Cela fait longtemps que les réformes existent sur le papier, il n’y a jamais eu de volonté de les appliquer réellement concernant les Kurdes. L’entrée dans l’Union européenne pourrait être un tremplin. Nous pensons que les conditions préalables à une résolution pacifique, démocratique et juste du problème kurde sont réunies. Avec Leyla Zana, nous voulons former un nouveau parti, que nous ne pourrons pas diriger à cause de notre passé carcéral, le « Mouvement pour une société démocratique ». Certains disent que c’est une idée d’Abdullah Öcalan [1], mais ce n’est pas important. Ce qui importe, c’est que cela soit un parti de masse, dans lequel toutes les composantes de la société se retrouvent. Nous espérons y parvenir pour mai ou juin. Notre groupe cible est le même que celui du PKK, mais les objectifs et la formulation sont différents.
Nous avons eu des contacts avec l’Union européenne, mais elle n’est pas honnête sur la question kurde. Elle adopte une position qui empêche toute résolution, ce n’est pas de l’amitié. Pendant les 16 années où le PKK a mené un combat armé, il n’était pas considéré comme terroriste par les pays de l’Union, c’est quand le PKK a déposé les armes et s’est transformé en interlocuteur politique que les Européens ont décidé de l’inclure sur la liste des organisations terroristes. L’Europe doit comprendre que le PKK a beaucoup changé, il soutient aujourd’hui un projet de vie commune, dans une république démocratique sans modification des frontières. C’est un projet qui peut permettre à la Turquie de satisfaire aux exigences démocratiques de l’UE.
Nous voudrions que la Turquie reconnaisse qu’il y a un problème kurde. Pour leur poids démographique et géographique, pour leur contribution à l’édification de la Turquie moderne, les Kurdes doivent être reconnus comme composante de la République. Il est nécessaire de modifier la constitution avant de négocier avec l’UE. Les opérations militaires doivent cesser et les gens expulsés doivent être dédommagés. Les différences culturelles, religieuses et ethniques dans le pays doivent être reconnues et respectées. Tous les prisonniers politiques doivent être amnistiés et les politiciens en exil doivent pouvoir rentrer au pays.
Le leader kurde irakien Massoud Barzani pense qu’un jour il y aura un État kurde. Je pense que la Turquie doit se défaire de cette peur du séparatisme. Nos frères en Irak seront des alliés fidèles de la Turquie et de ses nations, que ce soit en tant qu’État indépendant ou non.

Source
Die Welt (Allemagne)

« Wir bringen der Türkei Demokratie », par Selim Sadak, Die Welt, 22 Mars 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

[1] chef du Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK