1. Nous avons rencontré ce jour le premier ministre ukrainien, M. Arseniy Iatseniouk, qui nous a informés de la situation dans son pays. Nous saluons le courage et la résilience dont le peuple ukrainien a fait preuve ces derniers mois et semaines.

2. Nous entérinons les conclusions que le Conseil a adoptées le 3 mars. Nous condamnons fermement la violation par la Fédération de Russie, sans qu’il y ait eu provocation, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine et nous appelons la Fédération de Russie à ramener immédiatement ses forces armées vers leurs lieux de stationnement permanent, conformément aux accords applicables. Nous demandons à la Fédération de Russie de permettre un accès immédiat à des observateurs internationaux. La solution à la crise en Ukraine doit être fondée sur l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance du pays, ainsi que sur le respect rigoureux des normes internationales. Nous considérons que la décision prise par le Conseil suprême de la République autonome de Crimée d’organiser un référendum sur le statut futur de ce territoire est contraire à la constitution ukrainienne et donc illégale.

3. L’Union européenne entretient des relations importantes avec l’Ukraine et la Fédération de Russie et est prête à engager un dialogue franc et ouvert avec ces deux pays. Elle est investie d’une responsabilité particulière en ce qui concerne la paix, la stabilité et la prospérité en Europe. Nous poursuivrons ces objectifs en utilisant toutes les voies dont nous disposons, et nous demanderons aux représentants de l’UE de prendre toutes les initiatives nécessaires. Par ailleurs, l’Union européenne participera au mécanisme multilatéral (groupe de contact/de coordination) qui est actuellement mis en place afin d’apaiser la situation et qui devrait avoir pour objectifs, entre autres, d’instaurer un climat de confiance entre les parties, de veiller au respect de l’intégrité territoriale et de la souveraineté du pays, de protéger tous les citoyens contre les intimidations, de veiller au respect des droits des minorités, de contribuer à la tenue d’élections libres et régulières et de surveiller la mise en œuvre des accords et des engagements.

4. Il faut que l’Union européenne et la Fédération de Russie retrouvent rapidement leur objectif commun consistant à établir une relation fondée sur l’intérêt mutuel et le respect des obligations internationales. Il serait très regrettable que la Fédération de Russie n’œuvre pas dans ce sens et, en particulier, qu’elle continue de refuser de participer à un dialogue productif avec le gouvernement ukrainien. Nous avons décidé aujourd’hui de prendre des mesures, y compris celles qui avaient été envisagées par le Conseil le 3 mars, en vue notamment de suspendre les pourparlers bilatéraux menés avec la Fédération de Russie sur les visas ainsi que sur le nouvel accord. Nous soutenons la décision prise par les membres européens du G8 de suspendre leur participation aux préparatifs du sommet du G8 jusqu’à nouvel ordre.

5. La solution à la crise devrait être trouvée dans le cadre de négociations entre les gouvernements de l’Ukraine et de la Fédération de Russie, y compris par le recours éventuel à des mécanismes multilatéraux. Ces négociations doivent commencer dans les prochains jours et produire des résultats dans un délai limité. En l’absence de tels résultats, l’Union européenne décidera de mesures supplémentaires, tels que des interdictions de pénétrer sur son territoire, des gels des avoirs et l’annulation du sommet UE-Russie. La Commission et le SEAE mèneront des travaux préparatoires sur ces mesures.
Toute autre mesure de la Fédération de Russie qui serait de nature à déstabiliser la situation en Ukraine entraînerait d’autres conséquences, d’une portée considérable, pour les relations entre l’Union européenne et ses États membres, d’une part, et la Fédération de Russie, de l’autre, et ce dans un grand nombre de domaines économiques.

6. L’Union européenne se félicite de la réaction modérée dont a fait preuve jusqu’à présent le nouveau gouvernement ukrainien. Nous encourageons les autorités ukrainiennes, dans le cadre d’un processus ouvert à toutes les parties, à poursuivre leurs efforts en vue d’assurer la tenue d’élections libres et régulières, à faire avancer la réforme constitutionnelle et à enquêter sur tous les actes de violence. Les efforts visant à toucher toutes les régions et tous les groupes de la population d’Ukraine et à assurer une protection pleine et entière des droits des personnes appartenant aux minorités nationales, en tirant parti de l’expertise du Conseil de l’Europe et de l’OSCE, devraient être poursuivis.

7. Nous nous tenons aux côtés de l’Ukraine et nous nous engageons à lui fournir un important soutien financier. Nous nous félicitons de la présentation, par la Commission, du programme global de soutien et chargeons toutes les instances compétentes du Conseil de l’examiner rapidement. Le soutien du FMI sera déterminant pour débloquer l’aide de l’Union européenne. La priorité immédiate est de rétablir la stabilité macroéconomique au moyen de politiques saines dans les domaines budgétaire et monétaire et en matière de taux de change. Dans le même temps, nous appelons le gouvernement ukrainien à lancer d’urgence une série de réformes structurelles ambitieuses, notamment en vue de lutter contre la corruption et de renforcer la transparence. Nous nous félicitons de la décision prise par le Conseil de geler et de recouvrer les avoirs des personnes identifiées comme étant responsables du détournement de fonds publics. Nous sommes également prêts à répondre immédiatement à toute demande d’assistance humanitaire.

8. L’Union européenne et l’Ukraine ont déjà pris une mesure importante dans le sens de l’approfondissement de leurs relations en paraphant l’accord d’association, qui prévoit l’instauration d’une zone de libre-échange approfondi et complet. Nous réaffirmons que l’Union européenne a la volonté de signer cet accord d’association, qui prévoit l’instauration d’une zone de libre-échange approfondi et complet. Nous nous emploierons en priorité à signer très prochainement tous les chapitres politiques. L’Union européenne entend adopter des mesures unilatérales qui permettraient à l’Ukraine de bénéficier de manière substantielle des avantages offerts par la zone de libre-échange approfondi et complet. Parmi ces mesures figurerait une offre d’appliquer des dispositions liées à l’importation de marchandises comportant une réduction des droits de douane et l’ouverture de contingents tarifaires par l’adoption de "mesures commerciales autonomes".

9. L’Union européenne se dit une nouvelle fois déterminée à renforcer les contacts entre les Ukrainiens et les citoyens de l’UE, notamment à travers le processus de libéralisation du régime des visas, conformément aux conditions arrêtées dans le cadre du plan d’action concernant la libéralisation du régime des visas.

10. L’énergie et la sécurité énergétique constituent un volet important des relations extérieures de l’Union. Nous poursuivrons notre action pour garantir la sécurité de l’approvisionnement. Nous demandons également que tous les acteurs du marché énergétique européen mettent en œuvre de manière effective et cohérente le troisième paquet "Énergie". Par ailleurs, l’Union européenne est disposée à aider l’Ukraine à assurer son approvisionnement énergétique grâce à une diversification plus poussée, à une meilleure efficacité énergétique et à la mise en place effective d’interconnexions avec l’Union européenne.

11. L’Union européenne déclare qu’elle a pour objectif de renforcer encore l’association politique et l’intégration économique avec la Géorgie et la République de Moldavie. Nous confirmons que notre but est que les accords d’association que nous avons paraphés à Vilnius en novembre dernier, qui prévoient l’instauration de zones de libre-échange approfondi et complet, soient signés au plus tard à la fin du mois d’août 2014.