Notre parti réclame les changements dans la constitution annoncés par Moubarak, depuis 1981, juste après l’assassinat d’Anouar El Saddate. Le président devrait désormais être élu au suffrage universel direct. Cela fait longtemps que Moubarak a envie d’une ouverture politique, il est vieux et voudrait rester dans les mémoires comme un réformateur. Ce n’est pas une pression des États-Unis, mais de l’opposition égyptienne et même de ses propres collaborateurs. Le nouveau point de vue de Moubarak est un peu le résultat des revendications de mon parti, le " Tagammu ". Nous avons été écoutés au sein du NPD [1]. Un dialogue sur la réforme a été accepté et la presse d’opposition est devenue aussi acerbe qu’en Europe. Moubarak n’est pas le genre d’homme à prendre des instructions de l’étranger, même de George W. Bush.
Le groupe Kifaya de George Ishak compte au mieux une centaine de membres et il est insignifiant, simplement la presse occidentale lui accorde un crédit politique. Cela fait toutefois plaisir que les forces de sécurité ne l’importunent pas, contrairement à Aiman Nur, le fondateur du parti libéral Ghad qui a déposé sa candidature depuis longtemps mais qui est toujours en détention préventive, je ne sais pour quelles raisons. Nous suivons le déroulement des choses de près, je n’ai rien contre la candidature de Moubarak tant que l’élection est démocratique. Toutefois, quand j’entends que le président du parlement Fathi Surur veut diriger la commission électorale, cela ne me met pas en confiance. Il y a des gens au sein de l’appareil d’État et du parti qui feront tout pour saboter le processus de modernisation. Je ne suis pas candidat mais nous avons quelqu’un, nous attendons simplement de voir si les dés ne sont pas pipés.
Les Frères Musulmans ne seront jamais une alternative démocratique quoi qu’ils puissent dire, car toute personne qui s’oppose à eux est un " ennemi de Dieu ". Je pense qu’Hosni Moubarak n’autorisera pas de candidature de leur part. L’histoire récente du monde islamique est pleine d’exemples horribles. L’expérience de l’État turc est encore neuve et ce qui se passe en Irak montre bien que la politique et la religion ne doivent pas être mélangées. Cela est valable aussi pour les fondamentalistes chrétiens. Les idéologues dont la réflexion se fonde sur les textes sacrés nous mènent à la perte. J’ai de bonnes raisons, que je ne donnerai pas, de croire que Gamal Moubarak, le fils du président, ne sera pas candidat, bien que je n’ai rien contre ce principe. Il n’est pas impossible que le nouveau président ne vienne pas de la maison Moubarak.

Source
Der Spiegel (Allemagne)
Diffusion (exemplaires) : 1 100 000 Un grand magazine d’enquêtes, lancé en 1947, à l’origine de plusieurs scandales politiques. Connu pour avoir développé son propre jargon journalistique, il publie aussi quatre hors-séries par an. Le site du Spiegel est le magazine en ligne qui a le plus de succès en Allemagne.

« Mubarak lässt sich von Bush nichts sagen », par Rifaat as Said, Der Spiegel, 6 mars 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

[1] parti national-démocratique, plus de 85% des sièges au parlement