Réseau Voltaire

Discours d’ouverture de Jean-Yves Le Drian au Sommet des deux rives

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Messieurs les Ministres,
Messieurs et Mesdames les dirigeants des organisations internationales,
Monsieur le Président de la Région, cher Renaud
Madame la Présidente de la Métropole et du Conseil départemental, chère Martine
Madame la Présidente du Comité de pilotage, chère Ouided Bouchamaoui,
Mesdames et Messieurs, chers Amis,

Qu’est-ce que la Méditerranée ? À cette question redoutable, et pour y répondre il faut se référer aux grands auteurs, je veux parler de Fernand Braudel, qui définit ainsi cette mer sur laquelle il n’a cessé d’écrire :

" La Méditerranée c’est mille choses à la fois. Non pas un paysage, mais d’innombrables paysages. Non pas une mer, mais une succession de mers. Non pas une civilisation, mais des civilisations entassées les unes sur les autres. Voyager en Méditerranée (...) c’est rencontrer de très vieilles choses, encore vivantes, qui côtoient l’ultra-moderne. "

L’histoire nous donne donc une partie de la réponse : la Méditerranée c’est un carrefour unique au monde, où depuis toujours les peuples, les cultures et les destins se croisent, s’entrecroisent, se rencontrent et le plus souvent pour le meilleur.

Qu’est-ce que la Méditerranée demain ?

C’est sans doute la somme des espoirs de ceux qui la font vivre et que vous représentez ici.

Cette définition, vous le sentez bien, c’est une forme d’invitation. C’est l’invitation qu’a lancée le président de la République, il y a un an et demi, lorsqu’il a émis l’idée de réunir les dirigeants et les sociétés civiles de Méditerranée pour qu’ils puissent débattre ensemble de notre avenir commun.

Ce qu’il a proposé, c’est de travailler à retrouver, à reprendre le fil d’une politique méditerranéenne plus inclusive, plus ouverte, dans le prolongement des initiatives antérieures, je pense au processus de Barcelone et à l’Union pour la Méditerranée et cette invitation vous y avez répondu au-delà de nos espérances. Et grâce à votre réponse, cette Méditerranée nouvelle, n’est pas un simple rêve. Le sommet qui nous réunit aujourd’hui est donc bien un moment fondateur qui a été préparé, Madame la Présidente Bouchamaoui vient de le rappeler, par une série de forums qui se sont organisés à Alger, à La Valette, à Rabat, à Montpellier, à Palerme. Dans ces forums thématiques ont été esquissés les chemins de coopération nouveaux et aussi, je le rappelle, parce qu’il y a là une longue histoire dans le cadre du 5 + 5, les ministres concernés dans leurs différents forums ont pu aussi contribuer à la force de cette initiative. Je voudrais rajouter évidemment les organisations internationales, la Banque mondiale, la Banque européenne d’investissement, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, l’OCDE, et bien sûr l’Union européenne.

Je voudrais aussi dire ma gratitude à nos amis de Marseille qui se sont montrés à la hauteur de l’enjeu, saluer Jean-Claude Gaudin qui avait proposé dès l’origine de ce projet de nous accueillir ici, saluer la Présidente Martine Vassal qui vient de s’exprimer il y a un instant et Renaud Muselier qui m’a convié deux fois dans le passé à Marseille pour participer aux rencontres de la Méditerranée du futur, une forme d’anticipation de ce qui se passe aujourd’hui dans cet ensemble nouveau et qui est marqué - parce ce que c’est bien cela qui fait la force de cette rencontre - par la déclaration de l’Assemblée des Cent et par le fait qu’il y a eu une contribution très forte de la société civile. Ce qui fait la force de cette rencontre c’est bien la méthode qui est utilisée.

La véritable nouveauté tient à la décision de faire émerger des projets concrets de la société civile elle-même et la série de forums thématiques, jusqu’à "l’appel des Cent", donne à notre rencontre une légitimité très forte.

Cela signifiera la nécessité de poursuivre ensuite la tenue de nos engagements pour une nouvelle ambition en Méditerranée, engagements que nous avons signés hier soir, les ministres concernés du 5 + 5, et nous avons convenu d’une méthode pour faire en sorte que la déclinaison de ces projets puisse se concrétiser, parce que l’enjeu c’est la concrétisation au-delà des engagements que nous avons collectivement initiés, que vous avez, Madame la Présidente, pu formuler lors du forum de Tunis. Il importe désormais de le mettre en oeuvre et le rendez-vous ce sera ça. Est-ce que nous sommes capables collectivement de traduire dans les faits l’ensemble des volontés qui se sont exprimées au cours des différents forums que nous avons pu organiser ?

Je voudrais aussi souligner que cette méthode, c’est aussi une méthode au service d’un multilatéralisme renouvelé. Personne n’ignore combien le multilatéralisme est aujourd’hui menacé. Combien nous en faisons les uns et les autres une priorité que de le préserver et de le refonder. Mais ce multilatéralisme ne saurait être uniquement l’affaire des Etats. Ce sont nos affaires communes. C’est pourquoi je fais partie de ceux qui souhaitent que le multilatéralisme nouveau soit plus inclusif, plus efficace, avec des gouvernements bien sûr, mais aussi avec des collectivités territoriales, les ONG, les entreprises, le monde académique, si bien que notre rencontre d’aujourd’hui, le sommet des deux rives, est aussi une contribution à la redéfinition du multilatéralisme.

La méthode qui a été utilisée a permis l’émergence de 260 projets, innovants, originaux. Notre collègue espagnol hier soir disait que c’était un bouquet de projets, cher Josep. Et c’est vrai que cette fulgurance et cette dispersion créative des projets qui ont été retenus est particulièrement stimulante. Vous avez retenu à Tunis une soixantaine de projets sur les 260. Et puis je ne vais pas citer les 14 projets que nous avons choisi de mettre en lumière aujourd’hui. Ils ont trait au numérique et à l’intelligence artificielle, à l’environnement et au développement durable, au développement urbain et à la ville durable, à la jeunesse et à l’éducation, à la culture, aux langues et à bien d’autres questions encore. Ils montrent surtout qu’il y a des convergences de part et d’autre de la Méditerranée.

Parmi les projets les plus emblématiques, figurent, de mon point de vue, la systématisation d’un programme "Méditerranée, nouvelle chance", conclu au plus près des demandes du marché de l’emploi ; la création d’un réseau d’écoles des métiers de la mer sur les deux rives, qui formera nos jeunesses à l’économie bleue ; l’idée d’une Maison euro-arabe de la traduction, qui nous permettra de mieux nous connaître et de mieux nous comprendre ; le lancement d’un média méditerranéen plurilingue, qui pourra promouvoir une image positive de notre région, ou encore le réseau des festivals de théâtres antiques de la Méditerranée. Tout cela c’est le programme "Méditerranée nouvelle chance". Il y aura-là une diversité mais aussi une profonde cohérence qui, dans l’ensemble, permet de renforcer les solidarités entre le nord et le sud.

Voilà de quoi nous réjouir de l’ensemble de ce qui a été initié et de faire en sorte que les débats que nous aurons dans un instant soient stimulants.

Je le redis, notre rendez-vous majeur, ce sera la concrétisation. Les ministres membres du 5+5 ont estimé hier soir de leur devoir, à chaque réunion du 5+5, de vérifier l’état d’avancement des projets qui auront été initiés et abordés aujourd’hui. C’est indispensable, mais il sera aussi indispensable que les uns et les autres, nous puissions, dans nos instances, assurer le suivi.

Je voudrais singulièrement, pour terminer, remercier notre maître d’oeuvre, l’ambassadeur Pierre Duquesne qui a beaucoup travaillé avec son équipe pour tout ce projet, je voudrais vous en remercier très chaleureusement et remercier la présidente du COPIL que j’ai déjà citée, Madame Bouchamaoui, et aussi un petit clin d’oeil à notre présidente française qui s’est beaucoup mobilisée, Madame Ricard, pour que nous soyons ce matin à ce rendez-vous majeur.

Maintenant place au débat, et place à la réflexion et à la proposition.

Merci de votre accueil.

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