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Ross contre Holbrooke : la guerre des ambassadeurs

| Beyrouth (Liban)
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Dés sa prise de fonction, le président Obama a désigné Richard Holbrooke comme envoyé spécial pour le Pakistan et l’Afghanistan. Son titre originel devait inclure l’Inde, mais New Delhi avait fait savoir qu’il considérerait la nomination d’un envoyé spécial pour l’Inde et le Pakistan comme une ingérence de Washington dans le conflit qui l’oppose à son voisin.

La nomination de M. Holbrooke et son installation par le président Obama en personne dans les locaux du département d’État (voir photo ci-dessus) visaient à arracher le plus de dossiers possible des mains d’Hillary Clinton. En définitive, l’ambassadeur Holbrooke a investi jeudi des locaux sur Envoy Avenue et y a installé une cohorte de collaborateurs, dont Vani Nasr, un universitaire connu pour ses recherches sur le chiisme politique et l’Iran. C’est que M. Holbrooke a de l’appétit et entend aussi s’approprier le dossier iranien.

La réaction de la secrétaire d’État ne s’est pas faite attendre. Hillary Clinton a nommé l’ambassadeur Dennis Ross conseiller spécial pour le Golfe persique et l’Asie du Sud-Est. Il aura donc exactement les mêmes compétences qu’Holbrooke, mais dépendra de Foggy Bottom et non de la Maison-Blanche. La guerre des ambassadeurs ne fait que commencer.

Mme Clinton avait déjà essayé de placer Dennis Ross dans l’équipe de la Maison-Blanche où il espérait gérer le dossier iranien. Mais Téhéran avait fait savoir qu’il considérerait la désignation de ce responsable de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) et fondateur du Washington Institute for Near East Policy (WINEP) comme le signe d’un arrêt des négociations.

Quoi qu’il en soit, Richard Holbrooke, dont les liens avec la CIA (ainsi que les liens de son épouse avec l’Agence) sont un secret de polichinelle, vient de recruter dans son équipe son vieil ami Frank G. Wisner (avec lequel il fut en poste au Vietnam et avec lequel il collabora au Kosovo). L’ancien ambassadeur des États-Unis en Inde a donc démissionné du conseil d’administration du géant des assurances AIG (après s’être goinfré des subventions du plan de relance d’Henry Paulson) et a rejoint le cabinet de lobyying Patton Boggs (qui dispose d’un bureau à Qatar et pourrait en ouvrir un à Delhi). Holbrooke a démissionné de la présidence de l’Asia Society pour cause de cumul, tandis que Wisner y a fait son apparition. Au jeu des « chaises musicales », il importe d’occuper le plus grand nombre de sièges.

À Paris, on voit avec gêne le retour de l’ambassadeur Wisner sur la scène diplomatique. Beau-père par alliance du président Nicolas Sarkozy et ex-agent traitant de Bernard Kouchner pour la CIA au Kosovo, Wisner devrait prendre en charge à la fois la question des ventes de technologie nucléaire à l’Inde (mauvaise nouvelle pour Areva !) et celle de l’influence des services secrets indiens en Afghanistan.

La compétition continue. Alors que la désignation du général Anthony Zinni comme ambassadeur en Irak avait été confirmée en public par Hillary Clinton, la secrétaire d’État a été obligée de faire marche arrière et d’avaler une couleuvre de plus. C’est en définitive Christopher Hill (ex-bras droit d’Holbrooke) qui l’a emporté.

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