Au cours de cette première phase opérationnelle, qui s’étend du 22 juin au 4 juillet, les forces françaises interviennent à partir du Zaïre le long de la frontière sur un axe sud-nord défini par les villes de Cyangugu, Kibuye, Gisenyi. Conformément aux objectifs fixés, elles parviennent à sécuriser le 23 juin, le camp de Nyarushishi à une dizaine de kilomètres de Cyangugu, où se trouvent regroupés 8 000 à 10 000 Tutsis.

Le 26 juin, le commandement des opérations spéciales (COS) s’engage jusqu’à Kibuye et met fin aux massacres dans ce secteur, tout au moins dans les agglomérations. Le 27 juin l’équipe du COS, conduite par le capitaine de frégate Marin Gillier, procède, sur la route qui mène à Kibuye, à la reconnaissance du camp de réfugiés hutus de Kirambo, puis découvre le 30 juin à Bisesero dans des conditions qui feront l’objet par la suite de vives accusations (cf. annexe), les derniers survivants d’une communauté tutsie victime des actions d’extermination menées par les Hutus de la région, sous la houlette du bourgmestre de Gishyita.

Le 30 juin, le Général Raymond Germanos envoie au Commandant des forces Turquoise une directive pour le 1er juillet 1994, qui précise aux forces françaises qu’elles doivent poursuivre les missions de reconnaissance visant à marquer leur présence :

- au nord, en maintenant le dispositif actuel jusqu’à Mukamura ;

- au centre, en assurant une présence plus marquée à l’est de Kibuye, notamment à hauteur du col de N’Daba ;

- en accentuant la recherche du renseignement dans le triangle Gishita - Karongi - Gisovu ;

- en prolongeant vers l’est les reconnaissances au-delà de la lisière de la forêt de Nyungwe jusqu’à Gikongoro, à ne dépasser que pour d’éventuelles missions d’extraction en direction de Butare.

D’autre part, les forces de Turquoise sont autorisées à déployer l’EMMIR en fonction de l’évolution de la situation. Ce choix devra prendre en compte l’éventualité de participations étrangères, notamment belge, roumaine et mauritanienne, dans le but d’assurer la complémentarité des moyens déployés.

Enfin, la directive précise que, si les journalistes venaient à manifester le souhait de quitter la zone, toutes les facilités leur seraient accordées, notamment en matière de transport aérien.

En application de cette directive, le 2 juillet le détachement du Capitaine de frégate Marin Gillier est relevé et fait mouvement vers Butare où, le 3 juillet, 1000 personnes sont évacuées, parmi lesquelles 700 orphelins qui sont exfiltrés vers le Burundi avec l’aide de l’ONG " Terre des Hommes ".

C’est à cette occasion que survient le premier accrochage avec le FPR, qui rend inéluctable la rencontre entre les forces du FPR et celles de Turquoise et peut poser le problème de la neutralité de l’intervention française. A l’issue de cette première phase, qui s’achève le 4 juillet avec la chute de Kigali, il est apparu que le concept de " va et vient " des forces à partir du Zaïre s’accommodait mal de l’objectif de protection des populations. Le maintien des soldats de Turquoise en territoire rwandais rendait toutefois encore plus délicates les relations avec les FAR, obligées d’admettre que la France n’était plus là pour leur prêter main forte.

A ce stade de l’opération, les forces de Turquoise ont été conduites à procéder à des incursions plus profondes et plus permanentes, au nord en direction de Kibuye, au sud dans le secteur de la forêt de Nyungwe jusqu’à Gikongoro puis Butare. Elles ont cependant été conduites à adopter une nouvelle stratégie, compte tenu de la progression des forces du FPR, vers Butare et Kibuye, et des mouvements massifs de population que cette avancée provoque. L’alternative est donc la suivante : soit se retirer en dehors du territoire rwandais, soit organiser une zone humanitaire sûre dans le sud-ouest du pays.


Source : Assemblée nationale. http://www.assemblee-nationale.fr