Réseau Voltaire

Le terrorisme, de Boston à Moscou en passant par Damas

La découverte (ou l’annonce) du facteur tchétchène dans l’attentat de Boston suscite de nombreux échos dans le monde, bien sûr forts différents des États-Unis à la Russie. Pour Alexandre Latsa, les deux mondes sont victimes de la même attaque et devraient s’unir contre elle, y compris en Syrie.

| Moscou (Russie)
+
JPEG - 31.3 ko

Depuis la fin de l’URSS, l’un des mythes fondateurs de la politique étrangère euro-américaine envers la Russie se base sur la situation dans le Caucase. Dès 1994, l’État russe fait face à une rébellion armée qui prône l’indépendance et fera rapidement appel à des cohortes de mercenaires étrangers pour mener cette soi-disant guerre d’indépendance de Tchétchénie. Rapidement, le conflit se transformera en une guerre religieuse sous la pression notamment de ces mercenaires islamistes qui tenteront d’étendre le conflit à tout le Caucase pour y instaurer un califat régional.

Dès le début des opérations militaires russes dans le Caucase visant à rétablir l’ordre et empêcher une partition du pays grâce à une aide extérieure, la Russie a subi une pression médiatique, morale et politique sans précédent. Le mainstream médiatique occidental n’a jamais cessé de nous présenter les combattant islamistes du Caucase comme des soldats de la liberté, luttant pour une hypothétique indépendance ou encore pour la survie de cultures menacées, qui comme on peut le constater en 2013, bien longtemps après, n’ont jamais été menacées. La Russie, qui fait face au terrorisme de l’internationale djihadiste et ses soutiens principaux à l’étranger (que ce soit au sein de pays du golfe, de la Turquie ou de certaines puissances occidentales) n’a que trop rarement bénéficié de la compassion ou du soutien des pays occidentaux.

Les États-Unis dans cette pression à l’encontre de la Russie, portent une responsabilité très importante en tant que leader économique, politique et moral de la communauté des états occidentaux.

À titre d’exemple, le principal site de propagande antirusse du Caucase qui prend la défense de terroristes tel que Dokou Umarov (dont le mouvement est classé comme terroriste par l’ONU) et qui justifie les attentats contre l’État russe aurait vraisemblablement été fondé par entre autre le département d’État US. Eric Draitser rappelait récemment que de nombreuses ONG opèrent dans le Caucase via un soutien financier états-unien direct et soutiennent officiellement le séparatisme dans cette région, devenant ainsi indirectement (involontairement ?) les complices des terroristes qui opèrent dans cette région du globe.

Dans l’affaire de Boston, on a évidemment beaucoup parlé des deux frères Tsarnaïev, et la presse vient de révéler que la Russie avait demandé au FBI d’enquêter sur l’un d’entre eux, leur mère assurant même qu’ils étaient sous contrôle étroit des services états-uniens. On ne peut que s’étonner que nos commentateurs nationaux, si prompts à accuser le FSB de tous les complots possibles et imaginables lorsque surviennent des attentats en Russie se refusent à l’évocation de théories identiques en ce qui concerne la situation aux USA.

À un an des olympiades de Sotchi la situation dans le Caucase semble pourtant bien plus calme que l’on ne pouvait le croire et ce malgré l’instabilité soutenue au Daguestan. C’est dans ce contexte que les attentats de Boston sont sans doute le plus grand service que les terroristes pouvaient rendre à la Russie. En l’espace de quelques jours, les terroristes du Caucase ne sont plus, et ne seront sans doute jamais plus, présentés comme des combattants de la liberté mais comme ce qu’ils sont : des criminels. Le FBI du reste est déjà en train de chercher de potentielles pistes pour voir si les deux frères Tsarnaïev n’étaient pas en lien avec l’émir du Caucase Dokou Umarov ce qui, si cela s’avérait vrai, confirmerait totalement les affirmations et donc la position de la Russie sur le Caucase.

Mais le changement lexical n’est sans doute pas suffisant, il devrait aussi s’accompagner d’un changement de politique puisque pendant que les citoyens US pleurent leurs proches tués ou meurtris, le département d’État vient d’annoncer la hausse de l’aide militaire à la rébellion syrienne, dont les éléments les plus radicaux viennent de poster une vidéo à destination du président Obama pour lui rappeler qu’ils sont tous des « Oussama Ben Laden ».

Le professeur Aymeric Chauprade rappelle que « l’État profond américain est allié de l’islamisme depuis les années 70 et a soutenu et utilisé celui-ci partout où il pouvait déstabiliser l’Europe, la Russie, la Chine… Dans les années 90, la CIA soutient l’islamisme tchétchène et les musulmans les plus radicaux dans le Caucase, comme elle soutient les djihadistes en Bosnie, au Kosovo, en Libye, dans le Sahel, en Syrie ». Il rappelle également que « Au début des années 2000, Dhokhar et Tamerlan sont accueillis à bras ouverts avec le statut de réfugié politique aux États-Unis. On s’émerveille sur ces bons immigrés qui veulent devenir de bons américains. On leur accorde des bourses ».

On aimerait désormais que les bonnes conclusions soient tirées par les stratèges états-uniens. Comme le suggère Gordon Hahn, expert du Centre d’études stratégiques et internationales : « Même si l’attentat de Boston n’est pas lié à la région et que l’inspiration est d’ordre idéologique, il est temps de renforcer la coopération avec la Russie et d’écouter Poutine ».

Le peuple états-unien vient donc de découvrir à toute petite échelle ce que les Syriens vivent tous les jours depuis prés de deux ans et ce que les Russes continuent de subir depuis la fin des années 90. Curieusement (?) les acteurs qui ont le plus contribué à la guerre contre l’État russe et facilité l’islamisation du Caucase (et donc indirectement le terrorisme) sont les mêmes qui sont à la pointe de la lutte contre l’État Syrien aujourd’hui. Une guerre en Syrie qui pourrait et devrait du reste entrainer une explosion du terrorisme dans de nombreux pays si les combattants de plus de 50 nationalités y combattant déjà décidaient de rentrer mener le jihad dans leurs pays respectifs et adoptifs, en France notamment.

Les victimes civiles états-uniennes, russes ou syriennes sont les victimes d’un seul et même fléau et d’une politique étrangère incohérente du « deux poids deux mesures » qui non seulement empêche l’établissement de relations internationales saines mais permet aussi directement au terrorisme de proliférer.

Source
RIA Novosti (Fédération de Russie)

Articles sous licence creative commons

Vous pouvez reproduire librement les articles du Réseau Voltaire à condition de citer la source et de ne pas les modifier ni les utiliser à des fins commerciales (licence CC BY-NC-ND).

Soutenir le Réseau Voltaire

Vous utilisez ce site où vous trouvez des analyses de qualité qui vous aident à vous forger votre compréhension du monde. Ce site ne peut exister sans votre soutien financier.
Aidez-nous par un don.

Comment participer au Réseau Voltaire ?

Traducteurs de niveau professionnel : vous pouvez nous aider à rendre ce site accessible dans votre langue maternelle.