Trois radios extrémistes hutues sévissent au Rwanda au mois de juillet 1994.

- Radio Rwanda n’appelle pas aux exactions, mais son message se radicalise lorsqu’elle se déplace à Gisenyi après la chute de Kigali, le 4 juillet. Ses émissions ont été parfois confondues avec celles de la RTLM. Elle s’exfiltre avant la chute de Gisenyi, à Cyangugu, d’où elle envoie le 16 juillet un message très critique à l’encontre de la France à propos de sa position à l’égard du Gouvernement intérimaire. Le 17 juillet, après un contact direct avec les forces françaises du groupement sud, elle tempère son discours, invitant toutefois la population, sur laquelle elle exerce une forte influence, à suivre le Gouvernement intérimaire dans son exil au Zaïre.

- La Radio libre des Mille Collines (RTLM), connue pour ses appels à l’extermination sous la direction de M. Georges Ruggiu, jugé actuellement à Arusha et que la France n’a pas évacué, a cessé d’émettre à la veille de la chute de Kigali les 1er et 2 juillet, pour reprendre le 3 et s’interrompre le 4 et le 5 juillet.

Cette radio était capable d’émettre avec un système de relais mobiles dans la région de Gisenyi. Ses émissions semblent avoir été relayées par Radio Rwanda, qui en rediffusait une partie. Après la chute de Gisenyi, elle aurait émis une fois à partir du Mont Karongi au sud de Kibuye. Une mission du COS sur le site, le 19 juillet, a permis de constater que plus personne n’y travaillait, même s’il était resté en état.

Le 7 juillet, une étude a été menée par le Bureau de renseignement du PCIAT pour brouiller cette radio. Le Chef d’état-major des Armées en a été saisi personnellement par le COMFORCE, qui a décidé de déployer des moyens d’écoute et de localisation. Certains relais de cette radio itinérante ont été détruits.

- Radio Antomorangingo (la voix de la démocratie), radio extrémiste, est repérée le 10 juillet par les CRAP du 2ème REP dans une cimenterie près de Bugarama.

Elle s’exfiltre à Mushaka, au sud-est de Gishoma. Une action de surveillance est proposée au COMFORCE, jusqu’à l’arrivée des moyens de brouillage.

Le 18 juillet, elle s’exfiltre vers le Zaïre, où elle n’est plus captée.

*

* *

Sur la question de savoir s’il était possible techniquement de procéder plus tôt au brouillage des émissions, la Mission ne dispose pas d’éléments techniques suffisants pour apprécier la justesse des critiques émises par ceux qui ont considéré qu’il était possible d’intervenir plus rapidement.

Le Général Raymond Germanos a simplement fait valoir qu’il était extrêmement compliqué en dix jours de situer une radio dans un pays baptisé, à juste titre, des " Mille Collines ", compte tenu de la technique de la goniométrie, mais qu’au bout de quinze jours, entre la chute de Kigali et le 19 juillet, ces radios n’avaient plus émis.


Source : Assemblée nationale. http://www.assemblee-nationale.fr