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Un article paru dans l’hebdomadaire conservateur britannique The Spectator [1] a été tweeté à la fois par le ministre émirati des Affaires étrangères et par le Premier ministre israélien. Tous deux y ont vu la reconnaissance de leurs efforts, pourtant très différents.

The Spectator constate que désormais la religion juive a droit de cité dans plusieurs États arabes où elle était bannie. Selon lui, cette évolution provient du rejet de l’idéologie des Frères musulmans après l’échec des printemps arabes. La revue établit un lien avec le recul de l’islam dans les pays arabes : en juin dernier le Baromètre Arabe avait établi, sur la foi d’un sondage auprès de 25 000 arabes de 12 pays, que le nombre de personne se déclarant « non religieuses » est passé de 8 à 13 %. Il atteint même 18 % chez les moins de 30 ans.

Pour Abdullah bin Zayed Al Nahyan, l’acceptation du judaïsme est une conséquence de la politique émiratie : le royaume s’est doté d’un ministère de la Tolérance qui organise toutes sortes d’initiatives pour mieux connaître, comprendre et accepter les autres religions. Ce faisant, les Émirats se situent dans la tradition de ce peuple de pêcheurs et de commerçants, tourné vers Inde et ses multiples religions. C’est pourquoi ils ont engagé une lutte sans merci contre les Frères musulmans, ce qui les a rapprochés de la Syrie où ils viennent de rouvrir leur ambassade.

Mais Benjamin Netanyahu ne le comprend pas ainsi. Pour lui, l’acceptation du judaïsme vaut acceptation d’Israël qui, par sa volonté, est devenu selon la Knesset un « État juif ». Cette loi discriminatoire a été rejetée par une grande partie de l’opinion publique israélienne, dont les minorités musulmane, y compris druze, et chrétienne. Avigdor Lieberman a fait exploser la majorité parlementaire en refusant que des partis religieux siègent au gouvernement. Depuis un an, les électeurs israéliens se divisent entre d’un côté ceux qui se définissent comme « juifs » et se reconnaissent en Benjamin Netanyahu et, de l’autre, ceux qui se définissent comme « Israéliens » et se rangent derrière Benny Gantz.

Il est difficile d’ignorer qu’Israël a soutenu Al-Qaëda depuis 1977, lui fournissant toutes ses armes en Afghanistan, puis Daesh depuis sa transformation en 2014. De même Israël a créé le Hamas, branche palestinienne des Frères musulmans, pour lutter contre le Fatah laïque de Yasser Arafat. Au contraire les Émirats arabes unis après avoir suivi l’exemple saoudien ont cessé tout contact avec la Confrérie dès 2016, année de la création de leur ministère de la Tolérance —c’est-à-dire avant le discours du président Donald Trump à Riyad contre la création d’États jihadistes—. Ils avaient préalablement soutenu les jihadistes en Syrie et ont maintenu des liens avec le parti des Frères musulmans yéménite jusqu’en 2017. Ils ont aujourd’hui complétement changés. Ils l’ont fait par eux-mêmes et non pas sous la pression de la Maison-Blanche.

The Spectator confond l’action des Émirats pour la paix contre les Frères musulmans et celle de Benjamin Netanyahu pour le contrôle du Moyen-Orient élargi et de l’Afrique sahélienne avec les Frères musulmans. Ce faisant, il enterre un peu vite la cause palestinienne. Il ne voit pas non plus que les Émirats se sont ouverts à d’autres religions, notamment au christianisme ainsi que l’a montré leur réception du pape François en février. Il ne fait pas la différence entre le combat contre la Confrérie en tant qu’organisation (comme les Saoudiens aujourd’hui) et celui à la fois contre l’organisation et contre son idéologie (comme les Émiratis).

Source
Al-Watan (Syrie)

Pour comprendre ce qu’est la Confrérie des Frères musulmans, lire l’étude de Thierry Meyssan :
- Les Frères musulmans en tant qu’assassins
- Les Frères musulmans comme force d’appoint du MI6 et de la CIA
- Les Frères musulmans comme supplétifs du Pentagone
- Les Frères musulmans comme membres du Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche
- Premiers revers des Frères musulmans
- Daesh réalise le rêve des Frères musulmans : le Califat