« Un jugement dernier bactériologique »

A Virus-Fed Doomsday
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEURS] Scott P. Layne est professeur associé d’épidémiologie à l’UCLA School of Public Health. Michael H. Sommer est chercheur associé à l’Institute of Governmental Studies de l’University of California, Berkeley.

[RESUME] L’hypothèse la plus terrible d’une attaque contre l’Irak serait que Saddam Hussein, n’ayant plus rein à perdre, envoie toutes ses bombes bactériologiques contre les armées américaines, sans se soucier des populations civiles. Cela provoquerait des centaines de milliers de morts.
D’après, le Journal of Virology, il existe des agents bactériologiques, peu coûteux, sans vaccin existant et mortels.
Les armes bactériologiques sont beaucoup plus dangereuses que les armes nucléaires, car plus faciles à fabriquer et moins coûteuses.
Face à cette menace, les États-Unis doivent repenser le fonctionnement de leurs système de renseignement et doivent développer des laboratoires de lutte contre ces virus.
Les États-Unis ne peuvent pas se permettre de laisser aux terroristes la possibilité de déclencher un Armageddon bactériologique.

« Le dossier d’accusation contre l’Irak semble vide »

The Case for War on Iraq Looks Weak
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Andrew Mack dirige le Human Security Centre du Liu Institute for Global Issues de l’University of British Columbia.

[RESUME] Le retour des inspecteurs de l’ONU ne garantira pas la destruction des armes de destruction massive en Irak. Les infrastructures les développant ont sans doute une grande mobilité et elles seront difficiles à trouver. Le changement de régime semble bien le seul moyen d’empêcher l’Irak de bénéficier de telles armes.
Mais est-ce bien là une raison pour entrer en guerre ?
L’administration Bush dit qu’elle ne veut pas que l’Irak détienne des armes de destruction massive car Saddam Hussein est un dictateur sanguinaire. Cela n’a pourtant pas dérangé les États-Unis au temps où il servait les intérêts américains.
L’administration Bush dit que Saddam Hussein pourrait utiliser ces armes contres des populations civiles, mais les États-Unis ont montré par leur inaction face au génocide du Rwanda que la protection de populations civiles n’est pas leur priorité.
Les États-Unis affirment que l’Irak pourrait donner des armes de destruction massive aux réseaux terroristes, pourtant on n’a jamais prouvé que Saddam Hussein ait des liens avec ces réseaux et les milieux fondamentalistes le détestent.
Enfin les États-Unis affirment que l’Irak pourrait avoir l’arme nucléaire et s’en servir. On peut plutôt penser que si l’Irak veut l’arme nucléaire c’est pour se défendre, face à l’Iran et à Israël. Un nouveau gouvernement pro-américain en Irak pourrait d’ailleurs partager la même volonté pour assurer sa sécurité.
Une guerre en Irak aurait un coup humain et financier considérable, n’écarterait sans doute pas le risque de voir se développer ce type d’arme dans le pays et rien ne permet d’affirmer qu’il rendrait moins malheureux le peuple irakien.

« Le Congrès doit résister à la course à la guerre »

Congress Must Resist the Rush to War
The New York Times (États-Unis)

[AUTEUR] Robert C. Byrd est sénateur démocrate de Virginie occidentale.

[RESUME] L’auteur reprend dans cette tribune les grandes lignes de son texte du 9 octobre du Los Angeles Times, marquant, à nouveau, son hostilité à la nouvelle doctrine de Bush.
Le fait de vouloir faire adopter par le Congrès une loi sur les pouvoirs de guerre avant les élections est un moyen d’empêcher les citoyens des États-Unis de se prononcer sur ces questions. Son adoption briserait l’équilibre des pouvoirs défini par la Constitution des États-Unis. (Le résumé de la tribune du 9 octobre dans Tribunes libres internationales numéro 7).

« Les États-Unis devraient suivre l’initiative de l’Europe et se détourner du pétrole »

The US Must Follow Europe’s Lead and Turn its Back on Oil
The Guardian (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Jeremy Rifkin est l’auteur de The Hydrogen Economy : The Creation of the World Wide Energy Web and the Redistribution of Power on Earth.

[RESUME] Les États-Unis travaillent encore très peu sur l’hydrogène comme source d’énergie, contrairement aux pays de l’Union Européenne qui ont commencé à s’y intéresser depuis un certain temps.
Ce manque d’intérêt explique en partie le fait que les États-Unis sont en train de préparer une guerre pour contrôler le pétrole irakien et ainsi pouvoir s’affranchir de la prédominance saoudienne sur ce marché. Pourtant les différents analystes estiment que les réserves mondiales de pétroles commenceront à se tarir fortement à partir de 2020 ou 2040.
Les compagnies pétrolières européennes, telles que BP ou Shell, ont commencé à travailler sur ces énergies de substitution alors que les compagnies pétrolières américaines se concentrent sur le lobbying auprès du gouvernement américain pour contrôler les différents pays producteurs.
La révolution énergétique est inévitable et va modifier en profondeur les équilibres internationaux. Il est, pour l’instant, difficile de savoir quels seront ces changements et comment les États-Unis s’y adapteront.

« Le soutien turc est illusoire »

Turkish Support May Be Illusory
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Ben Ball a été étudiant du Fulbright Program en Turquie de 1998 à 1999. Il a travaillé à l’ambassade des États-Unis à Ankara en 2001 en tant que spécialiste de l’Asie mineure de la Fletcher School de la Tufts University.

[RESUME] L’opposition à une intervention en Irak est partagée par tous les partis et groupes politiques en Turquie car elle aurait pour conséquence de déstabiliser encore davantage un pays qui traverse une grave crise économique.
Les élections à venir risquent de donner une majorité aux islamistes et le spectre d’une attaque américaine contre l’Irak ne fait que renforcer cette hypothèse.
La Turquie souhaite la fin de l’embargo contre l’Irak pour des raisons commerciales et craint que les États-Unis utilisent les Kurdes contre Saddam Hussein provoquant ainsi de graves troubles dans le Kurdistan turc.
Dans de telles conditions, non seulement les États-Unis ne peuvent pas compter sur l’aide turque mais, en plus, une offensive contre l’Irak risque de déstabiliser l’un des principaux alliés dont ils disposent dans la région.

« Faites attention à ce que vous semez »

Be careful what you sow
The Globe and Mail (Canada)

[AUTEUR] Le prince El Hassan bin Talal de Jordanie est président de la World Conference for Religions and Peace. Il est président du Arab Thought Forum et président du Club de Rome.

[RESUME] Depuis le 11 septembre 2001, la zone du monde détenant 70 % des réserves mondiales de pétrole est en crise et, plus largement, c’est le monde et son système de fonctionnement international qui en souffrent.
La domination militaire d’un seul pays sur le monde entier engendre la peur et la haine et fait le jeu du terrorisme. Il est préférable que l’équilibre du monde s’appuie sur un concert de nations souveraines que sur les décisions d’un seul état militariste.
La résolution définitive du problème irakien se fera grâce au dialogue et à la négociation. Ce dialogue devra aboutir à la fin des souffrances endurées par le peuple irakien tout en respectant la souveraineté et l’intégrité du territoire irakien.
Le Proche-Orient tout entier peut trouver la stabilité si on lui apporte une réponse basée sur l’aide au développement économique et culturel plutôt que sur la force et la menace.
Il est nécessaire de restaurer un débat international pour régler les conflits locaux et particulièrement le conflit israélo-arabe.

« Arrêtons le nettoyage ethnique au Proche-Orient avant qu’il ne commence »

Stop Ethnic Cleansing in the Mideast Before it Starts
The Christian Science Monitor (États-Unis)

[AUTEUR] Helena Cobban est une éditorialiste régulière du Christian Science Monitor et une auteur ayant écrit de nombreux livres sur les questions internationales.

[RESUME] George W. Bush a besoin de Sharon contre l’Irak et ce dernier en profite pour continuer sa politique meurtrière dans les territoires occupés. Il accentue sa politique de "transfert" des populations palestiniennes, politique qui serait appelé "nettoyage ethnique" dans toutes autres parties du monde qu’en Israël.
L’inaction des États-Unis est une conséquence de sa volonté de créer une large coalition contre l’Irak. Pourtant, à long terme, cette attitude dessert les intérêts américains en renforçant les fondamentalistes.
L’escalade de la violence au Proche-Orient n’est pas inévitable si les États-Unis choisissent enfin de soutenir le camp de la paix.

« Un malveillant jeu de responsabilité »

A Mischievous Blame Game
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Husain Haqqani est chercheur associé au Carnegie Endowment for International Peace. Il a été conseiller des Premiers ministres du Pakistan : Nawaz Sharif et Benazir Bhutto.

[RESUME] L’Inde et le Pakistan continuent de s’accuser mutuellement d’aider les terroristes sévissant sur leurs territoires et les groupes terroristes réels en profitent pour prospérer.
Le Pakistan est toujours géré par des militaires qui ont aidé les Talibans et qui pourraient encore avoir la tentation de s’allier aux fondamentalistes s’ils sentaient le pouvoir leur échapper.
Maintenant que les États-Unis ont les yeux braqués sur l’Irak, ils n’ont plus la capacité ou la volonté de s’intéresser de près aux tensions entre l’Inde et la Pakistan. Pourtant, ces tensions persistent et les États-Unis ont le devoir de rétablir l’ordre dans cette région.

« Quel président Lula pour le Brésil ? »

Which President Lula for Brazil ?
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Peter Hakim est président de l’Inter-American Dialogue.

[RESUME] Qui est Luiz Inacio Lula da Silva, dit Lula, le probable futur président de la République brésilienne ? Un homme qui va combattre les injustices sociales et défendre les pauvres de son pays pour les uns, un dangereux ami d’Hugo Chavez et Fidel Castro pour les autres. Toujours est-il qu’il sera bientôt confronté à la gestion quotidienne d’un pays ayant de graves difficultés économiques et dont la faillite pourrait entraîner la crise dans tout le continent. Il est difficile de savoir s’il aura l’expérience pour surmonter ces difficultés et si les marchés financiers lui laisseront une chance. On ne sait pas non plus comment Washington réagira à son élection.
Pour éviter la crise, Washington devrait pousser le FMI à l’aider, mais pour que les États-Unis agissent ainsi, il faudrait qu’il soit plus conciliant envers eux que ses déclarations passées ne le laisse penser.