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La vidéo intégrale, en arabe, est disponible en cliquant ici.

Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.

(…)

Le danger des conflits
et des séditions

Lorsque nous observons ce qui se passe dans notre région, nous voyons que l’un des principaux défis actuels est la magnitude et la propagation des conflits, des combats, des affrontements et des divisions dans de nombreux pays arabes et musulmans. Ils existent que ce soit au niveau des religions – entre les musulmans et les chrétiens, comme c’est le cas dans des pays islamiques tels que le Nigéria – ou au niveau des écoles, c’est-à-dire entre les sunnites et les chiites.

Cependant, j’aimerais considérer les choses d’une manière plus pragmatique, plus concrète, afin d’éviter de donner aux choses une importance plus grande que celle qu’elles ont réellement.

En réalité, la nature des conflits qui existent aujourd’hui dépasse la question des religions et des écoles. Il est des pays arabes dont toute la population est musulmane. Il n’y a donc pas de chrétiens. Tous sont de la même religion. Il y a également des pays arabes où tous sont de la même école, où il n’y a pas de chiites. Plus encore, il y a des pays arabes dont tous les habitants appartiennent à la même école sunnite. Malgré tout, il y a des troubles et des affrontements dans ces pays. C’est parce que dans tous les pays arabes et islamiques, il y a des courants patriotiques, des courants islamistes, des courants nationalistes, de même que des soufis et des salafistes. Il y a l’Est et l’Ouest. Il y a le Nord et le Sud. Il y a des tribus et des clans, etc. Il y a des statuts sociaux et des tendances diverses et variées. Par conséquent, il n’est pas juste de caractériser le chaos, les troubles et les défis qui existent actuellement dans la région par une dimension religieuse ou sectaire. Il n’est pas juste de limiter ce qui se passe à cela car en réalité il s’agit de bien plus que ça.

Pour évaluer ces faits sur lesquels je m’étendrai ensuite, nous considérons que nous, au Liban (les Libanais), faisons partie de cette région. Nous, au Liban, avons nos propres troubles. Nous faisons partie du monde arabe et islamique, et notre pays est influencé par ce qui se passe dans le monde arabe et islamique, que cela nous plaise ou non. Il est également influencé par ce qui se passe dans la région et dans le monde. Il est même possible que le Liban soit le pays qui est le plus influencé par ce qui se passe dans son environnement. En évoquant ces développements dans la région, je veux souligner les quelques points suivants :

Premièrement, s’il y a des conflits, des tensions et des combats dans la région, il ne faut pas en être terrifié et ne laissons personne nous terroriser avec ce fait. Cela a toujours existé. Il y a toujours eu des conflits, des combats et des guerres à travers l’histoire. Cela a toujours existé dans l’histoire des musulmans, ainsi que dans l’histoire des non-musulmans. Cela a également existé parmi les chrétiens. Cela a toujours existé parmi les différentes religions et parmi les différentes races. Cela a toujours existé dans l’histoire du monde depuis que Dieu a créé Adam et jusqu’à ce jour. Ce qui se produit est ce dont les Anges avaient parlé : Vas-Tu établir [sur la Terre] quelqu’un qui y commettra le mal et y répandra le sang ? [1] C’est l’histoire de l’humanité : tant que les hommes sont des hommes, ils ont des désirs, ils sont cupides et immodérés, etc. Tout cela est naturel.

La tragédie la plus importante et la plus sérieuse intervient donc lorsque nous ne savons pas comment gérer ces crises, comment nous comporter face à elles. C’est-à-dire lorsque face à ces événements dramatiques, nous perdons notre raison, nous sommes incapables de mettre en ordre les priorités, nous perdons notre sang-froid et notre aptitude à prendre des décisions, et nous sommes incapables de prendre des initiatives. C’est là le plus grand danger. Cependant, si nous agissions tous avec raison, avec responsabilité, si nous assumions nos responsabilités et n’étions pas apeurés et dépassés par les événements, si nous décidions de faire face à ces crises, à ces combats et à ces conflits avec sagesse et responsabilité, nous pourrions éviter bien de difficultés et résoudre pour le mieux ces problèmes qui seraient peut-être advenus dans tous les cas. C’est un premier point.

Deuxièmement, même en considérant les pays dans lesquels il y a plusieurs religions ou plusieurs écoles, nous devons être conscients du fait que les tensions ne sont pas toujours essentiellement et foncièrement religieuses ou sectaires. Parlons de ce problème de manière précise et chiffrée.

Je ne vais pas mentionner « tous » les différends, conflits, combats et guerres qui ont eu lieu. Je ne parle pas des disputes intellectuelles, idéologiques, religieuses ou jurisprudentielles. Non, je parle des combats, conflits, guerres et divisions dans lesquels les gens s’attaquent et s’entretuent, etc. La plupart des guerres et des confrontations qui ont eu lieu avaient un fond et des causes politiques ainsi que des objectifs politiques qui se ramenaient au pouvoir, au contrôle et à la mainmise sur les capacités de la communauté. Elles n’avaient rien à voir avec la religion, les chiites ou les sunnites. Elles n’avaient rien à voir avec l’islamentre ou la chrétienté. Beaucoup de guerres étaient ainsi. Je ne dis pas absolument « toutes » les guerres. Je parle ici de la plupart des guerres.

Les conflits inter-musulmans
dans l’histoire

Je n’ai pas le temps de parcourir toute l’histoire. Je vais seulement donner deux ou trois exemples.

Par exemple, l’une des plus grandes guerres dans l’histoire des musulmans est celle qui a opposé les Omeyyades aux Abbassides. Cette guerre a entrainé de véritables massacres. Des dizaines de milliers, et même des centaines de milliers de personnes y ont été tuées. Eh bien, qu’est-ce que les sunnites, les chiites, la religion de l’Islam et le Prophète de l’Islam – saas – avaient à voir avec la guerre entre les Abbassides et les Omeyyades ? C’était une guerre pour le pouvoir. C’était une guerre pour savoir qui allait régner sur la nation musulmane et la diriger.

Après cela, il y eut une longue guerre entre Al-Amine et Al-Ma’mun, les deux Abbassides. Cette guerre dura des années, et des dizaines de milliers de personnes y furent tuées. Qu’est-ce que les chiites et les sunnites ont à voir avec cette guerre ? Je dis cela pour que personne ne nous tienne pour responsables de choses avec lesquelles nous n’avons rien à voir. Les sunnites et les chiites n’ont rien à voir avec cette guerre. Ces deux individus se sont disputés pour le pouvoir et ils ont fait la guerre de Dahes et d’Al Ghabraa. Ils ont démoli la nation entière pour prendre le pouvoir. Le gouvernement des Abbassides a duré des centaines d’années. Il y avait des guerres entre les princes et les ministres. Ils s’entretuaient. Ils menaient des guerres et envahissaient des villes. Qu’est-ce que les sunnites et les chiites ont à voir avec les guerres des princes et des ministres ? Elles durèrent des centaines d’années. Bien sûr, on a pu instrumentaliser et exploiter l’Islam, les religions et les différentes écoles au service de ces conflits, mais ce n’était pas la véritable cause des guerres qui avaient lieu.

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Les Mamelouks envahis par les Ottomans

Parlons maintenant de l’histoire plus récente. Quelque 500 ans auparavant, il y eut une guerre entre les Ottomans et les Mamelouks. Qu’est-ce que ces guerres ont à voir avec les sunnites et les chiites ? Qu’est-ce que la religion a à voir avec cela ? Qu’est-ce que l’Islam a à voir avec cela ? Au contraire, lorsque les Ottomans vainquirent les Mamelouks, les Mamelouks venaient d’enregistrer une grande victoire nationale. Les Ottomans vinrent et les anéantirent. Il est donc clair que ce n’était pas là un conflit religieux ou sectaire, pas du tout. Ce n’était pas le cas. Peut-être que certaines guerres avaient une cause religieuse et sectaire, mais ce serait une petite minorité des guerres. Cependant, la grande majorité des guerres n’étaient pas religieuses mais politiques.

Il y a quelques années, l’une des guerres les plus dangereuses qui eut lieu dans notre région et posa les fondations d’une situation politique et sécuritaire complètement nouvelle, qui vit les flottes états-uniennes venir dans la région, ce fut la guerre de Saddam Hussein contre le Koweït. Eh bien, était-ce une guerre religieuse ? Etait-ce une guerre entre les sunnites et les chiites ? Qu’est-ce qu’ils avaient à voir avec cela ? C’était une guerre pour contrôler le pétrole et le territoire. C’était une guerre de pouvoir. Oui, comme je l’ai dit, il est parfois possible que d’aucuns instrumentalisent cette question des religions et des différentes écoles. Par exemple, si la guerre était entre les Ottomans et les Mamelouks, ce serait une guerre de pouvoir ; mais si c’était une guerre entre les Ottomans et les Safavis [dynastie iranienne chiite], ou entre les Safavis et les Ottomans, est-ce que cela deviendrait une guerre entre sunnites et chiites ?! Non, mon frère ! Non, ce n’était pas une guerre entre sunnites et chiites. C’était bien plutôt une guerre de pouvoir. Je ne veux pas prendre parti pour les Ottomans ou pour les Safavis. Ce n’est pas une recherche historique, c’est seulement un exemple.

Eh bien, que les Ayyoubides et les Mamelouks se fassent la guerre, ce serait une guerre pour le pouvoir. Cependant, que les Ayyoubides et les Fatimides [dynastie égyptienne chiite] se fassent la guerre, ce serait une guerre sectaire. Mais dans le fond, ce n’est pas une guerre sectaire. En réalité, c’est une guerre pour le pouvoir.

Les conflits actuels sont politiques
et non religieux

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La guerre entre l’Irak et l’Iran

Ainsi, nombre des guerres qui ont eu lieu et nombre des luttes et conflits qui ont lieu aujourd’hui – je ne parle plus de l’histoire ancienne, je parle du présent – sont au fond politiques et n’ont rien à voir avec les écoles et les religions. Elles n’ont rien à voir avec l’Islam, avec le christianisme, le chi’isme ou le sunnisme. Eh bien, parlons également de la guerre que Saddam Hussein a menée contre la République islamique d’Iran et qui a duré plus de 8 ans. Il est heureux qu’il n’ait pas donné à ce conflit une dimension sectaire. Il ne pouvait pas le faire pour une raison naturelle et pratique, à savoir qu’un grand nombre des généraux et soldats de l’armée irakienne qui combattaient en Iran étaient chiites. Comment aurait-il donc pu dire que c’était un combat sectaire ? C’est pourquoi il a prétendu que cette guerre était entre les Arabes et les Perses.

Cependant, et c’est malheureux, certains des régimes arabes d’aujourd’hui ne s’occupent pas des sunnites et du peuple sunnite. Ils ne s’intéressent pas au peuple de Palestine. Lorsque nous regardons les statistiques portant sur les pays arabes – et la majorité des habitants des pays arabes sont sunnites – nous voyons qu’il s’y trouve des dizaines de millions de personnes affamées, des dizaines de millions d’illettrés, des dizaines de millions de chômeurs, des dizaines de millions de... alors qu’il y a des régimes qui ont des fortunes de plusieurs centaines de milliards de dollars entassées, mais ils ne font rien pour les peuples sunnites. Cependant, lorsqu’ils s’engagent dans une guerre contre l’Iran, le conflit devient un conflit entre sunnites et chiites ! Eh là, non mon frère ! Le conflit n’est pas un conflit sunnites-chiites.

Même durant la guerre entre l’Iran et l’Iraq, l’Iran n’a pas considéré qu’il s’agissait d’une guerre entre les sunnites et l’Iran, à aucun moment. C’était la guerre de Saddam Hussein et de quelques régimes qui se sont ralliés à ses côtés et qui ont dépensé des centaines de milliards de dollars dans cette guerre destructrice.

Conformément à cette lecture, nous devons énoncer ce qu’est notre devoir.

Notre devoir est, premièrement, de considérer tout conflit ou combat au Liban ou dans tout autre pays – que ce soit la Syrie, l’Iraq, le Bahreïn, le Yémen, l’Egypte, la Tunisie ou la Libye – et pas seulement entre sunnites et chiites : entre musulmans, chrétiens, sunnites, chiites ou d’autres courants Islamiques ou nationalistes, etc., nous devons les considérer dans une perspective politique et non pas dans une perspective sectaire. Cela impose de rejeter tout discours sectaire ou confessionnel ainsi que tout recours à la mobilisation sectaire ou confessionnelle.

Car certaines personnes peuvent être à même de faire sortir le génie de la lampe mais elles sont incapables de l’y faire retourner. Il y a bien des preuves de cela. Vous pouvez transformer votre discours sectaire et factionnel en un véritable serpent. Mais après cela, vous ne serez plus capables de le contrôler et il vous tuera vous-mêmes. C’est pourquoi nous devons être très prudents. C’est pourquoi aujourd’hui, tout discours sectaire ou confessionnel est comme une parole malfaisante qui peut tout détruire et tout dévaster.

Deuxièmement, nous devons circonscrire le problème à ses limites véritables. Limitons le trouble à l’intérieur du pays dans lequel il se produit, entre les deux factions bien définies entre lesquelles il a lieu. Limitons-le à cela. Ne généralisons pas, n’évoquons pas toutes les causes imaginables, ne mélangeons pas les questions les unes aux autres, car il serait beaucoup plus difficile de les résoudre.

Troisièmement, ô frères et sœurs, ô monde arabe et islamique, ô chrétiens, musulmans, chiites et sunnites, nationalistes et islamistes ! Malheureusement, certains groupes mènent des combats fratricides qui réduisent les os en poussière, alors qu’ils sont les enfants de la même révolution. C’est le cas dans plus d’un pays arabe.

Eh bien, où cela mènera-t-il ? La seule solution est que les gens aient de la tolérance les uns envers les autres. La patience, l’ouverture d’esprit et le dialogue sont meilleurs que la précipitation vers les conflits. Même dans les endroits où il y a déjà des conflits, nous devons revenir au dialogue. Nous devons rechercher un accord. Nous devons rechercher un compromis, une issue. C’est ce à quoi nous appelons une nouvelle fois dans tous les pays, de la Syrie au Bahreïn, au Yémen, à l’Egypte, à la Tunisie, à la Libye, à l’Irak et – à la lumière des événements actuels – au Liban, afin que personne n’entre en guerre avec personne.

Après tout, tout le monde a quelque chose à dire. Tout le monde est doté de logique. Tous les gens peuvent avoir un droit ou des droits à réclamer. C’est pourquoi nous devons nous écouter les uns les autres et nous devons essayer d’adresser nos revendications de cette manière logique même si cela prend un plus de temps. C’est bien mieux que de se jeter dans des conflits dans lesquels nous démolissons nos pays, nos sociétés et nos peuples pendant que l’Occident et Israël s’assoient et nous regardent, se réjouissant de nos malheurs et abandonnant ceux qu’ils ont entraîné dans telle ou telle bataille. Il y a bien des preuves de tout cela.

Le plus important est la préservation du pays, de la nation. Je me souviens à ce propos de Son Eminence Sayed Musa al Sadr (que Dieu le retourne parmi nous en bonne santé). Dans les années 1970, il organisa une grande manifestation à Baalbek, et une autre à Tyr, pendant lesquelles il parla avec véhémence des droits bafoués des pauvres et des démunis. Cependant, lorsque la guerre civile éclata au Liban, il cessa toutes ces activités. Il disait que le gouvernement était à la dérive et que le pays était en train d’être détruit. Nous voulons un pays où nous puissions vivre et où nous puissions exiger des droits. Personne ne détruit un pays ou un Etat pour obtenir des droits et des réformes. Il faut que le pays survive. Il faut qu’un Etat survive afin qu’on puisse lui exiger des droits et afin qu’il puisse mettre en œuvre les réformes. Cela ne peut être obtenu que par le dialogue et les discussions, que par un accord. Même s’il doit y avoir une confrontation, qu’elle soit pacifique, et que toute autre forme de conflit et tout combat meurtrier soient rejetés.

Aujourd’hui, la responsabilité des élites, des savants, des dirigeants, des politiciens, des écrivains, des intellectuels, des associations et des médias dans le monde arabe et islamique est très grande. Parce que les gens les écoutent, les suivent et leur obéissent. Par conséquent, leurs devoirs vis-à-vis de ce monde et de l’autre sont plus grands aujourd’hui que jamais auparavant.

Les élections israéliennes :
Sharon, le dernier roi d’Israël

J’ai un rapide commentaire sur les élections israéliennes. En bref, les résultats des élections israéliennes mènent aux conclusions suivantes :

Si dans ce monde bien des gens ne se sentent pas concernés et ne suivent pas de près ce qui se passe au niveau de l’entité sioniste, nous nous sentons pour notre part concernés quelles que soient les préoccupations du Liban et quelles que soient les préoccupations de la région. Car l’origine du problème est là. L’histoire a commencé là-bas. Elle a commencé avec la création et la fondation de cette entité. Ce qui s’est passé et ce qui se passe dans cette région est en grande partie de la faute de cette entité et pour le bien de cette entité, pour sa stabilité et sa préservation.

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Je ne veux pas ici faire d’analyse. Je vais seulement énoncer la conclusion. Ces élections enregistrent clairement un recul des partis dirigeants et fondateurs de cette entité – tels que le Parti travailliste et le Likoud. Leur recul est très net. Il y a un manque en Israël : il n’y a pas de fort parti dirigeant. C’est ce à quoi appelait Netanyahu lorsqu’il disait qu’Israël a besoin d’un parti fort qui le dirige. Les élections n’ont pas trouvé de parti fort qui dirige cette entité. Des dirigeants forts et traditionnels manquent cruellement.

Vous souvenez-vous de ce que j’ai dit un jour ? En fait, ce n’est pas moi qui ai dit cela. Quelqu’un m’a dit un jour – lorsque Sharon tyrannisait, intimidait et terrorisait tout le monde arabe et toute la région – de ne pas avoir peur de Sharon, ajoutant qu’il ne pourrait rien faire et qu’il était le dernier des rois d’Israël. Puis j’ai dit dans l’un de mes discours que Sharon était le dernier des rois d’Israël. Il est évident qu’il est le dernier des rois d’Israël. Qui est donc venu après Sharon ? Qui y a-t-il ?

Certes, ils se sont mis d’accord pour Netanyahu car il n’y avait pas d’autre choix. Il n’y avait personne. Pour eux, c’est le meilleur des candidats actuels. Cependant, la crise de confiance vis-à-vis de Netanyahu est patente.

L’absence de dirigeants forts et fondateurs, la persévérance des partis religieux fanatiques qui progressent et l’augmentation du nombre de partis et de blocs parlementaires compliquent sans aucun doute le processus de prise de décision.

De manière générale, tout ce qui s’est passe aux élections exprime clairement une crise de leadership dans l’entité, une crise des partis, une crise de confiance et, par conséquent, une crise de l’entité.

Cependant, ce qui ne devait pas nous tromper dans le passé, et qui ne doit pas non plus nous tromper maintenant ou à l’avenir, est la fable de la droite et de la gauche et du centre et du centre du centre et que sais-je encore, la droite de la droite, etc. En ce qui concerne Jérusalem, en ce qui concerne la Palestine, en ce qui concerne les droits du peuple palestinien, en ce qui concerne la cause palestinienne, en ce qui concerne les réfugiés palestiniens, en ce qui concerne les causes et les droits des arabes – du Golan au Liban au Sinaï et à l’Egypte –, en ce qui concerne l’avidité israélienne, en ce qui concerne les menaces d’Israël adressées aux gouvernements et aux peuples de la région, la droite, la gauche, le centre ou le centre du centre ou la gauche de la gauche sont tous les mêmes. Bien plus, nos expériences nous ont enseigné que la plupart des guerres israéliennes ont été lancées par des cabinets de gauche. Qu’il n’y ait pas de malentendu sur l’analyse de la gauche et de la droite. Ils sont tous les mêmes. Que ce soit la droite, la gauche, le centre ou un cabinet d’unité nationale qui arrive au pouvoir, rien ne change quant à cet aspect de la confrontation avec l’ennemi. Certes, il va sans dire qu’avec de nombreux partis, il sera plus difficile de prendre une décision politique et il y aura des difficultés de mise en œuvre comme je l’ai dit. Mais pour ce qui est du projet, de la vision, de l’antagonisme, de l’avidité et des menaces, rien ne change. Par conséquent, il n’est pas permis de compter sur quoi que ce soit à ce niveau.

Aujourd’hui, la garantie de Gaza est la force de la Résistance à Gaza. La garantie de la Palestine, du peuple palestinien et des droits palestiniens est la réconciliation nationale, l’unité du peuple palestinien et son adhésion au choix de la Résistance.

La garantie du Liban, quel que soit le dirigeant d’Israël, que ce soit Netanyahu, Sharon, Shimon Peres, Barak, Labeed ou je ne sais qui, la garantie du Liban est dans la formule dont nous avons toujours parlé. C’est l’équation Armée-Peuple-Résistance. Ce qui protège le Liban, c’est notre pouvoir national, avec ses diverses composantes. L’ennemi ne change pas selon que le centre, la droite ou la gauche gouvernent. L’ennemi regarde le Liban. Si vous avez de la force, des capacités, si vous pouvez créer un pouvoir de dissuasion, vous pouvez défendre votre pays. Ainsi, vous pouvez extraire le pétrole et le gaz, protéger votre pays et vos frontières, etc. Tout autre élément est inutile est vide de sens. C’est ce que nous enseigne l’expérience de dizaines d’années face à l’ennemi israélien.

Il en va de même au niveau de la région. C’est pourquoi je dis que la meilleure réponse aux élections israéliennes, indépendamment des conclusions et des analyses, est un appel à une plus grande adhésion à la Résistance. Nous devons tous coopérer pour que le peuple palestinien soit fort à Gaza, en Cisjordanie, en Palestine et hors de la Palestine.

Nous devons tous coopérer pour que la Résistance au Liban reste forte et pour qu’elle devienne plus forte encore. Nous devons tous coopérer pour désamorcer les mines qui jonchent notre région arabe. Telle doit être la réponse aux élections israéliennes.

Le Liban et la loi électorale

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A propos de la situation au Liban, voici quelques commentaires. La question la plus importante, qui suscite aujourd’hui un grand intérêt et qui domine la scène politique libanaise dans une large mesure, concerne les élections parlementaires et la loi électorale. [2]

Je vais m’étendre quelque peu sur cette question car au niveau de notre parti, nous nous abstenons jusqu’à maintenant de participer à des interviews ou de répondre aux journalistes. Par conséquent, nous ne participons que peu aux débats et aux discussions. Nous insistons encore sur cette réserve car malheureusement, une grande partie de la scène politique et médiatique ne mène pas de débats scientifiques et objectifs, ni même de discussions respectueuses. Ce sont bien plutôt des invectives et des injures. C’est pourquoi nous nous tenons à l’écart de ces joutes qui sont si basses. C’est la meilleure conduite à tenir.

La question de la loi électorale est toujours une question sensible pour les Libanais. Cependant, je pense qu’elle est encore plus sensible par les temps qui courent. Peut-être que toutes les forces politiques libanaises et que toutes les « confessions libanaises » – car c’est une réalité, la réalité confessionnelle – considèrent les lois électorales à ce stade avec plus de sensibilité que jamais auparavant du fait des circonstances actuelles dans lesquelles se trouve le pays, des peurs et des appréhensions qui y existent ainsi que des divisions tranchées par lesquelles le pays est passé. Ce qui se passe dans la région a également contribué à cette situation.

Par exemple, si nous parlions des chrétiens et des musulmans, aujourd’hui, les appréhensions des chrétiens sont évidemment plus grandes qu’auparavant, non seulement pour des raisons internes au Liban, mais également du fait de ce qui se passe dans la région.

Nous devons être réalistes. Nous ne devons pas dire que certains chrétiens exagèrent – je vais également parler des musulmans. Lorsque, par exemple, les chrétiens voient ce qui se passe avec les chrétiens en Irak, ce qui se passe avec les chrétiens en Syrie et ce qui se passe dans d’autres endroits tels que le Nigéria, etc., ils ont tout à fait le droit d’être inquiets, indépendamment de qui est tenu pour responsable de ce qui se passe. Je ne tiens personne pour responsable et je n’accuse personne. Je ne fais que dépeindre la réalité.

Les développements dans la région ont donc compliqué la situation au Liban et la vision libanaise de la loi électorale. Cette loi électorale, on ne la voit pas comme une loi électorale normale qui va fournir un Parlement normal. Un regard fatidique est porté sur elle. Pour certains, le propos en vigueur est de dire qu’avec cette loi, on va diviser le Liban à nouveau, avec une loi électorale. C’est-à-dire qu’on va revenir à ce que nous voulons éviter à tout prix.

J’ai un jour évoqué l’idée d’organiser une conférence nationale fondatrice. Beaucoup de personnes firent alors un grand tapage à ce sujet. Cependant, aujourd’hui, je vous assure que beaucoup de Libanais parlent de la loi électorale avec un esprit fondateur. Eh bien, c’est leur droit (je ne fais que décrire les choses), c’est là leur droit naturel.

Ainsi, et du fait du stade très sensible et critique auquel nous sommes parvenus et de la situation régionale et internationale, nous autres Libanais nous devons d’être plus patients les uns avec les autres. Nous devons avoir plus d’échanges, tenir plus de discussions. Nous devons également nous efforcer de calmer et dissiper toutes les appréhensions, même si certains ont plus d’appréhensions et de peurs.

Dans cette situation, le plus important est d’éviter toute forme d’accusations car elles ne font pas avancer ni reculer les choses. Plus encore, elles sont parfois agressives et humiliantes.

Par exemple – et ici, nous allons un peu nous défendre –, j’ai entendu quelques dirigeants politiques et députés, certains d’entre eux chrétiens et d’autres appartenant à différents groupes politiques, je les ai entendus qualifier la proposition [3] du Conseil orthodoxe qui s’est tenu comme étant à l’origine le projet du Hezbollah. Je ne vais pas répéter tout ce qu’ils ont dit. Ils ont dit que c’était le projet de Bachar al-Assad ou le projet du Président Elie Frizli – alors que le Président Elie Frizli a participé au Conseil orthodoxe. Ce n’est pas avec une telle véhémence, avec une telle rancœur qu’il faut aborder des questions aussi sensibles et lourdes de conséquences que les lois par lesquelles une nation est construite, qui décident du destin du pays et de son gouvernement pour les quatre années à venir. Ils disent que la proposition issue du Conseil orthodoxe est le projet du Hezbollah, et que le Hezbollah l’a imposé à ses alliés chrétiens, l’a imposé au général (Michel) Aoun, l’a imposé au ministre (Suleyman) Franjieh, l’a imposé au parti Tashnaq, c’est-à-dire à tous les alliés chrétiens. Veulent-ils dire que le Hezbollah leur a imposé ce projet, les a convaincus d’une manière ou d’une autre de l’accepter ? Cette question de l’adhésion chrétienne (et de l’influence du Hezbollah) est entrée dans des exagérations – jusqu’à (inclure) Bkerké [4], Arwat [5], les Phalanges, etc.

Laisser entendre de telles choses est humiliant pour tous les chrétiens du Liban. C’est humiliant pour Bkerké et pour tous les dirigeants chrétiens et pour toutes les forces chrétiennes, qu’elles soient d’accord avec nous ou pas. Ces allégations n’ont pas été exprimées dans une interview ou dans un article. Non, elles ont été fabriquées en coulisses et ensuite reprises dans diverses déclarations. J’appelle cela de la poussière jetée aux vents. Je veux dire qu’il n’y a pas le moindre sens des responsabilités dans le traitement de ces questions. Ce sont des mensonges et des falsifications. Ce n’est absolument pas vrai et c’est un abus caractérisé.

Si d’aucuns considèrent que le Hezbollah est à ce point capable d’imposer ses vues à ses alliés chrétiens et de mener les chrétiens à embrasser son projet – tous les chrétiens, y compris Bkerké et même ceux du 14-Mars [6] –, de les rallier à son projet, alors il ne leur reste plus qu’à remettre le pays entre nos mains et à se retirer (de la scène politique). Pourquoi ces exagérations manifestes ? Et ce qui est plus grave encore que ces extravagances, c’est l’humiliation des chrétiens qui est contenue dans de tels propos. Non, la réalité est toute autre que celle qui est présentée par ces individus.

Au contraire, lorsque la version préliminaire du projet orthodoxe nous a été présentée durant des discussions, nous avons pris une décision. Je ne me souviens plus si la réponse des frères avait été le refus ou l’abstention. Mais tout au plus, la réponse était celle de l’abstention. Ensuite, nos alliés se sont longuement entretenus avec nous, nous ont expliqué leurs attentes, ont partagé leurs données et leurs conditions, etc. C’est alors que nous avons accepté. C’est la vérité et c’est ainsi que les choses se sont passées. J’y reviendrai dans un instant. Par conséquent, les allégations portées par ces individus sur ce dossier si sensible sont entièrement fausses.

Dans un second temps (après les faits), on nous chicane sur les intentions. Laissons les intentions des uns et des autres de côté. Il y a des intentions qui sont à mon avis normales et naturelles. Par exemple, que d’aucuns recherchent une loi électorale qui préserve leur représentation actuelle (leur nombre de sièges) si elle est déjà normale (représentative de leur poids électoral réel au Liban). D’autres pourraient rechercher une loi électorale qui leur donne leur nombre de sièges réel (au Parlement) s’ils y sont sous-représentés (par rapport à leur poids électoral au Liban). Ce sont là des attentes légitimes. Quiconque recherche à faire passer une loi électorale pour préserver ou obtenir son nombre de sièges réel (selon lui) est dans son droit. Je vais même aller plus loin encore. Si quelqu’un essayait de faire passer une loi électorale pour obtenir un nombre de sièges plus important que son poids électoral véritable, ce serait également son droit. Après tout, cela s’appelle un travail politique, des manœuvres politiques. Cependant, je ne considère pas la loi seulement du point de vue des intentions. Regardons la loi elle-même, car parler des intentions nous conduit dans d’autres considérations. On dit par exemple que le mouvement Amal a soutenu le projet issu du Conseil orthodoxe, ou que le général Aoun et le ministre Franjieh ont accepté le projet issu du Conseil orthodoxe parce qu’ils visaient à se débarrasser des élections. Ce sont là des accusations ineptes. (Au sein de notre alliance), nous avons des choix différents les uns des autres. (Au sein de notre alliance), nous avons des projets différents les uns des autres.

C’est pourquoi nous ne devons pas débattre des intentions ni parler d’une manière agressive et accusatrice. Nous devons considérer la question de manière scientifique et objective. Pour nous, pour le Hezbollah, le principe de toute loi électorale devrait être la proportionnalité. Pourquoi ? Ce n’est pas du fait de notre poids électoral ou du fait de ce qu’une telle loi pourrait nous accorder – car d’aucuns pourraient dire que dans l’état actuel (des alliances), la proportionnelle nous donnerait (au « 8 Mars ») la majorité en tant que bloc politique. Certes, mais elle ne nous la donnera peut-être pas demain. Tout le monde sait que dans ce pays, les alliances évoluent et que les groupes et les personnes peuvent se fâcher et devenir antagonistes. Les humeurs changent et sont influencées par la situation de la région. C’est pourquoi la proportionnelle peut nous mettre en minorité. Il ne s’agit donc pas de ce qu’une telle loi électorale nous accorderait. Il s’agit d’être justes et d’ajuster la pertinence de la représentation de tous les courants politiques du Liban, qu’ils soient confessionnels ou qu’ils transcendent les confessions. Leur seule chance d’être représentés au Parlement est une loi électorale qui soit fondée sur la proportionnelle. Voilà la parole de vérité, indépendamment de ce que la proportionnelle peut nous accorder. Le reste n’est pour nous que détails.

Nous acceptons donc de considérer le Liban comme un seul district électoral, avec la proportionnelle. Nous n’y voyons aucun problème. Si vous êtes d’accord, plaçons notre confiance en Dieu (et adoptons cette loi électorale). Nous acceptons également de considérer le Liban sur la base de la proportionnelle à l’intérieur des districts électoraux actuels. Nous acceptons de considérer le Liban en districts élargis. Nous acceptons la proposition du gouvernement qui a été soumise au Parlement – c’est-à-dire la proportionnelle dans 13 districts (et non plus 25). Nous acceptons la proposition du Conseil orthodoxe. Ce sont là des détails. Cependant, selon nous, le point positif et constructif de notre position est d’accepter toutes ces propositions dans le cadre de la proportionnelle.

Pourquoi insistons-nous sur la proportionnelle ? Parce que la proportionnelle donne à tous la chance d’être représentés au Parlement. Elle donne à toutes les forces politiques, même celles qui ont un plus faible ancrage populaire, la chance d’être représentées au Parlement.

Je vais parler de la proportionnelle, mais mes informations ne sont peut-être pas exhaustives. Je vais parler d’après l’état actuel de mes informations. Vis-à-vis de la proportionnelle, en réalité, jusqu’à présent, le problème principal – sinon le seul problème, mais je vais être prudent et dire le principal problème – évoqué par le bloc adverse est les armes. Ils ont donc brandi le slogan « Pas de proportionnelle avec les armes ». Mais c’est sans fondement. Pouvons-nous parler objectivement de cette question quelques instants ?

Premièrement : la Résistance existe depuis bien avant 1992 [7]. Durant toutes ces années-là, nous avons participé aux élections. En 1996, 2000, 2005 et 2009, où des armes ont-elles été utilisées ? Dans quel district électoral des armes ont-elles été utilisées pour imposer des choix électoraux ? N’est-ce pas une preuve ? N’est-ce pas clair ? Si vous parlez sur la base d’intentions alléguées, nous parlons sur la base des faits. Ce sont des faits incontestables. De 1992 à ce jour, citez-moi un seul district électoral où des armes aient été utilisées afin d’imposer des choix électoraux. Voilà en ce qui concerne le premier point.

Deuxièmement : les armes dont vous vous plaignez aujourd’hui et qui causeraient selon vous des pressions sur les élections, ne sont pas aujourd’hui les armes de la Résistance. Tous les Libanais ont des armes. Plaisantons quelque peu. Par exemple, si vous voulez imposer par la force un choix électoral dans une ville ou un village, avez-vous besoin d’utiliser des roquettes Zilzal, ou des missiles Fajr 5, ou le drone Ayoub [8] ? Pas du tout. Tout ce dont vous avez besoin pour imposer des choix électoraux sur quiconque par l’intimidation et la peur est d’une Kalachnikov. Et il y a des Kalachnikov partout. Tous les Libanais ont des Kalachnikov. La grande majorité des Libanais, partout au Liban, possèdent des Kalachnikov.

Troisièmement : même si les armes avaient une influence sur les élections, leur influence dans le cadre de la loi de la majorité (actuellement en vigueur) est plus grande que leur influence dans le cadre de la proportionnelle parce que, avec la loi de la majorité, il suffit d’avoir 50% + 1 pour gagner les élections ; alors que dans la proportionnelle, quelle que soit la pression qui serait exercée, un groupe particulier pourrait tout de même atteindre le seuil requis et faire élire un député au Parlement. De mon point de vue, le problème des armes avec la loi de la majorité serait bien plus grand qu’avec la proportionnelle. Par conséquent, il n’est pas pertinent de brandir le problème des armes. Je ne veux pas employer d’autre épithète. Je dis seulement que ce n’est pas pertinent.

Le problème n’est pas du tout dans la question des armes. J’irai plus loin encore. Je ne considère même pas avéré que les armes interviennent dans les élections, que ce soit à notre profit où à celui de nos adversaires. Donc, je ne suis pas seulement en train de défendre le Hezbollah. Même en ce qui concerne les autres partis, nous n’avons jamais vu que des armes aient été utilisées pour imposer des choix politiques au Liban, malgré l’omniprésence des armes au Liban.

Ce qui est beaucoup plus réel et beaucoup plus dangereux est l’arme de l’argent. Oui, c’est l’arme de l’argent. Peut-être qu’un jour je révèlerai l’identité de la personne qui m’a révélé ceci – et c’est un très grand responsable et l’un des principaux soutiens de nos « amis » du bloc adverse : « En 2009, nous avons dépensé 3 milliards de dollars aux élections parlementaires » [9]. Tout cela au Liban, un pays si petit ! A l’époque, je lui avais répondu en plaisantant : « Si nous avions su cela, nous vous aurions demandé de nous donner les 3 milliards de dollars en échange des élections. »

Qu’est-ce qui est le plus dangereux ? L’argent ou les armes ? Ou ce sont les médias qui pénètrent dans chaque maison 24h sur 24 et qui colportent malheureusement une grande partie d’informations fausses, trompeuses, manufacturées ? Une grande partie des médias fabrique de toutes pièces des mensonges et des histoires sans fondement et s’en sert afin de provoquer des troubles.

C’est pourquoi je demande encore une fois : Qu’est-ce que le plus dangereux ? L’argent ou les armes ? Les médias ou les armes ? Lequel est le plus influent aux élections ?

Nous aimons entendre des discussions scientifiques et objectives, à l’image de ce que je viens de dire, de même que, comme je l’ai dit, je comprends les craintes entraînées par la question d’envergure (des blocs parlementaires). Je l’ai dit et je respecte ces appréhensions et je n’ai aucun problème avec cela. Le problème de ceux qui, jusqu’à présent, refusent la proportionnelle est que la proportionnelle donne aux forces politiques leur envergure normale ; elle n’est pas injuste envers eux, elle ne leur donne ni une envergure plus grande, ni une envergure plus petite. Elle leur donne leur envergure réelle.

Certains considèrent que leur garantie consiste est d’obtenir une envergure plus grande que leur envergure réelle. Je respecte cette appréhension. Mais nous devons considérer les choses d’une manière qui prenne en compte toutes les appréhensions.

J’ai un dernier mot à dire sur le Conseil orthodoxe qui s’est tenu. Les chrétiens ont aujourd’hui cette appréhension. Afin de sortir de cette atmosphère d’exagérations, puisque certains misent sur la manière dont le Hezbollah et le mouvement Amal vont voter, je vais réaffirmer clairement notre conviction et notre position : lorsque nous disons à d’autres que nous acceptons et que nous sommes d’accord, cela signifie que lorsque leur proposition sera soumise au vote, nous voterons en faveur de ce que nous avons approuvé. Jusqu’à présent, nous avons tous deux – Amal et Hezbollah – pris cette décision. Je parlerai au moins au nom du Hezbollah.

Si une session parlementaire se tenait demain matin – et malgré le fait que certains de nos autres alliés ont des réserves, certaines personnalités que nous respectons énormément ont exprimé des réserves sur le Conseil orthodoxe – et que les lois étaient soumises au vote, si la loi proposée par le gouvernement était , nous voterions en sa faveur. Si la loi électorale considérant le Liban comme un seul district électoral était soumise, nous voterions en sa faveur. Si la proposition du Conseil Orthodoxe était présentée, nous voterions en sa faveur. Ce que je dis est clair. Alors, que personne ne prétende que le Hezbollah et le mouvement Amal font des négociations et marchandent, manœuvrent ou fomentent des séditions entre les chrétiens. Non ! Nous sommes fidèles, loyaux et nous sommes convaincus de la justesse de nos positions.

Aujourd’hui, dans leur grande majorité, les chrétiens considèrent que cette loi permet ce qu’ils appellent une représentation valable, ce qu’ils appellent un partage véritable et équitable. Car il y a une dispute dans le pays sur ce qu’est un partage véritable et équitable.

Alors nous tous, tous les musulmans (je ne parle pas des chiites), tous les musulmans des différentes écoles au Liban, donnons aux chrétiens cette chance. Allons au Parlement et votons une loi électorale proportionnelle sans que personne ne considère qu’il obtiendra moins que son envergure véritable. Quant à celui qui obtenait jusque-là plus que son envergure et qui ne pourra plus obtenir la même chose, il ne doit pas avoir de problème avec cela. A ce stade, il doit être humble. Que tous considèrent qu’au Parlement, ils seront représentés selon leur envergure véritable. Au Parlement, il n’y a pas de débat sur la validité de la représentation, il n’y a pas de débat sur l’envergure réelle, il n’y a pas de débat sur le partage véritable et équitable, il n’y a pas de doutes ni d’appréhensions. Le prochain Parlement peut donner la chance historique au monde entier de voir comment on peut faire des réformes dans le régime, faire évoluer le régime. Ainsi, les Libanais n’auront pas besoin de créer des réseaux en dehors du Parlement afin de se rencontrer, de discuter et de débattre. Au contraire, tous les Libanais seraient dans un système de représentation équitable au Parlement. Ils parleront les uns avec les autres, prépareront des lois, se prononceront sur les politiques du gouvernement, etc. C’est une grande opportunité. Pourquoi ne pas la saisir ?

Quant à nous, nous ne sommes étroits d’esprit sur aucune question. Nous ne fermerons jamais la porte à la discussion. De même que certains partis parmi les chrétiens ont des appréhensions, les musulmans également ont des appréhensions. Nous devons toutes les prendre en compte et voir à quel accord nous pouvons parvenir. Quoi qu’il en soit, c’est la voie en laquelle nous croyons fermement.

Un dernier mot sur la loi électorale avant la conclusion. J’appelle tous les Libanais à débattre de la loi électorale. Sur la base d’une loi électorale juste et équitable, dirigeons-nous vers les élections parlementaires. Otez de vos esprits l’attente de ce qui va se passer en Syrie. Otez de vos esprits l’attente de ce qui va se passer en Syrie – surtout ceux qui attendaient la chute de Damas, surtout ceux qui attendaient un changement dramatique en Syrie pour pouvoir intimider les Libanais. Laissons ce problème de côté. Il est clair que les données de terrain, les données politiques, les données régionales et les données internationales confirment que les choses en sont arrivées à un point où les rêves que beaucoup de personnes caressaient ne seront pas réalisés. Ils construisaient leurs actions sur la base de différents rêves.

Je ne vais pas évoquer la Syrie. Notre position vis-à-vis de la question syrienne est claire et a été exposée à maintes reprises. Cependant, je veux renouveler mon invitation à laisser ce problème de côté. Nous ne voulons nous imposer sur quiconque en nous appuyant sur la Syrie. Et personne ne doit essayer de s’imposer sur les autres en profitant de la situation syrienne. Laissons ce problème de côté. Discutons posément. Il s’agit de notre pays. Il s’agit de notre peuple. Ce sont nos problèmes intérieurs. Ce sont nos crises internes. Ce sont nos confessions et nous avons également des forces qui transcendent les confessions. Mais ce sont nos confessions malgré tout, ce sont nos forces politiques, ce sont nos appréhensions, ce sont nos attentes. Comment réconcilier tout cela, comment cohabiter ?

C’est pourquoi j’espère que personne ne considère ce problème comme une simple loi électorale. Tout le monde se comporte comme si cette loi électorale était pour une période limitée, même s’ils ne le reconnaissent pas explicitement. Tout le monde devrait considérer ce processus comme l’établissement d’un fonctionnement électoral durable, et nous sommes sur le point d’y parvenir.

Les autres problèmes internes

Cela dit, la loi électorale ne doit pas accaparer le gouvernement et l’amener à négliger les problèmes quotidiens, le dialogue sérieux, responsable et constructif avec le corps syndical, la question de l’Université libanaise, la cause des réfugiés – de tous les réfugiés –, la question sécuritaire et même la cause des prisonniers et des détenus. Ici, je joins effectivement ma voix à tous ceux qui proclament la légitimité de cette cause. C’est la cause des islamistes qui ont été arrêtés [10]. Votre position à ce propos ne change rien à l’affaire. Ce qui importe est que ces gens ont été arrêtés il y a quatre ou cinq ans. On peut les juger. C’en est assez. Qu’attendez-vous pour les juger ? Il est injuste de détenir sans procès des individus pendant plusieurs années. C’est une oppression manifeste, indépendamment de ce que vous ou moi pouvons penser de ces islamistes, en bien ou en mal. Si leur arrestation est légitime, nous devons tous le reconnaître. La justice doit triompher. Nous ne devons pas libérer les personnes détenues sous n’importe quelles conditions. Nous demandons seulement qu’elles soient jugées. Il est injuste de les maintenir en prison durant cinq ans sans procès. Ce principe ne s’applique pas seulement aux islamistes arrêtés, mais à tout prisonnier détenu au Liban. Le gouvernement libanais doit encourager et pousser – si nous considérons qu’il n’intervient pas directement sur le pouvoir judiciaire – la justice et les tribunaux à résoudre ce problème.

Nous devons avancer et traiter ces problèmes en tant que Libanais, en tant que gouvernement libanais. La loi électorale ne doit pas nous accaparer. Cependant, nous espérons que la loi électorale est envisagée dans cet esprit. Peut-être serons-nous à même de parvenir à un résultat définitif et positif pour notre pays, pour les temps présents comme pour les temps à venir.

Encore une fois, je vous souhaite une bonne fête, et soyez remerciés mille fois pour votre présence. Que la grâce de Dieu soit déversée sur vous en cet anniversaire généreux et grandiose.

Que la paix de Dieu soit sur vous, ainsi que Sa Miséricorde et Sa Grâce.

Traduction bénévole et non officielle.

[1] Coran, II, 30.

[2] Au Liban, les élections se font sur une base confessionnelle et non proportionnelle au nombre de fidèles de chaque confession, donnant ainsi un poids à peu près égal aux musulmans et aux chrétiens, aux sunnites et aux chiites, etc., alors que les musulmans représentent 59% de la population – dont 30% de chiites, 24% de sunnites et 5% de druzes – et les chrétiens 41%, ainsi qu’à chacun des 26 districts du Liban ; plusieurs nouveaux projet de loi électorale proposent la proportionnelle intégrale, en considérant le Liban comme un seul district ou en élargissant les districts.

[3] Proposition en faveur de la proportionnelle à l’échelle nationale.

[4] Ville où se trouve le siège de l’Eglise maronite.

[5] Terme non compris par le traducteur.

[6] Coalition opposée à celle dont fait partie le Hezbollah, le « 8-Mars » ; le « 14-Mars » inclut notamment le parti du Futur de Saad Hariri, sunnite, et les Forces libanaises de Samir Geagea, maronite

[7] Année des premières élections parlementaires après la guerre civile.

[8] Nom du drone du Hezbollah abattu par Israël au-dessus de la centrale nucléaire de Dimona en octobre 2012 après avoir survolé le pays.

[9] Elections remportées de justesse par le 14-Mars, notamment grâce au vote des expatriés dont le voyage aurait été payé ; bien des votes auraient été achetés ; cependant, cette victoire en sièges cache une défaite en voix : le bloc du Hezbollah ayant obtenu près de 55% des suffrages.

[10] En 2007, des combattants du Fatah al Islam, un groupe proche d’Al Qaida, ont affronté l’armée libanaise dans le camp palestinien de Nahr al Bared, près de Tripoli. Ils ont été délogés après de très violents affrontements qui ont fait près de 450 morts (dont 168 soldats et 226 combattants). De nombreuses arrestations de combattants et de complices allégués ont eu lieu.