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Le président libanais est un cas désespéré : que lui dire d’autre que « dégage ! »

Élu président en violation de la Constitution, poussé par les puissances coloniales, intronisé par l’émir du Qatar, le président libanais Michel Sleiman n’a jamais défendu son pays, mais uniquement servi des intérêts étrangers. Alors qu’il arrive au terme de son mandat, il apparaît plus préoccupé par la prorogation de ses pouvoirs et par les pots de vins saoudiens que par aider à résoudre les problèmes de ses concitoyens. Sa dernière trouvaille : mettre en cause le principe même de la résistance à Israël.

| Paris (France)
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Le président Michel Sleiman

Depuis quelques mois, après avoir bombé le torse grâce au soutien des Qataris, le président de la République libanaise joue les utilités dans la pièce de théâtre que donnent les Saoudiens. Se croyant devenu bœuf, il n’est toujours que la grenouille qui se contente de coasser dans le concert de la politique libanaise…

Monsieur Sleiman vend depuis quelques semaines les armes françaises, financées par les Saoudiens, que l’armée libanaise n’a pas encore reçues et risque du reste ne jamais recevoir, en faisant croire qu’elles vont permettre aux Libanais de se défendre contre toute éventuelle attaque israélienne.

Ces armes, dont personne ne connaît la quantité ou la nature ne feront, quoi qu’en dise un président qui a perdu tout crédit, de l’armée libanaise ni la première ni la deuxième armée du Proche-Orient, non parce que les soldats libanais ne sont pas bien formés ou qu’ils manquent de courage et d’intelligence, mais parce qu’il est évident que ni la France, ni l’Arabie Saoudite, ne veulent permettre à une quelconque armée de la région de rivaliser avec Tsahal.

L’excellent stratège qu’est Monsieur Sleiman est probablement plus apte à lire dans le marc de café qu’à décrypter les plans que préparent les ennemis éternels de cette région. En réalité, après avoir prêté serment lors de son élection et fait une déclaration solennelle réaffirmant le caractère sacré de la trinité « le peuple, l’armée et la Résistance » qui sont le seul rempart pour défendre l’intégrité territoriale du pays des cèdres, ne voilà-t-il pas qu’il a changé de positionnement ?

Cette trinité considérée comme l’étalon or du Liban, réaffirmée par tous les gouvernements, que s’est-il passé dans la tête de ce président pour qu’il déclare dernièrement qu’elle est devenue « de bois » ? Qu’est ce qui justifie cette transformation de matière ? Le président libanais aurait-il trouvé une force que l’on ignorait jusqu’à présent ? Certainement pas, ce qui a changé ce sont ses engagements qui l’ont rendu amnésique.

Pour mémoire en effet, rappelons que depuis la création de l’État hébreu, il ne s’est pas passé un jour sans que les Israéliens ne portent atteinte à la souveraineté libanaise. Tout leur est permis : annexion rampante de territoires, puisque plusieurs villages se sont vu spolier d’une partie de leur terrains limitrophes, incursions armées, enlèvements, attaques ciblées ou non, destructions des biens publics et privés…

À l’époque antérieure à la création du Hezbollah, aucune résistance n’était envisageable. Les responsables politiques libanais détournaient pudiquement le regard, et faisaient mine de se plaindre auprès de l’Onu. Les soldats libanais était interdits de riposte, et certains étaient même sanctionnés s’ils s’avisaient de répliquer par des tirs de semonces lors d’une attaque, à tel point que certains d’entre eux ont fini par pactiser avec les Israéliens notamment pendant la guerre du Liban. Ceci a du reste abouti à la création d’une milice pro-israélienne, dénommée Armée du Liban Sud, dont les membres étaient pour l’essentiel d’anciens soldats de l’armée libanaise.

À quoi bon résister, puisque les Israéliens ne s’intéressaient qu’au Sud du Liban, région des oubliés de cette République ? Là où il y avait les champs de tabac, la misère, là où les enfants et les adultes n’avaient rien à se mettre sur le dos, réduits à se draper dans une dignité issue de leur culte et de leur culture.

Quand Israël a démontré que son intérêt pour le Liban allait au-delà du Sud en envahissant Beyrouth en 1982, notre fameux président alors simple officier était à l’abri, car l’état-major n’avait même pas prévu de s’opposer à une quelconque occupation, car l’idéologie de la résistance était cruellement absente au sein de cette armée.

Seuls des jeunes hommes âgés de quinze à vingt-cinq ans ont promis de se battre et de harceler cette force d’occupation, tandis que de son côté, le pouvoir politique envoyait des officiers libanais négocier avec les Israéliens les conditions de sa soumission, aux termes de laquelle ceux-ci pourraient réclamer des poursuites contre tout citoyen libanais qui s’engagerait d’une manière ou d’une autre dans la résistance.

Pendant ce temps les camps d’internement israéliens se remplissaient de Libanais de toutes confessions qui s’étaient précisément engagés dans le soutien à la résistance. À cette date le Hezbollah n’existait pas, puisqu’il n’est né qu’un an après l’invasion israélienne. Mais ce qui est certain est que pendant ce temps le futur président libanais était aux abonnés absents.

Il a fallu un concours de circonstance pour que Monsieur Sleiman devienne président, mais avant cela, la résistance avait permis en juin 2000 la libération de l’essentiel du territoire libanais et en juillet-août 2006 de donner une leçon inoubliable à l’armée israélienne. À cette même période, Le président libanais Émile Lahoud a donné l’ordre pour la première fois à son armée de s’opposer aux attaques israéliennes.

Cette période a été marquée par la naissance d’un sentiment de fierté nationale, la victoire était celle de tous, malgré la fourberie doublée de lâcheté de certains hommes politiques qui se réunissaient dans la résidence de l’ambassadeur des États Unis, œuvrant contre l’arrêt de la guerre contre le Liban au prétexte d’endiguer le danger que représentait d’après eux le Hezbollah.

À l’époque tout le monde connaissait une anecdote sur les résistants, et sur leurs opérations pour harceler les soldats du Tsahal. Tout le monde pouvait citer l’exploit d’un résistant qui avait fait preuve de bravoure, les familles étaient fières des faits d’armes de leurs enfants. Les villes exhibaient avec ostentation les chars ou les canons abandonnés par les israéliens ou leurs collaborateurs.

De son côté, l’armée se considérait comme partenaire des victoires puisqu’une nouvelle génération de soldats et d’officiers était formée avec une idéologie faisant la part entre les amis et les ennemis de la nation. Des frères d’armes sont tombés sur les champs de batailles, soldats comme résistants. Quand l’armée était attaquée par les Israéliens, les résistants proposaient leur aide. Pour démanteler les réseaux de collaborateurs et espions, le renseignement de l’armée et celui de la résistance travaillaient main dans la main.

L’équation de cette victoire devait s’appeler : le peuple, l’armée et la résistance. Cette règle d’or était appréciée en tant que telle par l’essentiel de la population. Il fallait donc briser cette idée qui commençait à représenter le ciment d’une identité nationale qui peinait à se définir depuis la naissance du Liban.

L’on a commencé par chercher à déconsidérer la résistance en insinuant que depuis la libération des territoires libanais elle n’avait plus de rôle à jouer, et que le reste des territoires occupés serait récupéré grâce à des démarches auprès de l’Onu, comme si celles-ci avaient abouti à récupérer un centimètre de territoire depuis la naissance de l’État hébreu. !...

La population des territoires encore occupés ne comptait pas, comme si ces citoyens n’avaient pas enfanté ces héros de la résistance. Les populations menacées par des incursions et des intimidations quotidiennes n’intéressaient plus personne, la jeunesse qu’elle avait offert en sacrifice pour préserver la dignité et la terre se retrouvait déconsidérée, ainsi qu’une bande de miliciens travaillant pour on ne sait quelle puissance étrangère.

En même temps que l’on provoquait la population qui avait couvé et embrassé la résistance, l’on s’en prenait à l’armée libanaise devenue symbole d’une unité nationale. Les attaques sont devenues de plus en plus nombreuses dans le nord à Akkar, au camp palestinien de Nahr el-Bared, ou à Dannieh. Dans la plaine de la Bekaa à Irsal ou à la frontière avec la Syrie, à Beyrouth ou à Saida sans oublier le harcèlement quotidien à Tripoli.

Le tout s’accompagnait d’une campagne de discrédit contre cette armée supposée à la solde de la Syrie et ensuite du Hezbollah ! À chaque fois l’armée a payé le prix de son engagement en voyant s’allonger la liste de ses officiers et soldats morts sous les balles des mouvements islamistes protégés par une classe politique lâche, incompétente et se comportant en bande organisée vendant le pays au plus offrant.

Le président Sleiman s’est joint au fur et à mesure à ce concert de critiques. Il a toléré les attaques contre l’armée Libanaise en interdisant toute riposte, créant ainsi des zones de non-droit. Il a bafoué l’autorité de cette armée qui prenait de plus en plus d’assurance après avoir neutralisé avec succès des réseaux de collaborateurs et d’islamistes djihadistes venus la terreur dans les rues des villes et villages libanais au risque de susciter une guerre confessionnelle.

Le président a maintenant beaucoup d’ « amis », des Saoudiens, des Qataris, des Français, des États-uniens, qui connaissent son point faible : sa vénalité. Ils lui promettent même un poste après la présidence, à charge pour lui de faire pression sur le Hezbollah en raison de son appui au régime syrien, et maintenant en décrédibilisant le pacte entre le peuple, l’armée et la résistance qui ne serait devenu pour lui qu’une simple équation en bois…

Selon lui, la résistance serait devenue inutile, car le Liban est actuellement en mesure de se défendre, et l’urgence serait pour lui est de soumettre la résistance aux ordres de l’armée. Cette thèse est en apparence légitime puisque les seules armes tolérées sur le territoire ne devraient être autres que celles de l’État. Mais cette apparence ne résiste pas à l’épreuve de la réalité car l’armée libanaise, comme toutes les armées classiques de cette région, ne sera jamais autorisée à rivaliser avec Tsahal qui sera toujours supérieurement équipée.

Le but de cet État est donc d’admettre cette suprématie et de de supporter toutes les atteintes que pourraient commettre l’armée israélienne sur le territoire libanais. Le but est également d’accepter la soumission alors que le Liban qui honorait son principe de trinité est sorti vainqueur d’une guerre qui a duré trente-trois jours au cours de l’été 2006. Le but est de considérer les héros de cette nation, soldats ou résistants, comme de simples renégats dont le rôle serait terminé dès lors que ce président aurait sifflé la fin de la recréation.

Ces hommes n’ont pas été et ne sont pas en recréation. Ils sont les vigiles de cette nation qui refuse l’oppression et l’agression. Celle qui refuse qu’on lui vole ses victoires aussi modestes soient-elles. Celle qui veut que ces hommes soient intemporels, transconfessionnels, dépassant les clivages politiques.

Cette nation voudrait que ses hommes politiques de tous bords considèrent que ces victoires appartiennent au peuple et non à eux. Ils ne peuvent donc pas les négocier dans le bazar de leurs intérêts politiques mesquins et indignes. Cette nation veut que la trinité ayant débuté avant le Hezbollah demeurera dans son patrimoine même quand il n’y aura plus de Hezbollah, et survivra à ce président.

Des présidents qui n’ont pas compris ce qu’une nation désire n’ont pas leur place dans l’histoire de leur pays et encore moins dans celle de l’humanité. L’histoire les dégage des lignes écrites par de vrais héros. Mais il arrive que les peuples aussi les dégagent...

Monsieur le président, même quelques semaines avant la fin de votre mandat, vous ne méritez pas les adieux de cette nation libanaise. Vous méritez un seul mot : « dégage ! ».

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