Réseau Voltaire
« Tendances de l’Orient »

Retour aux anciennes méthodes coloniales

| Beyrouth (Liban)
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La première réunion du Dialogue national consultatif syrien
© SANA

La tendance générale

Retour aux anciennes méthodes coloniales
En dépit de la catastrophe et de « l’impasse stratégique », provoquées par l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, les politiques états-unienne et européennes au Proche-Orient reflètent une détermination à revenir aux méthodes coloniales anciennes. Avec le déclenchement des révolutions dans le Monde arabe, l’Occident a saisi une occasion pour tenter d’améliorer son image laminée dans la région. Il est ensuite passé à la contre-attaque, en procédant à une honteuse transaction : la Libye contre Bahreïn. En d’autres termes, il a fermé les yeux et couvert politiquement et diplomatiquement l’écrasement de la révolution dans le petit royaume du Golfe, en contrepartie du silence arabe complet sur l’intervention de l’Otan en Libye, où des milliers de personnes sont mortes en quatre mois, tandis que le conflit semble sans issue, avec un pays divisés et détruit.
Si l’action de l’Otan en Libye est dictée par des considérations pétrolières, en Syrie, elle l’est par le souci de protéger les intérêts d’Israël (Voir ci-dessous).
En Égypte, l’Occident pratique le chantage économique et la coercition politique dans le but de contraindre le nouveau pouvoir à ne pas lever le blocus de Gaza et à se soumettre, totalement, aux impératifs sécuritaires israéliens.
Enfin, la complicité des pays européens à faire avorter le projet de la Flottille pour la liberté 2, en empêchant les navires de prendre le large ou de se regrouper dans les ports méditerranéens, fait tomber le masque des intentions réelles de l’Occident.

La tendance en Syrie

Fermeté et réformes, face aux ingérences étrangères
Face aux ingérences étrangères, notamment occidentales, qui prennent des formes de plus en plus outrageuses, la Syrie œuvre sur deux fronts : lutter contre les groupes extrémistes armés qui sèment la terreur dans certaines villes. Et aller de l’avant dans le processus de démocratisation et de modernisation du pays.
- Sur le premier plan, le ministère des Affaires étrangères a convoqué, dimanche, les ambassadeurs des États-Unis et de France à Damas, Robert Ford et Éric Chevallier, pour exprimer « sa forte objection » pour leur visite, jeudi et vendredi dans la ville de Hama, sans autorisation préalable, ce qui constitue une violation flagrante de la convention de Vienne. Ils se sont rendus dans cette ville, un bastion des Frères musulmans, pour inciter les gens à manifester contre le pouvoir central.
- Sur le second plan, la rencontre du dialogue national s’est ouverte dimanche, pour examiner le mécanisme des réformes décidées par le président Bachar el-Assad. Ces réformes comprennent, entre autres, la révision de la Constitution, y compris l’article 8 instaurant le monopole du pouvoir pour le parti Baas, en prévision de la rédaction d’une nouvelle loi fondamentale ; l’adoption d’une loi sur le multipartisme, assurant un climat propice à des élections législatives basées sur le pluralisme politique ; l’élaboration d’une nouvelle loi sur les médias, garantissant la liberté d’expression selon les normes internationalement reconnues ; la préparation d’une nouvelle loi électorale moderne, offrant la meilleure représentation populaire ; la rédaction d’une nouvelle loi sur les collectivités locales, accordant plus de pouvoir et d’autonomie aux conseils municipaux et aux gouverneurs des provinces. Autant de principes que le vice-président syrien, Farouk Chareh, a réaffirmé dans son allocution inaugurale (Voir des extraits du discours ci-dessous).
Une centaine de personnalités indépendantes et proches du régime, ou opposantes ont pris part à cette réunion. Parmi les opposants qui étaient présents figure le célèbre intellectuel Al-Tayyeb Tizini. D’autres, comme Michel Kilo, Aref Dalila, Luay Hussein et Fayez Sarah, ont décliné l’invitation, refusant tout dialogue avant le retrait de l’armée des villes.
Mais leur exigence parait irréaliste à un moment où des mouvements islamistes intégristes, composés de courants au sein des Frères musulmans et de groupes takfiristes d’obédience salafiste et wahhabite, exacerbent les dissensions confessionnelles et alimentent les haines sectaires, à travers un discours venu du Moyen-âge, véhiculé par des médias audiovisuels au financement occulte. Tel est notamment le cas du cheikh salafiste Adnane al-Arhour, à travers sa chaine de télévision satellitaire al-Wissal, basée en Arabie saoudite. Ces mouvements rejettent le principe même du dialogue et semblent vouloir plonger la Syrie dans une guerre civile interreligieuse. Pour cela, ils n’ont pas hésité à recourir à la violence armée contre les forces de sécurité, mais aussi contre les manifestants pacifiques, dans le but de faire couler le sang afin d’instituer une spirale de violence.
Pendant des semaines, les médias occidentaux ont complètement occulté l’apparition de groupes armés, bien que 400 militaires aient été tués et 1 300 autres blessés depuis le début des troubles, le 15 mars. Il a fallu que l’AFP publie des images d’insurgés armés, non loin de la frontière syro-turque, et que l’agence de presse états-unienne UPI rapporte des nouvelles sur des attaques contre les forces de sécurité, pour que l’opinion publique commence à réaliser que l’image qu’elle recevait sur les événements de Syrie était partiale et partielle. Le plus éloquent reste, cependant, le reportage publié par le Sunday Times, le 18 mai, sur la région de Maarrat el-Nahman, où son reporter a vu de ses propres yeux les groupes armés en pleine activité pendant les manifestations pacifiques.
Cette opposition violente mène une intense campagne politique et médiatique contre le régime syrien dans les capitales occidentales, et plaide pour une intervention militaire de l’Otan en Syrie. C’était en substance l’objectif des opposants syriens réunis par Bernard-Henri Lévy à St-Germain-des-Près, à Paris. Cette attitude irresponsable ignore le fait que toute guerre contre la Syrie risquerait de déborder et de provoquer un embrasement généralisé de la situation au Proche-Orient, dont les conséquences seraient incalculables.
De plus, le démembrement de l’État syrien, comme cela s’est produit en Irak à cause de l’invasion US, offrira aux groupes intégristes affiliés à Al-Qaïda, une nouvelle « Terre de Jihad », aux frontières de l’Europe. Le terrorisme islamique aura une chance inespérée pour se régénérer, en présentant une éventuelle attaque de l’Otan contre la Syrie comme une Croisade des temps modernes contre « Dar el-Islam », la terre de l’Islam.
L’affaiblissement du pouvoir central en Syrie et l’émergence d’une mouvance islamiste radicale et active constitue un danger direct pour les deux millions de chrétiens syriens. Conscient de cette réalité indiscutable, le Vatican a réagi avec beaucoup de prudence à l’égard des événements en Syrie. Le pape et d’autres prélats de l’Église romaine ont exprimé à plusieurs reprises leur profonde inquiétude. Dans une homélie prononcée le 16 mai, le pape Benoît XVI a dit : « Ma pensée va à la Syrie, où il est urgent de rétablir une coexistence basée sur la concorde et l’unité. Je demande à Dieu qu’il n’y ait pas de nouvelle effusion de sang dans cette Patrie des grandes religions et des grandes civilisations ». Benoît XVI a souhaité le retour à la paix intérieure en Syrie où les chrétiens sont une minorité bien intégrée. C’est l’une des plus anciennes communautés chrétiennes du Proche et du Moyen-Orient.
De son côté, le nouveau patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, a affirmé que le projet du nouveau Moyen-Orient vise à diviser le monde arabe en entités confessionnelles et sectaires. Lors d’une conférence prononcée au Vatican, fin juin, le prélat a exprimé sa crainte au cas où des « régimes radicaux arrivaient au pouvoir dans les pays de la région ».
Pour sa part, le père Paul Karam, directeur des Œuvres pontificales missionnaires au Liban, a déclaré que les minorités chrétiennes de Syrie courent un grave risque « si le régime de Bachar el-Assad venait à tomber. En effet, on pourrait voir se répéter ce qui s’est passé en Irak après la chute de Saddam Hussein ». Pour le père Karam, au vu de la croissance du fondamentalisme sunnite et du fanatisme, si le cadre politique devait radicalement changer, il est possible que les chrétiens deviennent une cible. Il est donc urgent de poser la question de l’avenir des communautés chrétiennes en Syrie et dans les pays qui vivent le « Printemps arabe ».
Au vu de toutes ces réalités, il est étonnant que des pays européens continuent d’avoir une attitude irrationnelle, voire suicidaire, à l’égard de la crise en Syrie. L’intérêt de l’Europe n’est-il pas d’avoir à ses frontières une République démocratique et civile, stable et pacifiée, plutôt qu’un pays déchiré par la guerre civile, et devenu un foyer d’exportation du terrorisme islamique ?

La tendance au Liban

Les illusions du 14-Mars
La coalition pro-occidentale du 14-Mars poursuit sa chute abrupte, ajoutant à son triste palmarès une nouvelle défaite en essuyant un échec au Parlement où le nouveau gouvernement de Najib Mikati a obtenu la confiance de 68 députés. Il est désormais le gouvernement légitime du Liban, conformément à la procédure constitutionnelle. Le retrait spectaculaire des 52 députés du 14-Mars, présents dans l’hémicycle au moment du vote, se voulait un grand moment historique. Il n’a été qu’un spectacle qui ne change rien à la réalité.
Les discours prononcés pendant les journées consacrées au débat de confiance étaient très différents dans le ton et le contenu au sein du 14-Mars. Les députés des Forces libanaises de Samir Geagea et l’ancien ministre du travail, Boutros Harb, ont été relativement conciliants, souhaitant ne pas heurter le patriarche maronite Mgr Béchara Raï qui a déclaré clairement son appui au gouvernement, allant même jusqu’à relever l’étrange coïncidence entre le débat de confiance et la remise de l’acte d’accusation du Tribunal Spécial pour le Liban (TSL) à la justice libanaise. Le député de la Jamaa islamiya Imad el-Hout s’est abstenu de voter, adoptant ainsi une position nuancée. Les députés du Bloc de Saad Hariri et le député Kataëb Sami Gemayel se sont obstinés à adhérer aux accusations du TSL contre le Hezbollah dans l’affaire de l’assassinat de Rafic Hariri. En dépit des preuves et des indices fournis par le secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, sur l’infiltration de la commission d’enquête par des agents de la CIA, du FBI et de Scotland Yard, ils ont tenu à éloigner tout soupçon d’Israël dans ce crime odieux. Tout ce monde est sorti ensemble de la salle comme s’il était un corps homogène. Cette attitude indique deux choses : d’abord que le camp du 14-Mars vit encore dans ses illusions et, d’autre part, qu’il se comporte comme un parti unique, gommant les différences et imposant une décision unique à toutes ses composantes, même si les propos tenus par ses différents courants indiquent des divergences profondes.
Le 14-Mars vit dans ses illusions, car, comme l’a déclaré le député haririen Ammar Houri les parlementaires de cette coalition avaient pris la décision de se retirer, mais ils ont attendu pour le faire la réponse du Premier ministre Najib Mikati, espérant que les déclarations enflammées et offensantes de certains d’entre eux aient pu le faire changer d’avis. Les députés du Courant du Futur avaient en effet pendant trois jours tout tenté : les discours insultants pour M. Mikati lui-même, les provocations multiples pour pousser les députés du Hezbollah et de la nouvelle majorité au clash et même les insultes répétées aux députés du courant aouniste, comme celles adressées par Farid Habib à Hekmat Dib. Malgré tout, Mikati a refusé d’entrer dans ce jeu, ce qui ne l’a pas empêché de répondre fermement lorsqu’il le fallait. Les députés du Hezbollah ont répondu point par point à leurs détracteurs et les députés aounistes ont limité au maximum leurs interventions. Ainsi, le plan soigneusement préparer pour profiter de ce débat retransmis à la télévision et susciter des incidents confessionnels est tombé à l’eau. Comme la première tentative d’empêcher la désignation de Mikati en faisant intercéder les ministres turc et qatari des Affaires étrangères pour maintenir Saad Hariri au pouvoir, en janvier dernier. Il y a eu ensuite la seconde tentative par le biais de la « Journée de la colère », pour pousser Mikati à refuser sa désignation. Sans parler des affrontements de Tripoli qui ont éclaté au moment de la formation du gouvernement et, enfin, la volonté de provoquer des incidents pendant le débat de confiance.
Malgré toutes ces tentatives, encouragées directement ou en sous main par les États-Unis et la France, le Liban a un nouveau gouvernement. Maintenant, le 14-Mars va sans doute tenté d’obtenir de la communauté internationale des sanctions contre son propre pays pour pousser le gouvernement à la démission. Mais là aussi, il ne s’agit que d’illusions.

Discours et déclarations

Farouk Chareh, vice-président syrien
Discours prononcé lors de l’inauguration de la Rencontre du dialogue national
« Nous souhaitons que cette journée, qui marque le début du dialogue national, aboutisse à un congrès général qui proclamera la transformation de la Syrie en un État pluraliste démocratique où chaque citoyen jouit de l’égalité et participe à la formulation de l’avenir du pays. Des personnalités nationales de toutes les appartenances, les orientations, les courants : Partis, indépendants, opposants, ainsi que des intellectuels et des hommes de pensée de toutes les composantes syriennes ont été invités à cette rencontre. D’autres seront encore invités à la conférence générale dont les préparatifs commenceront au terme de cette rencontre. Tout d’abord, il faut se rappeler que ce dialogue se déroule dans un climat inconfortable à l’intérieur et à l’extérieur, et plein d’inquiétude et de suspicion, et que passer d’une situation en une autre ne peut pas se réaliser aisément, sans des obstacles, naturels ou créés, ou complots fomentés, se servant des erreurs commises. La lecture superficielle de ce qui se passe autour de nous a augmenté notre glissement actuel. Le dialogue n’est pas toujours simple ni accessible à tout le monde, mais dans la situation actuelle il est indispensable car l’alternative est l’effusion du sang et l’autodestruction. Le refus du dialogue est une absurdité car toutes les guerres, grandes ou petites, ainsi que les crises n’ont pris fin qu’à travers le dialogue, ce qui nous pousse à être optimistes quant à l’avenir de ce dialogue. Le dialogue national s’inscrit dans le cadre de l’histoire de ce peuple et de ce pays. L’application complète des lois promulguées, et qui ne sont pas encore entrées en vigueur, dont notamment la loi de la levée de l’état d’urgence, est capable de transporter la Syrie vers une nouvelle étape qui exige de tout le monde d’assumer leurs responsabilités historiques pour surmonter le cercle vicieux. Notre société ne peut parvenir à la liberté et à la paix civile que désirent tous les citoyens sans un système politique pluraliste démocratique. Si le peuple syrien réussit son mouvement démocratique pacifique, en collaboration avec toutes ses composantes et sans aucune ingérence étrangère, il arrivera à briser le cercle vicieux. L’histoire a prouvé que recourir à l’étranger n’aboutira pas à la liberté mais à davantage de pertes en matière de sécurité et de terres. Le dialogue national doit se poursuivre sur le plan politique et à tous les niveaux pour tourner la page du passé et ouvrir une nouvelle page dans l’histoire de la Syrie. Faire parvenir les voix des citoyens est un droit légitime ainsi que toute autre demande relative aux conditions de vie des citoyens. Une décision claire de la direction a été donnée pour ne mettre aucun obstacle au retour de tout citoyen syrien dans son pays. Faisons de cette rencontre le début du chemin, et je souhaite que le peuple syrien, qui est la source de tous les pouvoirs, appuie chaque citoyen ou politicien qui cherche à donner une chance à ce dialogue et à juger les actes avant les paroles. »

El-Tayyeb Tizini, opposant syrien, participant à la Rencontre du dialogue
« Je déplore le contexte de violences peu propice au dialogue. Les balles continuent à être tirées à Homs et à Hama, j’aurai souhaité que cela s’arrête avant la réunion. Cela était nécessaire. Il aurait également fallu libérer les milliers de détenus qui sont en prison depuis des années. Cela aurait été un cadeau au peuple et à cette réunion. Il est essentiel de démanteler l’État sécuritaire. C’est une condition sine qua non, car si nous voulons remédier ensemble aux problèmes, l’État sécuritaire sabotera tout. »

Najib Mikati, Premier ministre libanais
« Je tends la main à tous, majorité et opposition, pour concrétiser tout ce que les Libanais désirent pour leur pays, comme la sécurité et la stabilité, ainsi que de meilleures conditions de vie. J’appelle toutes les parties à coopérer pour l’intérêt du pays. La situation économique revêt la même importance que les dossiers politiques. En plus du travail permanent pour renforcer la sécurité et la stabilité, l’administration et la productivité sont prioritaires et nous accorderons toute l’attention nécessaire à la situation économique. Le gouvernement ne sera pas celui de l’affrontement ni celui du défi. »

Sayyed Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah
« Le TSL est le chemin vers une injustice historique à l’encontre des résistants et des martyrs. L’acte d’accusation mettant en cause des résistants nobles et courageux s’inscrit dans le cadre de la guerre psychologique et médiatique menée contre la résistance. Toute cette guerre et toutes ces campagnes ne mèneront à rien. La grande erreur de l’autre camp est qu’il nous compare à lui. Le Hezbollah n’est pas isolé ni confus, alors qu’Israël prend aujourd’hui la revanche de sa défaite de 2006. Le Hezbollah ne met pas en balance la justice et la stabilité, comme s’il s’agissait de renoncer à l’une pour avoir l’autre. Accepter un tel compromis signifierait accepter pratiquement l’accusation. Or nous refusons cela. Nous disons : il faut que justice soit faite, car la justice est la base de la stabilité. Sans la justice, la stabilité est fragile. Il n’y a pas de conflit au Liban sur la volonté d’aboutir à la justice. Mais le conflit avec une partie des Libanais et une grande partie de l’étranger réside dans la question suivante : ce qui se passe est-il le chemin vers la justice ? Le TSL présidé par un grand ami d’Israël peut-il être juste ?
L’opinion publique compte énormément pour nous, car elle est garante d’un minimum d’équité. Certaines personnes sont irrécupérables. Si on leur soumet demain une photo de Bellemare avec Ehud Barak, ils diront le lendemain : le TSL est le chemin vers la justice. Pour eux, l’affaire est conclue et le verdict tombé. Nous savons dans quel projet ils s’inscrivent et ils savent où nous nous situons. C’est une partie d’une longue lutte. Le procureur et le TSL font actuellement deux choses : ils couvrent le véritable assassin qui est Israël. Et c’est injuste pour Rafic Hariri. Mais la plus grosse injustice qui lui est faite est l’insistance de certains à affirmer qu’Israël n’a pas tué Rafic Hariri. C’est même une injure pour lui. La seconde chose est qu’ils accusent des innocents à la place des véritables coupables. Il s’agit là aussi d’une terrible injustice.
Les insinuations et les accusations injustes s’évaporeront et le droit finira par sortir victorieux. Il ne s’agit pas de l’hégémonie des armes, mais de celles du droit, de la raison et de la logique, et c’est avec ce droit, ces preuves, cette logique historique et actuelle que nous aboutirons à des résultats concrets et que la vérité éclatera au grand jour
. »

Samir Geagea, chef des Forces libanaises, alliées de Saad Hariri
« L’opposition œuvrera pour renverser le gouvernement en utilisant tous les moyens démocratiques. L’autre camp a interprété à sa façon la clause relative au Tribunal Spécial pour le Liban et la nouvelle majorité cherche à se dérober à son engagement à l’égard du TSL. Nous vivons sous un gouvernement qui ne cherche pas à trouver une solution aux armes du Hezbollah mais au contraire qui couvre et appuie la présence de ces armes. Nous respectons M. Mikati mais il préside le gouvernement des autres et non son propre cabinet. Ce gouvernement est anti-Libanais, anti-arabe, anti-évolution, et anti-renouveau. »

Presse

As Safir (Quotidien libanais proche de la nouvelle majorité, 08 juillet 2011)
Sateh Noureddine
La fonction secrète du gouvernement est de tenir le Liban à l’écart de la crise syrienne mais aussi de la crise iranienne. Il semble logique dans ce cas que les alliés de la Syrie soient au pouvoir et ses adversaires dans l’opposition, et que les responsabilités et les garanties soient réparties sur cette base-là. Ainsi les deux camps libanais s’engagent-ils à veiller sur le calme et les dirigeants syriens, rassurés, ne ressentiront pas le besoin d’envoyer leur armée de nouveau sur le sol libanais, notamment au Nord. Quant aux opposants syriens, ils comprendront qu’une barrière officielle les empêche de se servir de la scène libanaise dans leur bataille contre leur régime. En ce sens, c’est le gouvernement chargé de sortir le Liban de la crise syrienne, et probablement de l’éloigner de la crise iranienne. Il y a une décision de dissocier le Liban de ce qui se passe en Syrie et en Iran.

An Nahar (Quotidien libanais proche du 14-Mars, édition datée du 08 juillet 2011)
Rosana Bou Mouncef
Au débat de confiance au Parlement, les interventions des députés du 14-Mars ont parfois mis dans l’embarras le camp du 8-Mars. Cette coalition a transféré à l’intérieur des institutions sa bataille relative au rejet des armes.
Par ailleurs, la ligne d’action du gouvernement pourrait entraîner une vraie polémique, s’agissant en particulier de la position vis-à-vis du TSL, même si le président Najib Mikati a mis l’accent sur la coopération avec ce tribunal sans aller toutefois au point de trancher la question de son financement. Le Premier ministre s’efforce de dissiper l’impression d’un gouvernement monochrome et de le présenter comme le gouvernement de tous les Libanais. Ceci dit, la crise n’en est encore qu’à ses débuts, et de nombreuses interrogations se posent à propos de la période qui s’annonce.

Al Hayat (Quotidien saoudien, 07 juillet 2011)
Daoud al-Cheryane
Il ne fait aucun doute que le Hezbollah mène une guerre qui coûtera au Liban sa forme actuelle, et la solution ne peut être trouvée que grâce à la tolérance et aux concessions. Il est demandé à Saad Hariri de renoncer au tribunal, et non à la justice, cette dernière pouvant être établie par un tribunal libanais. Et il est demandé au Hezbollah de faire des concessions qui correspondent au prix que ce parti et le pays tout entier devront payer dans le cas contraire. Sans une telle perspective politique audacieuse, la discorde sectaire trouvera au Liban un climat qui la libère de toute chaîne ou entrave. Il faut que le Liban puisse éviter un tel piège sectaire par excellence.

L’Orient-Le Jour (Quotidien libanais francophone proche du 14-Mars, édition datée du 06 juillet 2011)
Le Hezbollah a déclaré ne pas être surpris par la réponse du procureur du Tribunal spécial pour le Liban, Daniel Bellemare, aux preuves irréfutables présentées par le secrétaire général du parti Hassan Nasrallah, révélant la crédibilité défaillante du tribunal et de ceux qui en font partie. Le parti de Dieu a estimé en effet que M. Bellemare « n’est parvenu à nier aucun des faits solides mentionnés par le secrétaire général ». Le Hezbollah a relevé « des échecs » dans la réponse de M. Bellemare, notamment « le fait qu’il n’ait pas nié le sujet du passage des ordinateurs relevant du TSL à travers les territoires palestiniens occupés, ainsi que son abstention de répondre à l’implication de l’agent du CIA Robert Baer au niveau de l’enquête et du tribunal ». Pour le Hezbollah, ces « silences » ne font qu’amoindrir la crédibilité du TSL et « ronger les bases morales » dont il se prévaut.

Dawn (Quotidien pakistanais anglophone)
« Les tribunaux spéciaux du type de celui qui a été créé pour le Liban n’ont pas d’enquêteurs propres. Ils comptent beaucoup sur les informations que leur livrent les services de renseignement auxquels ils font appel. Ces instances ne veulent pas comprendre que ces services ne peuvent pas être dignes de confiance. Immédiatement après l’explosion qui a tué Rafic Hariri, les Occidentaux et Israël ont pointé la Syrie et l’Iran du doigt. À l’époque, le but des États-Unis et de l’État hébreu était de faire en sorte que les troupes syriennes quittent le territoire libanais. Les accusés du Hezbollah n’ont probablement rien à voir avec l’assassinat de Rafic Hariri. Il est plus probable qu’ils étaient désignés par les services occidentaux parce que le Hezbollah est considéré comme une sérieuse menace contre Israël. »

Ach Sharq al-Awsat (Quotidien saoudien)
« Il ne fait aucun doute que le renversement de Saad Hariri était un développement négatif de la situation car il portait atteinte aux droits des musulmans sunnites au Liban. Heureusement toutefois, il a été renversé à un bon moment pour lui ; au moment où une liste de suspects dans l’affaire de l’assassinat de son père est publiée, au moment où le régime syrien intensifie sa répression contre son peuple. L’arrivée de son successeur, Najib Mikati, a été perçue par la rue sunnite comme une traîtrise. Certains ont osé le parallèle avec l’occupation par le Hezbollah du Beyrouth-Ouest sunnite. Certains l’accusent de jouer le jeu du Hezbollah et de la Syrie, mais le fait est que Mikati est un politicien indépendant qui a joué sa carte comme le font tous les autres politiciens du pays. Il est arrivé au pouvoir non seulement pour protéger Saad Hariri, mais aussi pour sauvegarder la crédibilité du Tribunal International, mise à mal par le Hezbollah et ses alliés. »

The Independent (Quotidien britannique)
Robert Fisk
« Au départ, on nous avait dit que c’était les horribles Syriens. Ça ne pouvait qu’être eux ; Rafic Hariri avait réussi à débarrasser le Liban de leur racaille militaire, et il l’a payé de sa vie. Alors, des amis libanais de la Syrie ont été arrêtés. Quatre généraux, incarcérés pendant des années à Roumieh avant que l’Onu reconnaisse du bout de lèvres qu’elle n’avait pas assez de preuves contre eux, qu’ils étaient innocents.
Alors ça ne peut être que l’Iran ou mieux, le Hezbollah. L’ennemi d’Israël et l’un des belligérants du processus de paix aurait tué le Premier ministre le plus puissant de la région ? Au Liban, personne n’y a cru. Comment le parti de Dieu pourrait-il faire l’erreur de se salir les mains avec un acte aussi déflagrateur ? Partout ailleurs, tout le monde y a cru. Si vous êtes une agence gouvernementale américaine, l’occasion de punir les coupables est trop belle à l’heure où Israël craint une guerre avec la milice chiite. C’est aussi une bonne occasion de créer des tensions communautaires entre les sunnites de Hariri et les chiites du Hezbollah au Liban, à l’heure où les alaouites d’Assad combattent la majorité sunnite en Syrie. »

Yédiot Ahronot (Quotidien israélien)
Les services de sécurité israéliens ont trompé les autorités britanniques pour permettre à Amir Peretz, ancien ministre de la Défense et actuel député travailliste, d’échapper à un mandat d’arrêt lancé contre lui à Londres. De même, le général Dan Rothschild, qui était dans le passé coordinateur des forces en Cisjordanie et à Gaza, a aussi écourté son séjour en Grande-Bretagne et annulé deux conférences par crainte d’arrestation. Les ministères israéliens de la Justice et des Affaires étrangères étaient au courant du mandat d’arrêt et avaient conseillé à Peretz, qui était à New York, d’annuler son voyage au Royaume-Uni. Ce dernier qui avait prévu de donner un discours à l’université de Londres et de s’entretenir avec certains responsables n’a pas respecté l’avertissement. Il a refusé d’annuler sa visite. Suivant les conseils de ses avocats, Peretz a décidé de tromper les autorités britanniques en envoyant un email à l’université l’informant qu’il a dû annuler son voyage pour des raisons personnelles. Le mandat d’arrêt a alors été gelé et Peretz s’est rendu en Grande-Bretagne et a mené des entretiens sans couverture médiatique. Cependant, les organisations pro-palestiniennes ont été notifiées de sa présence et ont republié le mandat d’arrêt au moment où Israël faisait sortir Peretz de Londres afin d’éviter tout embarras diplomatique.

Source
New Orient News

Pierre Khalaf

Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.

 
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