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Les amitiés nouées par la Syrie n’ont pas résisté à la pression des États-Unis. En échange de la gestion du pétrole libyen, le Qatar a utilisé Al-Jazeera pour appeler au renversement du gouvernement syrien. La Turquie a anticipé un peu vite les événements et s’est posée en donneuse de leçon en espérant influer à court terme sur un nouveau régime. Observant la fragilisation de Damas, Nicolas Sarkozy a cru pouvoir donner le coup de grâce.

La tendance générale

Éditorial : Sarkozy répète les erreurs de Chirac
En changeant d’attitude à l’égard de la Syrie, le président français Nicolas Sarkozy commet la même erreur que son prédécesseur Jacques Chirac, qui s’était retourné contre le président Bachar el-Assad au lendemain de l’occupation de Bagdad par les États-Unis. De pourfendeur de l’unilatéralisme de la Maison-Blanche, de farouche opposant à l’invasion de l’Irak, et de partenaire politique stratégique de la Syrie, Chirac s’était transformé en simple suiveur de Washington, se contentant des miettes et rendant des services à l’administration de George Bush, le plus important étant l’élaboration de la résolution 1559 de l’Onu.
À cette époque, Chirac avait imaginé que l’invasion de l’Irak marquait le début d’un nouvel ordre au Moyen-Orient et que si la France souhaitait y conserver une petite place, elle devait s’aligner sur les États-Unis, aux dépens de sa relation spéciale avec la Syrie.
Sarkozy suit le même chemin. Il a pensé qu’en participant aux frappes de l’Otan contre la Libye, il se réservait une place de choix dans le plan états-unien qui lui permettrait de compenser ses échecs et ses pertes en Afrique, notamment en Tunisie, au Soudan et dans d’autres pays d’Afrique Noire, où l’Oncle Sam est venu lui disputer ses dernières zones d’influence. En s’investissant dans la campagne de pressions diplomatiques et politiques contre la Syrie, il espère cueillir les fruits de cet alignement sous forme de contrats pétroliers et de projets de reconstruction dans la Libye post-Kadhafi.
Pourtant, en sa qualité de ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy était bien placé pour connaitre l’étendue des pertes essuyées par la France à cause de son hostilité vis-à-vis de la Syrie. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a changé d’attitude à l’égard de Damas dès son élection, préférant bâtir une relation de coopération avec le président Bachar el-Assad, qui n’a apporté que des avantages à la France sur les plans sécuritaire —la lutte contre le terrorisme—, économique —le retour de la France en Syrie—, et politique, avec le rôle de premier plan joué par Paris au Liban et dans d’autres dossiers du Moyen-Orient.
Mais voilà que le président français se place en tête des États qui, par leur action, jouent la carte de la déstabilisation de la Syrie, adoptant un seul point de vue et ignorant les réalités du terrain, où les groupes islamistes extrémistes, sous couvert des manifestants pacifiques réclamant des réformes légitimes, mènent une insurrection armée qui a déjà fait quelque 120 morts et 350 blessés dans les rangs de l’armée et de la police syriennes. Et lorsque des activistes fanatiques ont été arrêtés et emprisonnés, les Syriens ont pu manifester, vendredi 13 mai, sans que les rassemblements ne se transforment en façades pour des hommes armés. Le bilan très peu élevé des victimes, comparé aux autres semaines, en est la preuve vivante. De même que Sarkozy fait semblant de ne pas savoir que le président Assad a engagé des réformes profondes qui permettront de moderniser la Syrie en accordant plus de libertés politiques et médiatiques.
L’ambassadeur de France à Damas, Eric Chevallier, s’efforce, dans ses rapports, de mettre en relief cette dimension de la crise en Syrie, ainsi que la volonté de réforme du président syrien, mais personne ne veut l’écouter.
En fait, ce ne sont pas les réformes qui intéressent l’Occident mais les alliances régionales de la Syrie ainsi que les constantes nationales qu’elle défend depuis plus de 40 ans. Les émissaires qui viennent à Damas ainsi que les messages indirects adressés à la direction syriennes n’évoquent pas « les libertés et la démocratie », mais la nécessité de rompre l’alliance avec l’Iran, de cesser le soutien aux mouvements de résistance libanais, palestiniens et irakiens, et la reprise des négociations de paix directes et inconditionnelles avec Israël.
Ce que George Bush et Jacques Chirac n’ont pu obtenir de la Syrie, Barack Obama et Nicolas Sarkozy ne l’obtiendront certainement pas. Ils s’en rendront compte à leurs propres dépends. Il est encore temps qu’ils se rattrapent en mettant de coté les outils de pressions et d’intimidation qui ont prouvé leur inefficacité avec la Syrie

La tendance dans le monde arabe

Éditorial : La « Marche du retour » réajuste la boussole
Soixante-trois ans après la Nakba, la troisième génération de réfugiés palestiniens —dont les parents et les grands-parents ont été chassés de leur terre par les organisations terroristes sionistes— a crié à la face du monde son refus d’oublier ses racines et sa détermination à récupérer ses droits inaliénables.
En organisant la « Marche du retour », les Palestiniens de la diaspora ont, dans un formidable sursaut, démenti toutes les analyses qui évoquaient la fin du « mythe du retour ». Et en réprimant sauvagement ce mouvement pacifique (Voir ci-dessous), les Israéliens ont confirmé ce qu’ils ont tenté, avec leurs alliés arabes et occidentaux, de faire oublier : la nature barbare de leur régime.
La « Marche du retour » intervient à un moment crucial dans l’histoire des Arabes, marqué par la chute des régimes pro-américains de Tunisie et d’Égypte, et par les tentatives de déstabilisation de la Syrie, dernier pays arabe réellement indépendant politiquement et bastion du panarabisme. Les dizaines de milliers de réfugiés palestiniens, venus des camps de Syrie, du Liban, de Jordanie et des territoires palestiniens occupés, sont venus rappeler que la Palestine reste la cause centrale des Arabes, à un moment où des efforts gigantesques sont déployés pour faire oublier cette injustice infligée à tout un peuple.
Cette initiative a également rappelé aux Arabes et aux Palestiniens que leur ennemi, véritable et unique, reste Israël, à une époque où des tentatives sournoises, déployées par l’Occident et certains pays arabes, essayent de les détourner de leur vrai objectif en créant une animosité artificielle irano-arabe, et en leur faisant croire que le danger qui les guette vient d’Iran et non pas de l’État raciste qui a volé leur terre et qui menace, tous les jours, leur existence en tant que nation indépendante.
La « Marche du retour » a aussi réaffirmé le rôle central de la Syrie dans le conflit israélo-arabe. Une Syrie en proie depuis des semaines à des troubles violents dans le but évident de la déstabiliser pour, justement, la détourner de ses réelles préoccupations afin de soulager Israël et ses amis arabes.
En permettant aux milliers de réfugiés palestiniens d’arriver jusqu’au Golan occupé pour passer dans le village de Majdal Chams, Damas a d’abord apporté un démenti cinglant à tous ceux qui l’accusent de maintenir un calme olympien sur ce front, et a adressé un message fort à tous ceux qui veulent l’entendre : quelle que soit l’ampleur des pressions externes et internes exercées contre elle, la Syrie ne perdra jamais le Nord et sait pertinemment que la vraie bataille se déroule contre les Israéliens et nulle part ailleurs. Elle a prouvé que son influence reste décisive sur le principal dossier du Moyen-Orient en dépit des pressions et du chantage dont elle est victime.
Face aux événements du dimanche 15 mai, Israël était désemparé, surpris et déstabilisé. Sa première réaction a été de tirer sur la foule et d’accuser nommément le président syrien, Bachar el-Assad, d’être responsable de ces incidents. Une accusation qui n’a nullement intimidé les autorités syriennes qui ont dénoncé les crimes de l’État hébreu et appelé les Nations unies à assumer leurs responsabilités. Une source responsable du ministère syrien des Affaires étrangères a ainsi affirmé que la Syrie, qui se tient fermement aux côtés des droits du peuple palestinien et qui a soutenu sa résistance pour la récupération de ses droits légitimes et la libération de ses territoires occupés, salue, à l’occasion de la commémoration de la Nakba, les martyrs de la nation arabe qui se sont sacrifiés durant des décennies pour la victoire de la cause palestinienne.
La même source affirme que le mouvement populaire palestinien de dimanche est intervenu suite au mépris par Israël des résolutions de la légalité internationale et à sa persistance dans l’usurpation des terres et des droits arabes et à sa dérobade face aux exigences de la paix juste et globale. « La Syrie condamne vivement les pratiques israéliennes criminelles commises contre notre peuple dans le Golan syrien, en Palestine et au Sud-Liban, faisant des martyrs et des blessés », a conclu le ministère des Affaires étrangères.
En versant leur sang en ce dimanche 15 mai, les petits-enfants de la Nakba ont réajusté la boussole. Ils ont rappelé que pour les Arabes, elle ne peut indiquer qu’une seule direction : celle de la Palestine.

Evénements

Commémoration du 63ème anniversaire de la Nakba
Les troupes israéliennes ont ouvert le feu sur des manifestants civils aux frontières avec la Bande de Gaza, le Liban et la Syrie sur le plateau occupé du Golan, dimanche, lors des rassemblements pour le 63ème anniversaire de la Nakba, la « catastrophe », représentée pour les Arabes par la création d’Israël, en 1948. Au moins 22 personnes ont été tuées et 350 autres blessées. Les incidents les plus meurtriers se sont produits au Liban-Sud et sur le plateau syrien du Golan, occupé et annexé par Israël.
Des milliers de manifestants venus de Syrie se sont massés près de la frontière. Plusieurs centaines ont forcé le passage pour pénétrer dans le village occupé de Majdal Chams. Les soldats ont ouvert le feu pour les en empêcher. Dix personnes ont été tuées et plusieurs dizaines blessées. Deux manifestants au moins sont morts à l’intérieur du Golan occupé, quatre morts étaient signalés côté syrien. Les manifestants sont des Palestiniens vivant dans des camps de réfugiés en Syrie. L’un de ceux qui ont franchi la frontière, interrogé sur la chaîne israélienne Channel 2, a dit être un habitant du camp de réfugiés de Yarmouk. « Je suis un Palestinien de Nazareth », a-t-il ajouté. La chaîne a diffusé des images, prises par un habitant du village de Majdal Chams, frontalier du Golan, de ce qu’elle a présenté comme une manifestation pro-palestinienne dans les rues du village. Israël a occupé le Golan lors de la guerre israélo-arabe de 1967. La Syrie réclame la restitution de ce territoire, Damas exigeant qu’il figure dans tout accord de paix qui serait conclu avec Israël.
À une quarantaine de kilomètres à l’ouest du Golan, au moins dix personnes ont été tuées dans le village frontalier de Maroun el-Ras au Liban-Sud. Les militaires israéliens ont ouvert le feu sur des manifestants qui avaient atteint la barrière à la frontière et commencé à scander des slogans hostiles à Israël : « Par notre âme, par notre sang nous nous sacrifierons pour toi Palestine », criaient-ils. Des réfugiés palestiniens avaient gagné le village dans des cars décorés d’affiches proclamant « Nous revenons ». Beaucoup venaient des 12 camps de réfugiés palestiniens au Liban, qui abritent quelque 400 000 personnes. Dans la Bande de Gaza, deux personnes ont été tuées et une quarantaine d’autres blessées lors d’une manifestation près de la frontière israélienne, selon les secours palestiniens. Des manifestations ont aussi eu lieu en Cisjordanie. Dans un camp de réfugiés près de Jérusalem, les soldats ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des groupes d’individus qui lançaient des pierres. À l’intérieur même du territoire israélien, les forces de police étaient placées en état d’alerte élevé.
Dans la Bande de Gaza contrôlée par le Hamas, son homologue Ismail Haniyé a estimé devant des milliers de personnes que les Palestiniens marquaient cette journée avec le « grand espoir de mettre fin au projet sioniste en Palestine ». Les Palestiniens commémoraient la Nakba, qui avait entraîné l’exode de centaines de milliers de Palestiniens. Le sort des millions de réfugiés et leurs descendants reste l’une des questions-clé d’un processus de paix israélo-palestinien dans l’impasse. Sur Facebook et d’autres réseaux sociaux sur Internet, des militants avaient appelé les Palestiniens et leurs soutiens dans d’autres pays à manifester aux frontières d’Israël.
En Égypte, pour prévenir tout incident, l’armée avait installé au moins 15 barrages routiers, gardés par des chars et des blindés, le long de la route entre la ville d’El-Arish et le point de passage de Rafah avec la Bande de Gaza. Les militaires refoulaient toutes les personnes ne résidant pas dans ce secteur.
Par ailleurs, à Tel-Aviv, une personne a été tuée et 17 autres ont été blessées par un camion qui a percuté plusieurs véhicules et renversé des piétons. Le conducteur, qui a été arrêté, est âgé de 22 ans et habite Kafr Kassem, village arabe du centre d’Israël, où les organisations terroristes juives avaient perpétré un odieux massacre, en 1948.
Samedi, un Palestinien de 17 ans blessé par balle la veille lors d’une manifestation à Jérusalem avait succombé à ses blessures. Il avait été blessé dans le quartier de Silwane, haut lieu de tensions, alors que des Palestiniens lançaient des pierres en direction de policiers et de colons israéliens armés.

Presse

An Nahar (Quotidien libanais proche du 14-Mars, édition du 13 mai 2011)
Khalil Fleihane
Des sources diplomatiques affirment que le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, ne visitera pas le Liban avant la formation du gouvernement et avant le vote de la confiance par le Parlement. M. Juppé répète devant ses visiteurs libanais une position qu’il a déjà communiquée aux responsables à Beyrouth : Paris attend la déclaration ministérielle du prochain cabinet, et en particulier ses positions sur le TSL et la résolution 1701 en plus des résolutions précédentes relatives à la situation au Liban-Sud, pour définir son approche à l’égard du nouveau gouvernement libanais.
Les sources relèvent l’importance de la visite de M. Juppé en Israël et dans les territoires occupés à un moment où la France s’apprête à accueillir la conférence des donateurs pour l’Autorité palestinienne en juin prochain. Paris espère jouer un rôle politique au niveau du règlement de paix.
Selon des sources diplomatiques, le président français Nicolas Sarkozy tente de convaincre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de reconnaître la réconciliation inter-palestinienne qui, à son avis, peut contribuer à la relance des négociations israélo-palestiniennes. Les relations entre Sarkozy et Netanyahu ne sont pas très bonnes depuis que le président français a prévenu qu’il reconnaîtrait l’État palestinien en septembre prochain. Sarkozy s’est toutefois dit disposé à revenir sur sa position si Netanyahu accepte de reprendre les négociations avec le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas qui s’est réconcilié avec le Hamas.

An Nahar (10 mai 2011)
Ali Hamadé
Le chef du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt sait bien que l’équation qui a permis la nomination de Najib Mikati à la tête du gouvernement a radicalement changé, sur la scène interne libanaise et en raison des développements régionaux en Syrie. Il sait bien que ce qui entrave la formation du gouvernement, ce ne sont pas seulement les convoitises de Michel Aoun ni le bras de fer entre le chef du CPL et le président Michel Sleiman. Mikati lui-même réalise le piège dans lequel il s’est enfoncé depuis qu’il a trahi la confiance des milliers de citoyens qui ont voté pour lui aux législatives. Joumblatt sait enfin que sa place est dans sa « libanité », et non pas auprès du « Hezbollah de la wilayat al-faqih » ou du régime syrien qui massacre son propre peuple, après avoir tué des dizaines de leaders libanais, et à leur tête Kamal Joumblatt, le père de Walid Joumblatt. Cependant, même s’il tue des milliers de citoyens, le régime syrien ne pourra pas se sauver. Le changement est inévitable et l’histoire ne pardonne pas. C’est peut-être ce qui passe par l’esprit de Walid Joumblatt dans ces moments difficiles.

As Safir (Quotidien libanais proche de la nouvelle majorité, 12 mai 2011)
Paris, Mohammad Ballout
Selon des sources françaises, le TSL pourrait être utilisé pour punir le régime syrien à un moment où la répression des manifestations en Syrie fait rage. Le procureur du Tribunal international, Daniel Bellemare, a annoncé le dépôt d’un acte d’accusation « modifié ». Cet acte « contient de nouveaux éléments de fond » qui n’étaient pas disponibles auparavant. Il s’agit de la deuxième modification de l’acte d’accusation après les changements introduits le 11 mars dernier. Selon certaines informations, les accusations pourraient à présent toucher plus de 30 personnes, alors qu’elles ne concernaient au départ qu’un nombre restreint d’individus appartenant au Hezbollah.
Selon une source française, une rencontre s’est tenue à Paris il y a quelques semaines avec Daniel Bellemare. Ce dernier a demandé davantage de coopération de la part de la France avec l’enquête internationale, en promettant d’arriver aux « têtes pensantes à Damas » si Paris révèle davantage d’informations, qui sont en la possession des services secrets français, sur l’assassinat de Rafic Hariri.
La source signale que Paris complète le revirement dans son approche à l’égard de Damas pour entamer une phase de « rupture », après une période de « coopération maximale ». Le procureur général du TSL pourrait avoir obtenu des informations supplémentaires dont disposent les services occidentaux pour étendre le cercle d’accusations à des personnalités syriennes.
La source française précitée considère qu’une éventuelle mise en cause du régime syrien augmenterait les pressions sur le président Bachar el-Assad et renforcerait son isolement. Cela faciliterait, par ailleurs, les actions au Conseil de sécurité pour demander des comptes au régime syrien. Les accusations émises par le TSL seraient ainsi jointes au dossier de la répression des manifestations en Syrie, sachant que « les décisions du TSL se basent sur le chapitre VII et sur une légalité indiscutable ».

Al Binaa (Quotidien libanais proche de la nouvelle majorité , 12 mai 2011)
Le juge de la mise en état du Tribunal spécial pour le Liban (TSL), Daniel Fransen, a ordonné au procureur du TSL de communiquer plus de 270 documents à l’ancien directeur général de la sûreté générale Jamil Sayyed. « Le juge Fransen a décidé que M. Sayyed devait recevoir certains documents en possession du procureur du TSL dans un délai très bref. Une grande majorité de ces documents seront divulgués à M. Sayyed, tandis que d’autres pourront être consultés uniquement par son conseil », précise un communiqué publié du TSL.
Le communiqué ajoute que le juge Fransen a également décidé que ces documents ne pouvaient être utilisés qu’à des « fins légitimes ». « Leur utilisation doit respecter la présomption d’innocence, les droits de la défense ainsi que le droit des tiers au respect de leur vie privée. »
Le juge Fransen a enjoint au procureur de déposer, au plus tard le 13 juin 2011, un rapport expliquant comment il s’est acquitté des obligations que prescrivait ladite ordonnance. « Il s’agit d’un processus continu. Si le procureur découvre de nouveaux documents au cours de son enquête, il pourrait lui être demandé de les communiquer. Le juge de la mise en état a également invité le procureur à procéder à l’examen des documents supplémentaires, qui pourraient être communiqués par la suite à M. Sayyed », conclut le texte.
Interrogé, M. Sayyed a indiqué avoir reçu, sitôt la publication de l’ordonnance, une annexe confidentielle de dix pages comprenant la liste ainsi qu’une description succincte des documents auxquels il pourra avoir accès, lui ou son conseil. L’officier s’est toutefois refusé de se prononcer sur la décision pour l’instant.
« Je peux simplement dire que la décision est positive dans la forme. Quant au fond, nous n’avons pas encore eu le temps de l’examiner de manière approfondie. » M. Sayyed a expliqué qu’il n’exprimera sa satisfaction qu’après s’être assuré que les documents qui lui seront remis « sont effectivement pertinents » pour son dossier.
M. Sayyed est l’un des quatre généraux qui ont été détenus par les autorités libanaises dans le cadre de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Il avait été libéré en avril 2009, quelques semaines après la création du TSL, à la suite d’une ordonnance rendue par le juge Fransen, sans qu’aucune charge ne soit retenue contre lui.
M. Sayyed avait été détenu sur la base de dénonciations calomnieuses. Il a réclamé les documents relatifs à cette détention. Il avait demandé au TSL l’accès à ces pièces, afin de pouvoir intenter des actions civiles devant les juridictions nationales.

L’Orient-Le Jour (Quotidien libanais francophone proche du 14-Mars, édition du 13 mai 2011)
Elie Fayyad
Un mot, un seul, a tout fait capoter. Le sommet spirituel de Bkerké [réunion œcuménique des leaders religieux au siège du patriarcat maronite], le second du genre en l’espace de trois ans, était pourtant parti sur de très bons augures. Et il s’est même terminé sans casse, du moins en apparence.
Ce n’est que plusieurs heures après la fin de la réunion et la publication du communiqué final qu’une voix (très) discordante s’est fait entendre du côté du Conseil supérieur chiite (CSC), instance spirituelle suprême de cette communauté.
L’objet principal du malentendu : le recours, dans le sixième point des constantes nationales évoquées par le sommet, à l’expression « État libanais » au lieu de « Liban » en parlant du « droit de libérer le territoire libanais occupé par Israël ».
La différence est énorme et résume le clivage majeur autour duquel s’articule depuis des années la vie politique libanaise. Pour le CSC, il était convenu que le sommet n’aborderait pas les grandes questions politiques litigieuses. Or l’instance chiite estime que le fait d’évoquer le droit de « l’État libanais » à libérer son territoire conduit à faire abstraction de celui de la « Résistance » et donc à entrer dans le vif de la problématique politique. Par conséquent, il aurait mieux valu à ses yeux utiliser le mot « Liban », ce dernier supposant inclure la formule du « peuple, de l’armée et de la résistance ».
Mais le problème que ne relève pas le CSC est que, justement, cette option aussi peut être considérée comme étant à caractère polémique, puisqu’elle va à l’encontre du point de vue d’une grande partie des Libanais.
S’il faut tirer une leçon de cet incident, c’est qu’il est vain de croire, à la base, qu’un sommet spirituel comme celui de Bkerké puisse rester totalement en marge du conflit politique acerbe qui divise le pays.
Le CSC s’en prend également à un autre point du communiqué final, qui mentionne le conflit « israélo-palestinien », alors qu’il aurait préféré qu’on parlât du conflit « israélo-arabe ».
Affirmant que le texte préparé à l’avance était différent sur ces deux points de celui qui a finalement été discuté au cours de la réunion et adopté, l’instance chiite reproche au Comité du dialogue islamo-chrétien, dont la marque sur la teneur du communiqué final paraît évidente, de l’avoir en quelque sorte trompée.

Al Akhbar (Quotidien libanais proche de la nouvelle majorité, 12 mai 2011)
La diplomatie états-unienne a présenté au ministère syrien des Affaires étrangères une feuille de route afin « d’alléger les pressions sur la Syrie à l’ombre de la crise actuelle et isoler le mouvement de contestation populaire ». Cette feuille de route comprend les exigences suivantes : limiter l’ingérence iranienne à Bahreïn et s’abstenir de soutenir tout mouvement populaire dans ce pays ; exercer des pressions sur le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki afin de proroger la présence des troupes US en Irak ; adopter le plan de protection des consulats états-uniens en Irak alors que Washington projette de maintenir 90 000 GI’s pour accomplir cette mission ; relancer les négociations directes syro-israéliennes ; ramener Saad Hariri à la présidence du gouvernement au Liban. En contrepartie de ces demandes, Washington exercera des pressions sur les forces de l’opposition en Syrie et fermera les yeux sur la répression des manifestations dans différentes régions syriennes par le régime. En réponses à ces demandes, la Syrie a affirmé que « l’Iran n’a pas haussé le ton au sujet de Bahreïn depuis des semaines. De même, la Syrie n’a pas d’influence sur le Premier ministre libanais Najib Maliki pour exercer des pressions sur lui. Concernant les pourparlers de paix, la position de la Syrie n’a pas changé et les négociations demeureront indirectes. Enfin, Damas s’est engagé, depuis des années, à ne pas se mêler des affaires politiques libanaises internes.

Magazine (Hebdomadaire libanais francophone indépendant, 13 mai 2011)
Paul Khalifeh
Péninsule arabique : Presque toutes les décisions et les actions des pays du Golfe sont mues par un instinct de conservation hypertrophié. L’Arabie saoudite et ses alliés sont effrayés par l’Iran, qu’ils ne perçoivent qu’à travers le schisme sunnite-chiite. L’intervention militaire à Bahreïn visait à écraser une révolte chiite qui risquait de s’étendre aux bastions du sunnisme. Mais c’est plus leurs puits de pétrole que la pureté de l’islam que les pétromonarchies veulent défendre.
La décision d’élargir le Conseil de coopération du Golfe à la Jordanie a pour objectif de remplir le vide politique et militaire que laissera le retrait des troupes américaines d’Irak, prévu en principe en décembre. Le CCG craint que ce vide ne soit rempli par l’Iran mais aussi par une Égypte postrévolutionnaire nouvelle et différente, réveillée de sa longue hibernation pour reprendre la tête du monde arabe.
Au lieu de rechercher un compromis historique avec l’Iran, les pays du Golfe se laissent guider par l’instinct de la peur et le complexe d’infériorité.
Libye : Lorsqu’une révolution se transforme, dès le premier moment, en guerre civile alimentée par l’étranger, et que la violence des uns devient légitime alors que celle des autres est répréhensible, peut-on encore parler d’un changement vers le meilleur ? Rien n’est moins sûr. Quand les frappes contre les forces de Mouammar Kadhafi ont baissé d’intensité, l’armée fidèle au colonel libyen a failli réoccuper en quelques jours tout l’Est de la Libye. La révolution libyenne est à la merci de l’Otan. Lorsque cette guerre sera terminée –si un jour elle se termine– le nouveau pouvoir devra rembourser ses dettes envers l’Occident sous forme d’influence politique, de contrats pétroliers et d’investissements généreux. On lui demandera peut-être d’oublier les centaines de milliards de dollars appartenant à la Libye saisis et gelés dans les banques européennes et américaines. Ils serviront à relancer des économies moribondes.
Syrie : Certains Libanais ricanent en regardant les troubles qui secouent la Syrie et prient pour que ce pays s’enfonce davantage dans le chaos et le désordre. Pas besoin d’être un génie en géopolitique ou un as en géostratégie pour savoir que le Liban n’a aucune chance de s’en sortir indemne au cas où la Syrie est déstabilisée, ou si une guerre civile éclatait dans ce pays. Au lieu de donner des leçons de démocratie aux Syriens, plus particulièrement aux chrétiens syriens, ils feraient mieux de s’inquiéter de leur sort. Les salafistes d’Imbaba, au Caire, feraient figure d’enfants de chœur devant les extrémistes musulmans du pays d’Ibn Taymiya.

Centre palestinien des statistiques (13 mai 2011)
7 342 palestiniens ont été tués dans la période allant du 29 septembre 2000 au 31 décembre 2010. L’année 2009 a été la plus sanglante, avec 1 219 martyrs, et 107 en 2010 dont neuf militants turcs tués par l’armée d’occupation lors de l’assaut contre la Flottille de la Liberté.
Les forces d’occupation israéliennes ont arrêté à ce jour 750 000 citoyens palestiniens, dont 12 000 femmes et des dizaines de milliers d’enfants. Près de 6 000 prisonniers sont toujours détenus dans les prisons et centres de détention de l’occupation, dont des dizaines de prisonniers arabes de différentes nationalités. 820 détenus ont été condamnés à la prison à vie une ou plusieurs fois. 37 détenues et 245 enfants représentent 4,1% du total des prisonniers, dont 136 détenus qui ont purgé vingt ans de prison, 41 ont passé plus d’un quart de siècle ou plus derrière les barreaux, et quatre prisonniers sont détenus depuis plus de trente ans.

Déclarations et prises de positions

Walid Joumblatt, leader druze libanais, allié de la Syrie et du Hezbollah
« Au moment où la Syrie traverse une crise, il est nécessaire de renforcer le Liban en accélérant la formation du gouvernement. Le président Bachar el-Assad a tenu sa promesse de réformes envers son peuple. Je maintiens de bonnes relations avec la Syrie car elle a beaucoup donné au Liban, l’a défendu, et protége la Résistance. La Syrie est essentielle pour la stabilité dans la région, elle est la clé de la guerre et de la paix et sa stabilité politique consolide la scène interne face à tout complot. Le cri que j’ai lancé récemment (à l’adresse de la nouvelle majorité afin qu’elle accélère la formation du gouvernement) émane de la souffrance et de la situation difficile que vit le peuple, en vue de protéger la Résistance, ses armes, l’union nationale, la relation avec la Syrie, et l’accord de Taëf qui exige la formation immédiate du cabinet. Le nouveau gouvernement devra répondre aux attentes des citoyens dans les domaines vitaux tels la hausse des prix, les offres d’emploi, le carburant et le déficit. Mon différend avec le Premier ministre sortant Saad Hariri est dû au slogan qu’il a brandi contre les armes de la Résistance, des armes dont on ne peut pas nier l’importance pour défendre le Liban face à Israël. Au moment opportun, il faudra intégrer ces armes à l’Armée libanaise dans le cadre d’un système de défense. L’attaque contre la Résistance est vaine, et personne ne parle du Liban sans les armes de la Résistance. Quant aux modifications faites par le procureur général du TSL Daniel Bellemare à l’acte d’accusation, elles ne pourront pas porter atteinte à la Résistance. Le tribunal est politisé. C’est un outil politique et non un instrument de justice. »

Bouthaina Chaabane, conseillère du président syrien Bachar el-Assad
Extraits d’une interview accordée au New York Times, le 09 mai 2011
« J’espère que nous sommes en train d’assister à la fin de cette histoire. Je pense que le moment le plus dangereux est désormais derrière nous. Je l’espère, je le pense. D’une certaine manière, on ne peut pas être très gentils avec des gens qui mènent une rébellion armée. J’ai été mandatée pour engager des discussions avec des personnalités de l’opposition, que j’ai rencontrées la semaine dernière. Je leur ai promis davantage de liberté pour la presse, l’autorisation des partis politiques et une réforme électorale. La semaine prochaine ou quelque chose comme ça, nous élargirons le dialogue (…). Les sanctions (imposées par l’UE et les États-Unis à des responsables syriens) sont une arme qui a déjà été utilisée à de nombreuses reprises à notre encontre. Une fois que la sécurité sera rétablie, tout pourra s’arranger. Nous n’allons pas vivre éternellement dans la crise. »

Fouad Siniora, ancien Premier ministre libanais, allié des États-Unis
En tournée en France
« Le printemps arabe est une révolution pour recouvrer la dignité et se réinscrire dans la dynamique mondiale. La Syrie est notre seul voisin. Tout en soutenant et proclamant notre attachement aux réformes, nous souhaitons au peuple syrien ce qu’il souhaite pour lui-même. Nous respectons ses orientations et nous ne nous ingérons pas dans ses affaires, comme nous lui demandons de ne pas s’ingérer dans les nôtres. Le Courant du Futur soutient les demandes de réformes dans le monde arabe et les appels en faveur d’une évolution vers la démocratie et l’alternance par des moyens pacifiques. Je veux souligner l’importance, sur le plan régional, de deux événements importants, la réconciliation inter-palestinienne et la mort de Ben Laden. Ces deux événements constituent une occasion pour la France, l’Union européenne et le monde occidental de rectifier leur trajectoire, notamment dans le cadre des relations avec les États-Unis, concernant la nécessité de trouver des solutions au conflit arabo-israélien et de garantir aux Palestiniens leurs droits. »

Cheikh Naïm Kassem, secrétaire-général adjoint du Hezbollah
« La responsabilité de la formation du gouvernement doit être assumée par toutes les parties, chacune selon le pourcentage de sa participation à ce gouvernement. Nous souhaitons que les nouvelles idées présentées soient adoptées pour régler les problèmes en suspens (…) Avec les fuites de WikiLeaks, il est désormais certain qu’une partie des Libanais se comporte avec un esprit milicien et cherche à se procurer les armes et les fonds pour combattre un autre bord libanais, tout en empêchant cet autre bord d’intégrer les institutions de l’État. Il est impossible de gouverner le Liban avec un tel esprit milicien, ni d’instaurer la stabilité dans le pays. Il est désormais clair qu’au cours des années écoulées, une partie libanaise, et plus précisément le 14-Mars, voulait remporter une victoire sur l’autre camp militairement par le biais de la discorde interne et du chaos. Nous mettons en garde contre les préparatifs d’une guerre civile au Liban, qui sert les intérêts américains et israéliens, avec un financement régional organisé. L’ambassade des États-Unis à Beyrouth interfère dans les plus petits détails de la vie politique et sécuritaire libanaise. La stabilité en Syrie est dans l’intérêt du Liban et la Syrie reste une forteresse face au plan israélien. »

Terje Rød-Larsen, représentant spécial de Ban Ki-Moon pour la résolution 1559
« Presque tout ce qui se passe au Moyen-Orient reste extrêmement lié. Tous les ingrédients pour une crise larvée au Liban se trouvent réunis avec la polarisation politique entre les principaux camps et le retard dans la formation d’un gouvernement, créant un vide sécuritaire qui risque d’être exploité par des extrémistes et groupes armés. La situation est imprévisible. Ce n’est que le commencement et non la fin. Au pire, nous nous retrouverons devant un méga-désastre seulement local et régional, mais aussi mondial. »

Source
New Orient News