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« Tendances de l’Orient »

L’Armée arabe syrienne progresse à Idleb, Homs et Daraa

| Beyrouth (Liban)
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L’Armée arabe syrienne progresse à Idleb, Homs et Daraa

Par Pierre Khalaf

À Idleb, Homs et Daraa, l’Armée arabe syrienne a repris l’initiative, infligeant aux terroristes d’Al-Qaïda et aux groupes créés, financés, entrainés et armés par l’Otan, les États-Unis et leurs auxiliaires arabes, de lourdes pertes et de cuisantes défaites.
Les dernières réalisations de l’armée syrienne datent de samedi et dimanche, lorsqu’elle a réussi à briser, de l’aveu même des terroristes, le siège qu’ils imposaient depuis six mois à deux camps militaires dans la province d’Idleb (nord-ouest). « Pour la première fois depuis des mois, les forces du régime ont réussi à briser le siège des camps militaires de Wadi Deif et Hamdiya (non loin de Maarat al-Nohman), après que l’armée a pris les rebelles de revers », a annoncé dimanche l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), basé à Londres et proche de l’opposition.
L’armée régulière a mené une attaque surprise sur le village de Babulin et a pris le contrôle de deux collines sur un côté de la route internationale Damas-Alep, ouvrant une voie d’approvisionnement aux soldats qui se trouvaient dans ces camps. Des camions transportant des soldats, du matériel et des armes ont pu se rendre dans les camps militaires pour la première fois depuis six mois. L’OSDH parle de 21 morts dans les rangs des terroristes mais le bilan est beaucoup plus lourd, selon des sources bien informées. Des dizaines d’insurgés ont été tués dans leurs tranchées et un grand nombre a été fait prisonnier. Seul un petit nombre a pu prendre la fuite, laissant sur place armes, munitions et matériels de communication sophistiqués fournis par l’Otan et ses auxiliaires.
Sur le front du Sud, l’armée syrienne est repassée à l’offensive dans la région de Daraa, repoussant les terroristes arrivés de Jordanie dans les localités de Sanamein and Ghabagheb. Elle a massé d’importantes troupes en prévision d’une vaste offensive. L’objectif de l’armée est de reprendre le contrôle de la frontière avec la Jordanie.
Les nouvelles en provenance de Damas font état d’un retournement de situation. Après les informations sur les préparatifs de l’opposition pour lancer une offensive contre la capitale, l’armée syrienne a surpris ses ennemis en lançant une série de raids dans la campagne de Damas et une vaste attaque aux confins de la Ghouta orientale. Les résultats de ces offensives de l’armée syrienne signifient que l’attaque des rebelles contre la capitale est devenue difficile.
D’importants succès ont été enregistrés à Daraya, qui a été presque totalement reprise et près de la région de Sayida Zeinab (sud-ouest de Damas). Des avancées ont aussi été enregistrées à Maadamiya. Mais le développement nouveau s’est déroulé dans la Ghouta orientale. Il y a quelques jours, l’armée syrienne a réussi à briser le blocus imposé depuis des mois autour de l’un de ses bataillons à Adra. Des responsables syriens affirment que l’opération était « une attaque éclaire et rapide » et a eu des résultats « brillants ». Ceci dit, l’action la plus significative de l’armée est partie de l’aéroport de Damas en direction de la localité de Oteiba (31 kms à l’est de la capitale) jusqu’à Adra. Un grand nombre de terroristes ont été tués et blessés dans cette opération qui a permis d’encercler la Ghouta orientale après avoir isolé Oteiba, où est installé le quartier général pour Damas des rebelles, notamment le Front al-Nosra et la Brigade de l’islam. Ce blocus coupe les lignes de ravitaillement en hommes et en matériels qui parvenaient aux rebelles des régions limitrophes à Damas, notamment Jobar, ce qui a permis à l’armée de progresser dans cette région.

Les terroristes bombardent le Liban

À Homs, l’armée a lancé une vaste offensive dans la campagne de la province, reprenant la colline stratégique de Mando, non loin de Qoussair, et resserrant l’étau sur cette ville située à 12 kilomètres de la frontière libanaise.
Pour se venger et pour faire diversion, les terroristes ont tiré des obus sur des villages frontaliers dans l’est du Liban faisant deux morts (des mineurs) et au moins six blessés. L’enfant Ali Hassan el-Qataya est décédé en début d’après-midi après la chute d’obus tirés sur le village d’el-Qasr, au Hermel (Békaa). Quatre personnes du même village ont été blessées et quatre autres se sont évanouis, toujours selon la même source. Dans le village de Hawch el-Sayyed, près de la frontière libano-syrienne, des roquettes se sont abattues faisant deux blessés, dont un enfant de 13 ans qui a succombé à ses blessures en début de soirée, a indiqué l’agence d’information officielle libanaise. Une roquette s’est également abattue près de la localité de Khrab el-Batm, sur la route qui mène au village de Kwakh, sans faire de victime, selon la même source.
Les défaites infligées aux terroristes interviennent quelques jours après que le Front al-Nosra eut prêté allégeance au chef d’Al-Qaïda. « Nous, le Front al-Nosra, prêtons allégeance au cheikh Ayman al-Zawahiri », a dit le chef d’al-Nosra, Abou Mohammed al-Joulani, dans un message audio diffusé sur des forums extrémistes. Quelques jours plus tôt, le leader d’Al-Qaïda en Irak, Abou Bakr al-Baghdadi, avait annoncer qu’il était « temps de proclamer aux Levantins et au monde entier que le Front al-Nosra est en réalité une branche de l’État islamique d’Irak ». Les deux groupes, avait-il ajouté, seront désormais fédérés sous l’appellation État islamique en Irak et au Levant.
Dans son message, al-Baghdadi se dit prêt à s’allier à d’autres groupes jihadistes « à condition que le pays (la Syrie) et les citoyens soient gouvernés selon les préceptes dictés par Allah ». « La ‘démocratie’ ne doit pas être la récompense après la mort de milliers d’entre vous », lance encore al-Baghdadi.
Le message d’al-Baghdadi intervient deux jours après l’appel d’Ayman al-Zawahiri, aux terroristes à instaurer un État islamique en Syrie, dans un message sonore mis en ligne sur des sites islamistes. « Déployez tous vos efforts pour que le fruit de votre jihad soit, avec la volonté de Dieu, un État islamique jihadiste, une étape sur la voie du rétablissement du califat islamique », a déclaré le numéro un de l’organisation islamiste.

Déclarations et prises de positions

Salmane Ben Abdel Aziz, prince héritier d’Arabie saoudite
« L’Arabie saoudite exprime l’espoir de voir la désignation de M. Salam contribuer à la stabilité et la prospérité au Liban. Elle est déterminée à développer ses relations privilégiées avec le Liban. »

Samir Geagea, chef des Forces libanaises (14-Mars)
« J’appelle l’autre camp à se retirer, avec nous, de l’exécutif et à limiter son action au Parlement. C’est l’intérêt national, et non notre intérêt personnel, qui impose la formation d’un cabinet de technocrates. La formation d’un cabinet politique nécessiterait des mois, alors que deux mois seulement nous séparent des élections. Le 8-Mars appelle à un cabinet politique afin de trouver un prétexte pour un ajournement éventuel des élections, alors que notre volonté de respecter l’échéance électorale est, quant à elle, sérieuse. Il est erroné de penser que la mouvance des acteurs libanais n’influe pas sur le cours des événements. Si les parties libanaises avaient convenu d’appliquer correctement les accords de Taëf, elles auraient contré l’émergence du Hezbollah. »

Ali Abdel Karim Ali, ambassadeur de Syrie au Liban
« Les attaques sont menées à partir du Liban en direction de la Syrie et non le contraire. Elles sont conduites au quotidien par des éléments armés qui agissent à partir du territoire libanais. Tous les jours, des éléments armés s’infiltrent à travers la frontière et commettent des agressions. Des éléments armés ont été tués à l’intérieur du territoire syrien et à la frontière même, et ceci n’est un secret pour personne. La Syrie reste déterminée à traiter de ces questions dans la logique des relations fraternelles entre les deux pays. Il y a des accords qui régissent ces relations. Il y a parfois une coopération et d’autres fois, un laxisme dont font preuve certaines parties. Il faut que le Liban ait une attitude plus ferme dans l’intérêt des deux pays. »

Maura Connelly, ambassadeur des États-Unis à Beyrouth
« Le processus démocratique au Liban est une réalisation très précieuse, qui sert d’exemple pour la région, surtout en cette période de changement démocratique au Proche-Orient. J’ai transmis au chef de l’État l’appréciation des États-Unis pour les efforts extraordinaires déployés par le président Sleiman et d’autres leaders responsables pour se conformer au cadre juridique et constitutionnel du Liban et tenir les élections législatives dans les délais impartis. Le peuple libanais mérite un gouvernement qui reflète ses aspirations et renforce la stabilité du Liban, sa souveraineté et son indépendance, tout en respectant ses engagements internationaux. »

Événements

• Des accrochages à l’arme lourde ont eu lieu en fin de semaine dernière aux alentours de Qoussaya (Békaa) entre des éléments de l’Armée syrienne libre (ASL) et des membres du Front populaire de libération de la Palestine-Commandement général (FPLP-CG)

• Selon le quotidien Al-Akhbar, un hélicoptère de la Finul a franchi en début de semaine dernière l’espace aérien de la zone du sud du Litani en direction de la Békaa ouest, sans coordination préalable avec l’Armée libanaise, en violation de la résolution 1701. Le commandement de la Finul a invoqué une « erreur technique » mais la direction des renseignements de l’armée au Sud a entamé une enquête.

• Une charge explosive a été découverte dans la nuit de mardi à mercredi à Hay el-Sellom, dans la banlieue-sud de Beyrouth. Le dispositif portait un message adressé au Hezbollah par le front extrémiste al-Nosra en Syrie. On pouvait lire : « Mort à Bachar, mort au Hezbollah, Front al-Nosra, la brigade Omar Ben Khatab ».

• Le ministère russe de la Défense a entamé la formation d’une escadre méditerranéenne permanente. Le groupe comprenant le destroyer Admiral Panteleyev, les bâtiments de projection Peresvet et Admiral Nevelski, le pétrolier Petchenega et le remorqueur d’assistance Fotiy Krylov ont quitté la mer de Chine méridionale et mis le cap sur le canal de Suez. Ce dernier sera atteint mi-mai.

Revue de presse

As-Safir (Quotidien libanais proche de la majorité, 12 avril 2013)
Le Premier ministre désigné Tammam Salam compte-t-il faire preuve d’unilatéralisme dans la constitution de son équipe ministérielle. Dans ce cas il faut s’attendre à un chemin périlleux, dans la mesure où une telle attitude reviendrait à saper l’atmosphère positive qui a marqué les consultations en vue de sa désignation à ce poste et celles qu’il a lui-même eues avec les différents blocs parlementaires. Des personnalités reçues par M. Salam indiquent que ce dernier n’a nullement l’intention de procéder à un nouveau round de consultations. « Il faut rompre une fois pour toutes avec la tradition consistant à effectuer des consultations en coulisses, menant à un partage de quotas et à des ententes en catimini. Les prérogatives sont claires, et nous devons tous respecter la Constitution ». Tammam Salam est à deux doigts de présenter une formule ministérielle qui ne comporteraient aucun des ministres démissionnaires, et dont la majorité des membres seront des indépendants. Le président de la République aurait cherché à l’en dissuader, en le recevant jeudi matin, de peur qu’une telle démarche ne complique sa mission au lieu de la faciliter. Mais M. Salam est déterminé à ne pas faire marche arrière : en cas d’objection, il pourra le faire comprendre lors du vote de confiance au Parlement.

As-Safir (12 avril 2013)
Marleine Khalifé
Les diplomates occidentaux tentent de prédire la tournure des événements après la désignation de Tammam Salam. Leur discours reste pratiquement inchangé : priorité aux élections législatives, à la nécessité d’éviter le piège d’un vide politique, à la préservation de la stabilité au Liban —elle-même sauvegardée par la politique de distanciation à l’égard de la crise syrienne—, et à l’assistance aux déplacés syriens au Liban. Telles sont les grandes lignes de la politique occidentale vis-à-vis du Liban.
L’Arabie saoudite préfère un gouvernement non-contrôlé par le Hezbollah. Walid Joumblatt laisse perplexes les diplomates, qui se posent des questions au sujets de ces choix. Ils font référence dans leurs entretiens à une « étape grise » ou floue, et considèrent que la polémique au sujet de la suspension ou de la prorogation des délais constitutionnels relatifs à la loi de 1960 pourrait donner lieu à une double lecture : soit pourrait annoncer un scénario positif fondé sur l’hypothèse selon laquelle le Hezbollah est attaché au maintien de la stabilité. D’où la possibilité de former un gouvernement assez rapidement pour organiser les élections ; ou pourrait, au contraire, laisser entrevoir un scénario négatif : les Libanais seront alors incapables de mener à bien le processus électoral —scénario contre lequel ces diplomates mettent en garde, et qui pourrait aboutir à la prorogation, pour deux ans au moins, du mandat de la Chambre—. Si ce mandat n’est pas prorogé, le pays sera projeté dans un vide législatif dès le 20 juin, auquel pourrait venir se greffer un vide au sein du pouvoir exécutif, au cas où le Premier ministre désigné serait dans l’incapacité de former un gouvernement. Un tel vide pourrait d’ailleurs perdurer jusqu’à la présidentielle de mai 2014, et il faudra probablement dans ce cas envisager un nouvel accord de Taëf ou une assemblée constituante.
Au cas où le mandat du Parlement est prolongé de deux ans, les diplomates craignent que la communauté internationale n’y voit le signe que le Liban est un État défaillant, qui se lie de plein gré au conflit syrien, et que les Libanais sont incapables de s’autogouverner. Ils recommandent donc de privilégier le premier scénario, qui nécessite toutefois des concessions de la part de tous afin que M. Tammam Salam soit à même de former son équipe en prélude aux législatives.
Les mêmes diplomates évoquent un troisième scénario en réponse à l’hypothèse : et si Tammam Salam décidait de former un gouvernement d’indépendants ? Réponse : le président de la République en signera les décrets, et la passation des pouvoirs aura lieu, mais le gouvernement ne remportera pas le vote de confiance en raison du vote défavorable de Walid Joumblatt et du 8-Mars. Le 14-Mars décrochera dans ce cas un gouvernement d’expédition des affaires courantes —une étiquette bien élastique, pouvant être synonyme de gestion sine die des affaires du pays…

As-Safir (12 avril 2013)
Imad Marmal
Le chef du Parti socialiste progressiste (PSP) sera le faiseur de rois dans le processus de formation du gouvernement, tout comme il l’a été au moment de la désignation du Premier ministre Tammam Salam. Car son bloc parlementaire dispose du privilège de décider si le Cabinet mis en place par Tammam Salam obtiendra ou non la confiance du Parlement. M. Joumblatt restera-t-il attaché à la condition qu’il avait posée concernant la nécessité de former un gouvernement d’union nationale pour rassurer le Hezbollah et Nabih Berry et les encourager à opter pour Tammam Salam lors des consultations parlementaires.

An-Nahar (Quotidien libanais proche du 14-Mars)
Samir Tueni, Paris (12 avril 2013)
La visite du patriarche maronite Béchara Raï à Paris est réussie et a eue des résultats positifs contrairement à la première, en 2011. Le prélat avait besoin de revenir en France pour rectifier l’impression laissée par sa première visite et dissiper l’absence d’harmonie entre l’administration française précédente et lui. Un accueil chaleureux lui a été réservé par le président François Hollande et le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius. Selon des sources ayant suivi cette visite, les responsables français se sont enquis des moyens de venir en aide au Liban, confronté à un nombre toujours croissant de déplacés syriens sur son sol. Par ailleurs, la France a exprimé des craintes au sujet de la situation politique au Liban, qui pourrait se compliquer davantage au fur et à mesure qu’approchera la bataille décisive de Damas. Mais le nom de Bachar al-Assad n’a à aucun moment été prononcé pendant les entretiens. Dans le dossier gouvernemental, la France a tenu à éviter toute ingérence dans les affaires intérieures libanaises, mais ses dirigeants ont dit espérer une formation rapide du gouvernement.

An-Nahar (11 avril 2013)
La suspension des délais relatifs à la loi de 1960 pourrait donner lieu à deux lectures divergentes :
- 1. elle n’a pas enterré cette loi mais uniquement suspendu ses délais pour une période déterminée en espérant l’adoption, comme promis, d’une nouvelle loi électorale,
- 2. elle pourrait être le prélude à un arrangement portant sur la prorogation du mandat de la Chambre si aucune entente ne se révèle possible au sujet d’une nouvelle loi. Walid Joumblatt et les membres de son bloc parlementaire, tout comme le vice-président de la Chambre Farid Makari, et les députés Marwan Hamadé, Fouad Es-Saad et Antoine Saad ont dérogé à l’entente au sujet de la suspension des délais. Des sources liées au PSP, interrogées par An Nahar, n’ont pas fait mystère de leur mécontentement dû à l’appui par le Courant du futur à la suspension de ces délais, et Walid Joumblatt s’est contenté de déclarer que « l’erreur du maitre est mille fois plus graves que d’autres. Tout dépend de qui les commet. »
Le président Michel Sleiman a annoncé sur Twitter qu’il comptait signer la loi sur la suspension des délais pour permettre la promulgation d’une loi électorale moderne fondée sur la proportionnelle.

Al-Akhbar (Quotidien libanais proche de la majorité, 12 avril 2013)
Bassam Kantar
Le mutisme dans lequel s’est muré le Tribunal d’application des peines (TAP) indique que le rideau est tombé sur la pièce mise en scène par la justice française et que la 8ème demande de libération conditionnelle présentée par Georges Ibrahim Abdallah est définitivement bloquée. Mais l’option d’un nouveau procès s’impose en force.
La Cour de cassation avait déclaré que Georges Abdallah « ne peut se voir accorder une libération conditionnelle sans avoir été obligatoirement préalablement soumis, à titre probatoire, à une mesure de semi-liberté ou de placement sous surveillance électronique pendant une période d’un an au moins ». Le détenu devra donc circuler en France un bracelet électronique à son pied pendant un an au moins avant de pouvoir rentrer au Liban. Ainsi, la France aurait-elle réussi à porter un coup fatal à la possibilité pour lui de profiter du mécanisme de la libération conditionnelle, faisant savoir de ce fait sa volonté de le maintenir en otage. La France aurait également fait fi des promesses faites par le président Hollande devant son homologue libanais.
Face à cette situation, quelles sont les options à même de garantir la libération du détenu via une décision judiciaire ? Seul son avocat, Me Vergès, est en mesure de répondre à cette question. L’avocat octogénaire n’a pas perdu l’espoir. Cependant, son âge et ses problèmes de santé posent plusieurs questions quant à sa capacité à pouvoir intenter une nouvelle action dont l’aboutissement nécessitera de longues années de travail laborieux.
L’ancien patron de la DST, Yves Bonnet, avait fait état, en parlant de l’affaire, d’une « opération sécuritaire contraire à la loi », considérant que les accusations contre Georges Abdallah étaient montées de toutes pièces.

Al-Akhbar (11 avril 2013)
Jean Aziz
Les véritables préoccupations et priorités françaises ces jours-ci sont, sur le plan extérieur, le Mali et ses extrémistes, et sur le plan intérieur, les démêlés judiciaires des responsables politiques, sur fond d’une conjoncture économique pesante. D’aucuns ont même craint une annulation de la rencontre entre le patriarche maronite et Laurent Fabius pour le simple fait que, le même jour, une rumeur a circulé sur l’existence d’un compte bancaire en Suisse au nom de celui dont Mitterrand a fait un jour le plus jeune Premier ministre de France. Malgré cela, les Français veulent que des Libanais leur parlent du Liban. Un constat qui ne rassure toutefois pas certains sceptiques, qui craignent que l’audience accordée à des visiteurs libanais par les responsables français ne soit une façon détournée de leur dire : il est vrai qu’il y a un siècle, nous avons réussi à découper pour vous un pays indépendant au moment de l’effondrement d’un sultanat malade, mais vous n’avez pas su préserver votre État, et, depuis, ce sultanat s’est remis en selle. L’histoire est réécrite à l’envers. Ce que nous avons récolté en Syrie a été lourd de conséquences pour vous, compte tenu du dossier des déplacés. Nous essaierons de limiter les dégâts d’un point de vue humanitaire. Nous avons demandé aux pays du Golfe de vous donner un peu d’argent. Nous en avons même touché un mot aux États-uniens pour qu’ils le leur demandent à leur tour. Bien évidemment, nous savons que ce n’est pas suffisant, d’autant que votre région risque la désagrégation totale. Mais n’ayez crainte, nous avons commencé à nous préparer à un tel scénario. Nous avons demandé à certains experts d’exhumer toutes les études passées, relatives à un petit Liban ou un Liban fédéralisé. Nos centres de réflexion sont en train de les passer au peigne fin. Soyez donc sans crainte. Tout est sous contrôle.

Al-Akhbar (11 avril 2013)
Nasser Charara
Selon des sources bien informées, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, s’apprête à effectuer une visite de 48 heures au Liban au cours de laquelle il aura des entretiens intensifs avec un large éventail de la classe politique libanaise, y compris les responsables officiels.
La Russie semble accorder une grande importance au timing politique de cette visite, preuve en est qu’elle l’a maintenu, bien qu’un congrès sur les chrétiens d’Orient, qui était en préparation depuis un an à Beyrouth sous parrainage russe, ait été reporté à l’automne. Les sources indiquent que ce congrès a été « reporté » et non pas « annulé ». Des sources russes ajoutent que Moscou envisage d’élaborer une nouvelle politique à l’égard du Liban, basée sur une plus grande présence politique, et ce pour plusieurs raisons : d’abord, la Russie est intéressée par le gaz découvert dans le bassin levantin. Il y a trois semaines, Gazprom a obtenu une licence d’exploitation au large des côtes palestiniennes. L’extraction commencera en juin. À Chypre, le géant russe tente de surmonter les objections turques pour obtenir une concession similaire. Au Liban, Gazprom est en lice pour l’exploitation des réserves libanaises. En Syrie, qui renferme les plus importances ressources gazières du Levant, la Russie a fait savoir aux Européens qu’elle sera seule à exploiter le gaz. Les projets de Gazprom au Levant ne constituent que 1 % de ses activités mondiales. Mais la Russie s’y intéresse quand même pour conserver et renforcer sa suprématie sur ce secteur.
L’arrivée de Bogdanov au Liban a été précédée d’un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères soutenant la nomination de Tammam Salam au poste de Premier ministre. Moscou avait souhaité une reconduction de Najib Mikati, car « il a une saveur moins saoudienne que Saad Hariri », d’autant que son business est réparti dans plusieurs régions du monde et non pas seulement en Arabie saoudite.
La Russie est allergique au rôle saoudien au Liban, car elle craint que le pays du cèdre ne soit utilisé comme base arrière pour les rebelles syriens.
Dernière raison expliquant l’intérêt que porte la Russie au Liban : la protection des chrétiens d’Orient, qui est l’un des grands titres de l’action de Moscou, surtout depuis le début de la crise syrienne.

Al-Joumhouria (Quotidien libanais proche du 14-Mars)
Georges Soulage
Il ne fait pas de doute que ce qui se passe au Liban est le reflet du conflit sanglant en Syrie. La sécurité constitue le principal souci des Libanais, bien avant la loi électorale, les délais constitutionnels, la tenue ou le report des législatives. Les discussions qui ont lieu dans les salons politiques fermés sont différentes des déclarations publiques et se résument comme suit :
- 1. Reprendre en main la fragile sécurité en réduisant la tension sectaire, notamment dans les régions qui ont connu des désordres et des blocages de routes ;
- 2. Eviter les répercussions de la crise syrienne sur la scène libanaise, surtout que les acteurs locaux, qu’ils sympathisent avec l’un ou l’autre camp en Syrie, n’ont pas d’impact décisif dans les événements dans ce pays.
C’est le dossier sécuritaire et le danger d’une explosion imminente au Liban qui ont imposé un changement rapide à la tête de l’exécutif et ont assuré une quasi-unanimité autour de la personne de Tammam Salam. Ces mêmes préoccupations vont peser sur les équilibres dans la période à venir.
Dans ce contexte, le Hezbollah a fait preuve de pragmatisme. Il ne s’est pas opposé au départ du gouvernement et, par conséquent, à l’ouverture d’une page nouvelle en tant que partenaire dans la nouvelle équation. D’autant que l’objectif commun de tous les protagonistes est de faire baisser la tension, de garantir la stabilité du pays et de lui éviter les ondes de choc de la lutte pour le pouvoir en Syrie. En fin de compte, le parti a su saisir l’occasion qui réalise sa volonté d’éviter la discorde confessionnelle.
Ainsi, la rencontre entre le 8 et le 14-mars autour de la désignation du Premier ministre rectifie le déséquilibre au niveau des rapports de forces internes dans le but de renforcer le courant modéré sur le plan national et de ne pas livrer la scène interne aux extrémistes. Partant de là, il est logique que cet esprit consensuel s’étende aussi à la formation du gouvernement pour faciliter la tâche du Premier ministre désigné, contrairement aux informations qui affirment que la formation du cabinet sera difficile, et en dépit de la complexité des dossiers.
Concernant les élections législatives, malgré les démarches et les efforts pour élaborer une nouvelle loi, le paramètre sécuritaire menace d’empêcher la tenue du scrutin.

Elnashra.com (Site d’information libanais indépendant, 11 avril 2013)
Un rapport des Nations unies a dévoilé qu’une grande quantité d’armes libyennes a été transportée dans la Bande de Gaza, en Égypte, en Syrie et dans d’autres pays, et qu’un groupe de rebelle qui combattent le gouvernement égyptien dans le Sinaï en obtenu une partie. Le rapport, élaboré par un groupe d’experts du Conseil de sécurité, indique que « des combattants libyens ainsi que des armes et des munitions provenant de ce pays sont arrivés en Syrie dans le cadre d’opérations organisées par des parties basées en Libye ou dans des pays voisins de la Syrie et, parfois, avec leur consentement. »
« La Syrie a constitué une destination privilégiée pour les combattants libyens dont certains ont rejoint des rebelles à titre individuel ou dans le cadre de réseaux montés pour soutenir l’opposition armée syrienne », ajouté le rapport.
Les expert, qui font partie de la commission des sanctions contre la Libye au Conseil de sécurité, indiquent que les armes libyennes ont été envoyées en Syrie via la Turquie ou le Liban-Nord. « L’importance des cargaisons montre que des représentants des autorités locales libyennes étaient au courant de ce trafic, quand ils n’y participaient pas directement », indiquent les experts, qui évoquent le cas du navire Lutfallah 2, saisi par l’Armée libanaise le 27 avril 2012. Le rapport poursuit : « Ce navire, qui appartient au Syrien Malek Khafaji, a embarqué son chargement à Misrata, en Libye, avant de se diriger vers un port turc, puis vers Alexandrie, avant d’aller au Liban. Les conteneurs embarqués à Misrata étaient encore sous scellé. Ils contenaient des armes sophistiquées, dont des systèmes de défense antiaérienne portables, des missiles antichars guidés et différents types d’armes légères et lourdes ainsi que leurs munitions. Les experts qui ont inspecté le navire ont trouvé le logo d’une association de bienfaisance libyennes sur les caisses, qui contenaient aussi du matériel de communication moderne. » Le rapport ajoute que le transfert d’armes et de combattants libyens en Syrie se déroule d’une manière plus organisés ces derniers temps.

Source
New Orient News

Pierre Khalaf

Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.

 
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