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Je tiens à remercier Jasdeep [Singh] de sa présentation. Il est évident que tous ceux d’entre vous qui sont étudiants à la faculté des études diplomatiques ont entendu des propos sur l’occasion extraordinaire qui leur est donnée de l’écouter discourir sur la culture des droits de l’homme. C’est également pour moi un grand honneur de prononcer cette allocution à Georgetown, car il n’y a pas de meilleure tribune pour parler des droits de l’homme. Son président [John] DeGioia, son administration et ses enseignants incarnent la longue tradition du soutien de l’université à la liberté d’expression et de penser et à la cause des droits de l’homme partout dans le monde.

Je sais que le président DeGioia a lui-même enseigné un cours sur les droits de l’homme et un autre sur l’éthique du développement international avec une de mes collègues de longue date, Carol Lancaster, doyenne en exercice de la Faculté des études diplomatiques. Et je rends hommage aux enseignants qui contribuent à former notre pensée sur les droits de l’homme, le règlement des conflits, le développement et les autres sujets connexes. Il est important de prendre la parole à cette université parce que les étudiants et le corps enseignant œuvrent chaque année à faire avancer le dialogue interreligieux. Ils donnent voix aux nombreux défenseurs et activistes qui sont en première ligne du mouvement mondial des droits de l’homme, notamment par le biais de l’Institut des droits de l’homme de la faculté de droit et d’autres programmes ; et je salue la possibilité que vous offrez aux étudiants de travailler dans une clinique internationale des droits de la femme.

Pour toutes ces activités qui reflètent le profond engagement de l’administration, des enseignants et des étudiants de Georgetown à cette cause, je vous remercie.

(...)

Aujourd’hui, je voudrais vous entretenir de l’ordre du jour du gouvernement Obama pour les droits de l’homme au XXIe siècle. C’est un sujet qui préoccupe de nombreuses personnes qui aimeraient avoir plus d’informations sur notre point de vue et ce à juste titre. C’est un domaine qui mérite toute notre attention et toute notre énergie. Je voudrais vous donner une vue d’ensemble de notre conception des droits de l’homme et de la démocratie, de la manière dont ils s’intègrent dans notre politique étrangère ainsi que des principes et de la politique qui guident notre pensée.

Mais je voudrais aussi dire ce que mes propos ne sont pas. Ils ne sont pas un exposé sur les abus ou sur les pays où la situation des droits de l’homme nous préoccupe. Ils ne constituent pas une liste ou un bulletin de notes. Nous publions chaque année un rapport sur les droits de l’homme dans le monde, qui analyse de façon très détaillée les préoccupations que nous inspirent un grand nombre de pays. Aujourd’hui, je voudrais replacer cette question dans un cadre plus large et examiner toute sa complexité, son poids moral et son urgence. Ceci étant dit, venons-en aux choses qui nous intéressent.

Dans son discours d’acceptation du prix Nobel, la semaine dernière, le président Obama a rappelé que si la guerre n’était jamais la bienvenue ou bonne, elle pouvait quelquefois être juste et nécessaire car, comme il l’a dit, « seule une paix juste, fondée sur la dignité et les droits inhérents de l’individu, peut être durable ».

Dans notre histoire et encore de notre temps, certains se sont violemment élevés contre cette vérité. Notre mission est de l’embrasser et d’œuvrer pour une paix durable dans le cadre d’un agenda des droits de l’homme fondé sur des principes solides et une stratégie pratique pour sa mise en application.

Le discours du président Obama nous a également rappelé que nos principes fondamentaux, ceux qui sont inscrits dans notre Déclaration d’indépendance - les droits à la vie, à la liberté et à la quête du bonheur - ne sont pas seulement la source de notre force et de notre endurance ; ils sont aussi les droits inaliénables de tous les hommes, femmes et enfants partout sur notre terre.

Ils sont la promesse de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le préalable à la construction d’un monde où tout individu aura la possibilité de satisfaire tout son potentiel, et la force derrière tous les mouvements en faveur de la paix, toutes les campagnes pour la démocratie, toutes les tentatives pour encourager le développement et toutes les luttes contre l’oppression.

Le potentiel de tout un chacun d’apprendre, de découvrir et d’accepter le monde ; le potentiel de s’associer librement aux autres pour constituer une communauté et une société où tous peuvent s’épanouir pleinement et trouver leur autonomie ; le potentiel de partager les beautés et les tragédies de la vie, de rire et de pleurer avec ceux que nous aimons ; ce potentiel est sacré.

C’est un concept dangereux pour tous ceux qui sont au pouvoir et qui confortent leur position en s’opposant à un « autre » - une autre tribu, une autre religion, une autre race, un autre sexe, un autre parti politique. Se dresser contre ce faux sens d’identité et élargir la portée des droits et des possibilités de tous - faire progresser leurs libertés et leur potentiel - c’est ce que nous faisons.

Cette semaine, nous célébrons la Semaine des droits de l’homme. Mais au département d’État, toutes les semaines sont des semaines des droits de l’homme. Il y a 61 ans ce mois-ci, les dirigeants du monde ont promulgué un nouveau cadre de droits, de lois et d’institutions capables d’exaucer le vœu du « jamais plus ». Ils ont affirmé l’universalité des droits de l’homme dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et des accords juridiques, notamment ceux visant à lutter contre le génocide, les crimes de guerre, la torture et la discrimination à l’encontre des femmes et des minorités raciales et religieuses. Les organisations de la société civile et non gouvernementales naissantes sont devenues des partenaires incontournables pour faire avancer le principe de l’importance de tous les individus et dénoncer ceux qui violaient cette norme.

Alors même que nous nous félicitons de nos avancées dans ce domaine, nous devons nous concentrer sur le travail qui reste à faire. Le préambule de la Déclaration universelle nous incite à considérer celle-ci comme un « idéal commun à atteindre » et c’est ce que nous devons faire. Mais nous ne pouvons pas ignorer le fossé qui existe entre ses promesses éloquentes et le lot quotidien d’un si grand nombre de nos congénères.

Nous devons terminer le travail.

Notre ordre du jour des droits de l’homme pour le XX1e siècle est de faire des droits humains une réalité humaine.

La première étape consiste à envisager les droits de l’homme dans un large contexte. À l’évidence, les individus doivent être à l’abri de l’oppression de la tyrannie, de la torture, de la discrimination, de la peur de dirigeants qui les emprisonnent ou les font « disparaître ». Ils ne doivent pas non plus souffrir du besoin - besoin de nourriture, de santé, d’éducation, d’égalité en droit et en fait.

Pour remplir leur potentiel, les individus doivent pouvoir choisir leurs lois et leurs dirigeants ; avoir accès à l’information et la partager ; parler, critiquer, débattre. Ils doivent être libres de pratiquer leur culte, de s’associer et d’aimer comme ils le veulent. Et ils doivent être libres d’acquérir la dignité que leur confère la conquête de leur autonomie, de se décider par eux-mêmes, d’améliorer leurs compétences, d’apporter leurs produits au marché et de participer au processus de l’innovation.

Les droits de l’homme sont assortis de prescriptions positives et négatives. Les individus doivent être libres de toute forme de tyrannie mais ils doivent aussi être libres de saisir toutes les chances de vivre une vie pleine et entière.

C’est pourquoi le soutien de la démocratie et l’encouragement au développement sont les pierres de touche de notre ordre du jour des droits de l’homme pour le XXIe siècle.

Notre gouvernement, comme les précédents, va promouvoir, appuyer et défendre la démocratie. Nous n’abandonnerons ni le mot ni le concept à ceux qui les ont utilisés et continuent de les utiliser de manière trop restrictive ou pour justifier une politique malavisée. Nous défendons la démocratie non parce que nous voulons que les autres pays soient comme le nôtre mais parce que nous voulons que tous les individus voient protégés en permanence les droits qui sont naturellement les leurs, qu’ils soient nés a Tallahassee ou à Téhéran. La démocratie s’est avérée être le meilleur système pour faire des droits de l’homme une réalité humaine sur le long terme.

Mais nous devons préciser ce que nous entendons par démocratie. La démocratie ne consiste pas seulement à élire des dirigeants ; elle implique des citoyens actifs ; la liberté de la presse ; des corps judiciaire et législatif indépendants, et des institutions transparentes et réceptives qui sont redevables devant tous les citoyens et protègent leurs droits de manière juste et égale. Dans une démocratie, faire respecter les droits des citoyens n’est pas une décision que le dirigeant prend chaque jour, c’est la raison pour laquelle il gouverne. Les démocraties protègent et respectent les citoyens tous les jours, pas seulement le jour des élections. Et les démocraties prouvent leur grandeur non en proclamant qu’elles sont parfaites mais en utilisant leurs institutions et leurs principes pour se rendre - elles et leurs unions - « plus parfaites », comme nous continuons à le faire depuis 233 ans.

Dans le même temps, le développement humain doit être inscrit dans notre ordre du jour des droits de l’homme. Parce que les besoins fondamentaux du bien-être - l’alimentation, le logement, la santé et l’éducation - et les biens publics - la durabilité environnementale, la protection contre les maladies pandémiques, les mesures pour les réfugiés - sont indispensables pour que les individus puissent exercer leurs droits. Et aussi parce que le développement humain et la démocratie se renforcent mutuellement. Les gouvernements démocratiques n’ont guère de chance de survivre longtemps si les besoins vitaux de leurs citoyens ne sont pas satisfaits. Le désespoir engendré par la pauvreté et la maladie débouche souvent sur des violences qui mettent les droits en danger et menacent la stabilité des gouvernements. Les démocraties qui garantissent les droits, le progrès et le développement de leurs citoyens sont stables, fortes et, en général, permettent à leurs ressortissants de remplir leur potentiel.

Ainsi les droits de l’homme, la démocratie et le développement ne sont pas trois objectifs séparés dotés chacun de leur agenda propre : cette vision ne correspond pas à la réalité. Pour faire une vraie différence sur le long terme dans la vie des individus, nous devons gérer ces trois éléments simultanément dans le cadre d’un engagement éclairé, stratégique, déterminé et à long terme.

La mesure de notre réussite doit résider dans la réponse à la question suivante : y a-t-il plus d’individus, dans plus de lieux, plus en mesure d’exercer les droits universels et de vivre tout leur potentiel du fait de nos actions ?

Nos principes sont notre étoile polaire mais nos outils et nos tactiques doivent être souples et refléter la situation sur le terrain là où nous essayons d’avoir un impact positif. Dans certains cas, les gouvernements ont le désir mais non les moyens de créer des institutions stables et de protéger leurs citoyens, comme par exemple, les démocraties naissantes en Afrique. Nous tendons la main à ces pays en tant que partenaires pour les aider à asseoir leur autorité et à accomplir les progrès qu’ils souhaitent. Dans d’autres cas, comme à Cuba ou au Nigéria, les gouvernements peuvent mais ne veulent pas mettre en œuvre les changements que leurs citoyens méritent. Dans ces cas, nous devons faire pression sur leurs dirigeants pour les amener à mettre fin à la répression tout en soutenant ceux qui œuvrent pour le changement. Et dans les cas où les gouvernements ne peuvent ni ne veulent changer, comme au Congo oriental, nous devons soutenir les personnes et les organisations assez courageuses pour essayer de protéger leurs concitoyens et tenter, contre tous les obstacles, de planter les graines d’un avenir meilleur.

Les défis auxquels nous sommes confrontés sont divers et complexes. Et il n’y a pas de solution, de méthode, de théorie ou de doctrine unique qui soit applicable dans tous les cas. Je voudrais cependant vous indiquer les grandes lignes des quatre volets de la méthode envisagée par le gouvernement Obama pour mettre en œuvre nos principes et en même temps partager avec vous certains des défis que nous devons relever.

En premier lieu, tout engagement envers les droits de l’homme repose sur des normes universelles et sur le fait que nous sommes tous responsables du respect de ces normes. Dès le deuxième jour de son mandat, le président Obama a signé un décret présidentiel interdisant le recours à la torture ou à tout acte officiel de cruauté et il a ordonné la fermeture de la prison de Guantanamo Bay. L’an prochain, nous allons publier un rapport sur la traite des personnes non seulement dans les autres pays mais aussi dans le nôtre et nous participerons, par le biais des Nations unies, à l’Examen périodique universel de notre bilan en matière de droits de l’homme, comme nous encourageons les autres pays à le faire.

En nous tenant responsables, nous renforçons notre autorité morale de demander que les autres gouvernements remplissent leurs obligations au titre des principes universels, dont ceux contre la torture, les détentions arbitraires et la persécution des dissidents ou les assassinats politiques. Notre gouvernement et la communauté internationale doivent s’élever contre les prétentions de ceux qui nient ou abdiquent leurs responsabilités et nous devons demander des comptes aux contrevenants.

Quelquefois, nous obtenons les meilleurs résultats en dénonçant publiquement les actions d’un gouvernement, comme par exemple le coup d’État au Guatémala ou les violences en Guinée. Quelquefois, nous pouvons aider les opprimés en entamant à portes closes des négociations difficiles, comme nous le faisons avec la Chine et la Russie dans le cadre de notre ordre du jour. Dans tous les cas, notre objectif est de faire une différence, pas de prouver que nous avons raison.

Demander des comptes ne revient pas simplement à nommer les contrevenants. Notre objectif est d’encourager, voire d’inciter fermement les gouvernements à accepter leurs responsabilités en inscrivant les droits de l’homme dans leur législation et dans leurs organes ; en garantissant l’indépendance et la compétence de leurs tribunaux et la discipline de leur police et des forces de maintien de la paix. Une fois ces droits établis, les gouvernements doivent résister à la tentation de restreindre la liberté d’expression lorsque des critiques se font jour ; ils doivent veiller à empêcher que la législation ne devienne un instrument d’oppression, comme par exemple le ferait une loi à l’examen en Ouganda qui criminaliserait l’homosexualité.

Nous savons qu’aucun gouvernement, aucun dirigeant ne répond toujours à toutes les attentes. C’est pourquoi la responsabilisation doit s’accompagner de mécanismes internes de correction en cas de violation des droits de l’homme. C’est là probablement l’épreuve la plus difficile pour tous les gouvernements, celle de recevoir et d’accepter des critiques, mais elle est indispensable à la protection des droits. Et là encore, nous devons montrer l’exemple et, au cours des six dernières décennies, nous l’avons fait, quelquefois de manière imparfaite mais avec des résultats probants - par exemple, en reconnaissant nos torts lors de l’internement de nos propres citoyens d’origine japonaise pendant la Deuxième Guerre mondiale, en établissant des recours légaux pour les victimes de la discrimination et de la politique raciste dans le Sud et en légiférant que les crimes de haine comprennent les attaques contre les homosexuels et les lesbiennes. Là où l’injustice n’est pas reconnue, la justice est bafouée. Ce n’est pas un signe de faiblesse que de reconnaître et corriger nos erreurs, c’est une réaffirmation de la force de nos principes et de nos institutions.

Deuxièmement, nous devons faire preuve de pragmatisme et de souplesse dans notre promotion des droits de l’homme, sans compromettre nos principes, mais en prenant les mesures qui seront les plus aptes à concrétiser nos objectifs. Nous utiliserons tous les outils à notre disposition. Lorsque nous buterons contre un mur, au lieu de nous replier avec résignation ou récrimination, ou de nous obstiner contre le même mur, nous réagirons avec la détermination stratégique de trouver un autre moyen d’effectuer le changement et d’améliorer la vie des gens.

Nous admettons qu’il n’y a pas de solution universelle unique. Lorsque les anciennes méthodes ne donneront rien, nous n’hésiterons pas à en essayer de nouvelles, comme nous l’avons fait cette année avec la Birmanie en mettant fin à l’impasse de son isolement et en entamant des contacts prudents. S’agissant de l’Iran, nous avons offert de négocier directement sur les questions nucléaires, tout en exprimant notre solidarité avec ceux qui, à l’intérieur de ce pays, luttent en faveur du changement démocratique. Comme le président Obama l’a déclaré la semaine dernière dans son allocution à l’occasion de l’acceptation du prix Nobel, ces derniers « nous ont à leurs côtés ».

D’autre part, nous tiendrons les pouvoirs publics responsables de leurs actes, comme nous l’avons fait dans le cas de Madagascar et du Niger à la suite des mesures prises par leurs gouvernements, en mettant fin aux dons accordés dans le cadre de la Société du compte du millénaire. Ainsi que le président l’a souligné la semaine dernière, « nous devons faire de notre mieux pour trouver un équilibre entre isolement et engagement, entre pressions et incitations, de façon que les droits de l’homme et la dignité progressent au fil du temps ».

Nous devons aussi œuvrer en faveur de changements positifs au sein des institutions multilatérales. Quand elles fonctionnent au mieux, elles constituent des outils précieux, capables d’apporter un effet multiplicateur aux efforts de nombreux pays en faveur d’un objectif commun. C’est pourquoi nous avons réintégré le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, non pas parce que nous n’en reconnaissons pas les défauts mais parce que nous pensons qu’en y participant, nous avons une meilleure chance d’y exercer une influence constructive.

Lors de notre première session, nous avons coparrainé avec succès une résolution sur la liberté d’expression. C’est une déclaration de principe puissante, adoptée au moment où cette liberté est mise en danger par de nouveaux efforts visant à limiter la pratique de la religion, comme récemment en Suisse, et aussi à criminaliser la diffamation de la religion - une fausse solution qui consiste à échanger un tort pour un autre. Et au Conseil de sécurité des Nations unies, j’ai eu le privilège en septembre de présider une session au cours de laquelle nous avons adopté une résolution exigeant des protections contre la violence sexuelle dans les conflits armés.

Le pragmatisme fondé sur des principes guide notre position au regard des droits de l’homme dans des pays clés comme la Chine et la Russie. La coopération avec chacun de ces pays est essentielle à une économie mondiale saine et à notre ordre du jour relatif à la non-prolifération nucléaire ; elle est aussi essentielle pour s’occuper des questions de sécurité que représentent, par exemple, la Corée du Nord et l’Iran, et pour faire face aux problèmes d’envergure mondiale, tels les changements climatiques.

Les États-Unis souhaitent entretenir des relations positives avec la Chine et la Russie. Cela implique des discussions franches au sujet d’opinions divergentes. En Chine, nous appelons à la protection des droits des minorités au Tibet et dans la province du Xinxiang de même qu’au droit de s’exprimer et de pratiquer son culte librement ; nous voulons que les groupes de la société civile et les organisations religieuses puissent défendre leurs positions dans le respect de la primauté du droit. Et nous sommes fortement d’avis que ceux qui œuvrent de manière pacifique en faveur de réformes dans le cadre de la Constitution, tels les signataires de la Charte 2008, ne devraient pas être persécutés.

En ce qui concerne la Russie, nous déplorons le meurtre de journalistes et de militants et nous soutenons les personnes courageuses qui défendent la démocratie à grand péril. Avec la Chine, la Russie et d’autres pays, nous conversons sur des questions d’intérêt mutuel tout en engageant le dialogue avec les membres de la société civile qui militent dans ces pays pour les droits de l’homme et la démocratie. L’idée préconçue que nous devons œuvrer ou bien en faveur des droits de l’homme ou bien en faveur de nos « intérêts nationaux » est erronée, comme l’est la notion arbitraire selon laquelle seuls la coercition et l’isolement sont des outils efficaces pour induire des changements démocratiques.

Dans l’ensemble de nos initiatives de diplomatie et de développement, nous continuons à chercher des moyens créatifs de parvenir à des résultats. C’est pourquoi j’ai ordonné la préparation de la toute première Revue quadriennale de la diplomatie et du développement, afin de mettre au point une stratégie de l’avenir fondée sur l’analyse de nos objectifs, de nos défis, de nos outils et de notre capacité d’atteindre les buts de la politique étrangère et de sécurité nationale des États-Unis. Et soyez assurés que les questions de démocratie et de gouvernance - D et G, comme on les appelle à l’USAID - sont au centre à cette étude.

Le troisième élément de notre approche consiste à appuyer les changements entrepris par les citoyens eux-mêmes et leurs collectivités. Le projet visant à faire des droits de l’homme une réalité humaine n’intéresse pas que les pouvoirs publics. Il exige la coopération des particuliers et des organisations - dans les collectivités et à travers les frontières. Il implique que nous nous associions à ceux qui sont résolus à ce que vivent dans la dignité tous ceux qui partagent les liens de l’humanité.

Il y a six semaines, j’ai rencontré au Maroc des militants de la société civile de pays du Moyen-Orient et du Maghreb. Ils sont la preuve vivante du fait que le changement durable s’effectue de l’intérieur, qu’il dépend des militants qui créent l’espace dans lequel les citoyens engagés et la société civile peuvent mettre en place les fondements d’un développement et d’une démocratie qui respectent les droits de la population. Sans imposer le changement, les gouvernements étrangers et la société civile peuvent le promouvoir et le soutenir.

Nous pouvons encourager et soutenir les activistes qui agissent sur le terrain, assurant ainsi une aide vitale et protectrice aux militants des droits de l’homme et de la démocratie lorsqu’ils s’exposent à des ennuis - comme cela leur arrive souvent - pour avoir soulevé des questions délicates et parlé d’une voix dissidente. Les soutenir, cela implique aussi le recours à des outils tels que le Fonds mondial pour les défenseurs des droits de l’homme qui, au cours de l’année écoulée, a fourni une aide juridique et de réinstallation à 170 de ces défenseurs de par le monde.

Certes, nous pouvons aussi les soutenir publiquement - comme nous l’avons fait en envoyant une mission diplomatique de haut niveau auprès de Mme Aung San Suu Kyi, et comme je l’ai fait de par le monde, du Guatémala au Kenya et à l’Égypte, m’entretenant avec des personnalités de la société civile et des milieux politiques qui s’efforcent de changer leur société de l’intérieur ; et travaillant aussi, par des voies semi-officielles, à assurer la sécurité personnelle des dissidents et à les protéger de la persécution.

Nous pouvons amplifier la voix des militants et des défenseurs des droits de l’homme en mettant en valeur leurs progrès - en faveur desquels ils œuvrent avec courage mais si souvent dans l’isolement - et en validant la légitimité de leurs efforts. Nous pouvons saluer leurs efforts en les honorant de prix tels que celui du courage féminin que l’épouse du président, Mme Michelle Obama, et moi-même avons présentés aux lauréates cette année, et le prix des défenseurs des droits de l’homme que je décernerai le mois prochain. Et nous pouvons saluer les organisations, telles Vital Voices, le RFK Center for Justice and Human Rights, et la fondation Lantos, qui elles aussi décernent des prix.

Nous pouvons aussi leur donner accès aux forums publics qui leur permettront de mieux faire connaître leurs idées, et nous pouvons continuer à faire pression pour qu’un rôle soit accordé aux organisations non gouvernementales dans les institutions multilatérales telles les Nations unies et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Nous pouvons demander à d’autres alliés de se joindre à ces efforts, comme par exemple les syndicats internationaux qui avaient joué un rôle notable dans le mouvement Solidarité en Pologne, ou les organisations religieuses qui défendent les droits des personnes touchées par le VIH/sida en Afrique.

Nous pouvons aider ces protagonistes du changement à avoir accès à l’information et à pouvoir la partager sur lnternet et par le biais des téléphones mobiles, afin qu’ils puissent communiquer entre eux et organiser leurs efforts. Avec des téléphones mobiles équipés de caméras et des pages sur le service de réseautage social Facebook, des milliers de protestataires en Iran ont diffusé leurs revendications pour les droits qui leur sont refusés, et ils ont ainsi présenté au monde entier, y compris aux dirigeants iraniens, un compte-rendu des événements. J’ai établi un bureau spécial au département d’État chargé de mettre la technologie moderne au service de la conduite des affaires diplomatiques au XXIe siècle.

Dans pratiquement tous les pays où je me suis rendue - de l’Indonésie à l’Irak et de la Corée du Sud à la République dominicaine - j’ai tenu des conférences et des tables rondes avec des groupes non gouvernementaux pour m’instruire de leurs expériences et pour fournir un forum à leurs voix, à leurs idées et à leurs opinions. Lors de mon séjour en Russie, je me suis rendue à une station de radio indépendante pour accorder un entretien, mais aussi pour faire montre par la parole et par l’action de notre appui aux médias indépendants à un moment où la liberté d’expression est menacée.

Et lors de mes séjours en Chine, j’ai cherché spécifiquement à m’entretenir avec des championnes des droits. À Pékin, en 1995, la Conférence mondiale de l’ONU sur les femmes a inspiré une génération de femmes qui jouaient un rôle principal dans la société civile à devenir des championnes des droits fondamentaux dans la Chine d’aujourd’hui. En 1998, j’ai rencontré un petit groupe d’avocates dans un appartement au quatrième étage d’un immeuble sans ascenseur ; elles ont décrit leurs efforts visant à assurer aux femmes le droit de posséder des biens fonciers, d’avoir leur mot à dire dans les mariages et les divorces, et d’être traitées dans l’égalité en citoyennes à part entière.

Lorsque je suis retournée en Chine cette année, je me suis entretenue de nouveau avec certaines d’entre elles, mais leur groupe s’était élargi et avait étendu son envergure. Elles œuvraient maintenant non seulement en faveur des droits juridico-légaux, mais aussi pour l’environnement et les droits des femmes au niveau des soins de santé et de l’économie.

Cependant, l’une des militantes, le docteur Gao Yaojie, a été harcelée pour avoir soulevé la question du sida en Chine, alors qu’elle aurait dû recevoir les félicitations du gouvernement pour avoir contribué à faire face à la crise. Les responsables des organisations non gouvernementales (ONG) et de la société civile ont besoin de l’appui financier, technique et politique que nous fournissons. De nombreux régimes oppressifs ont cherché à limiter l’indépendance et l’efficacité des activistes et des ONG en imposant des restrictions sur leurs activités : plus de 25 gouvernements ont récemment adopté de nouvelles mesures de restriction. Notre financement et notre appui peuvent fournir aux organisations locales la possibilité de s’implanter ainsi que des programmes de formation et l’accès aux médias indépendants.

Et bien sûr, l’aide ciblée aux personnes qui en ont besoin et la formation de partenariats qui susciteront le développement économique à une échelle plus globale constituent parmi les moyens les plus importants, pour nous et les autres membres de la communauté internationale, de contribuer à mettre en place les fondations du changement à partir de la base.

Pour parvenir au succès durable, notre aide au développement doit être aussi efficace que possible pour donner des résultats et préparer la voie vers la croissance à grande échelle et l’autonomie à long terme. Outre le fait de doter les gens des capacités de répondre à leurs besoins matériels, le renforcement de l’autonomie économique leur donne un enjeu dans leur avenir, dans les efforts visant à transformer leur société en une démocratie qui protège leurs droits et les gouverne équitablement. Nous poursuivrons une approche au développement fondée sur le respect des droits - en tenant des consultations avec les collectivités locales, en assurant la transparence et en contribuant à l’avènement d’institutions responsables - et ce, afin que nos activités dans le cadre du développement s’allient à nos efforts en faveur de la gouvernance démocratique. C’est à ce défi-là que nous sommes confrontés en Afghanistan et au Pakistan à l’heure actuelle.

Le quatrième élément de notre approche consistera à élargir notre action. Nous n’oublierons pas que le changement positif doit être raffermi et renforcé là où l’espoir croît ; et nous n’ignorerons ni ne négligerons les endroits où la tragédie et le désespoir semblent irréductibles : là où des vies humaines sont en jeu, nous devons faire tout ce que nous pouvons pour faire basculer les chances en faveur d’un avenir meilleur.

C’est par engagement, et non par commodité, que nous appuyons les personnes qui œuvrent en faveur des droits de l’homme, de l’autonomisation économique et de la gouvernance démocratique. Mais il faut les soutenir à long terme. Nous ne saurions les laisser à la merci des caprices des joutes politiques qui ont lieu dans notre propre pays. Le progrès démocratique est urgent mais il n’est pas rapide, et nous ne devons jamais présumer qu’il est permanent. Le recul est toujours une menace, comme nous l’avons appris dans des endroits comme le Kenya, où les responsables de la violence postélectorale n’ont toujours pas été traduits en justice, ou les Amériques, où nous nous inquiétons des actions de dirigeants qui ont saisi des biens, bafoué des droits et abusé de la justice pour renforcer leur pouvoir personnel.

Et lorsque des changements démocratiques ont lieu, il ne faut pas se croiser les bras. Il faut au contraire continuer de renforcer les ONG et les institutions naissantes de la gouvernance démocratique. Les jeunes démocraties telles que le Liberia, le Timor oriental, la Moldavie et le Kosovo ont besoin de notre aide pour affermir les améliorations dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’aide sociale. Nous devons demeurer sur le qui-vive afin de nourrir le développement démocratique dans des pays comme l’Ukraine et la Géorgie, qui ont connu des percées démocratiques un peu plus tôt durant cette décennie, mais qui ont éprouvé des difficultés, à cause de facteurs internes et externes, à consolider leurs progrès.

Nous sommes donc prêts - tant au niveau de nos relations bilatérales que par le biais des institutions internationales - à aider les gouvernements qui se sont engagés à améliorer leurs institutions, en les aidant à lutter contre la corruption et à former des policiers et des fonctionnaires. Et nous appuierons d’autres pays, ainsi que des institutions régionales telles que l’Organisation des États américains, l’Union africaine et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, qui prennent leurs propres mesures pour défendre les principes et les institutions démocratiques.

Les pays qui connaissent le succès méritent notre attention de façon qu’ils continuent de progresser vers l’établissement de démocraties durables. Mais alors même que nous renforçons ces succès, la conscience exige que nous ne reculions pas devant l’énorme difficulté de réduire la misère dans des endroits difficiles comme le Soudan, la République démocratique du Congo, la Corée du Nord et le Zimbabwe, ou de régler les questions épineuses telles que l’inégalité entre les sexes et la discrimination à l’égard des homosexuels - du Moyen-Orient à l’Amérique latine, en passant par l’Afrique et l’Asie.

Nous devons continuer de rechercher des solutions au Soudan, où les tensions constantes menacent d’aggraver la dévastation causée par le génocide au Darfour et une énorme crise de réfugiés. Nous allons continuer de chercher des moyens de coopérer avec divers partenaires au renforcement de la sécurité tout en accordant une plus grande attention aux efforts de prévention du génocide ailleurs.

Maintenant, nous devons continuer à concentrer notre action sur les femmes : sur leurs droits, sur leurs rôles, sur leurs responsabilités. Comme je l’ai dit à Pékin en 1995, « les droits de l’homme sont les droits de la femme, and les droits de la femme sont les droits de l’être humain ». Or cet idéal est loin d’être réalisé dans de nombreux endroits du monde, mais il n’existe aucun endroit qui illustre d’une façon aussi extrême la condition difficile et tragique des femmes que la partie orientale du Congo.

J’étais à Goma en août dernier, l’épicentre de l’une des régions les plus violentes et les plus chaotiques du monde. J’y ai rencontré des victimes d’horribles violences sexuelles et des réfugiés chassés de leur foyer par les nombreuses forces militaires qui sévissent dans la région. J’ai également écouté ceux qui, dans des conditions atrocement précaires, œuvrent à mettre fin aux conflits et à protéger les victimes. Au cours d’une seule journée passée à Goma, j’ai vu ce que l’humanité avait de plus magnifique et de plus atroce : des actes indicibles de violence qui ont laissé des femmes physiquement et émotionnellement brisées ; et l’héroïsme des femmes et d’autres hommes, ainsi que des médecins, des infirmières et des bénévoles qui tentent de réparer les corps et les esprits.

Ils sont sur la ligne de front de la lutte pour les droits de l’homme. Avoir été témoin directement du courage et de la ténacité des Congolais - et de la force intérieure qui leur permet de continuer - m’incite à l’humilité et me pousse à continuer de travailler.

Ces quatre volets de notre politique - responsabilité, pragmatisme moral, coopération depuis la base et braquage des projecteurs sur les endroits où les droits sont en jeu - nous aideront à créer une fondation sur laquelle les peuples pourront s’appuyer pour se sortir de la pauvreté, de la faim et de la maladie, et garantir leurs droits dans le cadre de régimes démocratiques. Nous devons lever le fardeau de l’oppression, de la corruption et de la violence. Et nous devons libérer le potentiel de l’humanité par l’accès à l’éducation et les débouchés économiques.

Jeter la fondation, alléger le fardeau, libérer le potentiel. Nous devons faire tout cela, tous ensemble. Parce que quand une personne est nourrie et éduquée, mais n’est pas libre de discuter et de débattre de divers sujets avec ses concitoyens, on lui refuse la vie à laquelle elle a droit. Et lorsqu’une personne a trop faim ou est trop malade pour travailler, voter ou observer son culte, on lui refuse la vie à laquelle elle a droit. La liberté ne vient pas en demi-mesures, et les remèdes partiels ne peuvent pas régler l’ensemble du problème.

Il est un fait que la tâche des champions du potentiel humain n’a jamais été facile. Nous avons beau qualifier les droits d’inaliénables, les rendre tels a toujours été un travail difficile. Et même si nos idéaux sont clairs, agir de façon à les réaliser exige des choix difficiles. Même si tout le monde admet que nous devrions faire ce qui est le plus susceptible d’améliorer les conditions de vie des gens sur le terrain, il existe des désaccords sur la marche à suivre dans chaque cas. Telle est la nature des gouvernements. Nous connaissons tous des exemples de bonnes intentions qui n’ont donné aucun résultat, et même de certaines qui ont eu des conséquences imprévues qui ont mené à des violations encore plus graves des droits de l’homme. Nous pouvons tirer les leçons de ces échecs passés, car ils sont la preuve de la difficulté du progrès. Toutefois, nous refusons l’idée selon laquelle le progrès est impossible dans certains endroits, car nous savons qu’en fait le progrès se fait.

Ainsi, le Ghana est sorti d’une ère de coups d’État pour entrer dans la gouvernance démocratique stable. L’Indonésie est passée d’un régime répressif à une démocratie dynamique qui est à la fois islamique et laïque. Le Chili a troqué la dictature contre la démocratie et l’économie libérale. Les réformes constitutionnelles en Mongolie ont permis de donner naissance, sans heurts, à la démocratie plurielle. Et il n’existe pas de meilleur exemple de progrès qu’en Europe centrale et orientale depuis la chute du Mur de Berlin il y a 20 ans, un événement dont je suis fière d’avoir contribué à célébrer l’anniversaire le mois dernier à la porte de Brandebourg.

Si nous avons encore beaucoup de travail à accomplir, nous nous tournons vers l’avenir avec des partenaires sur chaque continent, des partenaires des organisations confessionnelles, des ONG et des entreprises conscientes de leurs responsabilités sociales, et des partenaires au sein des gouvernements. Des pays comme l’Inde - la plus grande démocratie du monde qui continue d’utiliser les mécanismes et les principes démocratiques pour parfaire son union de plus d’un milliard d’habitants - et le Botswana, la plus ancienne démocratie africaine dont le nouveau président a promis de gouverner selon cinq principes fondamentaux - démocratie, dignité, développement, discipline et respect des engagements - offrent des exemples de gouvernance responsable qui contrastent fortement avec la tragédie évitable et causée par l’homme qui se déroule au Zimbabwe.

Au bout du compte, il ne s’agit pas seulement de ce que nous faisons, mais de qui nous sommes. Or nous ne pouvons pas être le peuple que nous sommes - un peuple qui croit aux droits de l’homme - si nous nous tenons à l’écart de ce combat. La foi dans les droits de l’homme signifie qu’il faut s’engager dans l’action. Lorsque nous nous engageons envers la promesse de droits applicables partout et à chacun, la promesse de droits qui protègent et soutiennent la dignité humaine, nous nous engageons également à travailler dur pour faire de cette promesse une réalité.

Certains d’entre vous ici à cette grande université passez du temps à étudier les dossiers relatifs à nos efforts en matière de droits de l’homme, c’est-à-dire la culture des droits de l’homme. Vous en observez les écueils et les carences. Vous constatez que, comme Mario Cuomo l’a dit de façon si célèbre au sujet de la politique aux États-Unis, nous menons notre campagne en poésie et nous gouvernons en prose. Cela est vrai aussi sur le plan international. Pourtant, nous avons besoin de vos idées, de vos critiques, de votre soutien ; nous avons besoin de votre analyse intelligente de la manière dont, ensemble, nous pourrons lentement mais sûrement élargir le cercle du progrès et des droits à tout être humain.

C’est une mission que nous prenons extrêmement au sérieux. C’est un travail pour lequel nous n’avons pas toutes les réponses. Mais c’est une tâche en faveur de laquelle l’Amérique s’est engagée. Et nous la poursuivrons, jour après jour, pas à pas, pour réaliser tous les progrès qui seront humainement possibles. Je vous remercie.