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« De l’éventualité d’une guerre civile »

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La révolution est devenue un fait au Kirghizistan, l’opposition essaye d’y rétablir l’ordre. Le changement de pouvoir et de propriété pourrait provoquer une opposition du Nord et du Sud. Au Kirghizistan, le pouvoir n’a jamais été le monopole d’une ethnie ou d’un clan mais les Sarybagyshs du Nord, dont fait partie Akaïev, ont tout de même eu la plus grande influence. Cette vieille rancœur remonte au XIXième siècle et à l’époque des Khans. Le Sud n’a jamais accepté la domination et Akaïev a été obligé de le prendre en compte. Ainsi, le gouvernement était dirigé en 1991 par Nassirdine Issanov et en mars 1992, le drapeau du pays a pris la couleur rouge du Sud alors que celle du Nord est le bleu. Le Sud est plus conservateur face à l’européanisation, il a subi davantage d’influences ouzbeks, il est plus islamisé. Déjà en 1992-1993 on pouvait penser que deux Kirghizie allaient se former, l’une traditionnelle au Sud et l’autre moderne au Nord. Un leader séparatiste était apparu en la personne de Bekmamat Osmanov et pour se protéger, Akaïev l’avait nommé gouverneur de la région de Djalal Abad. Il voulait la scission du pays mais après un an en poste, il avait installé tous ses proches aux postes clés, il contrôlait la presse locale et il avait fait fortune. Pendant l’hiver 1994-1995, il affichait des prétentions pour le poste de président ou au pire, pour celui de dirigeant d’un état du Kirghizistan du Sud indépendant.
Les élections de 1995 ont opposé Akaïev au communiste Massiliev, qui représentait plus le Sud que les communistes ; c’était de nouveau un affrontement Nord contre Sud plutôt que communistes contre réformateurs. C’est Akaïev qui a gagné mais le parlement était dirigé par un ressortissant du Sud. La fin brutale de l’idéologue en chef du séparatisme avait semblé mettre un terme à la menace de scission, cependant le risque demeurait. À la fin des années 90, on a même pensé transférer la capitale à Osh pour renforcer le contrôle sur la région. Le conflit s’était réveillé en mai 2002, quand deux députés furent arrêtés pour avoir protesté contre la cession à la Chine d’un morceau de territoire. Akaïev avait donné l’ordre de tirer sur la foule qui bloquait l’axe Bichkek-Osh, mais les manifestations avaient continué [1].
Le terrain est favorable à cette scission du pays en deux dont on a tant parlé, la position de l’Islam est beaucoup plus forte au Sud. Il y a dix ans, certains pensaient déjà qu’il était possible que le parti " Erkin Kyrgystan " ait des tendances fondamentalistes. Il y a en tous cas parmi les Kirghizes du Sud des gens favorables à un État islamique du Ferghana unifié. La pauvreté au Sud est aussi un facteur aggravant. Si la séparation a lieu, le Sud sera entouré de voisins beaucoup plus puissants appartenant à l’Islam oriental ; le Nord, lui, devra se rapprocher encore plus de la Russie ou du Kazakhstan. Lequel ? Cela dépend aussi de la situation interne de ces pays.

Source
Nezavissimaïa Gazeta

« БУДЕТ ЛИ ГРАЖДАНСКАЯ ВОЙНА », par Georgy Sitnyansky, Nezavissimaïa Gazeta, 29 mars 2005.

[1] C’est à cette occasion que Bakiev avait dû démissionné de son poste de Premier ministre

Georgy Sitnyansky

Georgy Sitnyansky est membre de l’Institut d’ethnologie et anthropologie de l’académie des sciences russe, où il est spécialiste de l’Asie centrale

 
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