Tendances et événements au Proche-Orient

Le programme de la visite de Bush : un constat d’échec

L’actualité régionale s’est articulée autour de Gaza, de l’Irak, de la prochaine tournée au Proche-Orient du président américain George Bush et des prises de positions importantes du président syrien Bachar al-Assad lors d’une interview accordée au quotidien qatari al-Watan, au lendemain de ses entretiens à Damas avec le Premier ministre turc, Recep Tayyeb Erdigan :
- 1. Le président syrien a tourné en dérision les informations israélo-US sur le fait que le raid du 6 septembre 2007, en Syrie, a visé un réacteur nucléaire. Le chef de l’État syrien a d’autre part rejeté toute négociation secrète avec l’État hébreu, et réaffirmé qu’il n’était pas question que la Syrie abandonne les constantes de sa politique concernant le conflit israélo-arabe. Il a par ailleurs réitéré son soutien à la Résistance libanaise et palestinienne et fait preuve d’ouverture à l’égard du Liban et des pays arabes dits « modérés ».
- 2. La Maison-Blanche a rendu public le programme de la visite de George Bush au Proche-Orient, entre le 13 et le 18 mai. Le président états-unien visitera Israël, l’Égypte et l’Arabie saoudite. Le programme ne comporte aucune rencontre tripartite avec le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et le Premier ministre israélien Ehud Olmert. Au Caire, George Bush rencontrera M. Abbas et le roi de Jordanie Abdallah II. Les analystes interprètent ce programme comme une illustration de l’échec des efforts diplomatiques et politiques de la secrétaire d’État Condoleezza Rice et du Conseil de la sécurité nationale, qui se sont efforcés, depuis la conférence d’Annapolis, de mettre en place un édifice politico-militaire susceptible d’isoler et de détruire la résistance palestinienne et de torpiller le sommet arabe de Damas. C’est un échec sur toute la ligne.
- 3. L’holocauste perpétré par Israël contre le peuple palestinien se poursuit. Les massacres contre les civils se poursuivent, tandis que la résistance anti-israélienne ne faiblit pas. En Israël, le débat sur les deux options contraires se poursuit : la négociation avec le Hamas ou l’invasion totale de Gaza au lendemain de la fin de la visite de Bush dans la région. Pendant ce temps, les Arabes restent impuissants devant les tueries israéliennes et silencieux face au blocus qui frappe 1,5 millions de personnes à Gaza.

Presse et agnces internationales

TECHRINE (QUOTIDIEN SYRIEN)
- Omar Jaftali
Lorsque les missiles israéliens s’abattent sur les innocents dans leurs maisons, les dirigeants du terrorisme israélien ne font pas la distinction entre tel ou tel Palestinien, entre un résistant du Hamas et un enfant en train de jouer paisiblement avec ses amis, comme cela s’est produits hier à Beit Hanoun. L’important pour ces responsables terroristes est d’exécuter les ordres de leur gouvernement raciste qui consistent à tuer le plus de Palestiniens possibles à chaque assaut ou bombardement, à Gaza et en Cisjordanie.

AL WATAN (QUOTIDIEN QATARI)
- Entretien avec le président syrien Bachar al-Assad
« Le tribunal spécial pour le Liban ne nous inquiète pas et ne nous concerne pas. La Syrie a rejeté des marchés politiques qui lui avaient été proposés à ce sujet et n’a pas l’habitude d’entrer dans des bazars politiques. Damas a soutenu l’enquête internationale dans l’affaire de l’assassinat de Rafic Hariri, ainsi que tout outil ou acte pouvant déboucher sur une solution. Une éventuelle politisation de l’affaire Hariri nuirait plus au Liban qu’à la Syrie (…) Nous rejetons les accusations selon lesquelles la Syrie est responsable des assassinats politiques au Liban. Une instabilité dans ce pays se répercutera négativement sur la Syrie. Le rôle de la Syrie au Liban n’est pas de servir de garde personnel ou d’empêcher les attentats, mais de préserver la paix civile et de soutenir l’armée libanaise après Taëf (…) La Syrie a de l’estime pour le général Michel Sleimane et n’a rien à voir dans le blocage de l’élection présidentielle. Cette question est une partie d’un problème plus vaste, en liaison avec l’absence de confiance entre les forces en présence au Liban. La Syrie refuse d’exercer une pression quelconque sur les Libanais. Le général Michel Aoun n’était pas un ennemi de la Syrie, mais un rival. Les portes de Damas restent ouvertes à tous, dont le général Aoun, lorsqu’il trouvera que les conditions sont propices à une visite à Damas. Le général Aoun sera reçu au palais présidentiel. Nous lui vouons tout respect. Si nous étions en conflit avec lui dans le passé, cela ne veut pas dire que nous ne respectons pas ses points de vue. J’ai été le premier à avoir soulevé la question des relations diplomatiques avec le Liban en 2005. Je suis favorable à l’échange d’ambassadeurs, mais il n’est pas possible actuellement d’appliquer cette procédure parce que les relations entre les deux pays sont mauvaises. »

AL WATAN (QUOTIDIEN SYRIEN)
Selon des rapports diplomatiques européens, la situation à la frontière libano-israélienne est le théâtre d’une mobilisation israélienne sans précédent depuis le déploiement de la Finul au Liban-Sud. Selon les observateurs militaires, cette mobilisation ne peut pas être uniquement perçue comme une démonstration de force. De plus, le nord du Litani est le théâtre d’une mobilisation similaire du côté du Hezbollah. Ces rapports diplomatiques soulignent que la Finul n’a plus qu’une seule alternative : soit on lui accorde de nouvelles prérogatives lui permettant de préserver ses soldats et son matériel, soit elle se voit obligée de se retirer et de rentrer chez elle. Selon des observateurs, les déclarations du nouveau Premier ministre italien Silvio Berlusconi, qui a appelé au changement des règles d’engagement de la Finul, pavent la voie à des orientations similaires auprès des Espagnols et des Français. Cela pourra amener la Finul à avoir des prérogatives de combats au cas où il y aurait une guerre dans la zone.

ANADOLU AJANSI (AGENCE DE PRESSE TURQUE)
Le ministre turc des Affaires étrangères, Ali Babacan, a annoncé l’intensification des contacts entre son pays et l’administration du Nord du l’Irak (comprendre le gouvernement régional kurde irakien). Ces contacts ont pour objectif d’obtenir la cessation de tout soutien irakien au mouvement séparatiste kurde turc PKK, en échange de facilités commerciales. Il s’agit donc de prolonger par une incitation économique les pressions déjà exercées au plan militaire.

RIA-NOVOSTI (AGENCE DE PRESSE RUSSE)
• Le règlement au Proche-Orient et les relations bilatérales seront évoqués lors d’une rencontre entre le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov et son homologue yéménite Abou Bakr Abdallah al-Qirbi, qui se rendra à Moscou du 29 avril au 1er mai. « Nous envisageons de procéder à un échange de vues approfondi sur la situation au Proche-Orient et d’examiner à cette occasion les perspectives du règlement arabo-israélien sur la base des principes de Madrid ("territoires contre la paix"). Rappelons que ces principes sont entièrement conformes aux résolutions appropriées du Conseil de sécurité de l’ONU et à l’initiative de paix arabe », a affirmé le porte-parole de la diplomatie russe. Selon le diplomate, une attention particulière sera accordée à la restauration de l’unité palestinienne à la lumière de l’initiative du président yéménite Ali Abdallah Saleh. Cette initiative, approuvée par la Ligue arabe, consiste à rétablir sur les territoires palestiniens la situation ayant existé avant les affrontements entre Palestiniens déclenchés en juin dernier et à organiser des élections anticipées. S’agissant des problèmes internationaux, trois sujets seront abordés à Moscou : le règlement en Irak, la situation au Liban secoué par une crise politique interne et le renforcement de la sécurité dans la zone du golfe Persique.
• Le secrétaire par intérim du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie Valentin Sobolev a discuté lundi à Téhéran avec le vice-président et directeur de l’Organisation de l’énergie atomique de l’Iran Gholam Reza Agazade de la construction de la centrale nucléaire iranienne de Bouchehr. Au cours des consultations, la partie iranienne a exposé en gros à M. Sobolev tout un « paquet d’initiatives » allant dans le sens de la solution des problèmes internationaux globaux, notamment du problème de la prolifération nucléaire.

LE FIGARO (QUOTIDIEN FRANÇAIS, GROUPE DASSAULT)
• Le voyage de Nicolas Sarkozy en Tunisie se solde déjà par plusieurs contrats et conventions de financement, signés lundi au palais présidentiel de Carthage où a eu lieu un dîner d’État : une acceptation d’offre d’Airbus à Tunisair portant sur 13 commandes fermes et 4 en option ; une centrale thermique de 400 mégawatts (360 millions d’euros pour Alstom) ; un accord sur la « gestion concertée » des migrations et un accord de coopération pour le développement sur le nucléaire civil. Mardi, le président français s’adressera à des hommes d’affaires pour les appeler à renforcer la relation « privilégiée » avec un pays qui a la France pour premier partenaire économique.
• « Un baril à 200 dollars, c’est possible. Cette hausse est désormais indexée à la baisse ou à la hausse du dollar. Si celui-ci se renforce de 10%, il y a fort à parier que les prix vont chuter de 40 dollars », a affirmé Chakib Khéli, président en exercice de l’Opep et ministre algérien de l’Énergie. La déclaration fait déjà frémir les pays consommateurs, qui doivent supporter la charge, de plus en plus lourde, de la cherté accrue des prix du brut. « Les prix sont élevés du fait de la récession au États-Unis et de la crise économique qui a touché plusieurs pays, situation qui a influé sur la dévaluation du dollar, et donc à chaque fois que le dollar baisse de 1%, le prix du baril augmente, lui, de 4 dollars et vice versa », a indiqué le président du cartel.

LIBERATION (QUOTIDIEN FRANÇAIS, GROUPE ROTHSCHILD)
Plusieurs affaires pénales impliquant la famille et la belle-famille du président Ben Ali empoisonnent les relations franco-tunisiennes. Ainsi, dans la nuit du 4 au 5 mai 2006, un yacht de luxe, le Beru Ma, d’une valeur d’1,5 million d’euros, est dérobé en Corse par un gang de professionnels dans le port de Bonifacio. Après une escale technique à Cagliari, en Sardaigne, il est acheminé vers le port de Sidi Bou Saïd, tout près de Tunis. Problème, le Beru Ma appartient à Bruno Roger, patron de la banque d’affaires Lazard Frères, un intime de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, à l’époque ministre de l’Intérieur. Le commanditaire n’est autre qu’Emad Traboulsi, le neveu de l’épouse du chef de l’État. Cédric Sémard, le chef du gang des voleurs passe à table : il devait toucher au total 55000 euros. Il reconnaît d’ailleurs avoir subtilisé deux autres yachts : le Sando, au Lavandou, et le Blue Dolphin IV à Cannes, en décembre 2005 et en janvier 2006. Le Blue Dolphin était destiné à Moaz Traboulsi, le frère d’Emad. Il n’a jamais été restitué, contrairement au Beru Ma, qui a été promptement rendu à son propriétaire après intervention de l’Elysée et de la place Beauvau. Mais une instruction reste ouverte en France au tribunal d’Ajaccio : le juge Jean-Bastin Risson a émis deux mandats d’arrêt, transmis à Interpol, le 3 mais 2007 contre Emad et Moaz Traboulsi. En vain. Ce n’est pas la première fois que des proches du Président sont impliqués dans des délits pénaux en France : Moncef Ben Ali, le frère aîné du Président, avait été condamné par contumace à Paris, au début des années 90, pour son appartenance à la « couscous connexion », un réseau de trafic de drogue.

LE MONDE (QUOTIDIEN FRANÇAIS, GROUPE LAGARDERE)
- Laurent Zecchini
Preuve vient d’être faite que l’armée afghane n’est pas en mesure d’assurer la sécurité du président afghan dans sa propre capitale. L’attentat commis au stade de Kaboul a eu lieu, dimanche 27 avril, le jour de fête nationale célébrant le seizième anniversaire de la chute du régime communiste. La même commémoration, le même défilé militaire ont lieu chaque année. C’est un événement attendu, et orchestré sous haute sécurité. Le fait que le général Dan McNeal, commandant en chef de l’ISAF, assistait au défilé, signifie que l’ISAF était impliquée dans les mesures de sécurité. La protection du président Karzaï est assurée par une véritable garde prétorienne : les forces spéciales afghanes (formées notamment par la France) sont secondées par les forces spéciales US des Rangers. Mais il y a plus grave qu’une carence des services afghans et de ceux de l’ISAF. Le fait que les auteurs de cet attentat aient pu se positionner si près du dispositif officiel laisse supposer des complicités au sein même des services afghans. La police afghane est notoirement corrompue et inefficace, et le jeu des allégeances tribales en Afghanistan permet toutes les infiltrations au sein de l’appareil d’État. Les prochains renforts militaires français et les GI’s qui viennent d’arriver dans le Sud auront du mal à changer la situation. Les talibans viennent de démontrer que le président Karzaï n’est nulle part en sécurité dans son propre pays, en dépit des plus de 50000 soldats occidentaux présents sur place. Les experts de l’OTAN qui espéraient qu’une prise de relais par les forces afghanes offrirait une « stratégie de sortie » aux forces occidentales vont y réfléchir à deux fois.

LE TEMPS (QUOTIDIEN SUISSE)
Pour 2008 et 2009, le budget global de l’ONU devrait augmenter de 25% pour atteindre 5,2 milliards de dollars. Paradoxe de cette hausse massive : elle s’explique en grande partie par les demandes croissantes de l’administration Bush visant à attribuer un rôle plus ambitieux à l’ONU. C’est pourtant cette même administration qui, par la voix de son ambassadeur à l’ONU John Bolton, n’a cessé, à partir d’août 2005, de vouloir imposer à l’organisation une cure d’amaigrissement dans le cadre des réformes. Ce sont les opérations de maintien de la paix qui font exploser les dépenses globales de l’ONU. Depuis que George Bush est arrivé à la Maison-Blanche, leur budget a triplé. Aujourd’hui, les Nations unies comptent 110000 Casques bleus sur le terrain engagés dans plus de vingt opérations. Coût global projeté : 7 milliards de dollars. Réalisant qu’ils sont incapables de gérer la totalité des conflits planétaires seuls, les États-Unis ont multiplié les demandes d’aide onusienne en Irak, en Afghanistan et au Soudan. John Bolton lui-même a contribué à l’explosion des coûts lors des négociations ayant abouti à un cessez-le-feu dans la guerre du Liban en août 2006. Il avait approuvé un budget de 700 millions de dollars par an pour mettre en œuvre la trêve.

THE DAILY TELEGRAPH (QUOTIDIEN BRITANNIQUE)
Le Premier ministre britannique Gordon Brown a adressé aux alliés un document secret de trois pages que le Daily Telegraph s’est procuré. Il les y met en garde sur la situation militaire en Afghanistan. M. Brown estime qu’il faut absolument disposer de trois bataillons d’infanterie supplémentaires, d’hélicoptères et d’avions. Il exprime sa plus vive inquiétude sur ce qui se passera en novembre prochain lorsque les États-Unis retireront 2300 Marines actuellement basés dans le Sud.

THE OBSERVER (QUOTIDIEN DOMINICAL BRITANNIQUE, MAJORITE)
- Mitchell Prothero
Le Hezbollah entraîne actuellement des centaines, voire des milliers de jeunes hommes au combat, que ce soit au Liban, en Syrie ou en Iran, en prévision de la prochaine guerre avec Israël. J’ai découvert que l’organisation a remplacé ses combattants morts, discrètement mais de manière constante, et a redoublé ses efforts de recrutement en prévision d’un nouveau conflit encore plus brutal avec Israël. Le Hezbollah entreprend une expansion majeure de sa puissance de combat. Les efforts du parti ne se limitent pas à l’entraînement de nouveaux combattants, mais aussi à des efforts sans précédent pour assurer des équipements et construire des bunkers. Un combattant, s’exprimant sous le sceau de l’anonymat, a révélé que l’entraînement spécialisé, notamment au maniement des armes lourdes, se fait en Iran, mais que la formation dans ce pays demeure surtout à un niveau théorique et religieux, alors que, toujours selon lui, le « meilleur entraînement reste celui que nous suivons au Liban, puisque la proximité avec Israël lui donne une plus grande part de réalisme ».
Une étude militaire US décrit les combattants du Hezbollah comme « totalement décentralisés » et « capables de résister dans leurs positions même quand ils sont inférieurs en nombre ». Selon une source militaire libanaise interrogée, « ils veulent accroître leur nombre pour être capables d’arrêter la prochaine invasion avant que les chars n’atteignent les plaines de la Békaa, où les unités blindées israéliennes auront l’avantage ». Au cas où la situation interne se détériore au point d’en arriver aux combats de rue entre les deux camps politiques adverses, le Hezbollah évitera d’envoyer ses meilleurs combattants, de peur qu’Israël n’en profite pour attaquer ses positions. Mais il aura accès à assez de jeunes capables de manier les pierres, les bâtons et même certaines armes à feu.

THE GUARDIAN (QUOTIDIEN BRITANNIQUE, MAJORITE)
Des ressortissants britanniques, arrêtés au Pakistan à la demande de Londres, ont attestés avoir été torturés par les services secrets pakistanais (ISI) puis interrogés par le contre-espionnage britannique (MI5). Le Royaume-Uni aurait ainsi fait sous-traiter des tortures par un service étranger. Les victimes, qui portent des traces de chocs électriques et d’ongles arrachés, indiquent que pendant que leurs tortionnaires à la prison de Rawalpindi étaient connectés avec les interrogateurs britanniques de Paddigton Green. Le MI5 affirme que ses agents ignoraient que les suspects étaient soumis à des tortures. Au regard du Criminal Justice Act de 1988, les enquêteurs du MI5 impliqués dans cette affaire encourent la prison à perpétuité.

THE INDEPENDENT (QUOTIDIEN BRITANNIQUE)
- Jerome Starkey
L’OTAN assure que les Talibans se financent de 40 à 60% par le trafic de drogues. Le reportage effectué sur place laisse à penser que la proportion est beaucoup plus importante. La culture du pavot s’est généralisée. L’opium récolté est transformé en héroïne dans les montagnes du Pamir, puis échangée à des trafiquants russes contre des armes. Il faut environ 15 kg d’opium afghan pour faire 1 kg d’héroïne, lequel est estimé sur place à seulement 600 livres britanniques, mais ce prix double dès qu’il arrive au Tadjikistan. Selon le lieu de l’échange cela peut représenter jusqu’à 30 Kalachnikovs. Il n’y a jamais de transaction en cash. Les forces spéciales britanniques ont créé au sein de l’armée afghane une unité secrète dite « 333 », chargée d’assassiner les trafiquants qui négocient avec les insurgés. Au-delà du financement des insurgés, on peut craindre que la circulation des drogues ne créé des addictions parmi les soldats de l’OTAN.

THE TIMES (QUOTIDIEN BRITANNIQUE, GROUPE MURDOCH)
Au cours du premier trimestre 2008, Royal Dutch Shell a réalisé 7,7 milliards de dollars de profits (+12%) et British Petroleum 6,5 milliards (+50%). Ces résultats records s’expliquent par la hausse, elle aussi record, des cours du pétrole. En outre, la hausse des cours a rendu certaines exploitations beaucoup plus profitables, comme les gisements de BP en Mer du Nord. Au Royaume-Uni, les prix grimpent depuis deux jours en raison de la fermeture de la raffinerie de Grangemouth (Écosse), paralysée par une grève.

THE GLOBE AND MAIL (QUOTIDIEN CANADIEN)
Le général états-unien Dan McNeill, commandant des forces de l’OTAN en Afghanistan, a expliqué à la presse qu’il espérait voir les 40 forces alliées adopter la même stratégie que les forces US, incluant les méthodes d’épandage des champs de pavot et l’usage des soldats pour les actions humanitaires et de reconstruction. Ces déclarations ont suscité de vives tensions au sein de l’OTAN, d’autant qu’elles se sont accompagnées depuis deux jours d’une vaste opération des Marines dans le Sud, sur le modèle de ce qui est pratiqué en Irak.

DAWN (QUOTIDIEN PAKISTANAIS)
• Le rapport annuel d’Europol sur le terrorisme pointe un doigt accusateur vers le Pakistan. Il note que les suspects arrêtés en Allemagne et au Danemark ont bénéficié d’entrainement dans des camps situés dans la zone tribale du Pakistan.
• Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a effectué une halte à Islamabad dans le cadre de sa tournée asiatique. C’est la première fois qu’il se rendait au Pakistan et il était le premier chef d’État étranger à effectuer une visite officielle depuis la prise de fonction du nouveau gouvernement. Les entretiens ont permis de lever les derniers obstacles avant la signature du projet de gazoduc Iran-Pakistan-Inde d’une valeur de 7,5 milliards de dollars. Un projet bloqué depuis des années, mais que l’Inde a en définitive relancé la semaine dernière.

ASIA TIMES ONLINE (QUOTIDIEN ELECTRONIQUE THAÏLANDAIS)
La tournée asiatique du président Ahmadinejad (Sri Lanka, Pakistan, Inde) vise à faire sortir l’Iran de son isolement diplomatique. La politique du « regard vers l’Est » du ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, est influencée par son éducation indienne, et se présente comme une émancipation régionale de l’influence occidentale. Téhéran va financer la modernisation et le développement de la raffinerie d’Uma Oya (Sri Lanka) en garantissant sa sécurité (par rapport à d’éventuels sabotages des Tigres tamouls). Le projet de gazoduc Iran-Pakistan-Inde, s’il devait être réalisé, serait un test de la capacité d’Islamabad et de New Delhi à s’ouvrir une marge de manœuvre malgré leurs liens étroits avec Washington qui y est fermement opposé. Notamment, pour être viable, ce projet doit résoudre le problème posé par l’Armée nationale du Balouchistan (séparatistes pakistanais) qui fera tout pour le saboter.

THE NEW YORK TIMES (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
- Jimmy Carter, ancien président des États-Unis
« Mes récentes rencontres avec le mouvement Hamas ont apporté des résultats, malgré l’avis contraire des dirigeants israéliens et palestiniens. Il serait possible, en consultant de manière plus officielle ces dirigeants illégaux, de relancer et de faciliter les pourparlers de paix actuellement dans l’impasse entre Israël et ses voisins. J’ai l’assurance que le Hamas accepterait tout accord négocié entre le président palestinien Mahmoud Abbas et le Premier ministre israélien Ehud Olmert, à condition qu’il soit approuvé soit par référendum auprès des Palestiniens, soit par un gouvernement élu. »
• Le 8 avril, le président Ahmadinejad a visité le centre de recherches nucléaires de Natanz, accompagné de 48 photographes. Leurs clichés sont examinés avec la plus grande attention par les spécialistes du monde entier.

THE WASHINGTON POST (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
Lors du procès à Guantanamo de Salim Ahmed Hamdan, suspecté d’avoir été le chauffeur d’Oussama Ben laden, le colonel David Morris, ancien procureur général militaire, a témoigné sous serment. Selon sa déposition, la Justice militaire aurait été dévoyée à des fins politiques, et lui-même aurait fait l’objet de pressions du Pentagone, notamment du secrétaire adjoint à la défense, Gordon England. Le conseiller juridique du Pentagone aurait déclaré au colonel Morris qu’il ne devait pas y avoir d’acquittement à Guantanamo car on ne pourrait pas justifier des raisons pour lesquelles on avait maintenu les suspects si longtemps en détention. Le colonel Morris a démissionné lorsqu’il a estimé qu’il ne pouvait plus accomplir librement sa fonction.
De son côté, le prévenu est paru atteint mentalement par ses conditions de détention et incapable de comparaître normalement.

• Une mère de famille et ses quatre enfants, âgés de un, trois, quatre et cinq ans, ont été tués par un tir d’obus de char qui a touché leur maison, a indiqué un médecin des services d’urgence de l’hôpital Kamal Adwane de Beit Lahya, dans la bande de Gaza. Leur mère, Miassar Abou Maateq, 40 ans, grièvement blessée dans l’explosion, est décédée à l’hôpital, a précisé le médecin. Une cinquième victime est un combattant du Jihad islamique, a déclaré une source au sein du groupe armé.
Le Hamas a appelé dans un communiqué sa branche armée et les autres groupes armés à « répondre à ce crime et poursuivre leur préparation à l’affrontement et à défendre le peuple palestinien ». Le Jihad islamique et le Hamas ont immédiatement revendiqué des tirs de roquettes contre Israël. Au moins 13 de ces engins ont été tirés contre Israël, selon l’armée.
Le Premier ministre du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a condamné dans un communiqué « le massacre qui révèle le vrai visage de l’occupant israélien criminel et ses tentatives constantes de détruire les efforts régionaux et internationaux pour lever le siège et faire cesser les attaques ». M. Haniyeh faisait référence aux efforts égyptiens en cours pour tenter de trouver un accord de trêve entre le Hamas et l’État hébreu.
Des représentants d’organisations palestiniennes sont arrivés hier en Égypte, où ils doivent avoir des réunions avec des responsables égyptiens en vue d’élaborer une position commune au sujet d’une trêve avec Israël. Des représentants des Comités de la résistance populaire (CRP), du Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP), du Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP), et du Front de lutte populaire palestinien (FLPP, qui participe au gouvernement de l’Autorité palestinienne) ont franchi le point de passage de Rafah entre Gaza et l’Égypte. Le Jihad islamique, responsable de plusieurs attaques de roquettes contre Israël à partir de Gaza, a indiqué qu’il envisageait d’envoyer une délégation de Damas au Caire. Ces groupes doivent avoir des discussions mardi et mercredi avec le chef du renseignement égyptien, Omar Sleimane.

• Un satellite de télécommunications israélien a été lancé avec succès hier par la Russie depuis le cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan, selon des images retransmises à la télévision russe. Le satellite AMOS-3, qui pèse 1,3 tonne, a décollé quatre jours après un report dû à des problèmes techniques selon Moscou. Il doit être placé en orbite à 36000 kilomètres de la Terre.

Déclarations

COMMUNIQUE DU MINISTERE FRANÇAIS DES AFFAIRES ETRANGERES
« La France proteste contre l’arrestation et la détention arbitraires de M. Karim Pakzad, représentant du Parti socialiste français à l’Internationale socialiste lors de son séjour à Beyrouth le 26 avril 2008.
M. Pakzad a été appréhendé par des personnes n’ayant pas autorité dans les quartiers Sud de Beyrouth. L’arrestation et la détention illégales pendant plusieurs heures de notre compatriote sont totalement inacceptables. Nous comptons sur la diligence des autorités libanaises, responsables de l’enquête et des suites judiciaires à donner à cet incident qui a motivé le dépôt d’une plainte par notre compatriote. »

COMMUNIQUE DU HEZBOLLAH
« Des militants présents près de la maison de l’un des responsables de la Résistance ont vu deux personnes à bord d’une voiture prenant beaucoup de photos de certains lieux, ce qui les a poussés à les conduire dans un endroit pour les interroger sur la nature de leur activité. Les militants voulaient savoir si cette activité était motivée par des raisons d’ordre sécuritaire. Après nous être assurés que le Français et son compagnon ne possédaient pas la nationalité israélienne, nous n’avions plus de problème (avec eux). Les deux personnes ont été traitées avec respect et politesse. Les personnes en charge ont expliqué (à Karim Pakzad et à son ami) qu’elles avaient agi ainsi en raison du danger de l’ennemi israélien qui guette la banlieue sud et des cadres de la Résistance. Nous avons des informations sur des activités israéliennes impliquant plusieurs agents et visant des personnalités du parti, ce qui nous rend alertes à l’égard de toute activité suspecte. Walid Joumblatt a politisé l’incident en convoquant rapidement une conférence de presse à ce sujet. L’ambassade de France n’était pas au courant de cette visite, alors qu’elle avait organisé différentes visites de responsables français dans la banlieue sud. La célèbre actrice française Catherine Deneuve a même pu filmer un documentaire en plein cœur de la banlieue. »

Tendances et événements au au Liban

Les loyalistes posent des conditions au dialogue

Réunis en assises élargies, les loyalistes regroupés au sein du 14-mars ont chargé le chef du Courant du futur, Saad Hariri, de négocier avec le président du Parlement Nabih Berry, qui avait appelé à la reprise du dialogue national. À la lumière des changements intervenus dans les positions politiques de certaines personnalités du 14-mars, des observateurs estiment probable une éventuelle percée au niveau de la crise politique et n’excluent pas que la séance parlementaire du 13 mai aboutisse à l’élection d’un président de la République.
- 1. Des milieux loyalistes affirment qu’il est impossible de justifier devant l’opinion publique le refus du dialogue. Mais ce dialogue est conditionné par le fait que la séance du 13 mai doit voir l’élection d’un président de la République.
- 2. La tenue de la séance de l’élection présidentielle sans condition aucun était au centre du discours des ténors du 14-mars. Le chef druze Walid Joumblatt, qui s’est distingué par son acceptation de l’appel au dialogue lancé par Nabih Berry, a adapté son discours à celui de ses collègues loyalistes, ce qui constitue un pas en arrière par rapport à ses positions antérieures. Cela a poussé des sources de l’opposition à s’interroger sur le sérieux de l’ouverture amorcée par Joumblatt ces derniers temps, qui pourrait n’être qu’une manœuvre destinée à vider de son contenu l’initiative de M. Berry.
- 3. Le climat régional et international ne semble pas propice à la reprise du dialogue interne. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Saoud al-Fayçal, a plaidé, lors d’une conférence de presse lundi, en faveur de l’internationalisation de la crise libanaise, ce qui a suscité un vent d’inquiétude chez les Libanais.
- 4. Par contre, les positions du président syrien Bachar al-Assad sur le Liban ont été accueillies avec soulagement par des milieux politiques indépendants au Liban.
- 5. La crise économique et sociale occupe le devant de la scène. La grève du 7 mai, organisée par la CGTL sera un test pour mesurer à quel point les Libanais sont conscients de la dimension sociale de la crise qui frappe le pays.

Déclarations

SAAD HARIRI, CHEF DU COURANT DU FUTUR (14-MARS)
« L’appel au dialogue lancé par M. Berry est important. Mais, plus importante encore, est l’élection d’un président de la République. Nous avons participé à la première conférence de dialogue et nous avions enregistré des acquis. Mais il existe aujourd’hui une priorité qui est la présidentielle. Personne ne peut affirmer le contraire. Peut-on accepter qu’il n’y ait pas de président de la Chambre ou de Premier ministre ? Pourquoi faut-il poser des conditions à l’élection d’un chef de l’État ? Nous n’avons pas d’objection à nous rendre à une nouvelle conférence de dialogue, mais nous voulons savoir que le 13 mai nous élirons un chef de l’État. C’est ce qui nous importe. Nous avons aussi assuré que la présidence de la République est la base de tout dialogue. Il est normal qu’il y ait un chef de l’État qui soit un arbitre entre les Libanais. Cette fois, nous devons tous nous rendre au Parlement et doter la république d’un président. Nous n’avons aucune objection à reprendre le dialogue, mais qu’on garantisse d’abord l’organisation de la présidentielle le 13 mai. Soyons réalistes, si nous engageons un dialogue sans que celui-ci ne débouche sur l’élection d’un président, il aboutira seulement à une nouvelle fermeture du centre-ville. Je ne suis pas contre un gouvernement d’union nationale. Nous sommes aussi pour une loi électorale fondée sur le caza comme circonscription électorale. Il faut cependant respecter les priorités. »

WALID JOUMBLATT, CHEF DRUZE DU 14-MARS
« J’ai accepté le principe du dialogue lorsque je me suis rendu auprès de M. Berry, mais il faut, en priorité, respecter le processus institutionnel et élire un président de la République. Si le blocage persiste, cela affectera même la présidence de la Chambre, car sa crédibilité sera édulcorée. »

NAWAR SAHILI, DEPUTE DU HEZBOLLAH
« Le chef de la faction au pouvoir, le député émigré (allusion à Saad Hariri de nationalité saoudienne), fait une déclaration le matin et dit le contraire l’après-midi. Le matin, il se prononce pour le dialogue et pour la loi électorale basée sur le caza, puis l’après-midi, il pose des conditions. Celui qui souhaite le dialogue ne pose de conditions et ne sème pas des obstacles. La vérité est que l’Amérique ne leur a pas donné le feu vert pour entamer le dialogue et le problème réside non pas à leur niveau, mais dans leur maître à l’étranger. Nous attendons dans les prochaines quarante-huit heures la position américaine qui devrait leur permettre ou non de s’engager sur la voie du dialogue afin d’aboutir à des dénominateurs communs (…) Au début de la guerre, il (allusion à Samir Geagea) a mené campagne contre les Palestiniens et, aujourd’hui, nous parlons de l’implantation qui est un danger pour le Liban et le peuple palestinien. Mais la partie soumise à la tutelle américaine ne prend en considération que l’intérêt de l’Amérique. »

HASSAN FADLALLAH, DEPUTE DU HEZBOLLAH
« Le blocage actuel qui entrave toute solution à la crise est dû aux États-uniens et à certains pays arabes qui veulent exploiter la scène libanaise afin de régler des comptes sur le double plan local et arabe. La logique de la majorité et de la minorité telle qu’elle transparaît dans la loi 2000 est une logique qui ne permet en aucune façon de refléter la représentation véritable du peuple libanais. »

NAWAF MOUSSAOUI, RESPONSABLE DES RELATIONS INTERNATIONALES DU HEZBOLLAH
« Nous n’avons pas oublié que lors de la conférence du dialogue, il (Samir Geagea) avait affirmé que si le Liban n’attaque pas Israël, les Israéliens ne mèneraient aucune agression contre le Liban. Israël ne veut pas et ne peut pas mener une guerre contre le Liban, car il sait quel serait le coût de cette guerre. L’offensive contre la Résistance a commencé avec l’adoption de la résolution 1559, de même que la bataille contre la Syrie n’a rien à voir avec l’assassinat de Rafic Hariri. La bataille contre la Syrie a débuté après que le régime syrien eut refusé d’élargir son influence au Liban en contrepartie du retrait de la résistance du Liban-Sud, jusqu’à 45 kilomètres au nord des frontières. C’est parce que la Syrie a refusé un tel marché que nous avons assisté à l’adoption de la série de résolutions internationales. »

SAOUD AL-FAYÇAL, MINISTRE SAOUDIEN DES AFFAIRES ETRANGERES
« Nous souhaitons que la date du 13 mai soit celle de l’ouverture des portes du Parlement et de l’élection du candidat consensuel Michel Sleimane, en vue de former un gouvernement d’union nationale et de réviser la loi électorale. Le dossier libanais est présent sur la table de l’ONU et de la Ligue arabe, et le Liban a beaucoup d’amis de par le monde, qui le soutiennent. _ L’internationalisation répond aux orientations de la politique arabe et ne risque pas d’arracher le dossier libanais au cadre arabe (…) Le président syrien n’a pas déposé de demande pour visiter l’Arabie saoudite. Mais je ne pense pas qu’il y ait besoin de médiation entre la Syrie et l’Arabie saoudite. Nous avons des relations et des contacts directs. »

CLAUDIO GRAZIANO, GENERAL ITALIEN, CHEF DE LA FINUL
« Nous ne sommes pas intimidés par les menaces qui ont été proférées au cours des derniers jours (par le numéro deux d’el-Qaëda, Ayman el-Zawahiri). Nous avons mis en place de bonnes mesures de sécurité et nous avons les bons moyens pour traiter ce genre de situation, d’autant que nous sommes constamment ciblés par des menaces. Nous sommes confiants dans le soutien que nous fournissent le gouvernement libanais et les forces de l’ordre du pays. La Finul aborde sérieusement cette affaire et a renforcé son dispositif de sécurité. Mais nous n’avons pas peur. »

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions allemande, arabe, anglaise, espagnole et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise, espagnole et arabe.