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Message d’Emmanuel Macron sur le Brexit

| Paris (France)
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Mes chers compatriotes,

À minuit ce 31 janvier, le Royaume-Uni quittera l’Union européenne. Le peuple britannique a en effet pris une décision souveraine lors du référendum de juin 2016. Cette décision, nous devons la respecter et la France l’a toujours respectée.

Ce départ est un choc. C’est un signal d’alarme historique qui doit retentir dans chacun de nos pays, être entendu par l’Europe toute entière et nous faire réfléchir. Car en effet, pour la première fois en 70 ans, un pays quitte l’Union européenne. Je ne veux pas revenir ce soir sur les raisons de ce vote et ce n’est d’ailleurs pas ma place ou mon rôle, mais je me souviens combien la campagne de 2016 a été faite de mensonges, d’exagération, de simplifications, de chèques qu’on a promis et qui n’arriveront jamais. Il faut, là aussi, à chaque instant, nous souvenir de ce à quoi le mensonge peut conduire dans nos démocraties. Mais nous devons aussi pour nous même en tirer très concrètement les leçons.

En effet je crois très profondément que ce Brexit est possible, a été possible et rentre en vigueur dans quelques heures parce que nous avons fait de l’Europe trop souvent un bouc émissaire dans nos propres difficultés, parce qu’aussi nous n’avons pas assez changé notre Europe.

Plus que jamais nous avons besoin d’Europe, soyons lucides. Face à la Chine ou aux Etats-Unis, pour défendre nos intérêts, nous avons besoin de plus d’Europe. Pour réussir la transition climatique nous avons besoin de le faire au niveau européen. Pour réussir à nous nourrir, pour réussir à faire face aux grandes transformations migratoires, digitales, technologiques, nous avons besoin de plus d’Europe. Et donc je vous mentirais ce soir à vous dire que l’avenir de notre pays pourrait se bâtir dans moins d’Europe ou un retrait.

Mais je suis conscient que l’Europe ne pourra continuer d’avancer que si nous la réformons en profondeur, pour la rendre plus souveraine, plus démocratique, plus proche de nos concitoyens et donc plus simple aussi dans son quotidien et que nous réussissions à rebâtir un projet européen plus clair pour vous toutes et tous. Au fond, un projet où le désir de quitter l’Europe ne sera plus la réponse aux difficultés d’aujourd’hui car je pense que c’est une mauvaise réponse. Alors, le Brexit a été l’objet de beaucoup d’approximations et d’exagérations et je veux ce soir vous dire quelles seront les prochaines étapes et les conséquences concrètes pour vous.

Demain de manière très pratique, rien ne changera dans nos relations avec le Royaume-Uni. Durant toute l’année 2020 nous vivrons ce qu’on appelle une "période de transition", c’est-à-dire qu’on pourra voyager, exporter, commercer, pêcher, exactement comme avant. Vous ne vous réveillerez pas demain matin avec des règles différentes pour votre quotidien. Il n’y aura qu’un changement, il est institutionnel. Dès demain matin, le Royaume-Uni ne participera plus aux décisions européennes. Pour la France, cela signifie que cinq députés supplémentaires siègeront désormais au Parlement européen et remplaceront certains des députés britanniques qui viennent de quitter ce Parlement. Je veux aussi dire à nos concitoyens français vivant au Royaume-Uni que leurs droits seront maintenus, préservés, défendus, qu’ils le sont et que nous avons garanti dans cette période de transition évidemment toutes les règles qui leur permettent de continuer leur vie normale, leurs activités.

Je veux aussi dire à tous les Britanniques qui vivent en France, parfois depuis tant et tant d’années, que là aussi demain matin les choses ne changeront pas pour eux. Ils sont en France, chez eux. Ils le sont aujourd’hui, ils le seront demain. Il y aura malheureusement quelques conséquences très pratiques. Ils ne seront plus citoyens européens et pour ceux qui n’ont pas demandé la citoyenneté française ils ne pourront plus, par exemple, faire partie des listes aux prochaines élections municipales. Mais ces conséquences sont très réduites.

Ensuite, il nous faut préparer la relation future. En effet nous devons bâtir avec le Royaume-Uni, notre relation de demain. C’est tout l’objet de la négociation qui va commencer. Et pour cette négociation nous resterons unis, à vingt-sept. Nous aurons un négociateur et je suis profondément attaché à ce que, durant cette négociation, nos intérêts, c’est-à-dire les intérêts de nos pêcheurs, de nos agriculteurs, de nos industriels, de nos chercheurs, de nos travailleurs, de nos étudiants soient maintenus. Mais il y aura une règle simple. Ce partenariat que nous allons bâtir avec le Royaume-Uni, c’est un partenariat que je souhaite le plus proche possible, le plus solide, le plus durable. Mais ce ne sera pas la même chose que la relation que nous connaissons depuis quelques décennies. On ne peut pas être à la fois dedans et dehors. Le peuple britannique a choisi de quitter l’Union européenne. Il n’aura plus les mêmes devoirs, il n’aura donc plus les mêmes droits.

Ainsi, durant les prochains mois, nous aurons à négocier ce nouveau partenariat. Je le veux fort, mais je le veux aussi exigeant car je veux vous protéger, vous défendre, protéger l’unité de notre Europe qui est indispensable.

Néanmoins, au-delà de cette relation future, entre la France et le Royaume-Uni, c’est une histoire longue, faite de sang, de liberté, de courage, de combat que nous avons en partage. Je ne les oublie pas non plus. C’est pourquoi notre relation bilatérale continuera à être forte. Nous célèbrerons le 18 juin prochain, le 80ème anniversaire de l’appel du Général de Gaulle à Londres. Et les Français savent ce qu’ils doivent au peuple britannique et ne l’oublieront jamais. C’est pourquoi, en matière de défense, de science ou de culture, nous continuerons d’avoir des liens forts, bilatéraux. Et je continuerai de les défendre. Je me rendrai prochainement au Royaume-Uni pour les entretenir et les renforcer.

Voilà, mes chers compatriotes, ce que ce soir en quelques mots je voulais vous dire. Sur ce qui ne changera pas demain pour éviter les angoisses inutiles, mais aussi sur ce qui va changer en profondeur dans notre Europe car un pays vient, de manière très concrète, de décider de nous quitter et à minuit nous quittera de manière effective.

C’est un jour triste, ne nous le cachons pas. Mais c’est un jour qui doit aussi nous conduire à procéder différemment. À bâtir avec plus de détermination encore une Union européenne puissante, efficace et qui parvienne à vous convaincre davantage et à retrouver le fil de cette histoire qui fait de l’Union européenne une aventure unique et à mes yeux, irremplaçable.

Vive l’amitié entre le Royaume-Uni et la France, vive l’Europe, vive la République et vive la France.

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron Président de la République française (depuis 2017). Ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique (2014-2016). Secrétaire général adjoint de la présidence de la République (2012-2014). Banquier chez Rothschild & Cie (2010-12).

 
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