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Une famille en or

"Si je retourne en France, je serai persécutée en raison des informations que je possède à propos d’individus, à l’intérieur du gouvernement français, qui sont profondément impliqués dans le trafic de drogue..."

"Maintenant" a pu se procurer la déposition faite par Mme Jacqueline Pile Hémard, citoyenne française, en vue d’obtenir l’asile politique aux Etats-Unis. Sur la base de ces déclarations, l’asile lui a été accordé par l’administration américaine en février 1996.

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Je, soussignée, Jacqueline Hémard fais cette déclaration pour appuyer ma demande d’asile politique [aux Etats-Unis]. Je suis majeure et en état de faire cette déclaration.

Je crains d’être persécutée si je suis renvoyée en France. Je crains d’être persécutée là-bas par des fonctionnaires du gouvernement français. Je le dis pour les raisons suivantes. Je fus mariée et vivais avec mon mari, M. Eric Hémard. Mon nom de jeune fille est Jacqueline Pile. Mon mari était étroitement lié avec des membres influents du gouvernement français. Il était lui-même très puissant en France, politiquement et financièrement.

Les dernières années, j’ai pris conscience que la famille de mon mari était impliquée dans le trafic de drogue. La famille Hémard a contribué à mettre en place des installations de transformation de la cocaïne au Maroc. Le ministre de l’Intérieur, M. Pasqua, et le roi du Maroc, aussi bien que la famille de mon mari, étaient impliqués dans la mise en place de laboratoires.

Cela démarra il y a de nombreuses années, vers 1962, avec le père de mon mari et d’autres individus. Cela se développa dans les années 70 et 80. M. Pasqua travailla durant dix ans pour la famille Hémard, dans la branche exportation de leur entreprise nommée Pernod & Ricard, avec le roi du Maroc. C’est pour le compte de l’entreprise Pernod & Ricard qu’ils mirent en place les laboratoires de drogue.

Cette information me fut communiqué par mon mari, Eric Hémard, assortie d’une menace de mort si je disais quoi que ce soit à quiconque. Il m’expliqua que les 100.000 dollars que chacun des Hémard recevait chaque année de leur mère, Françoise Hémard, provenaient des revenus issus du trafic de drogue au Maroc. D’évidence, c’était devenu très lucratif. M. Pasqua avait été auparavant ministre de l’Intérieur entre 1986 et 1988. Il redevint ministre de l’Intérieur en 1993. C’est un homme puissant en France.

Pendant l’été 1993, je rencontrai Ali Auguste Bourequat. Je voulais lui parler des implications entre les gouvernements français et marocain en matière de trafic de drogue. J’avais lu des choses à propos de M. Bourequat et je connaissais ses accusations contre les gouvernements français et marocain. En juillet 1993, je lui communiquai mes informations à propos des implications entre la France et le Maroc dans le trafic de stupéfiants.

Mon mari découvrit que j’avais parlé à M. Bourequat à ce sujet. Par voie de conséquences, en revenant de Grèce, en août 1993, il me frappa sévèrement. En octobre 1993, deux hommes m’abordèrent dans la rue et me dirent que j’étais une femme morte. J’avais peur pour ma vie et je m’enfuis avec ma fille. J’allai voir M. Bourequat, puis je partis pour les Etats-Unis.

Depuis que je suis aux Etats-Unis, j’ai été informée par l’un de mes amis, Henry Cournoyer, que le gouvernement français avait envoyé des enquêteurs pour prendre des informations sur moi. Ils l’ont fait par l’intermédiaire du FBI. Le FBI a pris contact avec mon ami, M. Cournoyer, et l’a interrogé à mon sujet.

Je crois que, si je retourne en France, je serai persécutée en raison des informations que je possède à propos d’individus, à l’intérieur du gouvernement français, qui sont profondément impliqués dans le trafic de drogue. Je crois que je n’y serai pas protégée et que ma vie serait en grand danger. Sur la base de ceci, je sollicite, pour ma fille et moi-même, l’asile politique aux Etats-Unis.

Source
Maintenant (France)

Sur le même sujet
- « Hassan II, notre ami le dealer », par Michel Sitbon, Maintenant, 15 novembre 1995.
- « Ali Bourequat Story », par Michel Sitbon, Maintenant, 20 décembre 1995.
- « L’homme qui en savait trop - Lettre ouverte à Ali Bourequat », par Michel Sitbon, Maintenant, 20 mars 1996
- « Une famille en or », par Jacqueline Pile Hémard, Maintenant, 20 mars 1996
- « Audition de M. Ali Bourequat », 5 juin 1998

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