JPEG - 19 ko
Deux variantes du vaisseau de transport russe Kliper
Crédit Image : Mark Wade

Le troisième sommet mondial sur l’observation de la terre (EOS III - Earth Observation Summit) s’est tenu à Bruxelles, le 16 février 2005, immédiatement suivi de la Conférence sur la coopération spatiale, les 17 et 18 février. Ces évènements étaient organisés par le Groupe d’observation de la terre (Group on Earth Observations) co-présidé par les États-Unis, l’Union européenne, le Japon et l’Afrique du Sud.

Le sommet a mis au point un plan décennal visant à la création d’un « Système des systèmes mondiaux d’observation » (GEOSS). Pour convaincre les opinions publiques du bien fondé de ce programme, les décideurs ont mis en avant son utilité pour prévenir des catastrophes comme celle du tsunami qui vient de ravager les côtes de l’Océan indien. Mais les applications sont évidemment beaucoup plus vastes.

La Conférence sur la coopération spatiale ressemblait, quant à elle, plus à une foire internationale permettant de faire coïncider offre et demande de satellites. Elle a mis en lumière le boom mondial des tirs spatiaux en réponse à la demande exponentielle de mise en orbite de satellites d’observation et de communication. Au début de l’année, le président états-unien George W. Bush a chargé le secrétaire à la défense et le directeur de la NASA de concevoir et de développer de nouveaux lanceurs lourds destinés à la domestication de l’Espace. Le 12 janvier 2005, le Japon a testé avec succès un booster pour son missile H-2A. les 17 pays de l’Agence spatiale européenne (ESA) mettent les bouchées doubles pour moderniser le parc des arianes et augmentent d’année en année les crédits à la conception de nouveaux porte-satellites.

Désormais l’investissement des Européens ne se limitera plus à la participation « à la carte » à l’Agence spatiale européenne, il sera encouragé par l’Union européenne. Le projet de Traité constitutionnel, signé en octobre 2004 et ouvert à ratification, définit pour la première fois l’Espace comme compétence partagée de l’Union. Le premier « Conseil des ministres Espace » s’est réuni dès novembre 2004 et a mis à l’étude une large gamme d’options en vue de déterminer, fin 2005, le Programme spatial européen. Les 25 États membres de l’Union y ont participé, ainsi que 2 États non-membres, mais néanmoins déjà adhérents de l’Agence spatiale européenne (la Suisse et le Canada). Quoi qu’il en soit, depuis plusieurs années déjà, la Commission et l’Agence conduisent en commun deux projets : le système mondial de navigation par satellite (Galileo) et l’ensemble des services de surveillance globale pour l’environnement et la sécurité (GMES). Tous deux ont des applications duales, à la fois civiles et militaires. À la suite d’un dur combat, le Pentagone a renoncé à empêcher le programme Galileo qui mettra fin au monopole de son GPS, mais s’est doté des moyens de détruire le système européen en cas de conflit. Le GMES concernera les liaisons spatiales, le monitorage économique de la Terre, l’étude du Soleil, la recherche et le sauvetage, le contrôle du respect des accords internationaux, le monitorage des catastrophes naturelles, le monitorage des déchets dans l’espace, et les études astrophysiques et planétaires.

JPEG - 5.3 ko
Lancement d’un satellite en mer
par la société Sea-Launch

Le palmarès 2004 des tirs se répartit comme suit : Russie (Roskosmos) 46,2 %, États-Unis (NASA) 29,6 %, Chine 14,8 %, Sea Launch 5,6 % [1], Agence spatiale européenne 5,6 %, Inde 1,8 %.

Dans l’industrie spatiale, les lanceurs ne représentent qu’une faible partie des budgets, comparé à la fabrication des satellites et des stations au sol, mais ils sont stratégiquement décisifs. Dans cette perspective, l’alliance signée le 19 janvier entre Roskosmos et l’Agence spatiale européenne assure un leadership aux Russes et aux Européens dans ce domaine. Les partenaires travailleront sur la conception et l’expérimentation de propulseurs cryogéniques, d’étages de fusées réutilisables et d’appareils pour systèmes de transport spatiaux, pour un budget de 344 millions d’euros.

Cette position dominante ne signifie pas que les Russes et les Européens veuillent développer leur industrie contre les États-Uniens, mais elle reflète leur avance technologique. Consciente de l’expérience technique accumulée par la coopération dans le cadre des programmes Space Shuttle, le Train orbital russe Mir et la Station spatiale internationale, la Russie a approuvé la proposition des États-Unis de normaliser et d’unifier les systèmes de vaisseaux spatiaux d’avenir.

« Nous voulons rendre le Kliper, le vaisseau développé en Russie, et le vaisseau piloté de recherches états-unien, complètement compatibles et complémentaires à toutes les grandes étapes des missions spatiales », a indiqué Anatoli Perminov, directeur de Roskosmos. Ainsi, « les vaisseaux russes et états-uniens pourraient former un train permettant à leurs équipages de changer d’astronef, de procéder à un ravitallement réciproque et, au besoin, de garantir le sauvetage d’un équipage en détresse ».

L’industrie russo-européenne dispose déjà de centres de lancement particulièrement bien équipés. L’Agence spatiale européenne utilise le centre de Kourou, en Guyanne française. Sa situation géographique, à 500 km de l’équateur, facilite le lancement en orbite géostationnaire et accroît la vitesse delancement en ajoutant celle de la rotation de la Terre autour de l’axe polaire. Outre la fusée Ariane-5, il acceuillera en 2007 des Soyouz-2 russes. Roskosmos utilise principalement les bases de Baïkonour et de Plessetsk. Baïkonour est située au Kazakhstan et louée par la Russie jusqu’en 2050. Elle n’est bien sûr utilisée qu’à des fins exclusivement civiles. On y met au point la nouvelle version de la fusée Proton, le lanceur le plus fiable au monde. Le Cosmodrome de Plessetsk relève, lui, du ministère russe de la Défense. On y expérimente actuellement les fusées Angara. En outre, la Russie réalise plusieurs tirs par an depuis des sous-marins stratégiques en mer de Barents.

[1] Sea Launch est une société privée constituée par des capitaux états-uniens, russes, ukrainiens et norvégiens.