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Discours de Denis Sassou-Nguesso à la 64e Assemblée générale de l’ONU

| New York (États-Unis)
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Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Excellences Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Distingués Délégués,
Mesdames et Messieurs !

Permettez-moi avant toute chose de saluer l’élection de Monsieur Ali ABDUSSALAM TREKI à la présidence de la 64eme session ordinaire de l’Assemblée Générale, une assemblée qui se tient à un moment où de grands défis ne cessent de mettre à l’épreuve l’efficacité de notre Organisation.

J’aimerais, Monsieur le président, rendre à cette tribune un hommage à votre prédécesseur, Monsieur Miguel d’ESCOTO BROKMANN, et à l’action courageuse et dynamique qu’il a su mener tout au long de son mandat.

Je remercie également le Secrétaire Général, Monsieur BAN Ki-moon, pour son travail exeptionnel à la tête de notre organisation à un moment de l’histoire où d’importantes réformes y sont entreprises.

J’aimerais répéter à quel point l’Organisation des Nations Unies symbolise plus que jamais l’Espérance face aux grands défis qui menacent notre planète, des défis qu’aucune nation ne peut relever seule, une espérance dont, dans toutes les régions de la Terre, les hommes n’ont jamais eu autant besoin.

Le Sommet sur les changements climatiques qui vient de se tenir, à l’initiative du Secrétaire général, en appelle, une fois de plus, à la conscience collective de toutes les nations, petites et grandes, unies et mues par une volonté commune d’oeuvrer à la construction d’un monde meilleur.

Ce monde dont rêvèrent les pères fondateurs de notre organisation

Dans ce village qu’est devenu la Terre, nous sommes, nous les membres des Nations Unies, les garants de la liberté des Hommes et de leurs droits, les garants de leur sécurité et de leur devenir, les garants de leur dignité et de la promesse d’une paix universelle.

Je sais ce que la solidarité doit au dévouement de l’Organisation des Nations Unies, ce que la paix doit à ses actions, à son engagement et à sa détermination.

Et je pressens ce que l’avenir va iui devoir.

C’est ici, en ces lieux, que se tissent la liberté et les droits de l’homme, la solidarité et la justice universelles, en un mot le destin de l’humanité.

Les femmes et les hommes qui sont ici savent que plus d’un milliard de personnes vivent encore avec moins d’un dollar par jour, que des enfants meurent de faim et de maladies qui pourraient les épargner. Nous savons tous ici, comment les changements climatiques prêtent désormais la main à ces fléaux, et comment les pays dont la responsabilité en la matière est moindre, en subissent davantage les conséquences.

Avec seulement 3,8% des émissions mondiales des gaz à effet de serre, notre continent est le plus visé par le réchauffement de la planète. Les populations pauvres en sont les principales victimes. L’agriculture, la faune et les infrastructures des régions côtières sont en première ligne.

Le rapport Brundtland de la commission mondiale sur l’environnement et le développement, soumis à l’assemblée générale des Nations Unies en 1987, donnait il y a pius de vingt ans déjà, la définition suivante du développement durable : "un développement qui permette aux générations présentes de satisfaire leurs besoins sans remettre en cause la capacité des générations futures à satisfaire les leurs".

Le développement durable n’est pas un concept, nous l’avons tous appris à nos dépens, c’est un véritable enjeu de responsabilités.

Les équilibres des écosystèmes n’ont jamais été autant menacés. Des mesures urgentes s’imposent à L’Afrique comme à l’ensemble des nations pour garantir la sécurité alimentaire, lutter contre la sécheresse et la désertification, restaurer les écosystèmes naturels. Des mesures qui nécessitent la mobilisation d’importants moyens.

Lorsque votre principale ressource est la forêt, la responsabilité qui vous incombe est immense. Nous représentons le plus important poumon écologique de la planète après l’Amazonie. Nous sommes conscients de notre responsabilité en tant que gardiens, avec nos frères d’Amérique latine, de forêts, qui représentent le trésor vital de l’ensemble de l’humanité.

Depuis les années 1990, le Congo s’est toujours engagé aux côtés de la communauté internationale pour lutter contre le réchauffement climatique et mettre en oeuvre une politique de protection de la forêt.

Aujourd’hui notre action est plus que jamais essentielle.

Nos forêts représentent de vastes puits de carbone d’une importance planétaire pour la régulation du gaz à effet de serre.

Elles constituent notre salut à tous et abritent quatre cent espèces de mammifères, plus de 1000 espèces d’oiseaux, plus de 10.000 espèces de plantes dont trois mille au moins sont endémiques. Des gorilles, des buffles de forêts, des chimpanzés, des bonobos et ces éléphants des forêts qui doivent inspirer nos actions tant ils contribuent à maintenir les fonctions écologiques des systèmes naturels. Depuis 1999, les pays du Bassin du Congo ont initié une

expérience unique en matière forestière en proclamant une volonté commune de conserver leur biodiversité et de promouvoir une gestion durable et concertée de leurs écosystèmes forestiers, ainsi qu’en assurant la valorisation des ressources pour le développement économique et social de l’Afrique centrale.

Le plan qui en est découlé est un des volets stratégiques du Nouveau partenariat pour le développement économique de l’Afrique. Il représente une contribution significative de l’Afrique centrale à la problématique du réchauffement de la planète.

Malheureusement les fonds nécessaires à la mise en oeuvre de ce programme ne sont pas tous encore au rendez-vous. Malgré cela les pays de la Sous région ont effectué de grandes avancées dans la préservation des forêts.

L’Afrique demande aujourd’hui à ce que la prochaine Conférence de Copenhague, se prononce sur des mécanismes d’adaptation, d’atténuation, de renforcement des capacités, de transfert de technologies et de financement sur la base d’un principe d’équité.

A Copenhague, nous devrons prendre réellement en compte des forêts qui représentent des puits de carbone d’une importance planétaire pour la régulation et la stabilisation du climat global de notre planète.

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

La crise économique et financière dont nous ressentons encore les effets représente la plus grave récession économique qu’ait connue le monde depuis la grande dépression des années 30.

Cette crise doit nous permettre une prise de conscience. Elle autorise une refondation de l’architecture financière internationale et peut nous permettre de concrétiser, à travers de nouveaux engagements, une vision d’un monde plus solidaire et plus équitable.

Mais le temps presse, en Afrique plus qu’ailleurs et l’adoption des mesures décisives ne peut plus attendre.

A mi-parcours de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement, notre succès va dépendre des nouveaux choix de la communauté internationale, de la mise en oeuvre effective des mesures énoncées. Il faut que se concrétisent les engagements du Sommet du G20 qui s’est tenu à Londres en Avril 2009 et nous espérons que la réunion de Pittsburgh va combler toutes nos attentes.

Monsieur le président,
Mesdames et messieurs,

En sa qualité de co-médiateur de l’Union Africaine avec la Libye dans la crise entre le Tchad et le Soudan, la République du Congo salue la volonté exprimée par les deux parties lors du Sommet de l’Union africaine de relancer les négociations sur la base de l’Accord de Doha du 3 mai 2009.

Nous notons également avec satisfaction que l’initiative tripartite pour une solution concertée dans la sous région, avec l’aide du Bureau d’Observation des Nations Unies en Centrafrique (BONUCA), du Secrétariat Général de la CEEAC, de la Commission CEMAC et du Secrétariat Général de la CEN-SAD, devrait permettre d’endiguer durablement l’insécurité aux frontières du Cameroun, de la RCA et du Tchad.

Nous saluons les avancées significatives observées ces derniers temps dans les relations entre les pays de la région des Grands Lacs sur notre continent. Le réchauffement des liens entre la RDC et le Rwanda, la réactivation de la Communauté Economique des Pays de Grands Lacs (CEPGL) et la normalisation des relations entre l’Ouganda et la RDC traduisent la volonté commune des Etats des Grands Lacs d’oeuvrer pour la consolidation de la paix.

En ce qui concerne la crise israélo-palestinienne, nous encourageons toutes les initiatives entreprises en faveur du dialogue permanent entre les parties, dans la recherche d’une solution définitive et équitable à cette crise.

Nous nous félicitons de l’adoption à l’unanimité, le 24 septembre 2009, par le sommet historique du Conseil de Sécurité, de la résolution 1887 qui marque la détermination de la communauté internationale à aller vers le désarmement et la non prolifération nucléaires pour un monde plus sûr.

Au regard de ces multiples enjeux, nous en appelons au strict respect du traité de non prolifération dans tous ses volets, y compris le droit de tous les pays de développer la technologie nucléaire à des fins civiles.

Monsieur le Président,
Mesdames et messieurs,

Le peuple congolais a bien voulu me renouveler sa confiance au mois de juillet dernier.

Cette confiance repose sur un projet que nous avons appelé "chemin d’avenir".

Ce chemin d’avenir se propose d’ouvrir le Congo à la modernisation et à l’industrialisation, de poursuivre la consolidation de la paix et le renforcement de la démocratie et de l’état de droit, de promouvoir une bonne gouvernance et la protection des droits de l’homme.

Nous nous sommes promis d’ouvrir une nouvelle piste à l’Avenir et de la jalonner avec des comportements et des technologies propres, nous nous sommes promis, dans mon pays, de ne jamais croiser les bras en regardant la Terre souffrir.

Cette promesse, je la renouvelle ici.

Mesdames et messieurs, les griots de chez nous ont souvent dit que les hommes étaient le rêve de la Terre, et bien, je vous promets soienneiiement que non seulement les Africains feront tout ce qui est en leur pouvoir pour ne jamais devenir son cauchemar, mais qu’ils vont au contraire lui ouvrir, nous ouvrir à tous Mesdames et messieurs, la porte de l’Avenir.

Je vous remercie.

Denis Sassou-Nguesso

Président de la République du Congo.

 
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