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Armes, drogues et toxicomanie

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Les anciens du KDC (l’homologue bulgare du KGB) s’étant reconvertis dans le business, en particulier en Bavière, en Suisse, en Autriche, au Luxembourg et au Liechtenstein, les réseaux de trafic d’armes mis en place sous le régime communiste ont pu poursuivre leurs activités. Le directeur européen de la revue économique américaine Forbes, qui suit, entre autres, les affaires de défense et d’armements, a déclaré qu’il possédait des documents prouvant que la société Kintex, sous contrôle de l’Etat bulgare, s’était livrée au cours des trois dernières années, non seulement au trafic d’armes, mais aussi de stupéfiants. Fondé en l967 et sous contrôle du KDC, Kintex fournissait les pays frères du Tiers monde ainsi que différents mouvements de libération nationale en armes bulgares, d’une qualité reconnue. Parmi ses clients, l’entreprise comptait les barons syriens de l’héroïne, Sallah Wakka et Henri Arsan, et leurs homologues turcs, Abuzar Ugurlu, Bekir Celenk et Mustafa Kisacik. Kintex a encore brisé le blocus durant la guerre Iran-Irak, en fournissant des lance-grenades, des cartouches et des obus à l’Iran. Ses agents, parmi lesquels des anciens du KDC passés au secteur privé, mais avec lesquels elle continue à avoir des liens privilégiés, sont également liés aux mafias italienne, serbe et albanaise. Ils seraient en particulier "les plus gros poissons du réseau de vente d’armes dans l’ex-Yougoslavie, toutes républiques confondues". Il semblerait qu’une société portugaise servait de paravent et les faux certificats de destination faisaient état de la Bolivie, des Philippines et du Mali. Tous ces Etats ont déclaré qu’ils n’avaient acheté aucune arme en Bulgarie cette année. Par ailleurs, deux citoyens américains, Ronald Hendron et Joseph Lobas, partenaires de la Kintex, viennent d’être arrêtés. L’actuel directeur de Kintex, M. Saldjiski, a déclaré que ces accusations étaient "ridicules", mais qu’il renonçait à un recours en justice contre Forbes, car, en vertu de la loi américaine, le procès pouvait durer vingt ans et plus. D’autre part, la Bulgarie se trouve sur plusieurs routes de la drogue. D’abord sur l’une des principales voies des Balkans : Pakistan - Turquie - Bulgarie - pays de l’Ouest, comme l’a encore montré la saisie, le 14 juin, de 15,3 kilos d’héroïne au poste-frontière de Kapitan-Andréevo ; ensuite, sur une autre route qui arrive du Nigéria via Malte pour gagner l’Europe centrale et enfin, sur celle de réseaux qui viennent de l’Inde, du Népal, de Thaïlande et du Laos. Il n’est, par conséquent, pas surprenant que, de pays de trafic et de transit, la Bulgarie soit en passe de devenir également un important pays de consommation. La stratégie des trafiquants qui consiste à "sacrifier les prix" en offrant de l’héroïne à 20 dollars le gramme, alors qu’elle en coûte 100 chez ses voisins grecs, porte ses fruits : on recense officiellement 15 000 consommateurs de cette drogue, chiffre qu’il faut vraisemblablement multiplier par dix. On trouve des toxicomanes âgés de 12 à 13 ans, alors qu’il n’existe aucun programme de prévention. Le seul centre de soin est une clinique en ruine près de Sofia qui ne peut offrir qu’une centaine de lits. Bien que la Convention des Nations unies de l988 ait été ratifiée, il n’existe aucune politique anti-drogue : seuls des "dealers-consommateurs" sont arrêtés et aucun grossiste n’a jamais été condamné. Il existe aujourd’hui soixante firmes, publiques ou privées, qui fabriquent des médicaments pratiquement sans aucun contrôle. Ainsi, des quantités importantes de Captagon ou fénétylline, une amphétamine psychotonique inscrite au tableau B, qui allaient être illégalement exportées, viennent d’être saisies et brûlées. Enfin, la signature par la Bulgarie, le 2 juin, de la Convention du Conseil de l’Europe destinée à combattre le blanchiment de l’argent sale ne mettra certainement pas fin à cette pratique dans le pays (correspondant OGD, Forbes).

(c) La Dépêche Internationale des Drogues n° 21

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