Lors de ma dernière visite à Moscou [1], nous nous sommes accordés avec Vladimir Poutine concernant la stratégie de relations communes pour 2005. Nous dressons une liste de dix points afin de les résoudre avant décembre. La nôtre devrait être prête pour le 19 mars. Nous avions abordés divers sujets : les frontières, les demandes de citoyenneté, la création d’un consortium international de transport du gaz. L’Ukraine est aussi intéressée par le développement du secteur des hautes technologies. L’accord sur les dix années passées qui comprenait 40 projets prioritaires est presque achevé, nous voulons en conclure un autre pour les dix années à venir.
Il y a un problème, c’est que Léonid Kuchma et Viktor Yanukovych avaient signé des accords sur l’entrée dans l’espace économique uni (EEU) (Russie, Biélorussie, Kazakhstan, Ukraine) dont je ne connais pas la nature. Un groupe a été formé pour procéder à l’analyse des documents. Nous considérons la Russie comme un partenaire stratégique, nos intérêts économiques et technico-militaires sont liés, mais les décisions concernant l’EEU doivent correspondre aux intérêts de l’Ukraine et ne pas bloquer son entrée dans l’Union européenne. Je ne signerai aucun document allant dans ce sens. Bien sur l’Ukraine soutient cette zone de libre-échange dans le cadre de l’EEU. Nous sommes un point stratégique pour le transit du gaz entre l’Est et l’Ouest. Le débit est ce qui compte le plus pour nous, la direction des tuyaux est secondaire.
Lors de ma visite en Allemagne, nous avions évoqué de nouveau l’idée d’un consortium trilatéral avec la Russie, un tel schéma dessert les intérêts du producteur, du consommateur et de celui qui assure le transit. L’Ukraine voudrait aussi que la Russie participe à la reconstruction de ses infrastructures gazières. Tout cela sera abordé concrètement avec Poutine, tout comme la délimitation et la démarcation des frontières et celles des détroits d’Azov et de Kertchensk. Les réadmissions posent aussi un sérieux problème. Chaque année 9 000 personnes traversent illégalement notre frontière et c’est aux Russes de prendre des mesures. L’assouplissement du régime des visas en Europe à notre égard en dépend.

Source
Gazeta SNG (Fédération de Russie)
Gazeta SNG est un quotidien en ligne russophone.

« Десять проблем для Путина », par Viktor Yushchenko, Gazeta SNG, 17 mars 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

[1] le 24 janvier