Nous avons qualifié la Transnistrie d’enclave criminelle car il faut appeler un chat, un chat. J’ai transmis au parquet des documents provenant de la chancellerie dévastée de Saddam Hussein, qui font état de ventes d’armes à l’Irak passant par la Transnistrie. Certaines personnes en Russie y ont des intérêts et m’attaquent en ce moment, on m’a même dit qu’elles projetaient d’attenter à ma vie. Il y a 13 usines d’armement là-bas, je peux même vous montrer [note : il sort un stylo de son pupitre], ce stylo est en réalité un pistolet avec lequel je peux tirer sur vous. En dehors de ce stylo qui permet aussi d’écrire, on fabrique en Transnistrie des lance-roquettes GRAD et des mortiers qui sont utilisés contre les soldats russes en Tchétchénie.
Je n’ai pas peur que l’on dise que " Voronine, c’est la guerre ", comme on le voit sur certaine affiches là-bas, je n’ai pas peur car j’y suis né et que tout le monde me connaît. Quand on parle librement avec les habitants, on comprend que personne ne veut d’Igor Smirnov. Nous savons qu’ils préparent des provocations, qu’ils ont fait des réserves de véhicules aux couleurs de la police moldave ainsi que d’uniformes, qu’ils ont occupé des écoles moldaves et des dépôts de locomotives, mais nous allons isoler les provocateurs. Il faut se rappeler comment a commencé la Deuxième Guerre mondiale, quand des fascistes habillés en policiers polonais ont attaqué la Pologne.
Je ne suis pas fâché avec Vladimir Poutine, mais nous ne nous sommes pas entendus sur le contenu du mémorandum que nous aurions du signer ensemble. Signer un document sur lequel figurait les termes " République moldave de Transnistrie ", c’était reconnaître de facto leur indépendance, et les Russes voulaient aussi que j’accepte le stationnement d’un contingent pour 20 ans sur le territoire moldave. Nos relations sont normales, il ne servirait à rien de prendre des sanctions, les principales manufactures de tabac et entreprises vinicoles du pays appartiennent à des Russes.
Ce n’est pas la Russie qui finance mes opposants du bloc " Moldavie démocratique " mais la Transnistrie. C’est une honte pour la Russie de laisser s’exprimer sur une télévision nationale, un criminel comme Georgi Karamalak qui a au moins quatre meurtres sur la conscience. Nous avons demandé son extradition à trois reprises. La Moldavie a commencé à se redresser et j’espère que nous obtiendrons la majorité au parlement pour continuer sur cette voie. Si l’on nous accuse de falsification il faudra le prouver. Nos représentants ne représentent que 41% dans les pouvoirs locaux, il est donc plus facile pour l’opposition de truquer les élections.

Source
Kommersant (Russie)

« Я устал очень работать президентом », par Vladimir Voronine, Kommersant, 1er Mars 2005. Ce texte est adapté d’une interview.