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Intervention de Vladimir Poutine au Second Forum de la Route de la soie

| Beijing (Chine)
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Président Xi Jinping, Mesdames et Messieurs,

Tout d’abord, je voudrais remercier mon cher ami, le président chinois Xi Jinping, de m’avoir invité à participer au deuxième Forum de la Ceinture et la route pour la Coopération internationale. J’aimerais [lui, NdT] exprimer ma reconnaissance pour cette occasion d’être présent au sein d’un groupe aussi étendu et de nous rencontrer, de discuter les sujets de développement mondial, et les principes de coopération.

J’ai écouté avec le plus grand intérêt – et je ne doute pas que nombre de participants en ont fait autant – les principes et les objectifs de développement de la Chine, c’est-à-dire, la manière dont la République populaire de Chine, aujourd’hui première économie mondiale en terme de parité de pouvoir d’achat, prévoie de développer et de construire des relations avec ses partenaires. Ces sujets sont de toute première importance, tant pour la Russie, j’en suis convaincu, que pour nombre de mes collègues qui ont également fait le déplacement aujourd’hui jusque Pékin.

De toute évidence, la mise en œuvre de ce projet ambitieux, la Ceinture et la Route, promu par nos collègues chinois, vise à renforcer la coopération constructive des États d’Eurasie. L’objectif de ce projet, fondamentalement unificateur, est d’assurer un développement économique harmonieux et durable, ainsi qu’une croissance économique, à travers l’espace d’Eurasie.

La Russie a souligné à de multiples reprises que le projet du président chinois, la Ceinture et la Route, résonnait avec l’idée russe d’établir un large partenariat eurasiatique, un projet visant à « intégrer les structures d’intégration », et ainsi à promouvoir un alignement plus proche des divers processus d’intégration bilatéraux ou multilatéraux déjà à l’œuvre en Eurasie.

La Russie est prête à consacrer des efforts pour créer un environnement transparent et efficace, afin de promouvoir les coopérations partout en Eurasie.

Il est important que nous définissions des moyens de réponse efficaces face aux risques que présente un paysage politique, économique et technologique fragmenté au niveau mondial, ainsi qu’au protectionnisme croissant, dont les expressions sont des restrictions unilatérales illégitimes imposées en outrepassant le Conseil de sécurité des Nations Unies ou, pire encore, des guerres commerciales.

Nous sommes convaincus que ce n’est qu’en travaillant ensemble que nous pourrons faire face à des défis pressants, tels que la baisse de la croissance économique, les écarts de richesses de plus en plus grands entre les nations, ainsi que les retards technologiques.

Permettez-moi de répéter une chose que j’ai déjà dite à de nombreuses reprises : ces tendances négatives nourrissent le terrorisme, l’extrémisme et les flux migratoires illégaux, contribuent à la résurgence d’anciens conflits régionaux et à l’émergence de nouveaux conflits.

Je suis profondément convaincu que l’Eurasie peut devenir un modèle exemplaire de la mise au point d’un agenda volontaire et porteur de sens, permettant de répondre à ces sujets, ainsi qu’aux autres problèmes internationaux urgents. Cela fait des millénaires que des peuples de cultures, de religions et de traditions très diverses habitent le vaste espace d’Eurasie.

Bien sûr, l’histoire de notre continent a connu guerres et conflits, mais tôt ou tard, ils ont toujours pris fin, le sens commun et l’aspiration naturelle des peuples pour la paix et la communication ont toujours fini par l’emporter.

La Russie est intéressée par la coopération la plus étroite avec tous les partenaires d’Eurasie, sur la base du respect des principes inaltérables de la souveraineté, des droits et des intérêts légitimes de chaque État. C’est sur ces principes que nous bâtissons l’Union économique eurasiatique, avec nos partenaires – l’Arménie, le Bélarus, le Kazakhstan et le Kirghizistan. Bientôt, dès le 29 mai 2019, l’UEEA célébrera son cinquième anniversaire. Sur cette période, un marché commun a été créé, et des conditions sont mises en place pour permettre la libre circulation des biens, des services, des capitaux et du travail.

Des marchés communs ont été établis, ainsi qu’un espace numérique commun.

Parmi les remarques qu’il vient d’adresser, le président Xi Jinping a parlé de l’établissement de liens entre ses projets et d’autres projets similaires, et d’autres associations qui sont en cours de formation dans notre vaste espace. Nos projets sont absolument en ligne avec cela. Les États de l’UEEA travaillent activement à renforcer leurs coopérations industrielles et technologiques, à établir des chaînes logistiques et de transport efficaces. Et nous aussi, nous prendrons part, avec nos amis chinois, avec tous nos partenaires, à d’autres discussions aujourd’hui et demain, nous poursuivrons nos coordinations sur ces travaux, travaux de nature mondiale.

Nous poursuivons également notre politique d’harmonisation en matière de politiques monétaires et fiscales. Dans le même temps, l’Union économique eurasiatique aspire à la coopération la plus large possible avec tous les pays et associations intéressés. Je fais ici référence en premier chef à la République populaire de Chine, le pays que nous considérons comme notre principal soutien, comme notre partenaire naturel dans le développement intégré du continent.

Les cinq États membres de l’UEEA soutiennent à l’unanimité l’idée d’appairer le développement de l’UEEA et du projet économique chinois des Nouvelles routes de la soie. Les accords auxquels nous sommes parvenus à cet égard sont déjà mis en œuvre avec succès. Dans les mois qui suivent, l’Accord sur la coopération commerciale et économique [Agreement on Trade and Economic Cooperation, NdT] entre l’UEEA et la Chine entrera en vigueur.

L’Union Eurasiatique est décidée à libéraliser ses liens économiques avec ses autres partenaires également, et a d’ores et déjà signé un accord de libre échange avec le Vietnam, tandis qu’un accord provisoire avec l’Iran constitue un jalon à la création d’une zone de libre échange. La préparation d’instruments semblables avec Singapour et la Serbie est presque achevée, et des discussions sont en cours avec Israël, l’Égypte et l’Inde.

Nous coopérons activement avec l’Organisation de coopération de Shanghai ainsi que l’Association des nations d’Asie du Sud-Est.

Nous défendons résolument l’expansion de liens d’affaires avec l’Union européenne, notre partenaire traditionnel et de long terme, d’une manière constructive et équitable. Même si nous connaissons des différences, celles-ci ne peuvent ni ne devraient jeter d’ombre sur notre responsabilité partagée quant à l’avenir de l’Europe et de toute l’Eurasie.

Permettez-moi d’insister sur ce point : les concepts du grand partenariat eurasiatique, et des nouvelles routes de la soie partagent les mêmes principes et les mêmes valeurs, que chacun peut comprendre : l’aspiration naturelle des nations à vivre en paix et en harmonie, pouvoir profiter des dernières découvertes scientifiques et des développements innovants, tout en préservant leur culture et l’unicité de leur identité spirituelle. En d’autres termes, ce sont nos intérêts stratégiques à long terme qui nous unissent.

Je crois ardemment que l’approche étendue qui qualifie chacun des deux concepts nous aidera à améliorer la coopération économique au sein du continent, à développer des infrastructures partagées en matière de transports et d’énergie, et à promouvoir la technologie numérique. De cette manière, l’intégration servira les intérêts de nos peuples et de toutes les nations d’Eurasie à son plein potentiel.

Une fois de plus, j’aimerais remercier nos partenaires, nos amis chinois, pour ce projet. Merci de votre attention.

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