La présidence de l’Union européenne transmet ci-joint au Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies le rapport sur les événements qui ont eu lieu en avril à Djénine et dans d’autres villes palestiniennes. Ce rapport a été rédigé par le Consul général de l’Union européenne à Jérusalem et les chefs de mission à Ramallah.

1. Remarques préliminaires

Tout d’abord, il convient de noter que des rapports sur les événements de Djénine et le camp de réfugiés de Djénine ont été établis par plusieurs ONG, organisations internationales et organismes des Nations Unies (UNRWA, Human Rights Watch, CICR, etc.) dans le cadre d’autres rapports globaux sur la situation et les événements dans les territoires occupés ou se référant exclusivement à la situation à Djénine.

Il convient également de noter qu’aucun observateur indépendant n’était présent dans la zone pendant les combats, en particulier dans le camp de réfugiés. Les Forces de défense israéliennes ont interdit l’accès au camp pendant 12 jours consécutifs.

Depuis les opérations militaires de début avril, les Forces de défense israéliennes ont opéré au moins deux autres incursions à Djénine, rendant ainsi très difficile la tâche des organismes humanitaires et d’aide à la reconstruction, ce qui vient confirmer la perception de la population et des services de sécurité de l’Autorité palestinienne quant à la fragilité de la situation.

Les destructions massives, surtout au centre du camp de réfugiés, dont peuvent témoigner tous les chefs de mission de Jérusalem et de Ramallah, montrent que le site a subi un emploi sans discrimination de la force, qui va bien au-delà de celui d’un champ de bataille.

2. Introduction

Le 3 avril 2002, les Forces de défense israéliennes ont lancé une opération militaire contre la ville palestinienne de Cisjordanie de Djénine et son camp de réfugiés. Cette opération s’inscrivait dans le cadre d’une vaste campagne militaire contre les centres urbains palestiniens de Cisjordanie.

Cette opération faisait suite à une première opération de grande envergure menée à la mi-mars ; Israël l’a justifiée comme s’inscrivant dans le cadre de sa lutte contre le terrorisme et à titre de représailles à la suite d’une série d’attentats terroristes commis les jours précédents.

La ville de Djénine et le camp ont été déclarés zone militaire fermée. Les Forces de défense israéliennes n’ont autorisé à personne l’accès à la ville. Parallèlement, le couvre-feu a été imposé et a duré 13 jours consécutifs, pour n’être levé dans le camp de réfugiés que le 18 avril.

À cause de la situation, les observateurs n’ont pu pénétrer à Djénine et surtout dans le camp de réfugiés, où ce n’est que le 15 avril que le personnel du CICR et de la Société du Croissant-Rouge palestinien ont été autorisés dans le camp de réfugiés pour la première fois depuis 12 jours.

En conséquence, tous les rapports indépendants sur les événements qui ont eu lieu dans le camp de réfugiés de Djénine reposent sur les déclarations de particuliers, les commentaires de responsables de l’Autorité palestinienne et de certaines sources officielles des Forces de défense israéliennes, ainsi que sur des communications de responsables de l’UNRWA, du CICR ou d’autres organismes internationaux présents sur le terrain.

L’observation directe n’a été possible qu’après les événements, d’abord à des équipes humanitaires acheminant des secours à la population, puis à des visiteurs du camp de réfugiés et de la ville. Sur la base des rapports et de l’observation directe, certains faits peuvent être établis.

3. Le camp de réfugiés de Djénine

Selon les chiffres de l’UNRWA, le camp de réfugiés de Djénine comptait 13 929 réfugiés (3 048 familles). Selon d’autres estimations, ce chiffre était légèrement supérieur à 13 000. C’est le deuxième camp de réfugiés en importance de la Cisjordanie. Créé en 1953 sur une superficie de 373 dunum (1 dunum = 1 000 mètres carrés), il occupe actuellement une superficie de 1 kilomètre carré, dans les limites de la municipalité de Djénine. Selon des rapports en provenance de l’UNRWA, de nombreux réfugiés auraient quitté les limites du camp de réfugiés proprement dites pour s’installer dans le territoire de la ville.

Cette population compte quelque 47 % d’enfants et de personnes âgées (42,3 % de moins de 15 ans et 4,3 % de plus de 55 ans).

D’après une étude de l’Université de Bir Zeit, à peu près la moitié de la population de la ville de Djénine est constituée de réfugiés.

Le camp de compose essentiellement de bâtiments en béton et en brique de deux ou trois étages.

4. Renseignements

Les combats dans le camp se sont déroulés du 3 au 11 avril.

Quatre jours, période considérée comme critique par tous les observateurs, se sont écoulés entre la fin des combats et la première autorisation d’accès au camp de réfugiés.

L’aide humanitaire apportée par l’UNRWA, le CICR et la Société du Croissant-Rouge palestinien n’a commencé que le 15 avril, d’abord sous le contrôle des Forces de défense israéliennes. Dans un premier temps, ces organismes n’ont pas été autorisés à procéder de manière systématique et organisée ni à effectuer des opérations médico-légales.

Le couvre-feu n’a été levé que le 18 avril, après avoir été partiellement levé le 16.

Sur la population du camp de réfugiés, au moins 4 000 personnes sont restées à l’intérieur et n’ont à aucun moment évacué le camp.

Les Forces de défense israéliennes ont systématiquement utilisé des bulldozers, des chars, des véhicules blindés et l’infanterie, de même que des hélicoptères blindés. Les opérations se sont intensifiées après la mort de 13 soldats israéliens tués dans une embuscade à l’intérieur du camp de réfugiés. Les Forces de défense israéliennes ont coupé l’électricité et dans la ville et dans le camp. Les canalisations d’adduction d’eau dans le camp de réfugiés ont également été rompues.

Les Forces de défense israéliennes ont empêché l’accès au camp à l’UNRWA, au CICR et à la Société du Croissant-Rouge palestinien, même pour évacuer les blessés et les morts. Ce n’est qu’après une décision de la Cour suprême israélienne, le 14 avril, que l’accès a été autorisé, encore qu’au compte-gouttes et dans des conditions très strictes.

Les combats ont été violents dans le camp de réfugiés. Des combattants palestiniens, dont le nombre est évalué à 150, se sont livrés aux Forces de défense israéliennes les derniers jours. Les Palestiniens avaient affirmé que de 400 à 500 personnes avaient été tuées, combattants et civils confondus. Ils avaient également fait état de plusieurs exécutions sommaires et du transfert de cadavres dans un lieu indéterminé, à l’extérieur de la ville de Djénine.

Le nombre estimatif de victimes palestiniennes dénombrées à ce jour à Djénine et dans le camp de réfugiés à la suite de cette opération militaire est d’environ 55, dont plusieurs civils, y compris quatre femmes et deux enfants. Les combats à Djénine ont fait 23 victimes israéliennes.

Le nombre de victimes palestiniennes pourrait s’élever lorsque les décombres auront été déblayés. La plupart des observateurs sont convaincus que des corps se trouvent sous les décombres.

Il n’empêche que, selon les estimations les plus récentes de l’UNRWA et du CICR, le nombre de personnes portées disparues ne cesse de baisser à mesure que les Forces de défense israéliennes libèrent des Palestiniens détenus. En tout état de cause, il est très difficile d’avancer un chiffre. Selon certaines informations, des civils palestiniens auraient été utilisés comme boucliers humains.

Les Forces de défense israéliennes ont procédé à de nombreuses arrestations, encore que la plupart des Palestiniens aient été libérés par la suite.

Les dégâts matériels sont évalués comme suit :
- Destruction des bâtiments et de l’infrastructure de sécurité dans la ville de Djénine ;
- Destruction des bâtiments de sécurité de l’Autorité palestinienne dans la ville de Djénine ;
- 160 bâtiments entièrement détruits dans le camp de réfugiés ;
- 100 bâtiments endommagés, 800 familles sans abri, soit un chiffre estimatif de plus de 4 000 personnes ;
- 10 % du camp entièrement détruits ;
- Le centre du camp de réfugiés a été entièrement rasé. La zone a un diamètre d’environ 200 mètres et une superficie de quelque 30 000 mètres carrés, une centaine de bâtiments ayant été totalement détruits. Les Forces de défense israéliennes ont lancé une opération soigneusement préparée qui a convergé au centre du camp de réfugiés, comme en témoigne la destruction de bâtiments dans les rues et ruelles y conduisant.

Étant donné que l’on sait avec certitude que des explosifs sont enfouis sous les décombres, il a été très difficile aux équipes spécialisées de se déplacer sur le terrain. Les munitions non explosées appartiennent à la fois aux Forces de défense israéliennes et aux Palestiniens.

Les civils du camp se sont empressés d’y retourner et ont commencé à rassembler leurs effets personnels, ce qui n’a fait que compliquer la situation et augmenter les risques.

Les civils étaient traumatisés. Ils ont non seulement été privés d’eau, de vivres et d’électricité pendant de nombreux jours, ils cherchaient également à se renseigner sur le sort de proches avec qui ils avaient perdu tout contact.

Pendant de nombreux jours après la fin des combats, il n’y a pas eu de maintien de l’ordre dans le camp. L’Autorité palestinienne n’était pas en mesure d’assurer la sécurité et le maintien de l’ordre, étant donné que l’appareil de sécurité avait été détruit.


Source : Organisation des Nations Unies : http://www.un.org