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Maison-Blanche
Washington
20 avril 2010

A son excellence, Luiz Inacio Lula da Silva
Président de la République fédérative du Brésil
Brasilia

Monsieur le Président,

Je tiens à vous remercier pour notre réunion avec le Premier ministre turc, Mr Erdogan, lors du Sommet sur la sécurité nucléaire. Nous nous passé un certain temps à nous concentrer sur l’Iran, sur le problème de l’approvisionnement en combustible nucléaire du réacteur de recherche de Téhéran (le TRR), et sur l’intention du Brésil et de la Turquie de travailler à la recherche d’une solution acceptable. J’ai promis de répondre en détail à vos idées. J’ai réfléchi attentivement à notre discussion, et j’aimerais vous soumettre une explication circonstanciée sur mon opinion et vous suggérer quelle voie suivre.

Je suis d’accord avec vous pour dire que le TRR donne une occasion pour ouvrir la voie à un dialogue élargi afin de faire face aux préoccupations les plus fondamentales de la communauté internationale à propos du programme nucléaire global de l’Iran. Dès le début, j’ai considéré la requête de l’Iran comme une opportunité claire et tangible pour forger une confiance et une assurance mutuelles, et se donner ainsi le temps et l’espace pour un processus diplomatique constructif. C’est pourquoi les Etats-Unis ont soutenu fortement la proposition présentée par l’ancien directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Dr El Baradei.

La proposition de l’AIEA fut préparée pour être juste et équilibrée, et pour que des deux côtés on arrive à obtenir la confiance et des assurances. Pour nous, l’acceptation par l’Iran de transférer 1 200 kg de son uranium faiblement enrichi (LEU) hors de l’Iran donnerait une assurance et apaiserait les tensions régionales en réduisant sensiblement les réserves d’uranium faiblement enrichi de l’Iran. Je tiens à souligner que cet élément revêt une importance fondamentale pour les Etats-Unis. L’Iran recevrait le combustible nucléaire requis pour assurer la continuité de l’opération du TRR et produire les isotopes médicaux nécessaires et, en utilisant son propre matériel, l’Iran commencerait à démontrer que sont but est le nucléaire pacifique. Nonobstant le mépris persistant de l’Iran pour les cinq résolutions du Conseil de Sécurité des Nations-Unies lui demandant de cesser son enrichissement de l’uranium, nous étions prêts à soutenir et à encourager une action sur une proposition qui fournirait l’Iran en combustible nucléaire en utilisant l’uranium enrichi par l’Iran - manifestant ainsi notre volonté d’être positif afin d’être sûrs les uns des autres.

Au cours de nos entretiens, nous avons aussi admis le désir de l’Iran d’avoir des garanties. Dès lors, mon équipe s’est attachée à s’assurer que la proposition de l’AIEA intégrait bien plusieurs mesures en ce sens, dont une déclaration nationale des Etats-Unis de soutien, afin d’envoyer un message clair de mon gouvernement sur notre volonté d’être directement signataire et même, potentiellement, de jouer un rôle plus direct dans le processus de fabrication du combustible, un rôle central pour la Russie, et dans l’hypothèse de l’AIEA qui détiendrait tout le matériel nucléaire à travers le processus de fabrication du combustible. En effet, la proposition de l’AIEA offre à l’Iran des assurances importantes et substantielles ainsi que l’engagements de l’AIEA, des Etats-Unis et de la Russie. Le Dr El Baradei a déclaré publiquement l’année dernière que les Etats-Unis auraient à assumer la grande majorité du risque dans la proposition de l’AIEA.

Comme nous en avons discuté, l’Iran semble poursuivre une stratégie conçue pour créer une impression de souplesse, sans accepter des actes qui pourraient forger une confiance et une assurance mutuelles. Nous avons observé que l’Iran manifestait avec vous, et d’autres, une certaine tendance à la souplesse, mais réitérait officiellement une position inacceptable auprès de l’AIEA. L’Iran a maintenu son refus de la proposition de l’AIEA et a insisté pour que l’Iran conserve son uranium faiblement enrichi sur son territoire, jusqu’à ce que lui soit livré le combustible nucléaire. C’est la position que l’Iran a transmise officiellement à l’AIEA en janvier 2010 et à nouveau en février.

Nous comprenons de vous, de la Turquie et d’autres, que l’Iran doit rester sur sa proposition de conserver sur son territoire son uranium faiblement enrichi jusqu’à ce qu’à ce qu’il y ait échange simultané de cet uranium avec un combustible nucléaire. Comme le général Jones l’a noté lors de notre réunion, il faudrait un an pour produire du combustible nucléaire quelle qu’en soit la quantité. Ainsi, la portée de la mise en confiance que contient la proposition de l’AIEA serait réduite à néant pour les Etats-Unis, et plusieurs risques surgiraient. Premièrement, l’Iran serait en mesure de continuer à stocker de l’uranium faiblement enrichi pendant tout ce temps, ce qui lui permettrait d’acquérir, en un an, la quantité d’uranium faiblement enrichi nécessaire à deux ou trois armes nucléaires. Deuxièmement, il n’existerait aucune garantie de l’acceptation par l’Iran de faire finalement l’échange. Troisièmement, que l’AEIA « détienne » l’uranium de l’Iran à l’intérieur des frontières de l’Iran ne nous ferait faire aucun progrès mesurable par rapport à la situation actuelle, et l’AIEA ne pourrait empêcher l’Iran de reprendre le contrôle de son uranium à tout moment.

Il y a un compromis potentiellement important qui a déjà été proposé. En novembre dernier, l’AIEA a transmis à l’Iran notre proposition qui lui permettrait d’acheminer par bateau, au début du processus, 1 200 kg d’uranium faiblement enrichi jusqu’à un pays tiers, spécialement la Turquie, où il serait gardé sous « séquestre », en garantie, pendant tout le processus de fabrication du combustible, et l’Iran récupérerait son uranium au cas où nous ne lui livrerions pas de combustible. L’Iran n’a jamais réagi à ce compromis de « séquestre » ni fourni d’explication crédible à son refus. Je crois que ceci pose les véritables questions quant à ses intentions nucléaires si l’Iran n’est pas disposé à accepter une proposition visant à démontrer que son uranium faiblement enrichi est destiné à des fins pacifiques, civiles. Je voudrais exhorter le Brésil à bien faire comprendre à l’Iran l’occasion qui se présente avec cette proposition de « séquestre » de son uranium en Turquie pendant la fabrication du combustible nucléaire.

Tout au long de ce processus, au lieu de renforcer la confiance, l’Iran l’a sapée par sa façon d’aborder cette opportunité. C’est pourquoi je me demande si l’Iran est prêt à participer avec le Brésil en toute bonne foi, et pourquoi je vous ai mis en garde lors de notre réunion. Pour commencer un processus diplomatique constructif, l’Iran doit transmettre à l’AIEA un engagement constructif par la voie officielle - ce qu’il a omis de faire. Pendant ce temps, nous poursuivrons les sanctions dans l’ordre chronologique où je les ai présentées. J’ai également précisé que je laisserai la porte ouverte à un engagement avec l’Iran. Comme vous le savez, l’Iran n’a pas, jusqu’à maintenant, voulu accepter ma proposition de dialogue global et sans condition.

Je suis impatient de vous revoir à la prochaine occasion et de discuter avec vous de ces questions alors que nous prenons garde au défi porté par le programme nucléaire de l’Iran à la sécurité de la communauté internationale, y compris au sein du Conseil de sécurité des Nations-Unies.

Sincèrement,

Traduction JPP (Info-Palestine)