(voir aussi le Dossier noir n° 2, Fiche n° 4 : L’exemple togolais)

Le sergent Eyadéma, devenu général par la grâce de deux coups d’Etat militaires largement encouragés par la France, ne cesse de tirer les enseignements de longévité politique du maréchal Mobutu. Il en a d’autant moins de mérite qu’il bénéficie du même conseiller, le général Jeannou Lacaze, ex-numéro 1 de l’armée française, évoqué plus haut.

L’armée de 13 000 hommes, sur laquelle s’appuie le régime pour entretenir la terreur et éradiquer toute forme d’opposition, a été formée et équipée par la France : elle a fourni une soixantaine d’instructeurs et conseillers militaires (99), et la pourvoit abondamment en matériel. C’est le pays le plus militarisé d’Afrique : 1 militaire pour 700 habitants, 3 fois plus que la moyenne. La tristement célèbre unité Pigeons, l’un des principaux fournisseurs d’" escadrons de la mort " du réseau de terrorisme d’Etat, a été formée en 1988 par une mission spéciale de la coopération militaire française (100)

- le futur DAMI, qui s’est " illustré " au Rwanda.

C’est un Français qui dirige l’école militaire établie dans le village natal du général Eyadéma : Pya. Elle recrute et forme, en majorité, des éléments issus de l’ethnie présidentielle Kabye (101).

" Des officiers français occupent des postes de responsabilité au sein de l’armée togolaise, ce sont eux qui, pratiquement, gèrent l’intendance militaire au Togo. Le commandement de l’aéroport de Niantougou et de la Marine sont entre les mains d’officiers français. Nombre de ceux qui ont séjourné au Togo occupent aujourd’hui de très hautes responsabilités dans l’armée française (102)".

Comme le ministre de la Coopération Bernard Debré a été initié à l’Afrique par le général Eyadéma, le concubinage de la dictature togolaise et du microcosme françafricain n’apparaît pas menacé...

Même lorsque la coopération militaire a été officiellement coupée, les militaires français sont demeurés au Togo. L’attaché militaire français à la Présidence togolaise a été un moment rappelé en France : il a juste demandé sa mise en disponibilité, puis il est retourné au Togo à titre " privé " - pour redevenir l’un des plus proches collaborateurs du général Eyadéma (103).


99. D’après Le général Eyadéma, l’ami retrouvé, in La Croix du 13/09/94.

100. D’après Les Nouvelles du Togo, du 16/12/94.

101. Selon Philippe Demenet, Les coulisses d’une réunion de famille, in Croissance de décembre 1994.

102. Francis Viotay, in L’Afrique à Biarritz, op. cit., p. 74.

103. D’après Jean Dégli, ibidem, p. 76.


"Présence militaire française en Afrique : dérives..." / Dossier Noir numéro 4 / Agir ici et Survie / L’Harmattan, 1995