à la vérité. D’ailleurs, les successeurs de Mehlis ont écarté toutes les pistes que ce dernier avait balisées. »

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions allemande, arabe, anglaise, espagnole et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise, espagnole et arabe.