A) TENUES DE VILLE, TENUE DECONTRACTEE, " TENUE DE NUIT "...

C’est essentiellement le souvenir des images de Montceau-les-Mines qui a motivé les questions relatives à la tenue des membres du DPS, le souci de la commission d’enquête portant notamment sur l’existence éventuelle d’uniformes au DPS. Là encore, les réponses apportées par les responsables du DPS lors de leur audition tendent à accréditer l’image d’un service d’ordre comme les autres.

L’apparence des membres du DPS est une question prise très au sérieux au Front National : il y va en effet de l’image même du parti, le DPS étant considéré comme la " vitrine du Front National " (M. Jean-Pierre Chabrut). C’est dans cette optique qu’il est demandé aux membres du DPS de porter une tenue identique : " je demande à tout le monde d’être habillé d’une certaine façon, de porter la tenue que vous connaissez, qui est celle du DPS, et qui se compose d’un blazer, d’une cravate, de pantalons et de chaussures cirées " (M. Jean-Pierre Chabrut). La tenue qui vient d’être décrite porte plusieurs noms : M. Gérard Le Vert parle de la " tenue d’honneur " ; elle est également appelée " tenue n°1 " (M. Jean-Marie Lebraud).

Cette dernière expression conduit à s’intéresser à l’autre tenue des DPS, celle que portaient notamment les membres du DPS au soir du 25 octobre 1996. Si les témoins entendus par la Commission reconnaissent l’existence d’une tenue n° 2, ils nient en revanche catégoriquement qu’il s’agisse d’un uniforme ou d’une tenue de combat. " Il n’y a jamais eu d’achat d’uniformes " a ainsi déclaré M. Bernard Courcelle. De même, la réaction de M. Gérard Le Vert a été très vive : " Je ne peux pas accepter qu’on dise qu’il y a une tenue de combat ". Pour M. Gilles Soulas, il s’agit tout simplement de vêtements de couleurs sombres : " Qu’appelez-vous un uniforme ? Des tenues sombres ? ".

De quoi se compose donc cette " tenue n° 2 " ? Il existe d’abord une définition négative de cette tenue, comme l’a expliqué M. Bernard Courcelle : " La tenue n° 2, c’est-à-dire qu’ils n’étaient pas en costume ". Il s’agit donc d’une tenue " décontractée : jeans, blouson [...] utilisée en extérieur lorsqu’on ne peut pas être en blazer comme, par exemple, dans les meetings de nuit " (M. Jean-Pierre Chabrut). M. Bernard Courcelle a donné la même explication : " La tenue n° 2 se compose d’un blouson, que je préfère bleu marine - je déteste les "bombers" noirs -, de jeans et de baskets. La tenue n° 2 est portée par les personnes qui sont en surveillance extérieure - parking, jardins publics, etc. ". Selon M. Gérard Le Vert, la tenue n° 2 est une " tenue de nuit ", qu’il a définie ainsi : " Quand je parle d’une "tenue de nuit", je veux simplement dire qu’en raison du froid,

- c’était à la fin de l’automne et il ne faisait pas bien chaud -, nous étions couverts. C’est une tenue qui n’a rien de choquant, d’autant que lorsqu’ils commencent à prendre des oeufs et des pierres, les garçons enfilent leur blouson ".

Comment se fait-il, dans ces conditions, que les membres de la commission d’enquête et également les contre-manifestants, selon les témoins, aient tous eu l’impression qu’à Montceau-les-Mines, les membres du DPS portaient un uniforme ? En fait, deux éléments les auraient trompés. D’abord, la nuit : pour M. Bernard Courcelle, il convient de ne pas oublier que " la nuit, avec un blouson bleu marine et des jeans, tout le monde se ressemble ". En outre, il a pu arriver que des professionnels des entreprises de sécurité soient venus faire du bénévolat au DPS en tenue de travail : " Vous parlez de la tenue des personnes qui travaillent pour la sécurité et qui, vous pouvez le constater, portent des blousons ou des combinaisons noires ou bleu marine. Les maîtres-chiens également. Certains viennent nous aider bénévolement " (M. Jean-Marie Lebraud). Quant à M. Eric Staelens, il a reconnu que certains membres aient pu porter " des combinaisons de maîtres-chiens éventuellement ".

B) UN EQUIPEMENT EXCLUSIVEMENT DEFENSIF

La Commission a également interrogé les responsables du DPS sur l’équipement dont disposent les membres du département, alors qu’à maintes reprises, ceux-ci ont été appréhendés avec des armes diverses en leur possession. Les réponses fournies donnent une fois encore le sentiment d’un décalage marqué avec la réalité.

S’agissant d’abord des armes proprement dites, et de tous les objets pouvant devenir une arme par destination, ils sont strictement interdits au DPS :

- " Je ne voulais pas entendre parler d’armes, ni d’objets pouvant être considérés comme armes par destination " (M. Bernard Courcelle) ;

- " S’il [Jean-Marie Le Pen] avait souhaité que nous fussions armés, il est clair que nous aurions dit non : c’est inacceptable ! " (M. Gérard Le Vert) ;

- " Nous interdisons formellement ce genre de choses. Des notes de service le spécifient " (M. Jean-Marie Lebraud).

Comment expliquer dès lors que, malgré ces directives fermes, et récurrentes, des membres du DPS aient pu être trouvés en possession d’armes ? Là encore, c’est l’argument de l’acte individuel qui est invoqué, appuyé d’ailleurs par le système de défense tout aussi connu du " ce n’est pas moi ; c’est lui ". Tel est le sens de la réponse de M. Jean-Marie Lebraud à une question sur la découverte d’un mini-arsenal chez certains membres du DPS de Normandie en 1992 : " Il est vrai que l’on ne peut tout contrôler. En Bretagne, cela n’existe pas ". Tous les responsables entendus nous ont d’ailleurs assuré que la violation de ces directives était sanctionnée par l’exclusion immédiate du service d’ordre.

Si l’on en croit les responsables du DPS, le seul matériel dont disposent les membres du DPS leur sert à se défendre : c’est ainsi qu’il faut expliquer la présence de casques et de boucliers, à Montceau-les-Mines notamment, qui, par leur fonction protectrice, ont l’onction des dirigeants. " Pour ce qui est de l’usage du bouclier, je répète qu’il n’y a eu qu’un seul cas et que je n’en veux pas à ceux qui y ont eu recours, à force de prendre des pavés, de l’avoir fait. Cela étant, cet usage ne fait pas, non plus, partie de mes directives " (M. Jean-Pierre Chabrut). De même, pour M. Gérard Le Vert, " Le casque est une arme défensive et non pas offensive. D’ailleurs, heureusement que nous en avions, car ceux de nos camarades qui n’en portaient pas ont tous été blessés ". Quant à la matraque électrique, qui peut avoir un usage défensif, elle n’est néanmoins pas acceptée : " Nous avons toujours demandé de ne pas amener ce type de matériel qui est en vente libre dans tous les stocks américains " (M. Gérard Le Vert).

En dépit de la tolérance des dirigeants à l’égard de certains matériels dits défensifs, il n’existe pas de fournisseur officiel du DPS. Ses membres seraient même parfois obligés de recourir à des moyens de fortune et de développer des trésors d’ingéniosité : " Pour ce qui est du matériel, nous n’avons pas de fournisseurs. Les casques - nous en avions très peu du reste : quatre ou cinq, je crois - avaient été achetés dans ce qu’on appelle les stocks américains qui vendent, il me semble, les surplus de la gendarmerie belge qui sont en vente libre. Quant aux boucliers, nous les fabriquons nous-mêmes ou ce sont des couvercles de poubelle arrangés " (M. Gérard Le Vert).

S’agissant enfin des matériels de transmission, le DPS se heurte une fois encore à la contrainte budgétaire qui est la sienne : " Les transmissions étaient difficiles parce qu’en ville et dans les grosses manifestations le contact passe très mal. Comme tout le monde, nous avons des portables mais les communications sont très chères. Comme nous n’avons jamais eu les moyens d’acheter des équipements, nous les louions, notamment des talkies-walkies " (M. Gérard Le Vert). Quant aux débordements observés dans ce domaine, qui concernent plus particulièrement la présence de scanners destinés à décrypter les transmissions protégées des forces de l’ordre, ils sont encore une fois le fait d’individus isolés : " On trouve des scanners partout, mais ce n’était pas du matériel officiel DPS : il n’y avait pas de scanners au DPS ! Il pouvait y en avoir à titre individuel, mais comment voulez-vous fouiller chaque voiture ? Imaginez un peu une manifestation comme le défilé de Jeanne d’Arc, pour lequel 250 ou 300 membres du DPS arrivent à bord d’une soixantaine de véhicules : nous ne pouvons pas nous permettre de tout fouiller et nous ne l’avons jamais fait " (M. Gérard Le Vert).