EXPOSE DE M. CORTICELLI, MISSIONNAIRE DE LA FAMILLE A BURE

La Famille est une association de communautés chrétiennes missionnaires et indépendantes. De la cinquantaine d’adolescents qui constituaient le groupe à l’origine en 1968 en Californie, le mouvement compte à l’heure actuelle 3 000 membres adultes à plein temps, qui résident avec leurs 6 000 enfants au sein de la communauté, et 20 000 membres associés. Environ 25 % des membres actuels faisaient déjà partie des Enfants de Dieu.

En Belgique, il existe 6 communautés, regroupant une vingtaine d’adultes et une quarantaine d’enfants et adolescents.

La Famille s’est fixée trois objectifs principaux :

- partager et diffuser le message d’amour et de salut révélé dans la Bible. A cette fin, La Famille produit et diffuse des publications, des cassettes audio et vidéo à des millions d’exemplaires de par le monde. Des séminaires et des études bibliques (cours individuels ou de groupe) sont également organisés ;

- montrer un exemple concret de l’amour prôné par le mouvement). Ainsi, des membres de La Famille participent à des galas musicaux de bienfaisance et à des opérations bénévoles de secours aux victimes de catastrophes et s’efforcent d’aider les personnes les plus démunies ;

- veiller à ce que les enfants des membres reçoivent une éducation adéquate et chrétienne dans le meilleur environnement possible. C’est pourquoi la plupart des membres ont choisi de scolariser leurs enfants à domicile, du moins dans les pays où cela est légal.

Selon l’intervenant, la plupart des doctrines fon-damentales de La Famille, mouvement chrétien d’inspiration biblique, sont identiques à celles des chrétiens du monde entier.

Une des croyances qui distingue toutefois La Famille des autres confessions est l’application de " la Loi d’Amour ", le Christ ayant, par son sacrifice, libéré l’homme de la Loi Mosaïque.

Cette loi s’applique aussi aux relations sexuelles. Les membres de La Famille ne pensent pas que les relations hétérosexuelles entre adultes consentants soient un péché à condition qu’elles soient motivées par l’amour désintéressé de Dieu, que personne ne soit lésé et que toutes les parties concernées aient donner leur accord, y compris les époux dans le cas de relations sexuelles extramaritales.

Un code de règles et de restrictions a été élaboré dans la Charte officielle de La Famille, le 1 er avril 1995. Ainsi, la Charte interdit explicitement tout contact sexuel entre adultes et mineurs, toute perversion sexuelle et toute activité sexuelle qui représenteraient un quelconque danger d’ordre physique, affectif, mental ou spirituel. Elle interdit toute lectu-re ou activité à caractère pornographique, toute activité homosexuelle entre hommes ainsi que tout contact sexuel avec une personne qui n’est pas membre du groupe. Le non-respect de ces règles est sanctionné par l’exclusion de la communauté.

La Famille prône le respect de la vie humaine, sous toutes ses formes. L’usage de drogues et la consommation excessive d’alcool sont strictement interdits. Il en va de même pour l’usage des armes et de la violence, d’une part, et du suicide, d’autre part.

Chaque communauté est autonome au sein de la Famille. La Charte formule de manière explicite les droits dont jouit chaque membre, qui continue à prendre toute décision concernant sa santé et celle de ses enfants, le contrôle des naissances, le mariage et les relations personnelles, l’exercice d’une profession et l’éducation des enfants.

Toute personne âgée de 16 ans minimum et membre depuis au moins 6 mois a le droit de participer à l’organisation interne de la communauté où il réside (activités, objectifs, gestion financière).

Selon M. Corticelli, les adeptes de La Famille sont également encouragés à maintenir des contacts réguliers avec leur famille.

Tout membre est libre de quitter le mouvement ou d’aller habiter dans une autre communauté. Sur les 38 000 adultes qui ont fait partie de La Famille, environ 34 000 ont quitté la communauté. Sur les 10 000 enfants qui y sont nés, 2 500 sont partis. Le mouvement aide d’ailleurs les adolescents qui le souhaitent à s’intégrer dans la société.

Le témoin affirme que les adeptes ne subissent aucune manipulation mentale. Chacun est encoura-gé à prendre ses propres décisions. Les communautés sont ouvertes à tous les observateurs extérieurs (certains y ont même séjourné pendant trois mois) et collaborent aux enquêtes menées par les pouvoirs publics, les autorités scolaires et les travailleurs sociaux. Suite à une enquête menée par la police judiciaire de Bruxelles en 1993, un dossier a été classé sans suite.

Contrairement à ce qui est affirmé dans le Commission d’enquête parlementaire française, les enfants ne furent, selon le témoin, jamais impliqués dans la pratique du " flirty fishing ", pratique d’ailleurs abandonnée depuis une dizaine d’années. Le rapport affirme également que l’inceste était régulièrement pratiqué. Cette affirmation se fonde exclusivement sur le témoignage de Déborah Davis, la fille de David Berg, qui a été exclue du mouvement il y a une vingtaine d’années.

Par ailleurs, M. Corticelli fait remarquer qu’au début des années 1980, des spécialistes en sciences sociales ont conclu qu’il n’existait aucune preuve scientifique de l’existence de la notion de " lavage de cerveau ", encore appelée " manipulation mentale " ou " contrôle mental ".

Les associations américaines de psychologie et de sociologie ont adopté une position officielle à cet égard, sur la base de laquelle les tribunaux américains et britanniques ont décidé d’exclure de la procédure judiciaire les témoignages d’experts relatifs au lavage de cerveau.

L’intervenant se demande pourquoi la commission d’enquête française a délibérément ignoré les conclusions officielles et détaillées des tribunaux et des services sociaux qui, dans plusieurs pays, dont la France, ont suivi de près la situation de la Famille depuis plusieurs années, et ce en faveur " de témoignages douteux qui contenaient de nombreuses erreurs ".

Le témoin souhaite répondre de manière détaillée aux accusations formulées à l’encontre de son mouve-ment :

- Le " flirty fishing " n’a, d’après le témoin, jamais été de la prostitution ; le 15 novembre 1991, le tribunal de grande instance de Rome a acquitté David Berg et d’autres membres des Enfants de Dieu des charges de proxénétisme, d’incitation à la prostitution, de production et de commercialisation de publications obscènes.

- La Famille ne pratique plus le " flirty fishing " depuis 1987. Les règles actuelles interdisent formellement tout contact sexuel avec des personnes qui ne sont pas membres du groupe. Selon le témoin, plu-sieurs enquêtes policières et arrêts rendus par la justice dans divers pays (Espagne, Argentine, Angleterre, Pérou) attestent de ce fait.

- La dissolution des Enfants de Dieu n’a, d’après lui, rien à voir avec les accusations de prostitution. A l’époque, David Berg a reçu divers rapports faisant état de mauvaise conduite et d’abus de pouvoir de la part de certains responsables. Tous les dirigeants, y compris les responsables de chaque communauté, furent démis de leurs fonctions. Un tiers des mem-bres choisirent de retourner à la vie séculaire ; les autres formèrent un nouveau mouvement composé de communautés autonomes qui restèrent en contact avec David Berg par l’intermédiaire de ses lettres pastorales.

- La Famille n’a pas grand intérêt à recruter de nouveaux membres ; la population adulte est d’ailleurs restée assez stable ces 15 dernières années.

- Comme indiqué ci-dessus, M. Corticelli insiste sur le fait que la prostitution ou l’inceste n’ont jamais été pratique courante au sein du mouvement. Le " flirty fishing " ne consistait pas à prostituer des enfants. A aucun moment de l’histoire du mouvement, le " flirty fishing ", accompagné de relations sexuelles, n’a été autorisé pour les membres mi-neurs. Jamais la brutalisation d’enfants ou des actes pédophiles n’ont été tolérés. Plus de 600 enfants ont d’ailleurs été examinés par les experts désignés par les tribunaux de plusieurs pays. D’après le témoin, aucun cas d’abus sexuel n’a été constaté. Ainsi, des enfants qui avaient été placés sous la tutelle de services d’assistance sociale en Espagne, en France, en Australie et en Argentine, ont été rendus à leur famille à la suite d’examens très complets.

M. Corticelli déclare encore que même s’ils considèrent le fondateur David Berg comme le prophète de la fin des temps et sa femme Maria comme son successeur choisi par Dieu, les membres de La Famille ne les suivent pas aveuglément.

Ayant découvert des cas isolés de mineurs ayant subi, avant 1986, des attouchements sexuels, le groupe a établi des règles strictes pour protéger la santé physique et morale des enfants dans ses différentes communautés. Tout adulte reconnu coupable d’avoir eu des contacts sexuels avec un mineur ou d’avoir sciemment omis de rapporter de tels actes dont il aurait eu connaissance, serait immédiatement exclu de la communauté. Cette règle a été édictée en 1986.

En outre, La Famille ne tolère ni n’encourage aucune forme de relation incestueuse. Tout adulte coupable d’avoir des relations sexuelles avec son enfant est excommunié.

- Selon le témoin, les autorités scolaires du monde entier ont examiné et approuvé l’éducation dispensée aux enfants par les membres de La Famille. En outre, plusieurs déclarations internationales garantissent le droit des parents à éduquer leurs enfants conformément à leurs convictions religieuses. Le témoin précise que l’instruction religieuse inculquée aux enfants de La Famille n’est pas extrémiste.

- La Famille n’est pas une communauté religieuse cloîtrée. Ses membres échangent constamment des idées et des informations avec des organisations gouvernementales, des ONG, des intellectuels, des théologiens et des membres d’autres religions. Certains sociologues et théologiens ont pu constater que les communautés de La Famille sont moins isolées que bon nombre de communautés religieuses traditionnelles ou non traditionnelles. - Les membres de La Famille sont tenus d’observer toutes les lois du pays où ils résident. Le mouvement a toujours prôné l’obéissance aux forces de police dans l’exercice de leur fonction et rejette tout acte de violence.

- La Charte de 1995 contient les principes fondamentaux de La Famille, ses objectifs et ses croyances, ainsi qu’une codification de ses méthodes de fonctionnement. Elle comporte une description détaillée des droits dont jouit chaque membre et chaque communauté, ainsi que les règles et les responsabilités qui incombent à chacun. Les objectifs du groupe sont, selon l’orateur, analogues à de nombreuses églises chrétiennes et organisations humanitaires. - Enfin, le témoin tient à préciser que La Famille obtient ses revenus par des moyens légaux et traditionnels.

QUESTIONS

1° Structure du mouvement

M. Aird, missionnaire anglais du mouvement (minister of religion), déclare que depuis l’élaboration de la Charte en 1995, La Famille a renoncé à la hiérarchie qui prévalait par régions nationales et continentales. Chaque communauté est autonome et il n’y a pas de hiérarchie entre les membres individuels de la communauté.

Le leadership international est constitué par Maria, la veuve de David Berg, et son deuxième mari, Peter Amsterdam. Maria est le leader spirituel qui envoie des communications aux communautés. Ces préceptes ne sont pas imposés et sont ouverts à l’interprétation individuelle, mais en règle générale, les membres y croient. Les autres décisions au sein de La Famille sont prises par vote démocratique de tous les membres.

Il n’y a pas d’assemblée générale. Tout se fait par voie de courrier.

M. Corticelli ajoute que chaque communauté est gérée de manière autonome par un conseil composé des membres âgés de 16 ans minimum, faisant partie de la communauté depuis six mois au moins.

Les adeptes à plein temps de La Famille sont pour la plupart des missionnaires, l’activité principale du témoin étant d’évangéliser les gens. L’évangélisation se fait le plus souvent sous la forme de contacts personnels, de démarchages de porte à porte.

Les adeptes vivent en communauté mais depuis l’adoption de la Charte de 1995, la taille des communautés est réduite. Les six communautés installées en Belgique ne regroupent qu’une douzaine de familles au maximum, ce qui revient à une ou deux familles par communauté.

Ces communautés sont situées à Bure (où réside le témoin), à Saint-Nicolas, dans la région d’Anvers, dans la région de Raeren, à Tongres et à Verviers.

La communauté est toujours locataire des maisons qu’elle occupe.

Des réunions sont organisées en vue de rassembler les membres des diverses communautés. La Fa-mille n’a pas de structure juridique en Belgique.

Il existe un bureau à Zurich, chargé des démarches administratives. M. Aird, qui réside et travaille en Angleterre, est le porte-parole européen du mouvement.

Les communautés versent une dîme de 10 % de leurs revenus tous les mois au bureau de Zurich.

M. Aird ajoute qu’il ne s’agit en rien d’une structure d’autorité, mais d’un bureau purement administratif. Il est d’ailleurs lui aussi missionnaire évangé-liste à plein temps.

Les membres du bureau se déplacent beaucoup à l’étranger car il faut aider à administrer et gérer les communautés des autres pays (comme, par exemple, les commandes, la duplication de cassettes vidéo et audio, ...).

2° Diffusion de cassettes audio et vidéo

M. Aird indique que les cassettes audio et vidéo sont reproduites dans un studio central. Ces cassettes ne sont pas destinées à être vendues à des personnes extérieures au mouvement. La dîme de 10 % versée par les diverses communautés alimente, entre autres, la production de ces cassettes.

M. Corticelli précise encore que les originaux sont conçus au niveau international, mais leur reproduction est effectuée au niveau local. Les cassettes destinées à être distribuées en Belgique sont reproduites en France et en Angleterre par un membre de la communauté.

Les cassettes distribuées en Belgique sont produites en France. M. Mauritz, qui habite la banlieue d’Anvers, a été chargé par les autres communautés belges d’en accuser réception, de les reproduire et d’en assurer la distribution.

M. Aird dit n’avoir jamais entendu parler des bureaux commerciaux, situés au premier étage de la rue des Brasseurs, 16, à Braine-l’Alleud, des bureaux dont d’aucuns affirment qu’ils ont ou avaient pour objectif de diffuser des cassettes vidéo pour un cer-tain nombre d’entreprises comme Kiddie Viddie Pro-duction, Aurora Production, Treasuratic, etc. Dans certains pays, le mouvement a implanté une agence commerciale pour collecter le courrier lorsque les membres sont en mission. Il doit sans doute s’agir de ce type d’agences commerciales, déclare le témoin.

A la question de savoir qui est " Victor Hugo ", les témoins répondent qu’il s’agit en réalité d’Hugo Kempeneer, un des membres de La Famille qui travaille actuellement comme missionnaires dans une communauté du Japon et qui signait ses communiqués de presse sous ce nom.

Concernant " World Service " et " Heavens Magic " à Zurich, M. Aird déclare qu’il ne sait pas si ces sociétés ont produit des cassettes vidéo. Elles le sont en tout cas en Angleterre. La structure dont dispose La Famille peut paraître importante mais il s’agit d’une structure informelle.

3° Ressources financières

M. Aird indique que chaque communauté est complètement autonome du point de vue financier, à l’exception de la dîme versée au bureau administratif. Comme La Famille compte quelque 10 000 membres au niveau mondial, le montant total de ces contributions est assez élevé. Le mouvement paye en tout cas l’intégralité des impôts qui lui sont réclamés sur la totalité de ce montant.

Selon M. Corticelli, les ressources des communautés proviennent de dons et de la diffusion des cassettes vidéo et audio et des publications évangéliques auprès du public. Ces produits ne sont pas vendus de manière commerciale mais il est demandé une donation.

Les adeptes qui résident dans une communauté et travaillent à plein temps en dehors du mouvement versent leur salaire à cette communauté.

Le budget de la communauté du témoin, qui compte une dizaine de personnes, est de l’ordre de 50 000 à 80 000 francs par mois.

Les donateurs sont des personnes qui veulent permettre aux adeptes de La Famille de poursuivre leurs activités de missionnaire. Certains aident le mouvement de manière régulière, d’autres se limitent à un seul versement. M. Aird souligne qu’il s’agit d’un vaste cercle de personnes (ex-membres à plein temps, personnes qui sont toujours membres, mais pas à plein temps).

Le revenu qu’il perçoit personnellement provient de la communauté, à l’instar de tout missionnaire catholique.

Par ailleurs, si quelqu’un veut rejoindre une communauté, celle-ci s’appropriera tout son patrimoine et décidera du sort à lui réserver. Si une communauté cesse d’exister, son patrimoine est partagé entre tous ses membres. Lorsqu’un membre décide de quit-ter la communauté, celle-ci devra veiller à ce qu’il dispose de moyens pour démarrer dans sa nouvelle vie.

4° Situation fiscale et sociale

M. Corticelli indique que l’ensemble de ses revenus proviennent de donations ; il ne reçoit donc pas de traitement. Il est toutefois assujetti à l’impôt sur les revenus et à la sécurité sociale en tant que traducteur indépendant, et verse des cotisations à ce titre (20 000 francs tous les trois mois).

Il paye également les taxes communales.

Par ailleurs, étant donné que les cassettes audio et vidéo ne sont pas commercialisées mais cédées en échange d’un don, les communautés ne sont pas tenues de payer de TVA, ni de taxe à l’importation (les cassettes étant produites en France).

5° Changement de dénomination

M. Aird indique que le changement de nom s’est opéré en 1978 après que le fondateur du mouvement a constaté qu’un grand nombre de dirigeants profitaient de leur autorité pour commettre des abus financiers. Ils menaient un train de vie très élevé, tout comme d’ailleurs la fille du fondateur, Déborah, et son mari. De plus, les gens qui travaillaient au sein du groupe étaient considérés comme des employés plutôt que comme des frères de croyance. 40 % des membres ont quitté le mouvement en un an et demi. David Berg a alors limogé 300 chefs de par le monde et a décidé de fonder un nouveau mouvement sur la base des mêmes croyances, mais en adoptant une sructure plus décentralisée et autonome.

Il fut également adopté un nouveau nom : " La Famille. Association des missionnaires chrétiens indépendants. ".

6° Les membres associés

M. Corticelli indique que les membres associées sont pour la plupart des personnes qui, après avoir travaillé à plein temps pour le groupe pendant un certain temps, décident de ne plus s’engager autant dans les activités d’évangélisation. Certains désirent jouir d’un mode de vie plus traditionnel, d’autres préfèrent s’affranchir de certaines règles stipulées dans la Charte. Leur formation est donc généralement identique à celle des membres à plein temps ; elle est gratuite.

7° Mode de vie communautaire

M. Corticelli déclare que les membres d’une même communauté partagent tout ce qu’ils ont. Mis à part les tâches communes (comme l’éducation à domicile des enfants), les réunions et la lecture de la Bible, la cellule familiale se reconstitue à divers moments de la journée. Chaque couple dispose d’une ou de plusieurs chambres et est entièrement responsable de ses enfants. Ce ne sont pas les enfants de la com-munauté.

M. Aird précise que si les parents jugent qu’une communauté ne donne pas à leurs enfants ce dont ils ont besoin, ils ont le droit de quitter celle-ci et de créer la leur.

M. Corticelli est resté trois ans à Grez-Doiceau et trois mois dans une autre communauté. Il n’y a pas de règle. Ces questions sont réglées au niveau du conseil de la communauté concernée. C’est uniquement fonction du besoin et du souhait de chacun. Il ne faut chercher là aucune intention de se cacher.

M. Aird ajoute que si l’on souhaite changer de pays, il suffit de prendre contact avec l’administration centrale qui informera l’intéressé de la présence éventuelle d’une communauté sur place ou de la possibilité de créer une nouvelle mission.

A la question de savoir quelles sont les obligations religieuses quotidiennes, le témoin répond que cha-que matin, les membres participent à une heure de dévotion. Plus tard, dans la journée, ils interrompent leurs activités pour prier pendant cinq minutes. Ce sont les seules obligations de la communauté.

8° L’éducation des enfants

M. Aird explique que l’éducation est assurée par les parents. Comme pour les autres minorités religieuses, l’enseignement de la religion occupe une place plus importante que dans l’enseignement classique. Il est tenté d’établir des liens entre les matières traditionnelles, comme la géographie et les sciences, et la religion. Les douze enfants du témoin ont été éduqués jusqu’à un niveau universitaire au sein de leur communauté. Devenus adultes, ils ont tous réussi une belle carrière.

Toutefois, la Charte de 1995 laisse aux parents le choix d’envoyer leurs enfants dans des écoles traditionnelles. Les enfants du témoin ont durant certaines périodes fréquenté des écoles (en Inde, en Afrique du Sud, ...). Celui-ci préfère toutefois l’éducation à domicile. En outre, les autorités officielles visitent les communautés afin de s’assurer que le niveau d’éducation est convenable.

A la question de savoir pourquoi on peut lire dans certains écrits de La Famille : " Nous n’entendons pas exposer nos enfants à une socialisation négative, ni à une influence dont il est clair qu’elles sont dépravantes ", le témoin répond que dans certaines écoles anglaises, on a constaté des abus liés à la drogue. N’importe quels parents hésiteraient à envoyer leurs enfants dans de telles écoles. Par contre, les valeurs traditionnelles (vérité, santé, importance des modes d’éducation, souci de l’autre) sont mieux respectées dans les écoles de village.

Concernant la méthode d’apprentissage par " flash card ", le témoin indique qu’il s’agit d’une méthode, mise au point par des psychologues américains, qui préconise l’utilisation de fiches indiquant le nom d’un objet, d’une personne. On montre ces cartes aux enfants en prononçant le mot indiqué. Cette méthode, qui permet aux enfants d’apprendre à lire dès l’âge de 3 ou 4 ans, ne leur est toutefois pas imposée. C’est plutôt une sorte de jeu.

Le témoin reconnaît, par ailleurs, que les communautés essayent de diffuser certaines cassettes éducatives, utilisant le chant et la musique, dans les écoles de l’enseignement traditionnel. Il estime toutefois qu’il ne s’agit pas de prosélytisme, car elles ne contiennent pas de message religieux. Il déclare vouloir répandre le message de La Famille, non pas pour recruter, mais pour que " d’autres personnes puissent bénéficier de l’amour de Dieu tel qu’il existe ".

M. Corticelli indique que chaque année, il informe l’inspecteur cantonal de la circonscription, dans laquelle il réside de son intention d’éduquer ses enfants à domicile. Depuis cette année scolaire, l’inspecteur responsable lui a fait savoir qu’il est tenu de vérifier si les enfants scolarisés à domicile reçoivent une éducation adéquate.

A ce jour, le témoin n’a toutefois encore jamais reçu la visite d’un inspecteur. A sa connaissance, il n’y a eu d’inspection dans aucune des communautés de Belgique.

L’essentiel de la scolarisation est constitué de cours très complets par correspondance donnés par une école spécialisée, la " Christian Light Education ".

M. Aird ajoute que la " Christian Light Education " est une école agréée par les autorités américaines, qui fournit des certificats reconnus au niveau international. Grâce à la scolarité à domicile, les enfants peuvent suivre une formation continue, même s’ils sont amenés à changer régulièrement de domicile et à séjourner dans plusieurs pays.

9° Les relations sexuelles au sein du groupe - Le " flirty fishing "

M. Aird indique que conformément à la Loi d’Amour, un des principes fondamentaux de La Famille, les adeptes du mouvement croient que des besoins naturels nous sont donnés par Dieu et comme ils ne peuvent avoir de relations sexuelles avec des gens extérieurs à la communauté, ils estiment qu’ils doivent aussi pouvoir répondre aux besoins sexuels des membres non mariés au sein de la communauté. Ceux-ci peuvent donc avoir une relation sexuelle avec un autre membre non marié sans que pour autant ils se marient ou deviennent partenaires permanents. Il est également admis qu’ils peuvent avoir des relations sexuelles avec un membre marié.

La personne qui souhaite rejoindre La Famille, doit d’abord se soumettre à un test de dépistage du sida. Il ne peut avoir de relation sexuelle pendant six mois, puis doit se soumettre à un second test, qui doit lui aussi s’avérer négatif.

Le " flirty fishing " est une extension de la croyance en la Loi d’Amour : " Faites aux autres ce que vous aimeriez que l’autre vous fasse. ". Les principes de générosité et d’amour d’autrui sont des principes répandus dans la plupart des groupes chrétiens. Da-vid Berg, alias Moïse David, va plus loin et estime que le sexe est une preuve tangible de cet amour. Les membres du mouvement ont donc décidé de tout partager, également sur le plan sexuel.

Les enfants de Dieu furent le premier groupe à expérimenter cette méthode, il est vrai, peu traditionnelle. Le témoin confirme qu’au début des années 1970, David Berg expérimenta lui-même cette méthode dans les boîtes de nuit londoniennes en laissant sa femme, nettement moins âgée que lui, avoir des relations sexuelles avec un homme d’affaires pour le convertir. A l’époque, cette méthode était considérée comme légitime.

A la question de savoir si les techniques du " flirty fishing " décrites de manière particulièrement détaillée et réaliste dans une lettre de Moïse David, " L’esclave d’amour de Dieu " (lettre de MO, DS 537), ne s’apparentent pas à une forme de prostitution, le témoin indique que la motivation des membres est essentiellement personnelle, religieuse et philosophique. Il s’agit de montrer aux autres l’amour de Dieu, également par le biais du sexe. Cela a d’ailleurs été confirmé par la justice puisque, selon le témoin, tous les membres de la communauté qui ont été impliqués dans des poursuites judiciaires en sont sortis blanchis.

M. Aird indique qu’il a été mis fin à ces pratiques en 1987, non pour des raisons philosophiques, mais en raison de l’apparition du sida, maladie sexuellement transmissible. Quiconque pratiquerait aujourd’hui le " flirty fishing " serait automatiquement exclu du mouvement en raison du danger qu’il représenterait pour les autre membres.

M. Aird conteste que cette décision soit la conséquence de poursuites judiciaires, qui persisteraient encore actuellement en France à l’encontre du mouvement.

Quant aux pratiques de David Berg, le témoin déclare qu’aucun membre du groupe n’a jamais considéré que leur leader était infaillible.

Il considère que les rapports sexuels entre adultes et enfants constituent un péché. Il n’a toutefois jamais constaté de tels faits dans les communautés où il a vécu.

Il reconnaît qu’avant 1986, quelques cas isolés de mineurs ayant subi des attouchements sexuels inexcusables ont été constatés. De telles pratiques n’ont pourtant jamais été admises par le mouvement. Dès qu’elles ont été mises à jour, de nouvelles règles ont été édictées pour empêcher de tels abus.

M. Aird affirme que les contacts entre adultes et enfants dans le cadre du " flirty fishing " ont toujours été interdits. Pour autant qu’il sache, il n’y a jamais eu de tels cas.

Par ailleurs, le témoin répète que les allégations selon lesquelles David Berg aurait eu une relation incestueuse avec sa plus jeune fille, sont le fait de Déborah, son autre fille, dans une publication parue après son expulsion du mouvement pour abus financiers.

Il est ensuite fait état d’une lettre de Moïse David (lettre de MO, n° 76) qui déclare notamment : " Je pourrais écrire une lettre entière sur la façon dont nous avons fait du " flirty fishing " avec Petite-Joie [Faith, sa fille]. Mais c’est un sujet complet par lui-même et c’est une façon prodigieuse d’entraîner nos enfants les plus aptes à témoigner et à gagner le coeur de la jeunesse. Croyez-moi ou non, le " flirty fishing " peut s’appliquer aussi aux enfants, parce que l’arrière-plan des principes est d’attraper les hommes en utilisant un appât. Ainsi les enfants sont-ils un type d’appât bien défini et ils nous aideront à attraper un certain type de poisson. ".

Concernant cette lettre, M. Aird estime, pour sa part, qu’il serait dangereux de demander à des jeunes gens d’attirer des hommes, vu le danger d’exploitation. Il désapprouve cet écrit et indique qu’en 1988, David Berg renonça lui-même aux publications qui auraient pu induire quiconque à croire que des relations sexuelles entre adultes et enfants étaient autorisées. C’est non seulement illégal, mais immoral. Un document a d’ailleurs été envoyé à toutes les communautés à ce sujet.

En réponse à la question de savoir si La Famille possède effectivement des cassettes vidéo mettant en scène des mineurs et contenant des éléments que l’on pourrait juger équivoques et chargés d’une connotation sexuelle incontestable, M. Aird indique que La Famille possède effectivement un grand nombre de cassettes où l’on voit des mineurs mais, à ses yeux, ils n’y font rien de répréhensible. Il fait remarquer que pour les membres de La Famille, la nudité n’a rien de honteux mais représente un état naturel. Des cassettes envoyées à David Berg représentaient des femmes dénudées, dansant pour lui témoigner leur res-pect.

De telles cassettes n’ont toutefois plus été produites depuis 1982 car elles pouvaient être mal interprétées et donner lieu à certains excès.

Les cassettes que l’on a pu voir au cours de l’émission " Au nom de la Loi " (RTBF) du 23 octobre 1996 se trouvaient en fait aux Philippines. Le témoin confirme que bon nombre de ces cassettes ont été détrui-tes et que la majorité des adeptes ne les ont jamais vues. Il se dit pratiquement certain qu’il n’existe plus aucune cassette de ce type dans les diverses communautés, qui ont d’ailleurs, pour la plupart, été contrôlées par les autorités.

Pour ce qui est des cassettes vidéo mettant en scènes des mineurs d’âge qui auraient été saisies à Paris, comme le prétend le docteur Abgrall, M. Aird explique que ces cassettes étaient destinées au grand public. Il en veut pour preuve que les services sociaux français ont conclu leur enquête en estimant qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter à propos des activités dans les communautés de La Famille en France.

A la question de savoir pourquoi le mouvement n’a pas porté plainte pour diffamation contre le docteur Abgrall, M. Corticelli répond que c’est la première fois qu’il entend ces allégations au sujet d’une des communautés en France. En outre, La Famille n’existe pas en tant que groupe du point de vue juridique. Il faudrait dès lors que le docteur Abgrall accuse des membres du groupe en particulier. En tout cas, si tel était le cas, les juges pour enfants n’auraient pas décidé aussi rapidement de rendre les enfants à leurs parents.

Concernant le cas de M. Olivier à Rochefort décrit au cours de la même émission télévisée du 23 octobre 1996, M. Corticelli rappelle que M. Olivier a été accusé à deux reprises :

- une plainte a été déposée contre lui en juillet 1995 par les parents d’une petite fille qui aurait selon eux été psychiquement très perturbée à la suite de leur rencontre. La version des faits présentée dans l’émission diverge complètement de celle de M. Olivier, qu’il n’a d’ailleurs pas pu développer dans son intégralité. Il aurait en fait voulu empêcher la fillette de se pencher au-dessus du parapet du pont enjambant la Lomme et lui faire entendre raison. Il n’a toutefois pas porté plainte pour diffamation faute de moyens financiers ;

- en juin 1996, il fut à nouveau accusé d’avoir voulu attirer un enfant à son domicile en lui proposant de lui montrer des jouets et de projeter des cassettes, version des faits qu’il récuse totalement. Il était d’ailleurs absent cet après-midi-là.

Lorsqu’il a eu connaissance des accusations qui circulaient contre lui dans une lettre photocopiée, distribuée à la sortie des écoles de Rochefort, M. Olivier a immédiatement contacté les services de police en vue de porter plainte. Le dossier se trouve actuellement chez le procureur du Roi près le parquet de Dinant.

M. Olivier a aujourd’hui quitté Rochefort pour s’établir à Verviers, par souci pour sa sécurité personnelle, à un moment où se développait l’affaire Dutroux.

En réponse à une dernière question, M. Aird déclare que l’homosexualité n’est pas considérée comme un mode de vie chrétien, tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament. La Bible est fort explicite en ce qui concerne les hommes mais ne dit rien concernant les femmes. Toutefois, le témoin estime qu’une relation entre deux femmes, excluant l’homme, ne serait pas normale.


Source : Chambre des Représentants de Belgique http://www.lachambre.be