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Inévitablement, lors du quatrième sommet de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) qui s’est tenu le 27 janvier dans la ville de Quito, en Équateur, l’économie, le développement et l’intégration régionale ont été parmi les sujets les plus discutés par les participants. Ce n’est pas un secret que les économies latino-américaines ont été gravement touchées à la suite de la chute drastique des prix des matières premières.

En 2015, le PIB en Amérique latine a diminué de 0,4 %, ce qui a marqué sa pire performance depuis la récession de 2009. Et selon les estimations de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), le taux de croissance de l’année ne sera que de 0,2 %. La situation économique a été encore plus sombre dans les pays exportateurs de produits primaires : le taux de croissance du PIB de l’Amérique du Sud s’est effondré à 1,6 % l’an dernier et sera négatif en 2016.

Sans aucun doute, la phase d’expansion liée à l’exportation de matières premières est épuisée. En 2015, le commerce extra-régional en Amérique latine a chuté de 14 % pendant que le commerce intra-régional a, pour sa part, régressé de 21 %. La déflation (baisse des prix) a également frappé l’investissement direct étranger visant à l’exploitation des ressources naturelles (agriculture, métaux, minerais, pétrole, etc.), qui s’est contracté de plus de 20 % au cours des six premiers mois de l’an passé [1]. Les prix des matières premières resteront bas, de sorte qu’il faudra miser sur une diversification de la production.

Il n’y a pas de temps pour la contemplation, les dirigeants d’Amérique latine ont besoin de passer des paroles aux actes, faute de quoi la récession sera plus profonde. Si la Réserve fédérale (FED) des États-Unis remonte le taux d’intérêt des fonds fédéraux, les pays d’Amérique latine courent le risque d’une crise de liquidité dans des proportions énormes. Si ce scénario se produit, ce sera un revers majeur en termes sociaux : des centaines de milliers de personnes retourneront à la pauvreté.

La question se pose de savoir quoi faire. Pour surmonter un tsunami financier, les actions conjointes sont plus efficaces que le chacun pour soi. En ce sens, lors de son dernier sommet la CELAC a de nouveau été mis sur la table la nécessité de tirer le potentiel maximum de l’architecture financière régionale. Par exemple, pour amortir la fuite massive de capitaux, il faut mettre en œuvre le Fonds du Sud. Il est inconcevable que l’épargne de l’Amérique Latine serve à financer les pays du G7 —composé de l’Allemagne, le Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni—. Au lieu de cela, les réserves internationales des banques centrales d’Amérique latine devraient être administrées ensemble pour stabiliser les balances des paiements et éviter de tomber dans le piège des dévaluations compétitives.

D’autre part, il est à noter qu’il y a une quinzaine de jours, j’ai soutenu que pour avoir cédé à la pression des entreprises, le ministère brésilien des Affaires étrangères était le principal responsable de la paralysie bureaucratique de la Banque du Sud, une nouvelle banque de développement régional chargée de soutenir le financement des projets productifs et des infrastructures [2]. En effet, les pays d’Amérique latine doivent faire des investissements annuels de 320 milliards de dollars pour répondre à leurs exigences en matière d’infrastructures d’ici à 2020, selon les estimations de la CEPAL [3].

Les décisions importantes concernant l’intégration régionale de l’Amérique du Sud ont besoin de l’approbation des plus grands pays : le Brésil, l’Argentine et le Venezuela. Malheureusement, mon hypothèse s’est finalement vérifiée : un peu plus de huit ans après sa signature, cinq pays seulement sur sept ont ratifié la charte fondatrice. Le Brésil et le Paraguay ne l’ont pas encore fait, selon Andrés Arauz, représentant de l’Équateur au conseil de la Banque du Sud [4].

Ainsi, bien que les règlements, les détails techniques et les contributions par pays soient déjà décidés, l’institution est, dans les faits, inexistante. Selon Verónica Artola, directrice adjointe de la planification et de la régulation de la banque centrale de l’Équateur, la condition préalable pour faire fonctionner la Banque du Sud, est de nommer au moins quatre des sept membres du conseil exécutif [5]. L’Équateur, le Venezuela et la Bolivie ont leurs représentants. Alors que, dans le cas de l’Uruguay, il manque la ratification du nouveau gouvernement dirigé par Tabaré Vázquez. L’Argentine, le Brésil et le Paraguay n’ont pas encore envoyé leurs propositions.

En conclusion, la baisse des prix des matières premières a installé une situation grave pour les économies de la région. Aujourd’hui, il est plus clair que jamais que le coût de l’inertie de certains gouvernements a été trop élevé. Il faut rapidement débloquer le Fonds et la Banque du Sud, les outils de l’Amérique latine pour s’en sortir avant la tempête financière …

Traduction
JJ
site : Le Saker Francophone
Source
Russia Today (Russie)

[1] « Panorama Económico y Social de la Comunidad de Estados Latinoamericanos y Caribeños, 2015 », Comisión Económica para América Latina y el Caribe, Enero, 2016.

[2] « Pourquoi est-il urgent de sortir la Banque du Sud de la paralysie ? », par Ariel Noyola Rodríguez, Traduction JJ, Russia Today (Russie), Réseau Voltaire, 20 janvier 2016.

[3] « La inversión en infraestructura en América Latina y el Caribe », Comisión Económica para América Latina y el Caribe, 14 de octubre de 2014.

[4] « El momento es propicio para articular la arquitectura financiera regional », El Telégrafo, 18 de enero de 2016.

[5] « CELAC : Acciones financieras regionales frente a la crisis », Agencia Latinoamericana de Información, 26 de enero de 2016.