Suite à l’accident d’un hélicoptère de l’armée allemande dans les Alpes suisses, les médias n’ont de cesse de fournir les bases légales qui permettent l’entraînement de l’armée allemande sur notre territoire. Pendant plus de 15 semaines par année, cette dernière s’entraîne en Suisse pour ses engagements bellicistes dans le monde entier. L’Allemagne est engagée dans des guerres qui violent le droit international, tant en Irak qu’en Afghanistan, et il est incompréhensible que le DDPS (Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports) se comporte comme un de leurs alliés.

Place d’entraînement internationale

La liste des pays en guerre qui s’entraînent en Suisse est longue. Déjà en été 2002, des hélicoptères britanniques s’entraînaient dans les Alpes suisses ; ils atterrissaient dans la neige qui présente une consistance ­semblable au sable dans le désert d’Irak. Des unités d’élites états-uniennes se trouvèrent aussi dans l’Oberland bernois pour un certain temps. On peut douter que les unités de combat britanniques se soient trouvées en vacances à Verbier, l’année dernière où elles se firent remarquer de manière assez désagréable. Sans parler de l’armée israélienne qui entraînait ses unités de montagne à Andermatt pour pouvoir ensuite les mener sur le plateau du Golan. Le fait que la Suisse soit devenue un terrain d’entraînement pour des armées étrangères est incompatible avec la neutralité du pays. Mais ce n’est pas tout. « Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es » ; c’est ainsi qu’on perd sa crédibilité. Ainsi, notre neutralité, appréciée et respectée partout dans le monde, est supprimée petit à petit, à l’encontre de ce que nos politiciens cherchent à nous faire croire.

Dans quel but un hélicoptère allemand tente-t-il un atterrissage sur roues dans les Alpes suisses ? La question est d’une réelle importance. Ce sont des appareils qui sont en service en Afghanistan, comme le remarquait la Neue Zürcher Zeitung du 29 novembre. Lors de la chute du Tornado, on put soupçonner qu’il s’agissait d’un entraînement pour la guerre en Afghanistan. Et à quels entraînements s’adonnent les troupes ­allemandes pendant ces 15 semaines passées dans notre pays ? Quel pays se prépare pour quelle guerre d’agression ? Ce sont des questions qu’il faut poser et qui exigent une réponse.

Le fait que le DDPS sera dirigé, à partir de l’année prochaine, par un nouveau chef ou une cheffe ne signifie pas grand-chose. Armée XXI, par laquelle tout se mit en marche, fut acceptée par le Parlement et par le peuple. Lors de cette votation, l’administration fédérale se lança à fond dans la propagande, déversant demi-vérités et mensonges sur la population, le tout d’un coût exorbitant, sur le dos des contribuables.

Toujours sans nouvelles quant au drame de la Jungfrau

Personne n’a jamais dit au peuple suisse que des pays en guerre mèneraient des entraînements dans notre pays pour leurs guerres d’agression, lesquelles sont en contradiction avec le droit international et que, de plus, ils bénéficieraient de l’appui de l’armée suisse. On a aussi caché au peuple que des soldats de chez nous pourraient être tués, comme l’a démontré brutalement la catastrophe de la Jungfrau en été 2007 [1]. Grâce aux recherches de la presse, on a appris que les spécialistes suisses de la montagne seraient engagés en haute montagne, après leur instruction pour des cours avec des troupes étrangères, entre autres états-uniennes et anglaises qui viennent régulièrement pour leurs entraînements à Andermatt. L’accident de la Jungfrau n’est toujours pas éclairci et les familles ne savent toujours pas qui dans l’armée en porte la responsabilité. De toute façon, Samuel Schmid a pris le large.

Si les citoyennes et citoyens avaient été informés de ces faits, il ne fait aucun doute que la réforme de l’armée n’aurait pas été acceptée. L’armée suisse qui a été subrepticement affiliée à la sous-organisation de l’OTAN (PPP – Partenariat pour la paix) par Flavio Cotti et Adolf Ogi, s’est trouvée prise dans des obligations qu’on s’est bien gardé de faire connaître au Parlement et au peuple. Par la suite, on a dû adapter l’armée pour une compatibilité avec l’OTAN, tant dans le domaine des effectifs que de la technique. On exigea des engagements à l’étranger, comme p. ex. au Kosovo et en Afghanistan, de même que dans le Conseil de partenariat euro-atlantique (CPEA). La loi militaire d’alors ne permettait pas tout cela, il fallut donc imposer une réforme de l’armée pour dégager la voie. Voilà où nous en sommes.

Ne pas se cacher la réalité

Notre armée n’est plus en mesure de remplir la mission fondamentale de défense du pays. Contre qui d’ailleurs ? Des douzaines d’armées s’entraînent chez nous et connaissent donc parfaitement le pays. Nous entretenons littéralement les « jours de porte ouverte » pour les soldats étrangers. L’argument que nous ne sommes entourés que de pays amis correspondait aux vœux de certains il y a dix ans, mais ignore les développements que nous observons depuis quelques années, notamment chez nos grands voisins. Qui imaginait en l’an 2000 que les États-Unis mettraient à la tête du pays un président qui se lancerait dans une guerre de 30 ans contre le terrorisme, alors qu’il est apparu lui-même comme le pire terroriste ? Qui avait imaginé que l’Allemagne, après sa réunification, se lancerait dans une guerre, contraire au droit international, contre la Yougoslavie et s’affirmerait une nouvelle fois comme une puissance guerrière ? Ignorer l’histoire, et la réalité, n’est pas sérieux avec une telle argumentation. Il est indéniable que le nouveau chef du DDPS va se trouver devant de grands défis, mais cela concerne aussi le Parlement et nous citoyennes et citoyens. Il s’agit de notre pays, de notre armée, de notre avenir. Nous devons clairement dire à nos parlementaires si nous voulons une armée et si oui, comment nous la voulons. Cela dépend de nous, de notre volonté et de notre engagement. C’est à nous d’exiger des parlementaires de tous les partis un débat honnête et ouvert.

Souvenons-nous des paroles de Gottfried Keller dans Das Fähnlein der sieben Aufrechten (Le fanion des sept braves), mises dans la bouche du maître tailleur Hediger : « Aucun gouvernement, ni aucun bataillon ne peuvent protéger le droit et la liberté là où le citoyen n’est pas capable de sortir devant sa maison pour savoir ce qui se passe. »

[1] « DDPS : S’entraîner pour l’Hindou Kouch ? », Horizons et débats, 1er août 2007.