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La tendance générale

La défaite états-unienne en Afghanistan
Les événements en Afghanistan et leur écho dans les couloirs du Capitole lèvent le voile sur des négociations secrètes entre l’administration Obama et les Taliban, qui auraient commencé avant même l’exécution du chef d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden. Ces pourparlers ont été précédés par la satisfaction par Washington de conditions posées par les adjoints du mullah Omar, portant essentiellement sur l’arrêt des recherches internationales, cautionnées par les Nations unies contre des cadres du mouvement. Des articles de presse américains et britanniques révèlent dans ce cadre que quelque 120 chefs Taliban ne font plus l’objet de poursuites judiciaires et de mandats d’arrêt émis par Interpol ou par des services de renseignement occidentaux.
Selon des experts états-uniens, il y aurait un lien direct entre ces négociations et la décision de Barack Obama de réduire d’ici un an de 30 000 hommes les effectifs de ses troupes déployées en Afghanistan.
Le gouvernement d’Hamid Karzaï a exprimé son opposition aux négociations secrètes et a rejeté les propositions de Washington de réduire rapidement le nombre de soldats de l’Otan engagés dans le pays. Kaboul craint en effet que les combattants Taliban ne remplissent tout vide laissé par le retrait des Occidentaux. Bien entendu, les États-Unis n’ont accordé aucune importance aux hurlements du gouvernement fantoche qu’ils ont installé à Kaboul.
Dans le même temps, des experts et des journalistes ont dit s’attendre à des rebellions pro-taliban au sein des troupes gouvernementales au cas où les négociations secrètes se poursuivaient en parallèle au retrait des troupes US, avant même la mise en place d’un nouveau mécanisme politique qui gèrerait le pays dans le cadre d’une réconciliation entre le pouvoir de Karzaï et les Taliban.
Au Congrès, des voix s’élèvent pour demander que la fin de la guerre en Afghanistan soit proclamée, prenant comme prétexte la mort de Ben Laden. Ce courant appelle à un retrait rapide et total des GI’s pour mettre un terme à l’hémorragie humaine, matérielle et financière. Et tous les pronostics s’accordent à dire que les Taliban seront la principale force politique et militaire du pays après le départ des troupes occidentales, alors que la guerre a été lancée à l’origine en 2001 pour détruire ce mouvement.
Quelle que soit la signification que veulent donner les États-Unis à leur action en Afghanistan, ils n’arriveront pas à faire oublier qu’ils auront essuyé, dans ce pays, une cuisante défaite.

La tendance en Syrie

La Syrie à la veille du dialogue national
Près de deux cents opposants syriens se sont réunis le 27 juin dans l’hôtel Samiramis au centre de Damas. L’objectif annoncé des participants à la conférence consistait à unifier les rangs de l’opposition laïque interne, à élaborer un programme politique cohérent, en prévision de leur participation au dialogue national.
Dans son discours du 20 juin, le chef de l’État syrien s’en était violemment pris aux Frères musulmans, qu’il a qualifiés de « saboteurs », et d’« islamistes fanatiques ». Il avait réitéré son intention de réformer le système politique et d’entamer un dialogue national, qui vient d’être fixé au 10 juillet prochain. Cette démarche traduit la volonté du président d’absorber le mécontentement populaire et de couper l’herbe sous les pieds des Frères musulmans en les excluant du dialogue national. Par conséquent, Damas inflige un camouflet au gouvernement turc de Recep Tayyep Erdogan, qui s’ingère avec arrogance dans les affaires internes de la Syrie en promouvant un mouvement confessionnel sélectif, à savoir les Frères musulmans, qu’il espère imposer à Damas, au risque d’exacerber les tensions religieuses et ethniques.
Outre la marginalisation d’Ankara, de Riyad et des Frères musulmans, ce dialogue lancé par le président Assad paverait la voie à une transition pacifique et graduelle, susceptible de garantir la laïcité et les droits des minorités religieuses. Il renforcerait le front interne, seul capable de prémunir le pays contre le spectre des ingérences étrangères. À cet effet, une minorité d’opposants inconnus, soutenus et financés par Washington et ses alliés arabes, s’activent dans les pays Occidentaux, rappelant l’image des opposants irakiens réunis à Washington avant l’invasion US de l’Irak. Financés et promus dans les milieux académiques, médiatiques et politiques à Washington, ils se présentent comme l’alternative démocratique à la dictature. Il existe aussi une série d’opposants encore moins connus du public, dont plusieurs ont participé en mai à la conférence d’Antalia en Turquie. Les participants à cette réunion, supposée donner naissance à un Conseil transitoire calqué sur le modèle libyen, ont élu un corps représentatif qui n’a pas survécu la clôture de l’évènement. Ce corps qui accordait étrangement cinq sièges aux « chefs des tribus » syriennes, a élu cinq membres des Frères musulmans, qui ont torpillé le communiqué final en refusant la nation d’« État laïc » et la séparation entre l’État et la religion.
La réunion du Samiramis est une première qui n’aurait jamais eu lieu sans l’accord tacite des autorités. Le régime semble soucieux d’accorder une marge de manœuvre à l’opposition interne afin de court-circuiter les islamistes et les opposants soutenus par l’Arabie saoudite, la Turquie et les États-Unis. Cette démarche subtile constitue la seule voie du salut pour une transition graduelle et pacifique vers la démocratie.
Après avoir prôné la doctrine du « zéro problème » avec les voisins, Ankara a adopté une attitude clairement agressive, balayant des années d’efforts qui avaient conduit à un rapprochement spectaculaire avec Damas. Les réactions turques aux événements en Syrie ne se limitent pas seulement aux propos extrêmement durs du Premier ministre à l’encontre du président Assad. La Turquie a accueilli sur son territoire trois conférences de l’opposition syrienne. Les dirigeants des Frères musulmans disposent en Turquie de facilités allant de la tenue de réunions et de conférences de presse au lancement d’une radio adressée au peuple syrien. Enfin, Ankara a exploité à fond l’affaire de l’exode des habitants de Jisr al-Choughour, installant près de la frontière un camp de réfugiés très médiatisé. Les dirigeants turcs pensent qu’une occasion en or se présente pour étendre leur influence sur le monde arabe via la porte syrienne.
La Turquie semble avoir convaincu Washington et l’Europe que le modèle de l’islam modéré qu’elle représente serait la formule idéale pour le monde arabe. Un modèle que véhiculeraient les Frères musulmans, avec lesquels l’AKP —la branche turque de la confrérie— entretient d’excellents rapports.
Ces nouvelles orientations turques sont confortées par des signaux révélateurs. Ainsi, le célèbre navire Marmara ne participera pas à la Flottille de la Liberté 2. Ensuite, des négociations secrètes ont lieu entre Ankara et Tel-Aviv, comme le révèle Ha’aretz [1]. Le lendemain, le vice-ministre israélien des Affaires étrangères, Dany Ayalon, affirmait que son pays était disposé à « coopérer avec la Turquie pour tourner la page du navire Marmara ».
La Turquie a aussi déployé d’intenses efforts pour convaincre Washington que l’arrivée des Frères musulmans au pouvoir dans les pays arabes ne constituait pas un danger pour Israël. À cet égard, les propos de l’ancien guide suprême de la Confrérie en Syrie, Ali Sadreddine el-Bayanouni, à la deuxième chaîne de télévision israélienne, sont éloquents. « Israël existe, mais il y a des résolutions internationales exigeant son retrait jusqu’aux lignes de 1967. Nous pensons que s’il met en œuvre ces résolutions, la région pourra vivre en paix », a-t-il dit.
Selon des informations concordantes, les émissaires turcs envoyés à Bachar el-Assad lui auraient proposé de partager le pouvoir avec les Frères musulmans en leur permettant d’accéder au Parlement et au gouvernement, en contrepartie du retour au calme. De la sorte, Ankara disposera d’une grande influence au sein du système politique syrien.
La Syrie et l’Iran ne vont pas rester les bras croisés pendant que leurs adversaires avancent leurs pions. En déployant son armée à la frontière turque, Bachar el-Assad adresse un message musclé à son voisin, tout en gardant ouverts les canaux de communication. Et en ouvrant grande la porte des réformes politiques, il renforce l’immunité interne de la Syrie pour mieux faire face aux dangers externes.

La tendance au Liban

L’opposition libanaise dans l’impasse
Malgré toutes les pressions et les intimidations internationales, et les gesticulations de l’opposition pro-occidentale du 14-Mars, le gouvernement libanais de la nouvelle majorité est en passe d’obtenir la confiance du Parlement. La nouvelle majorité est composée d’une alliance entre le général Michel Aoun, le mouvement Amal et le Hezbollah d’un côté, et les centristes, regroupés autour du président de la République Michel Sleiman, du Premier ministre Najib Mikati et du leader druze Walid Joumblatt, de l’autre.
Appuyé par l’Occident, le 14-Mars a jeté dans l’arène sa dernière carte, celle de l’acte d’accusation du Tribunal Spécial pour le Liban (TSL), incriminant quatre membres du Hezbollah dans l’assassinat de Rafic Hariri. L’objectif politique de la publication de cet acte est de faire pression afin que le nouveau gouvernement n’obtienne pas la confiance au Parlement. La politisation du TSL crève les yeux. Ainsi, cette instance est utilisée à chaque fois que des échéances cruciales sont prévues au Liban. Déjà, en janvier dernier, le procureur du TSL, Daniel Bellemarre, avait remis une copie de son acte d’accusation —dont tout le monde connait le contenu depuis deux ans car il a été publié dans le Der Spiegel [2]— à la veille des concertations parlementaires pour choisir un Premier ministre en remplacement à Saad Hariri dont le gouvernement était tombé pendant une visite de ce dernier à la Maison-Blanche. En mai 2009, le Der Spiegel avait publié son célèbre article [3], quelques semaines avant le début des élections parlementaires, dans le but évident d’influer sur le cours du processus électoral démocratique.
Contrairement à ce qu’il prétend, le 14-Mars n’accepte pas les règles du jeu démocratique, dont l’alternance du pouvoir constitue un des principes fondamentaux. Depuis qu’il a perdu le pouvoir, il remue ciel et terre, mobilise l’Occident, et fomente des troubles sécuritaires eu Liban, pour tenter d’empêcher la nouvelle majorité d’exercer le pouvoir, comme l’y autorise la Constitution.
Trois jours après la publication de l’acte d’accusation, et sans attendre d’en connaitre le contenu pour savoir s’il est basé sur des preuves solides —comme il avait promis de le faire à plusieurs reprises ces 12 derniers mois—, le 14-Mars a procédé à une escalade politique sans précédent. A l’issue d’assises élargies dimanche, il a lancé des menaces à peine voilées et un ultimatum, appelant Najib Mikati à démissionner mardi. Il croit pouvoir rééditer le même jeu qu’en 2005, en mobilisant la rue sur des bases sectaires et confessionnelles, en exploitant encore et encore l’affaire de l’assassinat de Rafic Hariri.
Mais les circonstances ont changé. Le peuple libanais n’est plus dupe de ce jeu, le 14-Mars a perdu une grosse partie de ses effectifs avec le départ de ses rangs de Najib Mikati et ses amis et du leader druze Walid Joumblatt, et, le plus important, il a perdu le pouvoir. Il semble, cependant, prêt à brûler le Liban pour y retourner. Son but est de créer des foyers de tension continue, d’accélérer le pourrissement de la situation, pour préparer le terrain à une nouvelle guerre israélienne. Un pari perdu d’avance.

Déclarations et prises de positions

Sayyed Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah
« L’acte d’accusation du Tribunal Spécial pour le Liban qui incrimine des combattants ayant une histoire honorable dans la lutte contre l’occupation israélienne est un pas dans une longue trajectoire dont les traces ont commencé à se manifester après la défaite d’Israël lors de la guerre de juillet 2006. Quelques jours à peine après la victoire du Hezbollah, le quotidien français Le Figaro publiait un article affirmant que l’enquête va accuser le Hezbollah d’avoir assassiné Rafic Hariri. Un de nos principaux reproches est que l’enquête n’a exploré qu’une seule piste : elle a d’abord visé la Syrie et les quatre officiers libanais et, ensuite, des cadres du Hezbollah. Nous avons évoqué l’année dernière la probabilité israélienne et nous avons présenté des preuves qui selon des juges internationaux sont suffisantes pour accuser Israël de l’assassinat. Cependant, le procureur Daniel Bellemare et les autres responsables du TSL n’ont prêté aucune attention à ces preuves et aucune question n’a été adressée à Israël. C’est normal car le tribunal a été créé pour réaliser un objectif politique clair et il n’est pas permis de questionner Israël. L’enquête et le TSL sont politisés. Au lieu de prendre les preuves que nous avons présentées en compte et au lieu d’interroger Israël, ils ont puisé des renseignements auprès de ce pays. C’est ce qu’a reconnu l’ancien chef de la Commission internationale Detlev Mehlis personnellement dans une interview au Figaro en 2005. Imaginez qu’Israël, qui doit être accusé, devient une partie qui fournit à l’enquête des informations. (Le ministre israélien des Affaires étrangères) Avigdor Lieberman a affirmé dans un point de presse avec son homologue italien Frattini que la coopération avec le TSL est ouverte.
Après la suppression de la commission de l’enquête et son rattachement au procureur, un grand nombre de personnels et une grande quantité de matériel ont été transférés du Liban via l’aéroport et le port de Beyrouth, à l’exception de 97 ordinateurs relevant de la commission qui ont été transférés par Nakoura vers Israël. Pourquoi ?
Pour être impartiale, l’enquête doit dépendre d’’experts et de conseillers neutres, n’étant pas hostiles à l’égard de la partie qu’ils vont interroger. Cependant, un des conseillers de Bellemare est un haut officier du CIA, responsable du massacre de Bir Hassan qui a fait des dizaines de martyrs. C’est-à-dire que les officiers, les experts et les conseillers de Bellemare ne sont pas impartiaux. Michael Taylor et un ancien de Scotland Yard, Nick Kaldas est un policier australien lié à la CIA [4] et ainsi de suite. Est ce que cette équipe, pleine d’idées préconçues, est habilitée à dévoiler la vérité et travailler sur l’hypothèse de l’implication d’Israël dans l’assassinat de Rafic Hariri ?
Nous allons présenter un exemple de la corruption des enquêteurs. Gerhard Lehmann, le numéro 2 de la commission d’enquête internationale a vendu des documents, des témoignages et des confessions appartenant à de grands politiciens moyennant des sommes d’argent. Il a trahi les dépositions des témoins, que fera-t-il des preuves et des indices impliquant Israël ? Personne n’a bougé pour enquêter sur l’affaire de la corruption que nous avions évoquée auparavant. Nous avons des informations et des preuves qui Bellemare personnellement œuvré pour faire annuler le mandat d’arrêt rouge délivré contre Zouheir Siddik par Interpol faire cesser les poursuites contre ce faux témoins.
La condition la plus importante de toute enquête est son caractère confidentiel. Toutes les données de l’enquête ont été publiées dans les journaux. Nous avons demandé d’arrêter les fuites. Il y avait une fuite intentionnelle pour ternir l’image de la résistance. Les noms des accusés qui ont filtrés aux médias sont les mêmes que ceux révélés par le Deir Spiegel et la chaîne de télévision canadienne CBC. Der Spiegel a publié les noms en 2009 lors des élections parlementaires au Liban. Quand l’ancien gouvernement est tombé et que nous nous sommes dirigés vers les consultations parlementaires, ils ont reparlé de l’acte d’accusation. Après l’accord sur la déclaration ministérielle, ils ont confirmé l’acte d’accusation. Ils ont attendu parce qu’ils ont parié sur l’échec de la nouvelle majorité dans la formation du gouvernement. L’acte d’accusation a été publié pour fournir un atout à une partie politique pour faire tomber le gouvernement. Cet acte ne sert pas la justice mais le pouvoir.
Le président du TSL est Antonio Cassese. Qui est ce monsieur ? [5] Il est un grand ami d’Israël, selon le témoignage de l’un de ses amis durant la conférence de Hertzelia. Selon lui, la Résistance est terroriste. Il existe un communiqué signé de sa main dans lequel il présente des conseils aux Israéliens dans la guerre de Gaza. Imaginez que pour Cassese, Israël est le seul Etat de la région régi par la loi et les droits de l’homme. Tout ce que les Palestiniens ont enduré ces 60 dernières années, la présence de 11 000 palestiniens dans les geôles israéliennes, tout cela sont des droits de l’homme. Les massacres israéliens au Liban sont justes aux yeux de Cassese parce qu’Israël mène une guerre contre le terrorisme.
Il y a un acte d’accusation qui a été publié contre des combattants dont certains ont une longue histoire dans la lutte de l’occupation.
Un mot au peuple libanais : Je lui dis que tous les propos que vous entendez, notamment ceux des Israéliens, visent à provoquer une guerre civile. Je vous assure qu’il n’y aura pas une discorde entre les Libanais surtout entre les sunnites et les chiites. Un des éléments nécessaires pour étouffer toute fitna est la présence d’un gouvernement responsable, fiable et prête à traiter un évènement de cette envergure avec un esprit national. C’est de notre devoir de protéger le pays et empêcher la réalisation de l’un des objectifs de l’assassinat de Hariri et de l’acte d’accusation.
Je dis aux partisans de la Résistance : Ne vous inquiétez pas, c’est une partie de la guerre que nous menons ensemble depuis la fondation de cette entité usurpatrice sur la terre de Palestine. C’est une partie de la bataille de la confiance et de la crédibilité. Nous avons su qu’emprunter la voie de la résistance pour libérer le Liban exige de confronter le projet sioniste. Nous refusons toutes les sentences injustes émises par le tribunal américano-israélien. Nous ne permettons pas de porter atteinte à notre dignité. La justice, la vérité et Rafic Hariri sont comme nous opprimés.
Au 14 mars, je dis que vous vous considérez comme une opposition et c’est votre droit. Je sais bien que vous allez exploiter l’acte d’accusation et que la donne internationale était toujours de votre côté. Ne faites pas assumer au gouvernement de Mikati la responsabilité de ce dossier. Dans un an, deux ans ou même 300 ans, personnes ne pourra arrêter les accusés dont les noms ont été injustement cités dans l’acte d’accusation
. »

Cheikh Mohammad Rachid Kabbani, mufti sunnite de la République
« Le Tribunal Spécial pour le Liban a été formé pour établir la justice, révéler l’identité et juger les criminels qui ont assassiné le martyr Rafic Hariri et les martyrs de la Patrie et pour mettre un terme à l’assassinat des personnalités politiques et nationales et à l’impunité. Nous devrons soustraire la question du tribunal au débat politique, alors que notre patrie a besoin de la stabilité afin de relancer l’activité des institutions étatiques et de régler les problèmes administratifs et sociaux des gens. »

Hadi Hobeiche, député du 14-Mars pro-US
« Le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah a établi dans son discours une carte de route au gouvernement. Je suis désolé du fait que le Hezbollah refuse de coopérer avec le Tribunal Spécial pour le Liban, par la force des armes. Le parti pourrait adopter cette position envers tous les tribunaux internationaux et nationaux. Les propos de Nasrallah sur les fuites d’informations sur l’acte d’accusation sont de simples hérésies. Ces fuites ne signifient pas que le juge n’a pas été impartial dans sont travail. Le Premier ministre Najib Mikati a décidé de s’opposer au TSL depuis le coup d’Etat mené contre le gouvernement de Saad Hariri. »

Nouhad Machnouk, député du 14-Mars pro-US
« Il est inadmissible que le gouvernement comprenne les représentants d’un parti dont des membres sont des suspects dans l’assassinat du président martyr Rafic Hariri et requis par la justice internationale et ce jusqu’à ce que soit révélée la vérité. Le gouvernement est celui de la trahison et de la majorité volée. Quelle valeur a la stabilité, dépourvue de dignité, de justice et de liberté nationale. »

Presse

As Safir (Quotidien libanais proche de la nouvelle majorité, 1er juillet 2011)
Le contenu de l’acte d’accusation n’est pas surprenant mais des questions se posent au sujet de sa mise en œuvre : que se passera-t-il passé le délai de 30 jours ? Le dossier sera-t-il remis au Conseil de sécurité pour que s’ouvre une nouvelle phase sur la base du Chapitre VII comme le souhaitent des membres du 14 Mars et certaines parties internationales ? Des rumeurs ont été colportées par certaines parties sur l’ajout de personnalités syriennes à l’acte d’accusation. Le Hezbollah a réagi avec un sang-froid et un silence absolu. Selon des informations préliminaires obtenues par le Hezbollah, parallèlement à l’acte d’accusation et aux mandats d’arrêt, il n’y a pas eu de remise de preuves aux autorités libanaises, comme promis précédemment par TSL. La réaction du président Mikati, qui a assuré qu’il n’y aura pas de discorde au Liban, était responsable.

As Safir (1er juillet 2011)
Imad Marmal
Une nouvelle phase vient de s’ouvrir au Liban avec la parution de l’acte d’accusation, qui représente un grave défi sans précédent dans l’histoire du Liban. Il va de soi de supposer que les forces du 14-Mars y verront une arme redoutable qui arrive à point nommé, et qui leur permettra de reprendre leur souffle. Quant à la majorité, elle se retrouvera, avant même le vote de confiance, face à une épreuve délicate sur les plans local et international. Comment se comportera le Hezbollah ? Il n’y a aucune tension et aucune confusion chez le parti. Il n’est pas exagéré de dire que le Hezbollah souhaitait plus que ses adversaires que l’acte d’accusation paraisse hier plutôt qu’aujourd’hui, pour mettre fin à la guerre psychologique menée contre lui. Le Hezbollah a mené une campagne préventive depuis près d’un an, qui a vidé l’acte d’accusation de sa substance, avant de s’y préparer politiquement à travers la décision de faire chuter le gouvernement de Saad Hariri. Quelques heures à peine après la parution de cet acte d’accusation, le Hezbollah a assuré qu’il n’était guère effrayé ou inquiet. Le parti s’oppose à l’idée de dire que les services compétents se sont mobilisés sur le terrain pour arrêter les accusés mais n’y sont pas parvenus, car ceci reviendrait à laisser entendre que le Hezbollah accepte ces accusations et reconnaît qu’elles sont crédibles.

Al Hayat (Quotidien saoudien, 1er juillet 2011)
Paris, Randa Takieddine
Un responsable français a déclaré sous couvert de l’anonymat que lorsque le Liban a reçu les mandats d’arrêt visant des accusés dans l’affaire Hariri, le président du Conseil des ministres Najib Mikati a assuré que le gouvernement et les autorités s’engageaient à coopérer avec le tribunal international, et c’est quelque chose de positif. Selon ce responsable, il y aura à présent des critères pour évaluer et juger la coopération du Liban et du gouvernement avec le TSL : la manière dont se fait cette coopération, le financement du tribunal, et le renouvellement du mandat du tribunal lorsque viendra le moment de le faire. Tous ces critères seront des facteurs d’évaluation de la performance du gouvernement libanais, du point de vue de sa coopération avec le tribunal. Il y a un délai de trente jours pour arrêter les personnes concernées afin qu’elles comparaissent devant le tribunal. Dans le cas contraire, ce sera un procès par défaut, ce qui implique des conséquences dont il est prématuré de parler à présent. Différentes sources ont rappelé à que la France est l’un des pays ayant contribué à la mise en place du tribunal et que pendant tout ce temps, les hauts responsables français ont dit et redit que le Liban devait coopérer avec le TSL. La balle est désormais dans le camp du gouvernement libanais afin qu’il exécute les décisions et les requêtes du tribunal. Le responsable français ajoute que depuis la chute du gouvernement de Saad Hariri et après la formation du gouvernement Mikati, Paris n’a cessé d’affirmer que le gouvernement est appelé à respecter ses engagements internationaux. Jusqu’à présent, la France n’a pas reçu d’indice contraire de la part du président Mikati directement, et elle limite sa position aux engagements que le Premier ministre lui a faits.

Al Moustaqbal (Quotidien appartenant à la famille Hariri, 1er juillet 2011)
Sourayya Chahine
Des sources diplomatiques occidentales ont exprimé leur insatisfaction au sujet de la clause sur le TSL dans la déclaration ministérielle. La formulation, trop générale, ne dit rien sur la façon dont le gouvernement libanais compte traiter avec le Tribunal. Le gouvernement n’a donc pas réussi à éviter un conflit autour du TSL avec la communauté internationale. La position du Liban sera jugée en fonction de la façon dont il traitera les questions suivantes : les quatre mandats d’arrêts émis par le TSL et les autres mandats d’arrêts qui seront émis par la suite ; la question du financement du TSL. Le Liban versera-t-il sa part ? ; le mémorandum d’entente et de coopération signé avec le TSL ; la reconduction du mandat du TSL par le Conseil de sécurité, suite à des concertations entre le SGNU et le gouvernement libanais. Les sources considèrent par ailleurs que l’acte d’accusation est une preuve de la non-politisation du TSL. Le Tribunal poursuivra son travail suivant ce même principe.

As Sharq Al-Awsat (Quotidien saoudien, 30 juin 2011)
Paris, Michel Abou Najm
Des sources officielles françaises assurent que le président Nicolas Sarkozy a voulu dès le début jouer un rôle pionnier dans le dossier syrien, à l’instar de son rôle dans le dossier libyen. Cette volonté du chef de l’Etat français, appuyée par le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, est attribuée aux deux raisons suivantes : conférer une nouvelle orientation à la diplomatie française en tournant la page de la confusion qui a marqué son approche vis-à-vis des débuts du printemps arabes en Tunisie puis en Egypte, et mettre l’accent sur les droits de l’Homme et la démocratie ; rompre avec un principe qui a longtemps sous-tendu la diplomatie française, celui d’établir un lien entre la stabilité interne et régionale et le maintien des régimes en place, notamment des régimes amis dans les pays où la France a de grands intérêts en jeu. Selon ces sources, Paris a adopté une position graduelle et croissante vis-à-vis de la crise syrienne, au fur et à mesure que les autorités de Damas intensifiaient la répression des manifestants. Il y avait au début deux écoles à Paris : la première appelait à donner du temps au régime syrien pour qu’il mette en œuvre les réformes, et la seconde prônait une intensification des pressions sur ce régime pour qu’il renonce à la violence et à la répression. Désormais, il est difficile de trouver ne serait-ce qu’un seul responsable officiel qui mise sur la pérennité du régime syrien. La conviction serait en effet que ce régime s’est condamné lui-même, et même s’il pourra s’acheter un peu de temps, il ne sera pas en mesure de continuer. La France poursuit les concertations dans le dossier syrien avec plusieurs pays dont la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite, et la question figurera à l’ordre du jour de la visite probable du président Nicolas Sarkozy en Arabie saoudite en juillet.

L’Orient-Le Jour (Quotidien libanais francophone proche du 14-Mars, 29 juin 2011)
Scarlett Haddad
Dans un souci de franchise et de transparence, le secrétaire général du Hezbollah Sayyed Hassan Nasrallah a voulu montrer qu’il refuse de se réfugier dans les mensonges et les cachotteries et qu’il reste égal à lui-même, misant sur la confiance qu’il entretient avec ses partisans. De plus, les rumeurs lancées par une certaine presse koweïtienne et relayées par des sites Internet avaient atteint une telle ampleur – certains évoquaient une centaine d’espions découverts au sein du parti chiite – et les noms les plus en vue circulaient dans les salons, au point que Hassan Nasrallah a préféré aborder ouvertement le sujet pour éviter tout malaise interne au sein de son parti et couper court aux pronostics fantaisistes.
Nasrallah a réussi à tourner l’affaire à l’avantage du Hezbollah, insistant sur l’efficacité du service de contre-espionnage du parti qui, selon lui, a réussi à découvrir un espion enrôlé par la CIA depuis 5 mois seulement et un deuxième qui travaillait pour le compte de l’agence américaine depuis un peu plus longtemps. Hassan Nasrallah est resté toutefois assez discret sur les fonctions exactes des deux espions présumés, se contentant d’affirmer qu’ils ne font pas partie des responsables de premier plan ni de son cercle proche. Des sources sécuritaires affirment à cet égard que le premier espion Mohammad Hajj, occupait toutefois des fonctions importantes dans la branche militaire du Hezbollah, puisqu’il était en partie responsable des camps d’entraînement des jeunes recrues. Il était en fait appelé à assumer des responsabilités encore plus importantes. Mais il se rendait fréquemment en France où, en principe, il se faisait soigner pour une maladie particulière. Au début, affirment ces sources, il se faisait accompagner par une escorte chargée de sa sécurité. Mais après quelques voyages, il a décidé de renoncer à cette escorte, qu’il a qualifiée d’inutile. C’est ce qui aurait alerté le service de contre-espionnage du parti. Enquête faite, ce service aurait découvert que Mohammad Hajj n’était pas malade et qu’il se rendait en France pour d’autres raisons que celles déclarées ouvertement. De fil en aiguille, ajoutent les sources sécuritaires, son implication avec la CIA a été établie et le service du Hezbollah aurait même décelé dans son appareil digestif un petit appareil électronique très sophistiqué permettant d’envoyer des signaux et des indices à ses employeurs de la CIA.
Le deuxième espion, M.A., est originaire d’un village du Liban-Sud et aurait été en contact avec des proches de Hassan Nasrallah en raison de ses responsabilités dans l’accueil des visiteurs de marque, l’organisation des cérémonies, etc. Il aurait été en quelque sorte responsable dans une sorte de service du protocole et avait ainsi accès à des informations de forme, non de fond. Mais il côtoyait quand même certains cadres.
Pour l’instant, aucune indication n’a filtré au sujet du troisième espion présumé, avec lequel l’enquête n’est pas encore achevée. Mais le plus important dans l’ouverture publique de ce dossier est l’implication directe par Hassan Nasrallah de l’agence américaine de renseignements. Jusque-là, le secrétaire général du parti chiite se contentait d’affirmer qu’Israël était l’ennemi. Même s’il condamnait vivement ce qu’il appelait « le plan américano-israélien pour la région » ainsi que la « connivence américano-israélienne », il n’avait jamais placé les Américains au même plan que les Israéliens. C’est désormais chose faite. Hassan Nasrallah a ainsi élargi l’axe de la confrontation.

Al Akhbar (Quotidien libanais proche de la nouvelle majorité, 1er juillet 2011)
Ibrahim el-Amine
La remise de l’acte d’accusation aux autorités judiciaires libanaises s’inscrit dans le cadre des mesures préparatoires de la prochaine guerre israélienne contre le Liban. Le rapport technico-sécuritaire sur lequel se base l’acte d’accusation a été élaboré il y a cinq ans. Pourquoi l’acte d’accusation est divulgué aujourd’hui ? Le timing est lié à l’étape de la préparation d’une nouvelle guerre israélienne contre la Résistance au Liban et peut-être aussi contre la Syrie. L’acte d’accusation permettra l’adoption de sanctions internationales supplémentaires contre la Syrie et la Résistance. Parallèlement, il instaurera un climat intérieur propice au déclenchement d’une telle guerre.
Les autorités judiciaires ne pourront arrêter aucun des accusés, en raison de l’absence de confiance dans le camp politique et judiciaire qui soutient le TSL. Les parties internationales utiliseront ce fait pour punir le Liban, ce qui contribuera à l’instauration d’un climat de tensions intérieures et de colère contre « les parties qui entravent le travail de la justice ». Tout cela contribue à assurer des conditions idéales pour frapper la Résistance. Les forces du 14-Mars s’attellent actuellement à relancer un débat politique basé sur l’exacerbation des sensibilités confessionnelles, pour préparer leur retour au pouvoir. Cependant, elles offrent ainsi, et en connaissance de cause malheureusement, un service à ceux qui attendent le moment idéal pour lancer une guerre « décisive » contre la Résistance. L’acte d’accusation est un projet de discorde adressé contre la Résistance.

Le Figaro (Quotidien français, 27 juin 2011)
Georges Malbrunot
Inquiet à l’idée de perdre son allié à Damas, le Hezbollah cherche à rapatrier au Liban ses armes cachées dans des dépôts en Syrie. « La milice chiite est très nerveuse actuellement », note un expert occidental, qui suit de près la relation Iran-Syrie-Hezbollah. « Son chef, Hassan Nasrallah, n’a parlé publiquement qu’une seule fois en trois mois de contestation chez son voisin, ajoute-t-il. La Syrie est l’arrière-cour par laquelle transite l’armement que l’Iran envoie au Hezbollah. Celui-ci tient à faire sortir le maximum de ses armes avant que le régime baasiste tombe ».
Ces dernières semaines, les services de renseignements occidentaux ont repéré des « mouvements de camions près de la frontière poreuse entre la Syrie et la plaine de la Bekaa au Liban », où le Hezbollah dispose de ses propres centres de stockage d’armes. Confirmés par l’Onu, ces transferts concerneraient des missiles sol-sol Zelzal de moyenne portée, ainsi que des roquettes Fajr 3 et Fajr 5, que le Hezbollah amasse en vue d’une confrontation avec l’État hébreu. Pour ces déplacements ultrasensibles, le parti recourt à ses unités logistiques installées en Syrie. Certaines des infrastructures militaires du Hezbollah en Syrie sont situées dans des zones fortement peuplées. Elles sont notamment positionnées à Douma, près de Damas, et dans la région de Homs, qui abritent des foyers de la contestation contre le régime syrien.

The New York Times (Quotidien, états-unien, 27 juin 2011)
La mission du Hezbollah, depuis sa création en 1982, a été extrêmement facile en ce sens qu’elle est limitée à la confrontation avec Israël. Cette mission a permis au Hezbollah pour obtenir le respect du monde arabe, un financement iranien et l’influence locale. Mais aujourd’hui, le parti se trouve dans une situation extrêmement difficile. Le nombre de ses ennemis ont augmenté dans la mesure où Israël est désormais le moindre de ses soucis. Plus de la moitié de la population libanaise et la plupart des Arabes sont contre le Hezbollah, et la Syrie semble l’avoir abandonné ou tout au moins pris ses distances. La Syrie a été la voisine, l’allié et le protecteur du Hezbollah pendant plus de 30 ans. Mais le soulèvement populaire qui se répand dans toute la Syrie a fait ressortir des choses qui auraient été impensables il y a encore quelques semaines. Des manifestants clament des chants ouvertement anti-Hezbollah slogans, accusant le parti libanais de soutenir le régime de Bachar el-Assad.

Source
New Orient News

[1] « Deputy PM holding secret talks with Turkey in reconciliation bid », par Barack Ravid, Haaretz, 23 juin 2011.

[2] « Affaire Hariri : après la Syrie, le Hezbollah et l’Iran mis en accusation », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 24 mai 2009.

[3] « New Evidence Points to Hezbollah in Hariri Murder », par Erich Follath, Spiegel Online, 23 mai 2009.

[4] « Un étrange enquêteur nommé au Tribunal spécial de l’ONU pour le Liban », Réseau Voltaire, 22 décembre 2008.

[5] « Lettre ouverte à Antonio Cassese, président du Tribunal Spécial sur le Liban », par Hassan Hamade, Réseau Voltaire, 7 mars 2011.