Merka, le 28 juillet 1996

L’oiseau de pluie chante, installé dans une lucarne du mur de ma chambre à coucher. C’est un sentiment agréable d’être réveillé par le chant de l’oiseau de pluie.

A l’époque, le 5 mars 1994, lorsque l’insurrection ouverte du peuple contre la Biomal et l’Unosom (United Nations Operations en Somalie) a commencé, nous avons fondé la coopérative de paysans et un nouveau dispensaire. (Biomal est un des clans les plus importants de Merka qui s’est associé aux soldats de l’ONU, Unosom, qui ont pris le pouvoir.) Les coups de canon retentissaient au-dessus de nos têtes ce jour-là et pendant une semaine, des combats de mitraillettes dominaient la ville. Merka était désert, personne dans les rues. Tout le monde avait très peur. Je pensais à ce moment-là que nous n’en sortirions pas vivant. « La paix ne vient pas du ciel, ai-je dit. La paix, nous devons la faire nous même. Cela signifie qu’il faut faire quelque chose contre la peur, pour apprendre à mieux la gérer. » Ainsi nous nous sommes assis par terre et nous avons réfléchi à ce qui était à faire. 4700 dollars, c’était le montant que j’avais encore à disposition. Ainsi nous avons fini par nous décider : « Nous allons fonder une coopérative paysanne et nous construirons dans le bidonville le plus pauvre une nouvelle maison, un centre ambulatoire pour les pauvres et contre cette guerre dénuée de sens ! Ce sera un centre de la paix. » C’est ce que nous avons fait. Nous avons donc fondé la coopérative à Bhuufow, avec comme condition que des gens de différents clans défrichent ensemble la savane, élargissent le système d’irrigation et plantent du maïs : Ils devaient travailler ensemble et partager la recette équitablement. En plus, nous avons décidé de construire une nouvelle maison dans le bidonville de Merka pour le ravitaillement médical, un centre ambulatoire. Là aussi, une coopérative devait être créée, formée de collaborateurs de différents clans. Les deux coopératives devaient être un exemple pour la paix et pour la bonne coopération. Les familles de paysans devaient être prêts à coopérer, à partager en cas de mauvaise récolte, et plus tard, lors d’une bonne récolte, à donner 10% de la recette au centre ambulatoire pour les pauvres. Et ce qui est pour moi le plus important : Chaque paysan devait être d’une tribu différente. Nous avons commencé avec six familles. La brousse a dû être rodée, le système d’irrigation, détruit par la guerre, nettoyé, élargi et amélioré avec du ciment. Dans ce but nous avons loué un tracteur à Mogadiscio. Plus tard, nous avons acheté de la semence et des insecticides.

Merka, le 12 mai 1994

Ce matin, je suis partie avec un convoi de la troupe nigériane de l’ONU à l’intérieur du pays, à Qoryooley dans un petit hôpital. J’avais entendu que le choléra sévissait là-bas de manière particulièrement meurtrière, emportant beaucoup de gens. L’hôpital est abandonné. Nous n’avons rencontré qu’un jeune médecin somalien, mais pas de personnel soignant. A notre arrivée, il a fallu le chercher aux alentours, parce qu’il allait seul d’une hutte en paille à l’autre pour amener les malades du choléra à l’hôpital.

A l’hôpital, beaucoup de gens étaient couchés par terre. Ils souffraient de la saleté et des milliers de mouches les tourmentaient. J’ai surmonté des excréments et du vomi pour fixer tout d’abord une ficelle le long du mur. Après seulement, j’ai pu leur donner des infusions et les accrocher à la ficelle le long du mur. C’était en outre une bonne occasion d’occuper de manière sensée les soldats de l’ONU, armés jusqu’aux dents. Je leur ai demandé de poser leurs mitraillettes afin de libérer leurs mains pour des travaux plus importants. Trois des huit soldats ont refusé. Ils sont restés assis sur le char avec leurs mitrail­lettes et fumaient tranquillement leurs cigarettes. Mais cinq jeunes hommes sont venus et ont mis les mains à la pâte. D’abord ils voulaient savoir comment se protéger du choléra. Ensuite ils ont commencé à laver les gens, à nettoyer le plancher et aider partout où c’était nécessaire. Ces hommes se sentaient profondément touchés par cette misère illimitée. Au retour à travers la brousse difficile à traverser, un des jeunes soldats de l’ONU, un Nigérian a dit : « Cette journée a été pour moi un vrai engagement de l’ONU, c’est comme ça que je pourrais me l’imaginer. »

La Somalie, pays oublié ! Qu’est-ce que nous apprenons de ce pays dans les médias ? Celui qui lit le livre de Vre Karrer se retrouve dans un autre monde et se sent honteux de ne rien savoir.

Merka, le 11 décembre 1994

Je suis allé à Mogadiscio pour chercher des médicaments manquants. Il faisait chaud : quarante-quatre degrés à l’ombre des buissons de bougainvillées. Le voyage à travers la brousse et la savane était pénible, mais nous sommes quand même bien arrivés. A l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé, ils ne voulaient pas me donner de médicaments pour le nouveau centre ambulatoire. J’ai tonné et fulminé, je n’avais pas fait tout ce chemin à travers la savane pour rien ! J’y suis tout simplement restée et je n’ai pas bougé. Un directeur est venu. Je lui ai parlé de mon travail. Tout d’un coup, il m’a demandé : « Est-ce que tu es Verena Karrer de Merka ? Tu as construit l’école et le centre ambulatoire et fondé la coopérative d’agriculteurs ? J’ai entendu cela à la radio de Somalie. Je me réjouis de faire ta connaissance ! » Puis il a eu un fou-rire et a dit : « Alors tu sais, je n’aurais jamais pensé que tu aurais déjà la cinquantaine, j’ai pensé que tu étais bien plus jeune ! » (Bien sûr, je ne lui ai pas dit quel âge j’avais vraiment !) Ensuite il m’a donné tous les médicaments dont j’avais besoin.

Les maisons et les rues de Mogadiscio étaient comme mortes. Autour de cette triste ville en ruine vivent partout des familles dans des espèces de tentes. Ils enfoncent des branches courbées dans la terre et ils couvrent ces espaces en forme de boule simplement avec du papier de journal, des chiffons ou d’autres bouts de tissus. Dans des espaces très étroits vivent ainsi des familles avec six à huit enfants. Partout nous avons rencontré des jeunes gens sans bras et sans jambes. Beaucoup de blessés de guerre traînaient dans les ruines en mendiant. La pauvreté est indescriptible. La guerre ne tue pas seulement beaucoup de gens et détruit des maisons, elle détruit aussi toute base de vie et toutes les relations sociales.

Mogadiscio est – après les trois bombardements de la ville par les Américains en juillet et août 1993 – une ville détruite. J’ai parcouru les ruines en pleurant. On ne compte pas le nombre de trous d’obus dans les maisons d’habitation du centre-ville et de la banlieue. D’où venait toute cette munition ? D’où venaient ces horribles instruments de guerre et les armes ? Quels intérêts ont amené les Américains à détruire complètement cette ville de Mogadiscio en trois actes, déjà éprouvée par la guerre ? Les Américains avaient bombardé l’Université de Mogadiscio. J’ai parcouru ce champ de ruines en pleurant. Epouvantée par l’ampleur de la destruction j’ai pensé : En guerre pour le pouvoir et pour les capitaux, on détruit et ensevelit d’abord de manière ciblée le savoir et ainsi on enlève au pays toute chance de développement ! Voyant les ruines de ces bâtiments arabes, jadis si fiers, je me suis juré que, si Dieu le veut, je ferais tout pour construire plus tard un lycée pour cette jeunesse perdue dans les rues.

J’ai aussi été à l’hôpital universitaire Dikfer, la plus grande clinique du Sud de la Somalie. A la recherche de matériel, je me suis fait conduire là-bas. L’hôpital universitaire Dikfer était en fonction lorsqu’il a été bombardé. Beaucoup de patients, par ensemble avec le personnel, ont été tués et ensevelis par les murs qui se sont effondrés. D’autres ont été mutilés et sont toujours incapables de se prendre en charge eux-mêmes. Pourquoi cette infamie des Américains n’a pas été criée dans le monde entier lorsqu’ils ont détruit le plus grand hôpital de façon ciblée ?

Ce qu’elle a vécu à Mogadiscio a ému Verena Karrer à ce point qu’elle a fondé des écoles de manière décidée qui, six ans après la mort violente de leur fondatrice, existent toujours : A l’école primaire et secondaire « New Ways », 700 élèves suivent leur scolarité et 93 employés peuvent gagner leur vie. Le premier lycée en Somalie après les destructions est encore fréquenté par plus de 100 élèves. Dans ce lycée, la théorie et la pratique sont liées. La Somalie a besoin d’intellectuels qui sont cependant aussi de bons artisans pour la reconstruction du pays. La liaison de ces deux branches était très importante pour Vre.

Merka, le 5 décembre 2000

Hier matin, cinquante-huit adolescents sont venus pour s’inscrire à l’examen d’entrée qui aura lieu demain. Lorsque j’ai vu entrer ces grandes et fières silhouettes par la porte de la nouvelle école, la joie m’a submergée et m’a fait venir les larmes aux yeux. Tout émue, j’ai pensé : C’est réalisé ! Ici, au milieu de la pauvreté une école s’est créée, ici des jeunes gens pauvres ou riches apprendront ensemble, indépendamment des clans. Tous auront la même chance et ils s’expliqueront ensemble au sujet de la misère et de la pauvreté provoquées par la guerre, et ils feront l’expérience de ce que cela veut dire d’être né par terre dans la boue.

Lorsque filles et garçons furent dans les salles de classe et que l’instituteur Ahmed est arrivé, un porte-parole des élèves a dit : « Avant de commencer nous te prions d’aller voir Verena et de lui dire que nous avons tous vu ses larmes de joie. Dis-lui que nous pleurons avec elle, intérieurement, de joie d’avoir ici dans cette école enfin l’occasion de nous former. »

Merka, le 9 décembre 2000

C’était une bonne journée aujourd’hui. Les élèves sont venus pour connaître les résultats des examens d’entrée. Quarante-trois ont réussi, dix-sept ont été insuffisants. Je n’ai pas pu me faire à l’idée de renvoyer ces jeunes gens. Bien sûr, nous, c’est un lycée qui prépare à l’université et nous devons maintenir un certain standard – mais je ne suis pas sûre qu’il faille prendre les mêmes mesures, dans un pays comme la Somalie, que par exemple en Suisse. Nous sommes en Somalie, meurtrie par les guerres et les catastrophes, et où la plupart des enfants n’ont aucune chance de fréquenter une école. Je pense que c’était une erreur de faire passer les examens de cette façon, cela n’a rien à faire avec la justice.

Bon, nous sommes en train d’apprendre – et après de vives discussions, nous avons trouvé une solution qui offre une chance à tout le monde. Nous ferons deux classes : une classe A avec les élèves qui ont réussi aux examens et une classe B avec une période d’essai pour les dix-sept qui ont échoué. Ils travailleront et dans ce processus nous pourrons voir qui sera apte au lycée.

Merka, le 4 mai 2001

Le nouveau lycée professionnel que nous avons pu ouvrir en janvier, est bien parti. Les enseignants ont passé la période d’essai avec succès. Nous sommes tous contents. Nous avons commencé avec deux classes de 24 élèves qui avaient tous réussi l’examen d’entrée. Nous avons donné une deuxième chance aux dix-sept candidats qui auparavant avaient échoué. Dans un cours intensif de quatre mois, ils ont pu préparer l’examen d’entrée encore une fois et fin avril seize ont passé l’examen avec succès. Ainsi nous avons déjà une troisième classe, à l’automne ce seront cinq classes.

Verena Karrer était une pacifiste convaincue. Elle a également rendu possible le retour à la société des bandits armés.

La vie à Merka est dangereuse. Il y a des bandits qui s’organisent en groupes. Ils sont armés de mitraillettes. Ces jeunes gens sont souvent sans scrupules, brutaux et imprévisible, des enfants de la guerre sans orientation qui n’ont pas pu aller à l’école et n’ont rien appris. Tous souffrent de la faim. Ils tuent pour un sac de millet. L’expérience de la guerre et de la violence a détruit leur sensibilité naturelle et leurs âmes. A vrai dire, ces enfants de guerre n’ont eu aucune chance de vivre jusqu’alors. Ensemble avec eux, nous devons essayer de trouver un chemin pour qu’ils puissent vivre en dignité et avec respect. L’après-midi, quand notre école New Ways est fermée, nous offrons tous les jours de trois à six heures un cours pour vingt à vingt-quatre hommes sur le thème : Put the gun and get the pen ! Seule condition pour la participation à ces cours est de déposer les armes. En échange, ils apprennent à lire, écrire et calculer, la géographie et ce que je trouve très important, l’histoire, car il faut qu’ils apprennent et comprennent les rapports dont se noue leur histoire. Moi-même j’enseigne la biologie et des cours de santé : Peut-être qu’ils peuvent apprendre à aimer la vie et le respect de l’environnement quand ils en ont des connaissances. Le premier cours devra durer trois mois. Les participants reçoivent un repas chaud, du savon et 100 000 schilling somaliens par mois, environ 12 dollars. Le deuxième cours devra enseigner des connaissances pratiques. Ils apprendront comment produire des pierres sèches pour construire une maison, comment construire avec des moyens très simples une maison stable, débarrasser soigneusement les eaux usées et comment faire des tables. Nous espérons pouvoir compter sur la coopération d’artisans expérimentés. (Ce serait par exemple une tâche pour les troupes de l’ONU.) Ce ne sera pas facile, nous en sommes conscients. Les doyens de Merka sont derrière nous et nous aident.

Hier soir, quand il faisait déjà nuit, un jeune bandit est arrivé et a secoué ma porte. D’abord j’étais effrayée mais il m’a donné sa mitraillette et a dit d’un ton décidé : « Eber ! Banankaa ! » – « Assez ! Je n’en veux plus ! » Il s’est assis par terre et a commencé à raconter. Cela venait comme de l’eau qui déborde !

N.B. : Le nombre des bandits – jeunes pour la plupart – qui se sont débarrassés de leur fusil et qui fréquentent les cours a augmenté à 152.

Le problème de la faim dans le monde entier est déjà très grand, mais maintenant il devient encore pire par la hausse des prix des aliments. Qui est-ce qui peut s’imaginer ce que c’est que la faim ?

Merka, le 3 novembre 2000

Il y a toujours à nouveau des réfugiés qui arrivent à Merka. Ils savent que dans ce monde il n’y a plus de patrie. On a frappé à ma porte. Un vieil homme était là. Il avait erré pendant beaucoup d’heures à travers les décombres de la ville et il n’avait rien reçu. « J’ai faim ! » Il a regardé le pain sur ma table d’un regard interrogateur, et puis il m’a regardé. « Du pain », a-t-il dit, « Mon Dieu si tu pouvais me donner un peu de pain ? » Il avait l’eau à la bouche, il l’a avalée et a dit encore une fois tout bas : « Du pain ». Il a pris le pain. « Merci ! » Il a vite arraché un morceau. Son menton tremblait, les muscles de sa bouche s’agitaient. Puis il a mordu dans le pain et a mangé. Le pain était vieux. « Il a un goût sucré », a-t-il dit et les larmes lui coulaient sur le visage, sans qu’il puisse s’en empêcher. Elles coulaient simplement, elles coulaient sur les rides de son visage et sur sa poitrine maigre. « Est-ce qu’il y a longtemps que tu souffres de la faim ? » Il a hoché la tête. « Merci », a-t-il dit tout bas, « un grand merci » et il s’en est allé.

J’ai senti tout d’un coup mon cœur battre très fort, il ne s’arrêtait pas. Je repensais toujours au pain et aux étagères pleines dans les magasins en Suisse, aux biscuits sucrés, aux pains d’épice, les pères Noël en chocolat qui sont déjà entassés fin octobre pour les ventes de Noël. Mes battements de cœur étaient comme le battement douloureux d’une plaie dans ma poitrine.

Merka, le 30 décembre 2000

Pourquoi justement l’Afrique ? Eh bien, nous pourrions livrer les Africains à eux-mêmes, les laisser sombrer dans cette misère à laquelle nous avons contribué. Ce serait simple – mais moi, personnellement je crois à la possibilité d’une réparation. D’abord il faudrait leur avouer les fautes que nous avons faites. Cela veut dire dans la pratique : Les banques ont maintenant fait leurs profits ! L’Afrique ne nous doit plus rien ! Ensuite, nous devons tout d’abord prouver au peuple tourmenté notre solidarité, pas avec des projets humanitaires, non, mais en étant prêts à vivre avec les Africains, à partager avec eux ce dont ils ont besoin et à apprendre d’eux.

Bien sûr, aux centaines de milliers de personnes qui ont été tuées par notre industrie d’armes, nous ne pouvons pas rendre la vie. Mais ce que nous pouvons faire en tant que pacifistes, c’est nous opposer de manière claire et nette au militarisme ambiant et à l’industrie de l’armement. Bien sûr nous ne pouvons plus rien faire pour les enfants et les mères qui ont mangé de la terre parce qu’ils avaient faim et qui en sont morts. Mais nous pouvons repartager les biens, c’est-à-dire notre richesse de sorte que chaque enfant ait du pain et une vie digne d’un être humain. Les richesses minières, l’or, les diamants, le pétrole, le café ou les bananes, par lesquelles nous nous sommes enrichis, nous ne pouvrons jamais les rendre à l’Afrique. Mais à l’avenir nous devons veiller à ce que les ouvriers des plantations ou les mineurs de l’or reçoivent le juste prix pour leur travail et aient avec cela une base existentielle. Je crois à une réparation.

Elle avait un cœur pour l’Afrique. Dans le livre de Vre Karrer il y a une photographie d’une Verena rieuse. Oui, elle pouvait rire. Elle a fait sa part. Pendant ses 10 ans en Somalie elle a créé une œuvre qui perdure. Elle a fondé plusieurs écoles pour la jeunesse et pour la reconstruction de la Somalie, dont les instituteurs ont été payés par des dons provenant de Suisse. De plus, elle a suggéré la fondation de coopératives agricoles où les hommes de différents clans ont vécu et travaillé ensemble. Elle a mis sur pied des dispensaires, organisés sous forme de coopératives, pour le ravitaillement médical de la population. A Merka quelques ouvriers nettoient le marché public pour éviter les épidémies. Toutes les coopératives sont autonomes et ne reçoivent pas d’aumônes. Comme elle l’a dit elle-même : « Nous ne sommes pas une œuvre caritative, mais une coopérative. » Voici donc un véritable travail en faveur de la paix !

Extraits de Und grüsse euch mit dem Lied des Regenvogels, Vre Karrer, Briefe aus Somalia, eFeF-Verlag Bern/Wettingen 2003.