JPEG - 41.6 ko

La tendance générale

Les chiens aboient, la caravane passe

Les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et les pays occidentaux en général ont offert au monde entier une bonne leçon de démocratie à l’occasion de la réunion des « Amis de la Syrie ». Organisée en Tunisie, cette rencontre a groupé une soixantaine de pays, d’organisation internationales et d’ONG, mais a été boycottée par la Russie, la Chine, l’Inde, l’Iran, le Liban, les pays d’Amérique latine… une bonne moitié de l’humanité quoi !

C’est ainsi que la réunion a imposé le Conseil national syrien (CNS) comme seul représentant de l’opposition syrienne, premier pas avant de l’imposer comme représentant légitime et unique de tout le peuple syrien. Plus besoin donc d’organiser des consultations populaires et des élections, le représentant du peuple syrien est connu et a été désigné par l’Occident et par les pétromonarchies du Golfe, qui non seulement n’ont jamais connu d’élections, mais ne disposent même pas de Constitutions au XXIème siècle. Cette attitude anti-démocratique a poussé une grande partie de l’opposition, regroupée au sein du Comité de coordination pour le changement national et démocratique (CCCND) -dirigé par Hassan Abdel Azim et Haïtham Mannaa, et qui compte des personnalités indépendantes et des partis nationalistes arabes, kurdes, socialistes et marxistes-, à boycotter la réunion de Tunis, contestant la reconnaissance du Conseil national syrien. Le CCCD a également accusé la réunion de Tunis de vouloir « laisser la question de l’armement ouverte et ouvrir la voie à l’acceptation par la communauté internationale de l’idée d’une intervention militaire étrangère », en « contradiction claire et nette avec les intérêts du peuple syrien ».

Effectivement, la réunion de Tunis a posé les jalons pour une officialisation de l’armement de l’opposition, qui a commencé, en réalité, il y a près d’un an. Mais le rythme de l’ingérence dans les affaires syriennes a été jugé trop lent et insuffisant par le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Séoud Al-Fayçal –il faut rappeler au passage que l’Arabie saoudite est le seul pays au monde où les femmes n’ont pas le droit de conduire-, qui s’est retiré de la réunion en signe de protestation.

La réunion de Tunis est en fait un échec de plus dans la confrontation avec la Syrie. Les divergences étaient claires aussi bien entre les pays participants qu’entre les différentes factions de l’opposition syrienne. Sans compter les manifestations organisée par le peuple tunisien pour dénoncer la tentative de détruire un des derniers bastions de l’arabité.

Pendant que l’Occident et les monarchies absolutistes du Golfe choisissaient à la place du peuple syrien son représentant, le gouvernement à Damas organisait, dimanche, un referendum sur la nouvelle Constitution. Le projet répond à presque toutes les revendications de l’opposition : abolition de l’article 8 qui impose le monopole du parti Baas sur le pouvoir, instauration du multipartisme et limitation les mandats présidentiels à deux seulement…

Comme l’avait annoncé dès le départ le président Bachar al-Assad, les réformes se poursuivront en parallèle à la lutte contre les groupes extrémistes armés qui tentent de détruire l’État syrien et de morceler la géographie du pays.

La tendance en Syrie

La France, alliée des passeurs clandestins

L’ambassadeur de France à Beyrouth, Denis Pietton, a visité la région de Baalbeck, à l’est du Liban, la semaine dernière. La vérité est que le diplomate a transporté dans les voitures portant des plaques d’immatriculation de son ambassade une délégation militaire et sécuritaire française dans le Nord de la Békaa, près de la région frontalière limitrophe à la province syrienne de Homs. Dans cette zone, en territoire syrien, se trouvent des officiers et des experts militaires travaillant pour le compte des services de renseignements français, certains usurpant l’identité de journalistes, tous entrés illégalement en Syrie.

Denis Pietton s’est rendu à Baalbeck pour couvrir la mission de cette délégation qui visait à évacuer, par des voies de passage illégales, les morts et les blessés ainsi que d’autres membres de services de renseignement français pris au piège à Homs après l’effondrement des groupes extrémistes armés auprès desquels ils étaient détachés pour leur fournir une expertise dans les domaines des tactiques militaires et des techniques de guérilla urbaine.

Des rapports et des articles de presse occidentaux ont évoqué à plusieurs reprises ces derniers mois les interventions françaises directes en Syrie, en utilisant le Liban comme base de départ pour ces ingérences. De nombreux articles ont fait état d’officiers des renseignements français supervisant l’organisation et la structuration des groupes armés dans le Liban-Nord, en prévision à leur envoi en Syrie. Ces derniers mois, de véritables filières de passeurs clandestins ont été mises en place pour introduire en Syrie des ressortissants occidentaux, sous couvert de journalistes, mais qui sont souvent des agents de liaison ou des experts militaires.

Nous sommes donc devant un pays qui se considère comme une grande puissance et qui a recours aux contrebandiers et aux trafiquants sans foi ni loi pour introduire ses agents en Syrie, et qui tente de les faire sortir par les mêmes moyens après l’encerclement des groupes extrémistes par l’armée syrienne. Cependant, les troupes régulières syriennes avaient aussi resserré l’étau autour des passages clandestins à la frontière syro-libanaise, rendant impossible toute évacuation par ces voies.

Les autorités françaises se sont finalement résignées à faire ce qu’elles tentaient d’éviter à tout prix : parler au pouvoir damascène pour évacuer morts, blessés et détenus. C’est pour cela que l’ambassadeur Eric Chevallier a été renvoyé d’urgence à Damas pour négocier les modalités de cette opération. Cependant, il est apparu que ce sont les derniers groupes armés, encore retranchés dans certaines ruelles de Bab Amr, qui entravent la conclusion d’un accord pour l’évacuation des blessés.

Les autorités françaises et d’autres pays européens devront calmer leur nerf et faire preuve d’une plus grande modestie lorsque la Syrie commencera à divulguer, preuves à l’appui, le nombre et la nationalité des agents « undercover » arrêtés ces derniers temps en territoire syrien : des Français, bien entendu, mais aussi des Allemands, des Britanniques, des Turcs, des Saoudiens et des Qataris.

Déclarations et prises de positions

- Sayyed Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah

« Il faut chercher les doigts d’Israël derrière tout ce qui se passe, notamment derrière les tentatives de semer le chaos dans la région. Israël ne veut pas d’un Irak fort, ce serait donc la raison des attaques actuelles, même si les exécutants sont parfois des extrémistes. Selon les données des services irakiens, ces mouvements sont infiltrés par les services américains et israéliens. C’est aussi dans cette optique qu’il faut placer les dernières menaces d’effacer le Liban de la carte du monde attribuées au Premier ministre israélien. Mais de telles menaces n’effraient nullement la Résistance qui a affronté Israël même lorsque celui-ci était considéré comme très puissant. La région traverse actuellement une période très sensible. Après la décennie 2000-2010, au cours de laquelle il s’agissait de liquider la cause palestinienne et de créer un Nouveau Moyen-Orient, c’est désormais la période où il s’agit de morceler la région et de l’entraîner dans des conflits interminables. C’est pourquoi il faut tout faire pour encercler, étouffer et empêcher l’extension de la discorde vers d’autres scènes. Au Liban, cela signifie que tout le monde peut exprimer son opinion, sur la crise syrienne et sur tous les points qu’il souhaite évoquer, mais en évitant d’exacerber les sentiments confessionnels. Le gouvernement devrait se pencher sur le dossier des ressources pétrolières et gazières pour mettre un terme à l’endettement en utilisant la richesse que Dieu nous a donnée. Regardez un peu : pendant que certains discutent des armes du Hezbollah, les Israéliens construisent des installations et veulent les protéger des armes du Hezbollah. Ils pillent systématiquement les ressources qui appartiennent aux Palestiniens. Il ne faut surtout pas compter sur l’aide de la communauté internationale qui ne donne rien sans contrepartie. La décision souveraine ne peut être garantie si on est lié à l’étranger. Regardez comment les États-Unis sont en train d’utiliser l’arme économique contre l’Égypte et indirectement contre Gaza privée d’électricité. Les accusations portées contre le Hezbollah et le Hamas qui, selon l’ancien ministre de l’Intérieur égyptien actuellement sous les verrous, auraient tiré contre les manifestants place Tahrir, sont ridicules. Elles sont si énormes qu’elles n’ont même pas été reprises par certains ici... On a ensuite accusé le Hezbollah d’édifier des bases en Amérique latine, puis en Afrique et bientôt en Inde. Ne vous laissez pas influencer par de telles grossièretés. Le Hezbollah n’intervient pas dans les affaires internes d’un pays. Il ne prend en compte que les considérations stratégiques. Dans ce contexte, les États-Unis et leurs alliés veulent laisser la Syrie plonger dans le chaos, en poussant vers une lutte entre les Syriens ou entre les Arabes, sans vouloir envoyer un seul soldat américain ou de l’Otan en Syrie, mais en interdisant toute solution politique. Il faut donc écouter, comme ils disent, le peuple en Syrie, mais pourquoi pas à Bahreïn ou en Arabie saoudite, où il est interdit de s’exprimer, notamment à Katif et Awamiya, la région la plus riche en ressources du royaume, mais la plus pauvre économiquement. Le régime syrien a proposé le dialogue, mais l’opposition a rejeté cette offre. Les Américains et les Israéliens ne parviendront pas à leurs fins, car il existe une prise de conscience dans le monde arabo-islamique de la réalité de leurs projets et les Américains ne parviendront pas à redorer leur image, tant qu’ils continueront à ne tenir compte que d’Israël. »

- Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères

(Extraits d’une interview publiée par Al-Hayat le 23 février)

« Notre objectif c’est d’obtenir l’accord du régime syrien pour faciliter l’accès humanitaire, éventuellement par des corridors. Se situer dans l’hypothèse d’une intervention armée, c’est changer complètement de cadre et d’objectif. Je continue à penser qu’une intervention militaire en Syrie n’est ni souhaitable, ni possible. Nous ne sommes pas du tout dans le cas libyen. Et toute intervention extérieure quelle qu’elle soit d’abord n’aurait pas le feu vert des Nations unies dans le contexte actuel et d’autre part, risquerait d’accélérer un processus de guerre civile qui est malheureusement bien engagé déjà. J’en ai parlé avec Serguei Lavrov la semaine dernière, sa position a été globalement négative : toujours dans l’idée que le régime est victime d’une agression terroriste extérieure dont on ne voit pas d’ailleurs quelle elle serait. Quand j’ai parlé d’humanitaire, il m’a dit « parlons en à New York ». Mais je suis assez peu optimiste sur la bonne volonté des Russes à ce stade. Le risque de guerre civile en Syrie est très élevé. Si on laisse se poursuivre la répression qui dépasse toute imagination, pratiquée par le régime à l’heure actuelle, on va aller vers la guerre civile. Les dernières manifestations qui se sont déroulées à Damas montrent que tout ceci n’est pas limité à quelques villes syriennes, et qu’il y a une vraie aspiration du peuple syrien à une démocratie authentique. »

- Général Jean Kahwaji, commandant en chef de l’Armée

« Il faut maintenir une disponibilité totale face à l’ennemi historique de la nation, l’ennemi israélien qui continue à se livrer à des violations quotidiennes de la souveraineté libanaise et qui n’a jamais abandonné ses ambitions annexionnistes sur notre eau et notre territoire, ni sa quête de nuire à notre formule de coexistence. Au moment où l’armée procédait au renforcement de ses mesures à la frontière libano-syrienne, dans le but de protéger les citoyens contre toute agression, mettre un terme aux infiltrations et aux trafics dans les deux sens et interdire toute présence armée, certaines parties lésées et intéressées ont tenté désespérément de mettre le feu aux poudres à Tripoli, laissant un impact sur les citoyens innocents et faisant un mort et un nombre de blessés dans les rangs de l’armée. L’armée a fait face et fera face avec fermeté et force à toute tentative de semer la discorde quelle que soit sa source. Les crises successives que traverse la région arabe, sous divers aspects, ne doivent en aucun cas servir d’occasions à certaines parties pour porter atteinte à la sécurité, nuire au prestige de l’État et mettre en péril son intérêt supérieur. Le besoin de sécurité et de stabilité est de la même importance pour le citoyen que son pain quotidien. Il n’est donc pas permis d’y toucher sous quelque prétexte que ce soit. Il faut renforcer l’immunité des institutions militaires face à tous les périls et défis. Et les soldats et officiers doivent rester à l’écart de toute polarisation politique et des influences de l’extérieur. »

- Walid Joumblatt, leader druze libanais pro-occidental

« Nous voilà donc avec une nouvelle théorie qui va entrer dans les livres d’histoire et de sciences politiques et qui consiste à organiser un référendum sur une pseudo-Constitution au milieu de l’odeur des cadavres, de la poussière des gravats, du sifflement des balles et du fracas des obus et à l’heure où le sort de dizaines de milliers de disparus et de détenus demeure inconnu (…) Et une autre hérésie est celle qui pousse de grandes puissances à soutenir cette farce appelée référendum, au moment où elles offrent au régime syrien un soutien militaire et policier et envoient en Syrie leurs flottes navales, leurs experts et leurs unités d’élite sans cesser nuit et jour de répéter le refrain du rejet de toute intervention extérieure. Au lieu que ces puissances n’assurent une porte de sortie à une bande qui impose son diktat sur la Syrie et ses habitants depuis quatre décennies, nous les voyons rester attachées à ce régime même aux dépens de l’unité et de l’avenir de la Syrie (…) Est-il de l’intérêt des puissances qui soutiennent le régime de provoquer un effritement de tout le Moyen-Orient rien que pour renflouer cette bande. À quoi leur servirait donc ce régime si cela se passe effectivement ? Les reculades des Occidentaux face à la situation en Syrie. Ils avaient commencé par offrir un soutien clair aux revendications du peuple syrien et maintenant ils reculent pour parler de corridors humanitaires et de Croix-Rouge. L’Occident s’est mis au diapason de la position officielle libanaise, ridicule et suffisante, sous le slogan de la dissociation. Le tri politique au sujet de la crise syrienne est déjà une réalité au sein du gouvernement. Le temps est venu de faire le tri à l’intérieur de la communauté druze au Liban et en Syrie, entre ceux qui soutiennent le régime syrien et sont disposés à être des mercenaires à son service, et ceux qui appuient le peuple syrien dans son combat permanent pour une Syrie démocratique et pluraliste. »

- Wiam Wahhab, ancien ministre libanais pro-syrien

« Walid Joumblatt sait mieux que moi qui sont les pays qui enrôlent des mercenaires, et ce n’est certainement pas la Syrie. Il ne doit pas aller trop loin dans ses moments d’abandon. Après de tels propos, j’ai peur pour lui, pas de lui. »

- Sleiman Frangié, député maronite libanais allié du Hezbollah

« Les évènements en Syrie ont prouvé au peuple, en particulier aux chrétiens, l’importance de ce régime modéré en Syrie. En tant que chrétien, je préfère un régime laïc. Les chiites et les sunnites n’ont pas à avoir peur ; par contre, il y a de quoi inquiéter les chrétiens et les druzes. »

Revue de presse

- As Safir (Quotidien libanais proche de la majorité-24 février 2012)
Nabil Haïtham
Les alliés du général Michel Aoun voient sa décision de sacrifier le ministre Charbel Nahas une preuve d’une bonne volonté politique et d’un souci de préserver la stabilité politique et de faire redémarrer l’action du gouvernement sur des bases nouvelles. Mais il y aurait à présent un véritable débat au sein du Courant patriotique libre (CPL). Pour certains, Michel Aoun a pris un gros risque et a rendu un service gratuit à ses adversaires. D’autres rejettent plutôt la responsabilité sur Nahas lui-même et refusent l’analyse selon laquelle le général l’aurait lâché. D’autres encore n’exonèrent pas Aoun et ses alliés, le Hezbollah notamment, de toute responsabilité, et remontent à la formation même du gouvernement et aux différentes péripéties qui ont jalonné son parcours. Conclusion de ce débat : l’affaire Nahas a tiré la sonnette d’alarme pour rappeler à la majorité d’ores et déjà les prochaines élections législatives et mettre fin à la mauvaise gestion du pouvoir d’ici là.

- As Safir (23 février 2012)
Imad Marmal
Les affrontements qui ont opposé sunnites et alaouites à Tripoli sur fond de tensions communautaires en Syrie laissent craindre un embrasement de la scène intérieure libanaise à tout moment. Le ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel, a indiqué que Liban a pu éviter le pire grâce aux efforts déployés par les services de sécurité et à l’appréhension exprimée par les dirigeants politiques craignant un éventuel dérapage dans un bourbier dont personne ne sera épargné. Le ministre reconnait un trafic d’armes du Liban vers la Syrie. Marwan Charbel précise qu’il ne faut pas imputer l’entière responsabilité aux forces de sécurité, vu la difficulté de contrôler toute frontière avec la Syrie. Le ministre a cependant insisté sur l’importance de traiter la question des armes légères pour que les villes de Beyrouth et Tripoli soient démilitarisées. Par ailleurs, le ministre n’a pas omis l’hypothèse de l’existence d’une 5ème colonne qui commettre des assassinats politiques au Liban. Les dissensions internes encouragent un tel scénario.

- As Safir (22 février 2012)
Denise Atallah Haddad
Un nouveau rassemblement qui réunit les indépendants chrétiens du 14-Mars, y compris d’anciens ministres et députés, des chercheurs, des journalistes et des activistes de la société civile, pourrait émerger dans un proche avenir. Ce rassemblement aurait pour objectif de raviver le mouvement du 14-Mars qui a perdu dernièrement de son éclat. Il sera fondé sur les mêmes principes mais jouira d’un espace de liberté et d’autonomie au niveau de la prise des initiatives.

Seuls trois intervenants chrétiens (Amine Gemayel, Samir Geagea, Farès Souhaid) se sont relayés à la tribune au BIEL lors de la commémoration de l’assassinat de Hariri, ce qui laisse penser que les indépendants chrétiens n’ont plus de place dans les rangs du 14 mars. Des visiteurs de Hariri à Paris indiquent qu’il a préféré reléguer la représentation des chrétiens au sein du mouvement au parti Kataëb et aux Forces libanaises pour s’épargner les calculs étriqués et les méandres de la politique. Pourtant, ce sont les chrétiens indépendants qui représentent l’opinion publique et qui font pencher la balance.

- As Safir (21 février 2012)
Le gouvernement se retrouve depuis hier face à un nouveau défi, imposé par les prises de position du député Walid Joumblatt dans le dossier syrien. Des prises de position qui vont crescendo et qui ont culminé hier comme pour exprimer un ras-le-bol des positions occidentale, russe et iranienne vis-à-vis de la crise en Syrie. Dans la foulée, Joumblatt a critiqué la politique officielle du Liban qui a choisi de « se dissocier ». Cette escalade, qui attirera sans doute des ripostes de la part des alliés de la Syrie, met dans l’embarras les deux alliés centristes de Joumblatt, qui ont choisi l’impartialité dans le dossier syrien : le président de la République Michel Sleiman et le chef du gouvernement Najib Mikati, ce dernier ayant été reçu à dîner par Joumblatt. _ Dans le même temps, le gouvernement se retrouve, du fait de cette escalade, face à une question posée hier par l’un des ténors de la majorité : « S’il fut reproché au ministre du Travail Charbel Nahas de ne pas avoir signé le décret sur les primes de transport et d’avoir ainsi fait fi des décisions du gouvernement, l’escalade de Joumblatt ne revient-elle pas, elle aussi, à contredire ces décisions et à faire cavalier seul ? N’entraîne-t-elle pas le Liban à s’enliser dans le dossier syrien –un enlisement qui ne manquera pas de rejaillir sur sa stabilité et sa sécurité, prônées, hier encore, par Joumblatt lui-même en plus de Sleiman et de Mikati ?

- An Nahar (Quotidien libanais proche du 14-Mars)
Emile Khoury, (24 février 2012)
La Russie ayant cautionné la solution militaire en Syrie, la solution politique débutera-t-elle avec l’aide humanitaire ? Un responsable politique libanais qui s’est rendu à Damas il y a quelques jours affirme que le président Bachar al-Assad ne quittera son poste qu’après avoir entrepris les réformes nécessaires. Il compte donc rester au pouvoir jusqu’au bout de son mandat, date à laquelle il annoncera qu’il n’a pas l’intention d’être candidat à sa propre succession. La Russie, ajoute le même responsable, estime de son côté qu’un départ immédiat d’Assad laisserait un vide que l’opposition divisée ne sera pas en mesure de combler. A cela s’ajoute le fait que la Russie s’inquiète d’une entrée en scène d’Al-Qaïda en Syrie. Un responsable dans le camp de l’opposition libanaise ne partage pas la même opinion. Selon lui, Moscou doit reconsidérer sa position parce que le président Assad finira tôt ou tard par chuter sous le coup des tueries commises dans plusieurs villes syriennes.
Si l’on parvient à un accord sur une trêve humanitaire pour acheminer l’aide nécessaire à la population syrienne assiégée, cela pourrait représenter un premier pas vers la cessation des combats et la recherche d’une solution politique. La solution humanitaire débouchera-t-elle sur une solution politique avec, à la clé, un accord sur la date de départ du président Assad ? Si la Russie campe sur sa position, les États-Unis et leurs alliés pourraient sérieusement envisager d’armer l’opposition, au risque d’une guerre civile de longue durée dans le pays.

- An Nahar (21 février 2012)
Ghassan Hajjar
Soutenir la révolution syrienne ou le régime de Bachar al-Assad est une chose et lier le sort des Libanais à celui des révolutionnaires ou du pouvoir en Syrie en est une autre. Une telle attitude impliquerait des répercussions graves sur le Liban, que ce soit dans l’éventualité de la chute du régime ou celle de l’accession des courants salafistes au pouvoir à Damas. Les expériences du passé ont prouvé que le Liban n’a rien à gagner d’une telle attitude, à cause de la formule libanaise complexe, régie par les forces confessionnelles et communautaires. Une telle attitude ouvrirait la voie à un dialogue visant à améliorer les règles du jeu démocratique dans le pays.

- Al Akhbar (Quotidien libanais proche de la majorité-22 février 2012)
Ibrahim El-Amine
Les adversaires Charbel Nahas sont sans doute responsables de la confrontation entre le ministre démissionnaire et le général Michel Aoun. Mais ce drame et cette impasse sont également dus à la mauvaise gestion par le camp de la nouvelle majorité. En attendant de savoir quel enchaînement a abouti à ce moment dramatique, on peut poser des questions au Hezbollah et au général Aoun. En premier lieu au Hezbollah : Qu’avez-vous obtenu d’un gouvernement qui gouverne en votre nom alors que vous n’êtes pas capable de modifier la position du Liban dans des dossiers relatifs à la résistance, à la politique étrangère, à la position vis-à-vis de la Syrie, au TSL ? Que vous a donc rapporté un gouvernement qui ne reposait pas sur une entente claire avec le Premier ministre ?

Au général Aoun, on pose la question suivante : Que vous a rapporté un gouvernement dont plus de la moitié des membres complote contre vous nuit et jour ? La dure réalité, c’est que le Hezbollah et le CPL ont perdu leur plus grande bataille. Nul ne leur demande de provoquer une conflagration dans le pays pour les beaux yeux de Charbel Nahas. Mais sayyed Hassan Nasrallah et le général Aoun savent bien que tous leurs partisans se sont sentis abattus pour avoir contribué, volontairement ou pas, au drame d’un homme courageux. Le Hezbollah et le CPL doivent mettre fin à cette mise en scène et quitter le gouvernement.

- Al Akhbar (21 février 2012)
Abdel Kafi Samad
Les Iraniens sont perplexes : s’ils s’intéressent uniquement aux régions à prédominance chiite, ils se voient accusés de le faire pour des raisons purement sectaires, et s’ils tentent d’élargir leurs projets à d’autres régions, ils se heurtent à un refus catégorique qui leur reproche de préparer le terrain à l’arrivée du Hezbollah dans la région concernée. A Tripoli, par exemple, certaines forces politiques et économiques tripolitaines en veulent aux Iraniens qui ne sont pas assez présents à Tripoli selon elles. Mais certaines de ces personnalités reconnaissent qu’une campagne médiatique se met en branle dès que l’Iran souhaite entreprendre un projet dans les zones d’influence du 14-Mars. Malgré cette situation, l’ambassadeur d’Iran, Ghadanfar Roknabadi, qui s’est rendu à Tripoli la semaine dernière, s’est dit disposé à mettre en œuvre n’importe quel projet dans cette ville, dans la limite des moyens disponibles.

- Al Akhbar (15 février 2012)
Selon des informations sûres, l’entretien qui a eu lieu (début février) entre le président Bachar al-Assad, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et le chef des renseignements extérieurs en Russie, Mikhaïl Fradkov, a donné en substance le dialogue suivant :

- Le président Assad : La Syrie n’est pas sans savoir que le dernier veto en Conseil de sécurité a été un lourd fardeau pour la Russie et la Chine, du point de vue de leurs relations régionales et internationales notamment. Nous sommes donc prêts à aider la Russie sur tout ce qu’elle nous demande.

- Serguei Lavrov : quelle évaluation faites-vous, Monsieur le président, de la situation sur le plan de la sécurité ?

- Assad : La présence de la mission des observateurs arabes a porté préjudice à la Syrie, des groupes armés ayant exploité cette mission pour prendre du terrain et viser les forces de sécurité. Nous avons donc dû lancer une opération militaire restreinte pour rétablir le prestige de l’Etat et récupérer certaines régions. Nos efforts se concentrent maintenant sur Homs. L’armée ne se trouve toujours pas à Homs. Ce sont les forces de maintien de l’ordre qui sécurisent la ville. Mais il est nécessaire de lancer une opération de courte durée de l’armée pour y faire cesser les combats.

- Lavrov : Combien de temps cela prendra-t-il ?

- Assad : Ce sera une opération brève et « chirurgicale ».

- Lavrov demande qu’elle soit reportée jusqu’après la réunion des ministres arabes des Affaires étrangères, le 12 février, pour qu’elle ne soit pas utilisée comme un prétexte pour hausser le ton contre Damas. Assad accepte, et le ministre russe demande également que ne soient pas utilisées des armes lourdes pour ne pas mettre la pression sur la Russie, ces armes étant de fabrication russe.

- Assad : Aucune arme lourde n’a été utilisée dans les opérations militaires en cours depuis le début de la crise. Les véhicules à chenilles qu’il est possible de voir sont en réalité des transports de troupes BMV, qui ne sont dotés que d’une seule mitrailleuse.

- Au sujet du dialogue intérieur, Lavrov demande à Assad de doter une personnalité syrienne de vastes prérogatives pour gérer ce dialogue. Le président syrien répond qu’il a déjà confié cette tâche au vice-président Farouk Chareh.

- Lavrov : La Russie est en train d’effectuer des contacts avec l’opposition, notamment l’opposition intérieure, pour l’inciter à participer au dialogue espéré à Moscou.

- Fradkov s’enquiert alors de l’avant-projet de la nouvelle Constitution syrienne.

- Assad : Une commission a été chargée d’en débattre. Le projet de la nouvelle Constitution renferme les revendications de l’opposition : limiter à deux les mandats du président de la République, et établir un système de multipartisme de manière à ce que le gouvernement soit représenté par le parti qui remporte la majorité au Conseil du peuple.

- Fradkov : Combien de temps cela prendra-t-il ?

- Assad : Un mois tout au plus…

- Fradkov demande d’accélérer davantage le processus si possible, et le président Assad lui promet de le faire.

- Lavrov affirme qu’il est pour l’élargissement de la mission des observateurs et l’accroissement de ses prérogatives. Le président syrien accepte de se montrer flexible sur ce dernier point.

- Assad : Après le dernier veto, j’estime qu’il n’est plus nécessaire que le dossier syrien reste au Conseil de sécurité. Je préfère qu’il soit restitué à la Ligue arabe.

- Lavrov : C’est bien de le garder au Conseil de sécurité. Cela permet à la Russie de faire connaître sa position. Si la question n’a pas été soulevée en Conseil de sécurité, la Russie n’aurait pas pu recourir au veto.

- Assad : Pas de problème, du moment où cela aide la Russie à rester saisie du dossier de façon à tenir compte des intérêts de la Syrie.

- Lavrov : La Russie œuvre à une coopération régionale russo-turco-iranienne dans le dossier syrien, et les Iraniens s’activent auprès de la Turquie pour la tenir à l’écart.

- Assad : C’est une orientation utile, bien que les dernières déclarations d’Erdogan et de Davutoglu n’indiquent pas que la Turquie compte aller dans ce sens. Mais la Syrie se félicite de ces efforts et est prête à les faire aboutir.

- Fradkov s’enquiert des informations sur l’arrestation d’étrangers qui se livrent à des activités armées en Syrie.

- Assad : Nous avons des informations que nous cherchons à compléter pointant du doigt certains individus, des Libyens et des Irakiens, qui ont été vus par certains observateurs arabes.

- Fradkov demande des informations relatives à un financement extérieur des événements en Syrie et à une contrebande d’armes à partir des pays du voisinage.

- Assad : Nous avons là aussi des preuves. Mais nous attendons d’en avoir d’autres plus concluantes.

Les deux émissaires russes conseillent au chef de l’État syrien de rendre publiques toutes ces informations.

- L’Orient-Le Jour (Quotidien francophone proche du 14-Mars) Khalil Fleihane (24 février 2012)
Israël pourrait recourir à une attaque préventive contre le Liban s’il décide de frapper le réacteur nucléaire iranien, ou alors il se préparerait à une riposte sévère en cas de bombardement à partir de la région frontalière libanaise. Ce sont des informations que véhiculent des milieux diplomatiques occidentaux à Beyrouth, qui pensent qu’une frappe israélienne contre le territoire libanais, notamment sur des institutions officielles et des cibles du Hezbollah, aurait lieu, mais que son timing n’est pas connu.

Ces mêmes milieux s’étonnent que les autorités libanaises n’aient prévu aucun plan pour faire face aux éventuelles conséquences négatives d’une dégradation de la situation en Syrie. Ils critiquent le fait que de nombreux chefs de parti et responsables évoquent une telle éventualité sans réagir pour consolider la situation interne du pays. Ils ne comprennent pas non plus le fait que les leaders libanais passent leur temps à se disputer sur des sujets tels que les prérogatives de tel ou tel ministre, alors que la région est en proie à de si grands bouleversements.

Ces diplomates estiment que la politique de mise à l’écart adoptée par le Liban est justifiable, mais qu’elle pourrait s’avérer insuffisante pour empêcher l’incendie syrien de se propager jusqu’au Liban. Ils soulignent que les décisions qui seront prises à l’issue de la Conférence internationale des amis de la Syrie, qui se tient aujourd’hui à Tunis, pourraient provoquer de tels troubles en raison du fait qu’elles comporteraient une clause sur l’envoi d’aides aux habitants et aux blessés isolés à Homs, Hama, Idleb et ailleurs.

- La Presse (Quotidien tunisien, 25 février 2012)

La banlieue nord de Tunis a abrité hier une conférence internationale des « amis de la Syrie » pour débattre de la situation dans ce pays. Il était également question de tenter de trouver une solution pouvant arrêter le massacre dont est victime la population dudit pays suite à son soulèvement contre le régime de Bachar Al Assad depuis le 15 mars dernier. Quelque 60 pays ont pris part à cette rencontre, dont la majorité des pays arabes et les pays de l’Union européenne.

Boycottée par Moscou et Pékin, la réunion a vu la participation de la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, et du chef de la diplomatie française, Alain Juppé.
Un plan d’aide humanitaire, l’éventuelle reconnaissance de l’opposition syrienne et un schéma de transition démocratique étaient à l’ordre du jour de cette rencontre dont l’ouverture a été assurée par le président Marzouki.

Ce dernier a appelé à la création « d’une force arabe pour le maintien de la paix et de la sécurité » en Syrie.

Au moins trois manifestations ont eu lieu hier en réaction à l’événement. La première à la place Mohamed-Ali à Tunis devant le siège de l’Ugtt, avec des messages hostiles à la rencontre et surtout aux Occidentaux. La seconde à Bab Bhar pour soutenir le peuple syrien contre les exactions qu’il subit.

Quant à la troisième, elle a eu lieu devant l’hôtel qui abritait ladite réunion et a été dispersée par les forces de l’ordre car elle débordait et certains manifestants avaient tenté d’entrer dans l’hôtel.

- Wall Street Journal (Quotidien américain-19 février 2012)
Sam Dagher
Certains officiels libanais que nous avons interrogés craignent que la zone autour de la capitale du Nord devienne une enclave qui échappe au gouvernement central, comme les camps de réfugiés palestiniens qui ont contribué à l’époque au déclenchement de la guerre civile en 1975. A Tripoli, la violence communautaire n’est pas nouvelle mais à mesure que l’opposition libanaise au régime Assad grandit, les risques de dérapage s’accroissent.

Les habitants de la région font jusqu’à accuser le gouvernement dirigé par le Hezbollah de manipuler les services de renseignements et l’Armée libanaise. Dans l’autre sens, leurs rivaux sont accusés de mettre en place des services de sécurité parallèle, destinées à « contrôle » la zone. Officiellement, le gouvernement libanais adopte une position neutre dans le conflit syrien mais sur le terrain, c’est beaucoup plus flou.

Il y a quelques temps, le ministère libanais de l’Intérieur, contrôlé en sous-main par l’opposition, a publiquement accusé l’ambassade de Syrie d’avoir kidnappé des activistes syriens, accusation que cette dernière a toujours niée. Mais manifestations et affrontements ont conduit l’ambassade à se délocaliser à l’extérieur de Beyrouth. Lorsque, plus récemment, l’Armée à été déployée à la frontière nord entre le Liban et la Syrie, officiellement pour assurer la sécurité des habitants e la région, l’opposition a suspecté d’autres motivations, restreindre l’afflux de réfugiés et d’activistes. Elle note que ce déploiement a été décidé quelques heures seulement après une tournée de l’ambassadeur syrien auprès des responsables libanais.

Source
New Orient News