Depuis 1975, les politiques gouvernementales se sont traduites par des revirements successifs.

Ces hésitations se sont retrouvées dans la succession des phases de fermeté et de dialogue, y compris avec les mouvements clandestins, et quels que soient les gouvernements.

A) LA PHASE DE REPRESSION : 1975-1981

Entre 1975 et 1981, le gouvernement réagit avec fermeté : c’est l’époque des " nuits bleues " et des manifestations nationalistes qui reçoivent un fort appui populaire.

Dans le même temps, les pouvoirs publics restent relativement inertes, à l’exception d’une politique en faveur du développement économique : la solidarité nationale se manifeste alors en matière d’investissements publics.

Cette politique ne porte cependant pas ses fruits et d’autres orientations sont proposées.

B) LA PHASE D’APAISEMENT : 1981-1983

Cette phase se traduit par une ouverture politique concrétisée par un statut particulier, proposé par le ministre de l’intérieur, Gaston Defferre.

Dans le même temps, interviennent des mesures d’apaisement, c’est-à-dire une large amnistie qui bénéficie à ceux qui ont été condamnés et emprisonnés au cours des années précédentes.

Force est de constater, là encore, que cette politique d’ouverture n’a pas apporté les résultats escomptés.

C) LE DURCISSEMENT DE LA PERIODE DE 1983-1988

Dès 1983, la violence se manifeste à nouveau et se radicalise : les premiers assassinats conduisent l’Etat à renforcer sa politique sécuritaire, qui s’incarne aussi bien dans la période dite Broussard que par le passage de M. Charles Pasqua au ministère de l’intérieur.

Dans le même temps, la population corse s’insurge contre la violence, selon des modalités qui ne sont pas sans rappeler les manifestations massives organisées après l’assassinat du préfet Erignac.

Compte tenu de ces réactions, on peut s’interroger sur les raisons qui ont poussé deux parlementaires de l’île à proposer d’étendre, en faveur des nationalistes emprisonnés, le champ d’application de la loi d’amnistie.

D) UNE NOUVELLE OUVERTURE : 1988-1996

Dans un souci d’ouverture et de dialogue, intervient le statut Joxe de 1991, qui résulte de contacts établis avec les mouvements nationalistes : ces derniers marquent incontestablement des points aux élections de 1992 puisqu’ils obtiennent près de 25 % des suffrages.

Au même moment, on assiste à une recrudescence de la violence qui laisse impuissants les services chargés de la sécurité.

E) LA FIN DU DIALOGUE : 1996-1998

Cette période succède à la manifestation de Tralonca qui a suscité un véritable traumatisme dans l’opinion publique.

Après l’attentat de Bordeaux, le gouvernement de M. Alain Juppé a entendu réagir et revenir à une politique de fermeté qui laissait à l’arrière-plan le souci de dialogue engagé lors de la période antérieure.

F) L’ERE DES INCERTITUDES : DEPUIS 1998

L’assassinat du préfet Claude Erignac a suscité une manifestation qui a rassemblé à Ajaccio plus de 40 000 personnes, soit près du sixième de la population de l’île.

Devant la commission, un élu insulaire a indiqué que la politique engagée depuis par le gouvernement s’était progressivement traduite par " la création d’une fracture immense entre l’opinion corse et l’opinion nationale et par des propos auxquels s’est laissé aller M. Barre lui-même : " Si les Corses veulent leur indépendance, qu’ils la prennent. "

Il a ajouté : " le résultat, c’est que si on interroge l’ensemble des Français pour leur demander ce qu’ils pensent de l’avenir de la Corse, on trouve aujourd’hui une majorité relative de Français qui disent : " Si les Corses veulent l’indépendance, qu’ils la prennent ", comme M. Barre, et que si vous posez la même question aux insulaires, vous n’en trouvez que 8 % pour dire la même chose. C’est dire qu’il y a un décalage immense entre ce que pense l’ensemble des Français et ce que pensent les insulaires d’aujourd’hui ".


Source : Sénat. http://www.senat.fr