1 HUBBARD ET LA POLITIQUE

Comme nous l’avons vu, personne ne prétend qu’il y ait une activité politique directe[136] ou un plan politique très élaboré de la Scientologie ; il s’agirait plutôt, nous explique-t-on, d’un projet à la fois plus vague et plus ambitieux de prise de contrôle de certains pays, puis du monde entier à long terme. Il est exact que l’oeuvre de Hubbard fournit des indices sur de possibles applications politiques, quoique formulées en termes très généraux ; dès le début, il avait conçu une " Dianétique politique ", " destinée à débarrasser la société des aberrations qui conduisent à la violence et à la guerre ", tandis qu’une " Dianétique judiciaire " devait " traiter les délinquants qui auraient agi sous l’emprise d’engrammes "[137]. " L’éducation, la médecine, la politique et l’art et, en fait, toutes les branches de la pensée humaine sont clarifiées par la Dianétique. "[138] Il n’existe à l’heure actuelle aucun système politique parfait, car " les Etats sont victimes de leurs aberrations internes et externes "[139].

Dès le départ, Hubbard, jamais en reste de projets grandioses, pensait donc à des applications possibles dans le domaine gouvernemental, comme le montre également un exposé qu’il présenta à Los Angeles le 5 septembre 1950. Pour corriger des milliers d’années d’erreurs, Hubbard ne croit pas aux révolutions, qui " produisent, malheureusement, le même article sous une forme altérée ". Son approche se fonde sur l’analogie entre l’organisme et l’organisme social : or, " il y a de nombreux engrammes dans le corps social ". Les gouvernements, regrette-t-il, analysent rarement une situation : ils s’efforcent de résoudre les problèmes en créant de nouvelles lois, mais chaque nouvelle loi engendre d’autres erreurs, et ainsi de suite. Il souligne que les bureaucraties ne fonctionnent pas, il fait d’abondants commentaires sur les évolutions politiques du XXe siècle, mais on ne le voit pas développer dans ce texte une amorce de projet[140]. Par la suite, Hubbard affirma solennellement le caractère " non politique et non idéologique " de la Scientologie[141] et souligna que les scientologues avaient le droit d’appartenir à n’importe quelle formation politique, du moment bien sûr que celle-ci ne se montrait pas hostile au mouvement[142]. Dans une autre Policy Letter, Hubbard avait sans doute exprimé le fond de sa pensée :

" De temps en temps, vous m’entendez parler avec dérision de gouvernements et d’idéologies — y compris la démocratie.

" Si, en me voyant critiquer une idéologie, quelqu’un cherche à croire que j’embrasse son opposé, il n’a pas compris [ce que je veux dire].

" Quel système politique pourrait fonctionner parmi des gens très aberrés ? "

" Il n’y a donc aucune raison de supposer qu’un système politique quelconque est meilleur que ceux qui l’utilisent pour gouverner ou être gouvernés.

" La seule différence dans les systèmes politiques existants est leur valeur relative en donnant à l’individu une chance de développer et de recevoir un niveau plus élevé de santé [mentale] et de capacité personnelle. "

" La Scientologie nous donne notre première chance d’avoir une véritable démocratie. "

" Nous prouvons quotidiennement en Scientologie qu’un individu libéré des aberrations réagit plus décemment envers ses concitoyens [...] la première vraie démocratie émergera lorsque nous aurons libéré chaque individu des impulsions réactives les plus mauvaises. "[143]

2 LES PROJETS DE LA SCIENTOLOGIE POUR TRANSFORMER LA SUISSE

Les vues exprimées par Hubbard indiquent qu’il tenait en piètre estime les systèmes existants, mais elles ne prouvent pas que la Scientologie travaillerait efficacement à prendre le contrôle politique de la planète[144]. Il est cependant vrai qu’on trouve — également chez les scientologues suisses — des textes récents laissant clairement deviner des ambitions de prise de contrôle de la société ; ce ne sont peut-être pas les seuls, étant donné que des textes de ce genre ne sont, par définition, pas destinés à circuler très largement.

Le premier document de ce genre dont nous avons eu connaissance est un texte polycopié daté du 29 mai 1988, intitulé " Lettre ouverte à tous les OTs de Suisse " et signé par un certain Allan J... Nous reproduisons ci-après les passages les plus significatifs de ce document de 4 pages, au ton très triomphaliste et rédigé dans le jargon du mouvement :

" Avec OT 8 prêt à être délivré et sorti par le management international, LRH [=Hubbard] a à nouveau changé la face de la Terre. Avec la sortie du premier vrai niveau d’OT, le moment est venu pour nous de construire une civilisation OT que Ron nous a confié de faire [sic]. "

" Notre futur est en place. Nous sommes le premier pays clair sur la Planète. Ceci est un fait, à cause de ce que vous avez fait. Sans vous, nous ne serions arrivés à rien. Avec les mots de Ron dans sa PL [=Policy Letter] Service, du 19 mars 1968, NOUS FAISONS LE TRAVAIL :

" `SI LA PUISSANCE COMBINÉE DE NOUS TOUS ET DE TOUTES LES ORGANISATIONS ÉTAIT EXERCÉE DANS UN EFFORT UNI, NOUS POURRIONS PRENDRE CETTE PLANÈTE-LÀ COMME NOUS SOMMES ET AVEC RIEN DE PLUS QUE CE QUE NOUS SAVONS DEJA.’ [capitales dans l’original] "

" D’ici 1993, nous avons besoin de 1 000 Scientologues sur OT 7 et plus haut. Pour atteindre le niveau de production, nous aurons besoin de 10 000 clairs et 100 000 nouveaux publics sur le Pont. [...] nous aurons besoin que la tech[nologie] de LRH soit exportée dans la société et utilisée avec des résultats 100% standard. Avec ce flux vers le haut du Pont, nous allons nous épanouir, prospérer et nous aurons un pays clarifié. Quand nous exportons la Tech dans notre société, nous nous concentrons sur un canton, obtenons l’acceptation de LRH et sa tech, et puis nous allons au prochain canton. "

" Notre scène idéale contient beaucoup d’ACTION, des gens qui montent le Pont en masse, des orgs et des missions qui expandent follement [...] ; des OTs qui délivrent la tech d’étude dans les écoles et les universités, des gouvernements qui passent des lois interdisant aux enseignants de permettre à leurs élèves de passer des mots incompris[145] ; des hôpitaux demandant la tech du purif [...], des juges qui exigent la tech SP/PTS[146] [...] et des conditions d’éthique[147] appliquées dans les prisons et enseignées aux gouverneurs, officiers de police et assistants sociaux ; [...] les psychiatres, les drogues, les machines à électrochocs mis hors-la-loi ; chaque famille ayant au moins un auditeur cl[asse] IV ; chaque pâté de maisons équipé d’un officier d’éthique ; les armes nucléaires abolies et les militaires à non-existence ; les enfants souriant et jouant les uns avec les autres en dépit de la couleur, de la race ou croyance dans un monde très productif et non pollué où les gens honnêtes ont des droits... amenant les buts de LRH pour la Scientologie. "

Ce projet n’était pas simplement le rêve passager exprimé par un membre, mais correspond bien aux aspirations des plus convaincus des scientologues en Suisse, comme le prouve un autre document, élaboré de façon plus structurée et dont nous avons sous les yeux la version du mois d’août 1992[148] ; nous en citons également quelques extraits :

" But. - La Suisse est le premier pays devenu clair sur la planète. La Suisse est le pays dans lequel la Scientologie et la technologie de LRH peuvent prospérer et fleurir sans entraves dans tous les domaines de la vie. La Suisse est le pays où chacun peut pleinement développer ses capacités et rapidement devenir OT. "

" Moyens. - 1. Dans le domaine des Eglises de Scientologie : toutes les organisations sont acceptées par la population, ont la grandeur de Saint Hill[149] et s’étendent en grandeur et en nombre. [...]

4. Dans le domaine des relations publiques : L. Ron Hubbard, la Dianétique et la Scientologie sont aimés et acceptés dans la population. Chaque scientologue peut indiquer avec fierté qu’il y appartient. [...]

7. Dans le domaine de la réhabilitation des drogués : une Suisse sans drogues. L’abus de drogues et de médicaments est mal vu. Les campagnes anti-drogues et la [méthode] Narconon de réhabilitation des drogués sont reconnues, sont recommandées et soutenues de façon générale.

8. Dans le domaine de l’hygiène mentale : il n’y a plus de psychiatres. Les psychiatres se sont pliés aux règles du CCHR et cherchent de nouvelles occupations professionnelles.

9. Dans le domaine de la réhabilitation des criminels : la technologie de LRH est appliquée dans les prisons. Les programmes Criminon[150] sont les programmes reconnus en Suisse.

10. Dans le domaine de l’éducation et de la formation : chaque enfant peut se développer pleinement. La direction de l’instruction et des écoles ainsi que les enseignants reconnaissent et recommandent la technologie d’étude de LRH. La technologie de LRH est appliquée à tous les niveaux : écoles, écoles professionnelles, gymnases, écoles normales, universités, institutions de formation continue. [...]

14. Dans le domaine du droit : les lignes directrices et instructions en matière de justice de LRH sont reconnues et appliquées. Les controverses juridiques sont réglées par l’application des règlements de LRH sous l’égide de WISE.

15. Dans le domaine des finances : la Suisse est le premier pays sans impôt sur le revenu. La taxe sur les ventes est introduite. La bonne production est récompensée par l’Etat. Les lignes directrices de LRH sur les finances sont reconnues et appliquées à tous les niveaux.

16. Dans le domaine de la morale : le Chemin du Bonheur[151] est le code moral reconnu de la Suisse. Les entreprises, les institutions, les syndicats, les associations, les partis, etc., recommandent et distribuent le Chemin du Bonheur. "[152]

Si les scientologues se trouvaient en voie de réaliser un tel projet, à quelque stade que ce soit, on pourrait conclure sans aller plus avant et dire qu’on se trouve face à un danger, qui exigerait d’être combattu. Mais faut-il considérer ces objectifs comme l’expression d’un projet en voie de réalisation ou d’une utopie parmi d’autres ? L’étude des NMR et groupes semblables montre que nombre d’entre eux ont un projet de société, mais que, pour la plupart, cela relève purement du rêve, d’une utopie aux contours flous, de l’espoir d’une société entièrement acquise à leurs idéaux. Ce genre d’utopie a également un caractère mobilisateur pour les membres : la tension vers la réalisation d’un tel projet soulève l’enthousiasme des adeptes. Ce n’est que lorsqu’un groupe éprouve la tentation de recourir à des moyens concrets pour imposer son projet utopique qu’il représente un danger de ce point de vue[153] ; sinon, cela reste au niveau du débat d’idées. Dans le cas qui nous occupe, on a l’impression que l’idéal d’un pays clair " ici et maintenant " appartient au répertoire des thèmes récurrents chez les scientologues, pour susciter et entretenir l’enthousiasme, bien que toujours aussi éloigné d’un début de réalisation. Si l’on relit le livre publié en 1970 par George Malko sur la Scientologie, on se rend compte que le thème de la planète " claire " était déjà bien présent et avec des perspectives temporelles tout aussi imminentes ; il raconte avoir rencontré une scientologue qui lui expliqua que le but du mouvement était de rendre la planète " claire " dans un délai de dix ans :

" Je compris soudain que les dix ans devaient être comptés à partir du maintenant de son adhésion. Il n’y avait pas de date fixée. C’était quelque chose de constant, de continu, de façon que quiconque adhère au mouvement peut se dire, peut se donner l’ultime raison d’être : dans dix ans à partir d’aujourd’hui, nous aurons sauvé la planète. "[154]

Si l’on relit d’ailleurs le texte de 1988 que nous avons cité plus haut, on constate que les objectifs visés pour 1993 n’ont de très loin pas été réalisés — et le texte de 1992, lui, est beaucoup plus prudent et ne se hasarde pas à proposer une date... Cela semble relever de slogans mobilisateurs avant tout. Certes, d’anciens membres affirment qu’une infiltration organisée de certains secteurs de la société est en cours[155], et nous ne pouvons pas écarter la possibilité que des infiltrations ciblées de structures étatiques se produisent ici ou là ; mais nous devons également admettre que nous n’en possédons aucune preuve[156].

3 LA " JUSTICE " SCIENTOLOGIQUE

D’autres éléments devant être examinés ont trait aux principes de fonctionnement de la Scientologie : nous voulons parler de l’existence d’un système de justice interne, c’est-à-dire le domaine de ce qui est appelé en Scientologie l’" éthique ".

En 1959, Hubbard publia un Manual of Justice. Dès la première page, le ton était donné : " Des gens attaquent la Scientologie ; je ne l’oublie jamais, j’égalise toujours le score. "[157] Selon Hubbard, le thème de la " justice " se subdivise pour un scientologue en quatre phases : activités de renseignement, recherche de preuves, jugement ou punition, réhabilitation[158]. Ces quatre thèmes sont traités successivement. Les activités de renseignement, explique-t-il, ont pour but de constituer des dossiers contenant des informations sur différentes personnes, données qui pourront servir le jour venu et doivent en attendant soigneusement être conservées (nous reviendrons sur les activités de renseignement de la Scientologie dans le chapitre suivant). Si l’on ne possède pas déjà des dossiers, il faut alors enquêter, et même si l’on ne découvre pas de faits pertinents, souligne Hubbard, par le simple fait d’enquêter on peut obtenir des résultats parce que les personnes visées s’en inquiètent. Mais tout doit se faire dans les règles : " L’enquête est la découverte soigneuse et le tri de faits. Sans une bonne enquête, nous n’avons pas la justice, nous avons la vengeance à l’aveuglette. "[159] Le cas échéant, il vaut la peine d’engager un détective privé pour enquêter, par exemple sur la vie privée d’un journaliste afin de pouvoir l’intimider[160]. Une fois l’enquête achevée, vient le moment de rendre la " justice " :

" Aucun de nous n’aime juger ou punir. Cependant, il se peut bien que nous soyons les seules personnes sur terre avec un droit de punir — parce que nous pouvons réparer le dommage que nous causons dans la plupart des cas. C’est pourquoi ne punissez jamais au-delà de votre capacité à y remédier aisément par l’audition et le rétablissement.

" Juger doit se faire sur la base de preuves bien établies et la personne coupable doit être coupable au-delà de tout doute raisonnable. Ne punissez qu’alors.

" La culpabilité est établie par les actions et déclarations d’une personne, par des témoins et preuves écrites et par un électromètre utilisé avec expertise. Une personne peut être coupable sans réaliser qu’elle a eu tort. Quel criminel réalise à quel point ses actions sont erronées ? "[161]

Il est clair qu’il s’agit avant tout de l’administration de la " justice " au sein de l’organisation. Il n’en est pas moins vrai que ces propos de Hubbard contiennent en germe toutes les dérives survenues par la suite et révèlent aussi un état d’esprit scientologique qui rappelle de nouveau les traits d’un système totalitaire : les dernières réflexions, sur un coupable qui peut l’être sans même en avoir conscience, résonnent de sinistre façon.

Au cours des années suivantes, Hubbard allait notamment travailler à élaborer des Security Checks, déjà annoncés en filigrane par l’allusion à l’usage de l’électromètre. Les Security Checks sont des questionnaires appliqués à l’aide de l’électromètre et supposés révéler les crimes ou mensonges de la personne interrogée — dans cette vie ou dans des vies antérieures. Nous avons sous les yeux les quelque 400 questions du " Sec Check Whole Track "[162], qui prétend enquêter également sur les existences passées et contient donc des questions pour le moins surprenantes dont voici quelques échantillons : " Avez-vous jamais réduit en esclavage une population ? ", " Avez-vous jamais mis à sac une ville ? ", " Avez-vous jamais annihilé une population ? ", " Avez-vous jamais volé le corps d’un autre être ? ", " Avez-vous jamais déserté une cause juste ? ", " Avez-vous jamais été un pervers ? ", " Avez-vous jamais été un traître ? ", " Avez-vous jamais commencé une guerre ? ", " Avez-vous jamais castré quelqu’un ? ", " Avez-vous jamais été un psychiatre ? ", " Avez-vous jamais mangé un corps humain ? "

Si des réponses à des interrogatoires concernant des vies antérieures ne peuvent guère être utilisées au détriment de celui qui confesse de tels " crimes ", il pourrait en aller autrement des renseignements concernant cette vie-ci et conservés soigneusement dans les dossiers individuels des scientologues, bien que le mouvement affirme que ceux-ci sont protégés par un " secret de la confession " ; mais l’expert attaché au groupe de travail a eu l’occasion de voir des pièces, saisies dans les années 1970 par les services de police américains (dans des circonstances dont nous parlerons au chapitre suivant), qui prouvent que, dans le passé, des dossiers d’audition de certaines personnes ont bel et bien été utilisés pour rassembler des informations à leur sujet. Rien ne dit que de tels faits ne puissent pas se reproduire. En ce qui concerne la question spécifique des Security Checks, ceux-ci ont officiellement été abolis par Hubbard en 1968[163], mais d’anciens membres affirment que seul le nom a changé et que les listes de questions rédigées par Hubbard dans les années 1960 restent toujours utilisées[164]. Selon des informations confidentielles, les résultats sont ensuite envoyés à la centrale du mouvement aux Etats-Unis.

Après son manuel de 1959, Hubbard continua de s’intéresser à la question de la " justice " :

" Seules les personnes aux inclinations criminelles désirent une société dans laquelle le criminel est libre de faire comme il le veut.

" Seules les personnes aux inclinations criminelles sont assez effrayées par la justice pour protester et se plaindre qu’elle existe. "[165]

Il s’employa également à définir les droits des membres en matière de " justice ", les voies de recours ouvertes à une personne estimant avoir subi un tort, etc.[166] Il annonça que pouvaient être proclamées au sein de la Scientologie des " amnisties ", pratique d’ailleurs toujours en vigueur[167] En avril 1965, il annonça que le mot " justice " devait désormais être remplacé dans ses textes par celui d’" éthique "[168]. Cela ne changeait rien au contenu d’un système appelé au contraire se développer. Selon la définition de Hubbard, l’éthique est " l’instrument complémentaire indispensable qui permet d’appliquer la technologie scientologique "[169]. On peut donc dire qu’elle est indissolublement liée aux intérêts de la Scientologie. Elle est définie ailleurs comme " la conduite rationnelle visant le plus haut niveau de survie pour l’individu, la race future, le groupe, l’humanité et toutes les autres dynamiques prises collectivement "[170].

La Scientologie définit quatre catégories générales de crimes et d’infractions : les erreurs, les délits, les crimes et les crimes majeurs. Les erreurs sont des fautes mineures involontaires, par exemple " les erreurs administratives n’entraînant pas de pertes financières "[171]. Mais si des erreurs se répètent, elles peuvent passer dans la catégorie des délits, qui occupent plus de deux pages : cela va du " refus d’obéissance " à " la découverte d’un emploi dans un hôpital psychiatrique qui n’avait pas été révélé " ou " des revenus ou activités insuffisants ou en baisse dans une section, une unité, un département, une organisation, un secteur ou une division "[172]. Parmi les " crimes ", il y a non seulement le vol ou les voies de faits, mais aussi " organiser ou permettre une réunion [...] pour protester contre les ordres d’un supérieur ", le " refus de se soumettre à la discipline " ou " allier la Scientologie à une pratique qui n’a aucun rapport "[173]. Enfin, un crime majeur consiste à " quitter publiquement la Scientologie " ou commettre d’autres actes du même genre[174]. Des sanctions internes sont prévues pour chaque type d’infraction ou de crime (mutation à des postes inférieurs, réduction de salaire, etc.).

L’éthique scientologique définit deux types de personnes qui font obstacle à la progression du mouvement : la " personne suppressive " (SP, suppressive person) et la " source potentielle d’ennuis " (PTS, potential trouble source).

" Une SOURCE POTENTIELLE D’ENNUIS se définit comme une personne qui, tout en étant scientologue [...], reste cependant en relation avec une personne ou un groupe suppressif.

" Une PERSONNE ou un GROUPE SUPPRESSIF est une personne ou un groupe qui cherche activement à opprimer la Scientologie ou un scientologue ou à lui nuire par des actes suppressifs.

" Les ACTES SUPPRESSIFS sont des actes calculés destinés à stopper ou à détruire la Scientologie ou un scientologue. "[175]

La liste des actes suppressifs est longue de trois pages dans le petit livre d’introduction à l’" éthique ". Elle inclut par exemple des " déclarations publiques contre la Scientologie ou des scientologues ", un " témoignage hostile lors d’une enquête publique ou gouvernementale sur la Scientologie, dans le but de la détruire ", " organiser un groupe dissident pour utiliser des données scientologiques ou une partie de celles-ci ", " livrer la personne d’un scientologue à la demande de la justice civile, sans prendre sa défense ou élever de protestation ", à côté du " meurtre ", de la " mutinerie " et de la " conduite sexuelle perverse "[176].

Tout cela entraîne des conséquences personnelles pour les scientologues, car " une personne ou un groupe vraiment suppressif n’a de droits d’aucune sorte en tant que scientologue et les activités entreprises à son encontre ne sont pas sanctionnées par les codes de l’éthique de la Scientologie "[177]. Quant à la " source potentielle d’ennuis " (PTS), ce point s’applique notamment à des personnes qui, " par des liens familiaux ou autres ", se trouvent en relation avec une personne hostile à la Scientologie[178]. Ces personnes peuvent être des " épouses, maris et parents suppressifs qui sont non-scientologues, ou [...] d’autres membres de la famille, [...] des groupes hostiles ou même [...] des amis proches "[179]. La solution préconisée par Hubbard pour résoudre ces problèmes (si les opposants à la Scientologie ne voulaient pas s’amender) était simple : le scientologue devenu " PTS " par suite de ses contacts avec une personne considérée comme hostile devait procéder à la disconnection, c’est-à-dire la rupture des relations. On imagine ce que cela implique dans le cas de familles. Ce fut l’un des points particulièrement critiqués par une commission d’enquête officielle sur la Scientologie en Nouvelle-Zélande, qui rendit son rapport en 1969. Elle reçut une lettre de Hubbard, datée du 26 mars 1969, qui l’assurait que la pratique avait été annulée quelques mois plus tôt[180], démarche que la commission salua, tout en regrettant que la lettre ne contînt pas un engagement ferme que la pratique ne serait jamais réintroduite[181]. Trois ans plus tard, en Afrique du Sud en 1972, une autre commission d’enquête officielle concluait que des membres de la Scientologie avaient eu ou avaient des pratiques nuisibles ou potentiellement nuisibles et recommandait une législation contre des pratiques scientologiques telles que la disconnection, les Security Checks, etc.[182] Bien que la disconnection ait donc officiellement été révoquée en 1968, il n’en reste pas moins qu’il sera très difficile pour un scientologue de conserver des relations avec une personne considérée par le groupe comme " suppressive " : les principes définis par Hubbard et aboutissant à de telles applications restent en vigueur[183].

Plus préoccupant encore était le destin réservé aux " personnes suppressives " (ou groupes du même type) : celles-ci, expliquait Hubbard, deviennent fair game[184]. Elles n’ont donc aucun droit : leurs maisons et leurs biens ne sont pas protégés par les codes de la Scientologie[185]. La pratique de déclarer des gens fair game fut annulée en 1968, mais dans des termes qui ne la désavouent pas :

" La pratique de déclarer des gens fair game va cesser. Le fair game ne peut pas apparaître sur un quelconque ordre d’éthique. Cela entraîne de mauvaises relations publiques.

" Cette lettre de règlement n’annule aucune politique sur le traitement ou le maniement d’une SP. "[186]

Selon une déclaration sous serment faite le 7 mars 1994 au Texas par Vicki Aznaran, qui eut des responsabilités au plus haut niveau du mouvement jusqu’en 1987, l’annulation du fair game aurait uniquement été une question de vocabulaire et de relations publiques, mais la pratique à l’égard des ennemis de la Scientologie resterait la même et toute action entreprise à leur encontre serait justifiée, aux yeux du mouvement[187]. Quoi qu’il en soit, même si cette politique a connu certaines adaptations, elle jette un jour peu flatteur sur un mouvement qui se veut " religieux ". Il est certes possible d’en faire une analyse en termes de modes de contrôle social interne, une sorte de rituel visant à la repentance et à l’amendement du " pécheur " en vue de sa pleine réintégration dans le groupe, tout en essayant de protéger à tout prix ce dernier contre les " agressions " extérieures[188]. Il n’en reste pas moins que cela semble avoir des conséquences potentielles qui vont au-delà de la vie interne du groupe. En outre, le système n’est pas loin de représenter une manière de se substituer à la justice.

Nous avons consulté un compte rendu d’enquête interne de la Scientologie concernant un cas de " personne suppressive " en Suisse : un " comité des preuves " se réunit pour examiner si une personne est ou non coupable de faits qui lui sont reprochés, à partir des listes d’infractions définies par Hubbard ; il ne s’agit pas pour nous de savoir si ces accusations sont justifiées ou non, bien que leur lecture donne le sentiment que c’est aussi un moyen commode de rejeter sur un individu des pratiques qui découlent des principes scientologiques (pression pour l’augmentation des statistiques, etc.). Le problème réside dans la pratique elle-même. Il est vrai que la façon dont tout cela se déroule est à mi-chemin entre le tribunal d’inquisition et le tribunal civil, et on pourrait nous faire remarquer que des groupes religieux ont leur propre système de justice interne (par exemple les tribunaux ecclésiastiques de l’Eglise catholique romaine). Il y a cependant une grande différence avec la Scientologie : un tribunal ecclésiastique ne va pas condamner quelqu’un parce qu’il a été peu efficace et n’a pas été assez productif, mais s’occupera de questions doctrinales ou analogues. On pourrait répliquer qu’une partie des " infractions " définies par la Scientologie sont également de cet ordre. C’est partiellement exact, mais il y a aussi une question de langage : une Eglise accusera un fidèle déviant d’" hérésie " ; en revanche, la Scientologie utilise consciemment un langage directement emprunté au monde de la justice : délit, crime[189]... Il y a là un véritable détournement de vocabulaire qui n’est pas innocent, une confusion qui brouille les frontières. Cela crée un potentiel pour des dérapages pouvant amener à nuire à des personnes adverses, qui finissent ainsi par être discréditées comme des criminels n’ayant aucun droit.

4 UNE VISION PARANOÏAQUE DE L’" ENNEMI " ?

Même si elle rêve d’un jour où tous les tribunaux appliqueraient les principes " éthiques " définis par Hubbard, la Scientologie ne s’intéresse pour l’instant à administrer sa justice que par rapport à des affaires qui la touchent directement. Déjà en lisant le Manual of Justice de 1959, on devine que ce système s’est élaboré dans la pensée de Hubbard comme un moyen de contrer des menaces supposées de la part de forces " ennemies ", c’est-à-dire de tout ce qui pouvait se mettre en travers de son chemin. Il est très important d’avoir conscience de cette dimension " défensive " du système développé[190]. Ce n’est pas pour rien que nous avons évoqué certains aspects de la personnalité de Hubbard, car ceux-ci sont directement liés à ces questions. Hubbard était en effet persuadé de devoir faire face à de gigantesques complots, comme le révèle notamment un célèbre exposé qu’il fit en septembre 1967 et dans lequel il déclara :

" Le nombre de nos ennemis sur cette planète n’excède pas une douzaine d’hommes... Ils possèdent et contrôlent des chaînes de journaux, et ils sont, comme par hasard, directeurs dans tous les groupes de `santé mentale’ qui ont surgi dans le monde.

" Ayant le contrôle de la majorité des approvisionnements d’or de la planète, ils se sont engagés dans un programme qui consiste à mettre chaque gouvernement en faillite et à l’écraser, pour qu’aucun gouvernement ne puisse agir politiquement sans leur permission.

" Le reste de leur programme manifeste, c’est d’employer la `santé mentale’, c’est-à-dire l’électrochoc et la lobotomie préfrontale psychiatriques pour ôter de leur chemin tous les dissidents politiques. "[191]

Toute opposition à la Scientologie se voit ainsi interprétée en termes de conspiration, dans laquelle les psychiatres jouent un rôle particulièrement dangereux aux yeux de Hubbard, qui ne manquait pas une occasion de le vilipender, car il voyait dès les années 1950 dans la " clique psychiatre-psychologue-psychanalyste " la source de presque toutes les attaques contre la Scientologie[192] : Hubbard n’avait apparemment jamais digéré les critiques initiales des professionnels de la santé mentale contre son livre La Dianétique et intégra ainsi dans son système l’hostilité qu’il imputait aux psychiatres, les transformant quasiment en un " ennemi cosmique "[193]. Se présenter comme la victime d’une vaste conspiration est évidemment très valorisant, et l’on observe ce phénomène dans le raisonnement paranoïaque de plusieurs petits groupes ; ce qui est étonnant est de voir comment Hubbard réussit à construire en système ses obsessions pour les faire partager à tous ses fidèles. Les psychiatres ne sont cependant pas les seuls à se trouver hissés au statut d’ennemis privilégiés de Hubbard : l’autre cible est Interpol, et une bonne partie des critiques diffusées contre cette agence durant des années avaient pour source la Scientologie[194]. Hubbard voyait en effet dans Interpol la source d’un certain nombre d’attaques contre la Scientologie. Les scientologues continuent de penser que, derrière la " campagne mondiale " contre eux, il y a " un petit cercle de psychiatres, peu nombreux mais influents ", qui usent " de fausses allégations sélectivement implantées dans les médias, puis introduites dans les fichiers ou dossiers gouvernementaux " et qu’Interpol diffuse ensuite à travers le monde[195].

Cette vision d’une conspiration a entraîné des comportements que nous allons évoquer maintenant. Pour en comprendre la logique interne, il faut encore souligner que la vision de l’adversaire articulée par Hubbard exclut par principe que le critique puisse avoir raison et la Scientologie tort, car tout adversaire est considéré comme un criminel (il ne saurait en aller autrement, puisqu’il met obstacle à la seule " technologie " capable d’aider vraiment l’humanité !). Il s’agira donc de découvrir ses actes criminels, et cela s’applique aussi bien à des individus qu’à des groupes ou institutions. Un texte de Hubbard décrit parfaitement la vision de l’opposant dans la Scientologie et les méthodes auxquelles elle recourt pour tenter de le mettre hors d’état d’agir :

" Chaque fois que nous avons fait une enquête sur le passé d’une personne qui critiquait la Scientologie, nous avons découvert des crimes pour lesquels cette personne, ou ce groupe, aurait pu être incarcéré sous le régime des lois en vigueur. Nous ne trouvons aucune personne qui soit critique à l’égard de la Scientologie qui n’ait pas de passé criminel. "

" Les criminels détestent tout ce qui aide les gens, instinctivement. Et tout aussi instinctivement, un criminel s’attaquera à tout ce qui pourrait révéler son passé. "

" La façon dont nous manions actuellement la situation est la simplicité même et nous réussissons.

" Nous sommes en train de donner une leçon à ces impies, lentement, mais scrupuleusement. Cette leçon est la suivante : "Nous ne sommes pas un organisme chargé de faire respecter les lois. MAIS nous allons nous intéresser de près aux crimes des gens qui tentent de nous arrêter. Si vous vous opposez à la Scientologie, nous allons rapidement faire des recherches, nous découvrirons vos crimes et nous les porterons à la connaissance du public. Si vous nous laissez tranquilles, nous vous laisserons tranquilles."[196]

" C’est très simple. Même un imbécile peut comprendre cela.

" Et ne sous-estimez pas notre aptitude à mettre cela à exécution.

" Notre travail est d’aider les gens à mener une vie meilleure. Nous aidons même ceux qui ont commis des crimes, car nous ne sommes pas là pour punir. Mais ceux qui essayent de nous rendre la vie difficile courent un risque d’emblée.

" Tout ce qui nous intéresse, c’est de faire notre travail. Et nous ne nous intéressons qu’aux crimes de ceux qui essayent de nous empêcher de faire notre travail.

" Il n’y a pas de raison valable de s’opposer à la Scientologie. "

" Ne discutez jamais de la Scientologie avec une personne critique. Discutez uniquement de ses crimes, connus ou inconnus. Et agissez avec la certitude absolue que ces crimes existent. Parce qu’ils existent. "[197]


[136] Il existe à notre connaissance en Suisse de rares cas de scientologues qui ont eu, à titre individuel, une activité politique dans certains cantons, mais cela ne relève pas d’une entreprise d’infiltration du domaine politique. Sur la tentative de quelques scientologues de s’associer à un mouvement politique marginal, le Mouvement humaniste fondé en 1986 par un ex-député cantonal écologiste vaudois, cf. J.-F. Mayer, Les Nouvelles Voies spirituelles, pp. 290-291.

[137] " On le voit : des éléments d’utopie sociale et des visées réformistes entrent dans la doctrine hubbardienne, mais l’évolution de la société passe avant tout par la transformation individuelle. " (R. Dericquebourg, op. cit., p. 88)

[138] L.R. Hubbard, La Dianétique, p. 432.

[139] Ibid., p. 438.

[140] " Political Dianetics ", in L.R. Hubbard, The Research and Discovery Series, vol. 5, Los Angeles / Copenhagen, Bridge Publications / New Era Publications, 1983, pp. 403-417.

[141] " I hereby declare Scientology to be non-political and non-ideological. [...] Scientology is [...] declared free of any political connection or allegiance of any kind whatever. "

[142] " Scientologists may be members of any political group on this planet without restraint only so long as these individuals or that group do not attempt to seize Scientology for their own warlike ends and so make it unworkable or distasteful by invidious connection. " (" Freedom from Politics ", HCO PL du 20 janvier 1968)

[143] " Now and then you hear me speak derisively of governments and ideologies — including democracy. If, by seeing that I criticize an ideology, anyone seeks to believe I embrace its opposite, he has failed to get the point. What political system would work amongst very aberrated people ? [...] So there is no reason to suppose any political system is any better than those who use it to govern or be governed. The only difference in existing systems of politics is their relative values in giving the individual a chance to develop and receive a higher level of personal sanity and ability. [...] Scientology gives us our first chance to have a real democracy. We prove daily in Scientology that an individual freed of aberrations reacts more decently toward his fellows [...] the first true democracy will emerge when we have freed each individual of the more vicious reactive impulses. " (" Politics ", HCO PL du 13 février 1965)

[144] Ce qui ne veut pas dire que n’existent pas des rêves de ce genre. Dans son Executive Directive du 20 décembre 1968 (" Western Countries "), Hubbard écrivait : " We refuse to be a revolutionary force. We will continue to try to cooperate with the West. But it looks to me that this is what will be forced into existence : As we totally dominate the technology of the mind, as we are winning where the West was losing, as Western governments turned on us and were thereby shown to be weak or corrupt, the public as the years roll on will force us into a position of control of order whether we like it or not. That’s the way the tide is swinging. We have a lot of hard battles ahead, I am sure. We will have to be careful not to be classed as a revolutionary force. we will have to keep our truth and integrity in the face of all opposition and carry on and continue to win. "

[145] Selon la théorie scientologique et ses applications au domaine de l’étude, " la seule raison pour laquelle une personne abandonne une étude, s’embrouille ou se sent incapable d’apprendre est qu’elle a dépassé un mot ou une phrase qui n’étaient pas compris. " Les livres de Scientologie contiennent toujours un avertissement recommandant au lecteur de ne jamais dépasser un mot qu’il n’aurait pas entièrement compris.

[146] SP=suppressive person ; PTS=potential trouble source. Nous aurons l’occasion de revenir plus loin sur ces expressions.

[147] Nous parlerons bientôt de l’" éthique " telle que la comprend la Scientologie.

[148] A noter que ce document a été utilisé comme élément de preuve dans un jugement de l’Oberverwaltungsgericht für das Land Nordrhein-Westfalen du 31 mai 1996, pour rejeter en recours une plainte déposée par la Scientologie contre des affirmations virulentes du ministre fédéral du Travail, Norbert Blüm, dans le Welt am Sonntag du 18 septembre 1994. A la suite des nombreuses critiques qu’a suscitées ce texte, la Scientologie l’a retiré de la circulation et en diffuse aujourd’hui une version quelque peu adoucie.

[149] Le centre dans le Sussex.

[150] " [...] grâce aux fruits de la recherche de Ron Hubbard, Criminon a vu le jour en Nouvelle-Zélande en 1970. Cette organisation, qui est une branche de Narconon, travaille en coordination avec le système pénal pour réinsérer les criminels, leur faire retrouver leur sens des valeurs et les aider à redevenir des membres à part entière de la société. " (Qu’est-ce que la Scientologie ?, p. 418)

[151] Il s’agit du livret de Hubbard auquel nous avons déjà fait allusion, qui propose une série de préceptes simples en vue du bon fonctionnement de la société. Des associations de scientologues se livrent à des distributions à large échelle de ce document.

[152] " Ziel. - Die Schweiz ist das erste geklärte Land auf dem Planeten. Die Schweiz ist das Land, in welchem Scientology und die LRH-Technologie in allen Lebensbereichen ungehindert gedeihen und blühen kann. Die Schweiz ist das Land, wo jeder Einzelne seine Fähigkeiten voll entfalten und rasch OT werden kann. Zwecke - 1. Im Bereiche der Scientology-Kirchen : Alle Organisationen werden von der Bevölkerung akzeptiert, haben Saint Hill Grösse und sind an Grösse und an Anzahl expandierend. [...] 4. Im Bereich der Öffentlichkeitsarbeit : L. Ron Hubbard, Dianetik und Scientology sind bei der Bevölkerung beliebt und akzeptiert. Jeder Scientologe kann stolz darauf hinweisen, dass er dazu gehört. [...] 7. Im Bereich der Drogen-Rehabilitation : Eine Schweiz ohne Drogen. Drogen- oder Medikamenten-Missbrauch ist verpönt. Die Anti-Drogen-Kampagnen und die Narconon-Drogen-Rehabilitation sind anerkannt, werden allgemein empfohlen und unterstützt. 8. Im Bereich der mentalen Hygiene : Es gibt keine Psychiater mehr. Die Psychiater haben sich den Regeln von CCHR gebeugt und suchen neue Beschäftigungen. 9. Im Bereich der Rehabilitation von Kriminellen : Die Technologie von LRH wird in den Gefängnissen angewandt. Die Criminon-Programme sind die anerkannten Programme in der Schweiz. 10. Im Bereich der Erziehung und Ausbildung : Jedes Kind darf sich voll entfalten. Die Erziehungs- und Schuldirektion wie die Lehrer anerkennen und empfehlen die LRH-Studiertechnologie. LRH-Technologie wird auf sämtlichen Stufen angewandt : Schulen, Berufsschulen, Gymnasien, Lehrerseminaren, Universitäten, Fortbildungsstätten. [...] 14. Im Bereich des Rechts : Richtlinien und Justizanordnungen von LRH sind anerkannt und angewandt. Rechtsstreit wird durch die Anwendung der LRH-Policies unter WISE geregelt. 15. Im Bereich der Finanzen : Die Schweiz ist das erste Land ohne Einkommenssteuer. Die Verkaufssteuer ist eingeführt. Gute Produktion wird vom Staat belohnt. Die LRH-Richtlinien über Finanzen werden auf allen Ebenen anerkannt und angewandt. 16. Im Bereich der Moral : Der Weg zum Glücklichsein ist der anerkannte Moralkodex der Schweiz. Firmen Institutionen, Verbände, Vereine, Parteien etc. empfehlen und verteilen den Weg zum Glücklichsein. " (Activity. Clear Schweiz-News, octobre 1992, p. 8) Pour une reproduction du texte intégral, cf. annexe 6.6.

[153] Ce fut le cas d’Aum Shinrikyo au Japon (cf. David E. Kaplan et Andrew Marshall, The Cult at the End of the World : The Incredible Story of Aum, London, Arrow, 1996 [trad. française : Aum, le culte de la fin du monde, Paris, Albin Michel, 1996]).

[154] George Malko, Scientology : The Now Religion, New York, Delacorte Press, 1970, p. 14. Un ex-scientologue rapportait à un journaliste zurichois au début des années 1980 : " Vor ein paar Jahren postulierten führende Scientologen das Ziel, bis 1983 einen Grossteil der Welt zu beherrschen. Sie wollten unter anderem Regierungen unterwandern und an allen Schaltstellen Einfluss nehmen. " (H. Stamm, op.cit., p. 85) On conviendra qu’ils ne semblent pas beaucoup plus près du but aujourd’hui...

[155] Par exemple l’ex-scientologue allemand Günther Träger : " Viele werden ermuntert, in Parteien einzutreten und in Firmen auf Schlüsselpositionen hinzuarbeiten. Das wird forciert. Inzwischen läuft es aber diskreter als früher. - In welchen Bereichen ? - Computer- und Managementtechnologie. Dies ermöglicht Zugriff auf die Datensysteme grosser Firmen. Oder in der Unternehmensberatung. " (Der Spiegel, 8 mars 1993, p. 90)

[156] Selon un journaliste, les services de police français auraient décelé des infiltrations dans des sphères proches du pouvoir ainsi que par le canal de sociétés informatiques (Serge Faubert, Une secte au coeur de la République : les réseaux français de l’Eglise de Scientologie, Paris, Calmann-Lévy, 1993). Ces informations n’ont été ni confirmées ni infirmées.

[157] " People attack Scientology ; I never forget it, always even the score. " (L.R. Hubbard, Manual of Justice, London, Hubbard Communications Office, 1959, p. 1)

[158] " Intelligence activities, investigation of evidence, judgement or punishment, rehabilitation. " (Ibid., p. 2)

[159] " Investigation is the careful discovery and sorting of facts. Without good investigation we don’t have justice, we have random vengeance. " (Ibid., p. 3)

[160] " Hire a private detective of a national-type firm to investigate the writer, not the magazine, and get any criminal or Communist background the man has. [...] Use the data you got from the detective at long last to write the author of the article a very tantalizing letter. Don’t give him your data on him. Just tell him we know something very interesting about him [...]. " (Ibid., p. 5)

[161] " None of us like to judge or to punish. Yet we may be the only people on Earth with a right to punish — since we can undo the damage we do in most cases. Therefore never punish beyond our easy ability to remedy by auditing and restoration. Judging must be done on the basis of clear-cut evidence and the person must be guilty beyond reasonable doubt. Only then, punish. Guilt is established by a person’s actions and statements, by witnesses and written evidence and by an expertly run E-meter. A person can be guilty without realizing he did wrong. What criminal ever does realize how wrong his actions are ? " (Ibid., p. 7)

[162] HCO Bulletin du 19 juin 1961.

[163] " We have no interest in the secrets and crimes of people and no use for them ", affirmait-il alors (" Security Checks Abolished ", HCO PL du 26 août 1968).

[164] J. Atack, op. cit., p. 188.

[165] " Only the criminally inclined desire a society in which the criminal is free to do as he pleases. Only the criminally inclined are frightened enough of Justice to protest and complain that it exists. " (" Administering Justice ", HCO PL du 17 mars 1965, Issue III)

[166] Cf. " Rights of a Staff Member, Students and Preclears to Justice ", HCO PL du 17 mars 1965, Issue III.

[167] Nous avons sous les yeux une " amnistie générale pour tous les scientologues " de (reproduite en annexe 6.7) : " Tous les actes, quels qu’ils soient, commis avant le 5 septembre 1991 à minuit sont librement pardonnés. [...] Tous les Scientologues, membres du personnel et publics qui ont de bonnes relations avec l’Eglise ont droit à cette amnistie. Ils doivent simplement rédiger tout acte passé antisocial ou action anti-scientologique et envoyer cette rédaction à l’officier d’éthique de leur Organisation de Scientologie la plus proche. " Comme on le voit, l’amnistie ne s’applique qu’aux scientologues en " bonnes relations avec l’Eglise " et s’accompagne d’une confession des " crimes "... Cf. également " Amnesty Policy " (HCO PL du 6 mars 1965), qui mentionne notamment que l’amnistie s’applique aux actes anti-sociaux ou anti-scientologiques, mais ne couvre pas les dettes.

[168] " Correction to all `Justice’ Policy Letters ", HCO PL du 22 avril 1965.

[169] L.R. Hubbard, Introduction à l’éthique de la Scientologie, p. 9.

[170] Ibid., p. 96.

[171] Ibid., p. 54.

[172] Ibid., pp. 54-55.

[173] Ibid., pp. 58-63.

[174] Ibid., p. 63. Dans la liste des infractions, on constate que tout ce qui pourrait porter atteinte à la Scientologie est considéré comme particulièrement grave : en effet, dans la logique du mouvement, la Scientologie représente la seule voie de salut possible pour l’humanité ; critiquer la Scientologie ou mettre en péril l’intégrité de la " technologie " (par exemple en modifiant en quoi que ce soit les lignes directrices définies par Hubbard ou en essayant de l’appliquer dans des groupes " dissidents ") correspond donc à un comportement non éthique (Mary Farrell Bednarowski, New Religions and the Theological Imagination in America, Bloomington / Indianapolis, Indiana University Press, 1989, p. 114).

[175] L.R. Hubbard, Introduction à l’éthique de la Scientologie, p. 64.

[176] Ibid., pp. 65-68.

[177] Ibid., p. 74. Hubbard admet qu’une personne " suppressive " peut être déclarée comme telle à tort et prévoit donc de voies de recours pour lui permettre de prouver son innocence — surtout " toute preuve montrant qu’il ou elle a aidé la Scientologie, des scientologues ou un scientologue ; et si l’on voit que ces preuves ont plus de poids que les accusations, que ces dernières soient prouvées ou non, la personne est absoute " (ibid., p. 75).

[178] Ibid. p. 71.

[179] Ibid., p. 72.

[180] Hubbard écrivait : " With regard to the practice of disconnection, I have taken this up with the Board of Directors of the Church of Scientology, and they have no intention of re-introducing this policy, which was cancelled on the 15th November, 1968. For my part, I can see no reason why this policy should ever be re-introduced, as an extensive survey in the English speaking countries found that this practice was not acceptable. " (Hubbard Scientology Organisation in New Zeland and Any Associated Scientology Organisation or Bodies in New Zealand. Report of the Commission of Inquiry, Wellington, 1969, p. 27) " Since we can now handle all types of cases disconnection as a condition is cancelled. " (" Cancellation of Disconnection ", HCO PL du 15 novembre 1968)

[181] " [The commission] had hoped that there would be a direct undertaking by L. Ron Hubbard that the practice of disconnection would never be reintroduced. However, the intention appears to be there, although it is stated in somewhat guarded language. " (Hubbard Scientology Organisation in New Zealand..., p. 55)

[182] Report of the Commission of Enquiry into Scientology for 1972, Republic of South Africa, 1973, pp. 231-232.

[183] Cf. " Ethics, Suppressive Acts, Suppression of Scientology and Scientologists " (HCO PL du 23 décembre 1965RA, " revised and reissued 10 September 1983 "). Nous n’avons en revanche pas eu l’occasion d’avoir entre les mains le HCOB [Hubbard Communications Office Bulletin] du 10 septembre 1983, qui traite du sujet de la disconnection.

[184] C’est-à-dire une " proie ", un " gibier " auquel on peut s’en prendre ; mais l’expression est toujours utilisée en anglais.

[185] " The homes, property, places and abodes of persons who have been active in attempting to suppress Scientology or Scientologists are all beyond any protection of Scientology Ethics, unless absolved by later Ethics or an amnesty. " (" Suppressive Acts, Suppression of Scientology and Scientologists, The Fair Game Law ", HCO PL du 23 décembre 1965) Ou ces précisions sur la personne à laquelle a été assignée la condition d’" ennemi " : " Fair game. May be deprived of property or injured by any means by any Scientologist without any discipline of the Scientologist. May be tricked, sued, or lied to or destroyed. " (" Penalties for Lower Conditions, HCO PL du 18 octobre 1967)

[186] " The practice of declaring people FAIR GAME will cease. FAIR GAME may not appear on any Ethics Order. It causes bad public relations. This P/L does not cancel any policy on the treatment or handling of an SP. " (" Cancellation of Fair Game ", HCO PL du 21 octobre 1968)

[187] Nous ignorons si cette déclaration a été publiée quelque part dans son intégralité, mais on peut la trouver sur le réseau Internet ; elle a été faite dans le cadre de l’affaire opposant la Scientologie à Steven Fishman.

[188] Cf. Roger Straus, " Scientology `Ethics’ : Deviance, Identity and Social Control in a Cult-like Social World ", in Symbolic Interaction, 9/1, 1986, pp. 67-82. Un autre aspect de ce système, mais dont nous ne parlerons pas ici, est le " Rehabilitation Project Force " (RPF), c’est-à-dire une sorte de système de " rééducation " pour des membres ne donnant pas satisfaction ; les récits qui en sont faits par d’anciens adeptes évoquent une pratique qui n’est pas très loin des travaux forcés, et le système du RPF a récemment été virulemment dénoncé par le ministre de l’Intérieur de la Bavière en réaction à la campagne anti-allemande de la Scientologie, en précisant que, selon ses informations, le RPF serait actuellement appliqué au centre européen de Copenhague, à Saint Hill, à Sydney, à Clearwater (Floride) et à Helmet (Californie) (Frankfurter Allgemeine Zeitung, 16 janvier 1997). Une spécialiste autrichienne donne la description suivante du RPF : " Das RPF wurde 1974 als selbstständige Einheit von Hubbard als ein sehr hartes, strenges Handhabungssystem für Mitarbeiter (Staff-Members) errichtet, die sich etwas zuschulden haben kommen lassen. Hier hat das Mitglied sowohl Arbeitsdienst zu verrichten als auch mehrere Stunden in Scientology zu studieren. Verschiedenen Berichten zufolge ist normales Gehen verboten, man darf nur laufen. Es ist verboten, mit jemand anderem ausserhalb des RPF zu sprechen oder überhaupt Notizen nach aussen zu geben, wenn nicht vorher der RPF-Vorgesetzte davon in Kenntnis gesetzt wurde. Keiner darf alleine gehen, auch nicht zur Toilette. Post wird zensuriert. Es darf nur der genau bezeichnete RPF-Bereich betreten werden. " (Friederike Valentin, " Die Ethik von Scientology ", in F. Valentin et H. Knaup, op. cit., pp. 70-82 [p. 78])

[189] Sans parler de cet autre dangereux détournement de vocabulaire qui assimile ce qui est éthique à ce qui va dans le sens des intérêts de la Scientologie...

[190] Des directives de Hubbard de septembre 1969 donnent toute une série d’instructions en vue de mesures de contre-espionnage au sein du mouvement : " Guarding against infiltration is a vital action for survival [...]. " Ces directives prévoyaient même des récompenses financières pour quiconque apporterait au Guardian’s Office des informations permettant de démasquer des infiltrations (" Counter-Espionage ", HCO PL du 1er septembre 1969).

[191] Advance !, supplément français N° 81, 1983, p. 2.

[192] L.R. Hubbard, " Psychiatrists ", in Professional Auditor’s Bulletin, N° 62, 30 septembre 1955 (reproduit dans The Technical Bulletins of Dianetics and Scientology, vol. II, Copenhagen / Los Angeles, Scientology Publications, 1976, pp. 267-269.

[193] L’expression est de Stephen A. Kent, dans sa communication de novembre 1991 que nous avons déjà citée plus haut.

[194] Cf. par exemple Interpol : groupe privé, menace publique. Une organisation policière impliquée dans des activités criminelles, Paris, Eglise de Scientologie, 1990 (ce document a été publié en plusieurs langues). Dans le sillage de l’" affaire des fiches " en Suisse, le périodique zurichois d’investigation de l’Eglise de Scientologie avait publié un article " Interpol und die Bundesanwaltschaft " (Freiheit, N° 2, janvier 1990).

[195] Qu’est-ce que la Scientologie ?, p. 531.

[196] C’est en parfaite application de ce principe que la Scientologie, face aux controverses en Allemagne, a annoncé qu’elle allait faire des révélations sur des actes " criminels " de certains hommes politiques de ce pays. La question est bien sûr de savoir quels moyens sont mis en oeuvre pour recueillir ces informations, vraies ou fausses. L’observation par le Bundesamt für Verfassungsschutz permettra certainement d’obtenir des informations intéressantes à cet égard.

[197] Derrière l’attaquant. L’application de la tech de LRH sur le maniement des attaques, s.l., International Association of Scientologists, 1990, pp. 2-3.


Source : Office fédéral suisse de la police : http://www.admin.ch/bap