La réunion 2014 du Groupe spécial sur la Méditerranée et le Moyen-Orient de l’Assemblée parlementaire de l’Otan.

La destruction du chasseur russe engagé en Syrie par un chasseur turc made in USA, avec la rupture consécutive entre Moscou et Ankara non par hasard à la veille de l’accord sur le gazoduc qui aurait dû apporter le gaz russe jusqu’au Bosphore [1], met en évidence de façon dramatique l’événement qui se déroule jeudi et vendredi à Florence : l’Assemblée parlementaire de l’Otan qui, le 12 octobre dernier, avait « recommandé aux gouvernements de l’Otan d’augmenter la dépense de la défense, face à une Russie de plus en plus imprévisible et à la croissante instabilité au Moyen-Orient ».

La session de l’Assemblée parlementaire de l’Otan, qui se déroule au Palazzo Vecchio, n’est pas un « Sommet de l’Otan » comme quelqu’un l’a dit. L’Assemblée, en fait, « constitue une institution séparée de la structure Otan ». L’organe politique « décisionnel » de l’Otan est au contraire le Conseil de l’Atlantique-Nord, qui se réunit à divers niveaux jusqu’au sommet des chefs d’État et de gouvernements des 28 pays de l’Alliance : son principe conducteur est qu’« il n’y a pas de votes ou de décisions à la majorité, mais les décisions sont prises à l’unanimité et d’un commun accord », c’est-à-dire en accord avec les directives de Washington. Et ce sont toujours les USA qui ont les postes clé dans la structure militaire de l’Alliance : le Suprême commandeur allié en Europe est toujours un général ou amiral désigné par le président des États-Unis.

Mais alors, si ça n’est pas une institution de l’Otan, à quoi sert l’Assemblée parlementaire réunie à Florence ? Composée de représentants des parlements des pays de l’Alliance, pour la majeure partie membres des commissions de la Défense, l’Assemblée est présidée par l’États-unien Hon Turner, membre du Congrès faisant partie à la fois de la commission sur les services secrets et de celle sur les Forces armés. Parmi les cinq vice-présidents on trouve le parlementaire italien Paolo Alli (Nuovo Centrodestra), ancien bras droit de Roberto Formigoni et avec lui sous enquête pour corruption de la magistrature milanaise. La fonction de l’Assemblée, financée (avec de l’argent public) par les 28 gouvernements, est de « constituer un lien essentiel entre l’Otan et les parlements des pays de l’Alliance », en particulier celle de « sensibiliser les milieux parlementaires sur les principales questions relatives à la sécurité de la zone euro-atlantique, contribuant au renforcement des relations transatlantiques ».

Ce qui se réunit au Palazzo Vecchio à Florence est le Groupe spécial sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (qui s’ajoute aux cinq commissions permanentes autour desquelles est articulée l’Assemblée parlementaire), dans un séminaire conjoint avec le Sous-comité sur les relations économiques transatlantiques. L’événement, sous l’égide du Sénat et de la Chambre représentés par les présidents Pietro Grasso et Laura Boldrini, est promu par le président de la Délégation italienne à l’Assemblée Otan, Andrea Manciulli (Pd). Seront présents plus de cent parlementaires représentant 40 pays : des 28 membres de l’Otan aux pays européens et méditerranéens associés à l’Otan et à d’autres alliés de la rive Sud, jusqu’aux monarchies du Golfe.

Le thème « Le terrorisme international, en particulier celui djihadiste, et son financement » sera traité par certains des plus grands experts, y compris ceux des monarchies du Golfe (Koweit et Bahreïn présents à Florence) qui ont contribué avec des milliards de dollars à la formation et à l’armement de groupes djihadistes et de Daesh (État islamique) dans le cadre de la stratégie USA/Otan. Les mêmes, qui ont participé à la guerre contre la Libye, traiteront le thème « Libye entre entité étatique et conflit civil », avec le ministre des Affaires étrangères Paolo Gentiloni et le Chef d’état-major de la défense Graziano, c’est-à-dire avec les représentants de cette Italie qui a contribué à démolir par la guerre l’État libyen. Le thème « Iran et l’ordre régional émergeant » sera traité par des représentants non pas de l’Iran mais d’Israël, qui a contribué à cet ordre avec des opérations comme « Plomb durci » (invitation démagogique à Florence du Conseil national palestinien) et qui continue à tenir l’Iran sous la menace de ses missiles nucléaires. De « sécurité régionale et internationale » parleront, avec le ministre de l’intérieur
Angelino Alfano et le sous-secrétaire Marco Minniti avec délégation aux services secrets, les représentants de l’Ukraine, c’est-à-dire de ce régime qui est en train de recruter secrètement des néo-nazis de toute l’Europe lesquels, après avoir été entraînés par des instructeurs états-uniens, se trouvent rapatriés chez eux pour des opérations de type « Gladio ».

Après une intervention en télétransmission de Federica Mogherini, Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, le séminaire se conclura avec les interventions de la ministre de la Défense Roberta Pinotti et du vice-amiral Michael T. Franken de l’AfriCom (celui qui a ouvert la guerre contre la Libye), lesquels recommanderont à l’Otan de renforcer la « sécurité » par d’autres interventions militaires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Dans la ville Médaille d’or de la Résistance de qui est né l’Article 11 de la Constitution, qui répudie la guerre comme instrument d’offense à la liberté des autres peuples et comme moyen de résolution des controverses internationales.

Traduction
Marie-Ange Patrizio
Source
Il Manifesto (Italie)

titre documents joints

[1Le Groupe joint de planification stratégique Turquie-Russie devait se réunir le 25 novembre. Selon le Premier ministre Ahmet Davutoğlu, au lendemain du G20 au cours duquel le président Poutine avait mis en cause —photos satellites à l’appui— le soutien de la Turquie à Daesh, le Groupe aurait dû relancer la discussion sur le projet Turkish Stream, pourtant officiellement abandonné par la Turquie.