« La nouvelle tactique d’Al Quaïda »

Al Qaeda’s New Tactics
New York Times (États-Unis)

[AUTEUR] Peter L. Bergen est associé de la New America Foundation. Il est l’auteur de Holy War, Inc. : Inside the Secret World of Osama bin Laden, publié en français sous le titre Guerre sainte multinationale.

[RESUME] Al Quaïda a changé depuis qu’elle a perdu sa base arrière en Afghanistan. Elle s’est adaptée à sa nouvelle situation en devenant une organisation décentralisée et elle a diversifié ses activités. Elle menace désormais des cibles plus nombreuses. Ainsi, outre les États-Unis, Ben Laden a désigné le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Canada et l’Australie comme pouvant être l’objet de nouvelles attaques.
La nature des cibles a également changé puisque, désormais, Al Quaïda s’en prend à l’économie globale. Ben Laden a constaté l’impact désastreux du 11 septembre sur l’économie américaine. Les attaques contre un supertanker français et contre la discothèque de Bali doivent être vues comme des agressions contre les industries du pétrole et du tourisme.
Face à ce nouveau type de terrorisme, il faut aussi transformer la guerre au terrorisme.

« La vidéo [de Ben Laden] révèle l’envers du décor d’Al Quaïda »

Tape Exposes Man Behind Al Qaeda Curtain
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Avigdor Haselkorn est l’auteur de The Continuing Storm : Iraq, Poisonous Weapons and Deterrence.

[RESUME] Depuis qu’Al Quaïda a été chassée d’Afghanistan, sa capacité d’action a été grandement réduite . C’est pourquoi, n’ayant plus les moyens de s’attaquer directement aux intérêts américains, elle s’en prend à ses alliés. C’est le message sous-jacent de la dernière cassette d’Oussama Ben Laden diffusée par Al Jazira. Pourtant, les autorités et le grand public aux États-Unis semblent avoir compris le contraire. Ils estiment à tort que ce discours annonce de nouvelles attaques sur le sol américain.
En relayant cette crainte, les autorités états-uniennes renforcent paradoxalement la terreur qu’Al Quaïda inspire à nos concitoyens. Mais les autorités craignent d’être à nouveau prises en défaut par une attaque terroriste. De plus, des cris de victoire des services de Washington affaibliraient la vigilance civile et diminueraient la légitimité de la politique étrangère musclée de l’administration Bush.
Pour certains opposants à la guerre en Irak, cet argument est également utile parce qu’il sous-entend que les États-Unis se trompent de cibles en attaquant Bagdad. Ils ont intérêt à souligner que Ben Laden est plus dangereux que Saddam Hussein et qu’il utiliserait une guerre en Irak pour recruter de nouveaux terroristes.
Si cette dernière hypothèse était réaliste, pourquoi Oussama Ben Laden a-t-il mis en garde les États-Unis contre une intervention en Irak ? En réalité, Al Quaïda craint qu’une telle guerre soit une nouvelle démonstration de la puissance américaine et qu’elle permette à Washington de s’implanter plus fortement au Proche-Orient, comme l’armée américaine l’a déjà fait dans les anciennes républiques soviétiques pendant de la guerre en Afghanistan.

« Le piège de l’ONU »

The U.N. Trap ?
The Weekly Standard (États-Unis)

[AUTEURS] William Kristol est rédacteur en chef de Weekly Standard. Il est président du Project for the New American Century, un groupe néo-conservateur affirmant que les États-Unis ont pour mission de dominer militairement le monde. Robert Kagan est membre de la Carnegie Endowment for International Peace. Il est analyste sur les questions de stratégie militaire et écrit une tribune mensuelle dans le Washington Post.

[RESUME] Les citoyens des États-Unis ont confirmé dans les urnes leur soutien à la politique de sécurité nationale de George W. Bush, et celui-ci a reçu l’autorisation du Congrès d’utiliser la force contre l’Irak. Pourtant, malgré toute cette détermination, la résolution 1441 du Conseil de sécurité de l’ONU pourrait empêcher de renverser le plus dangereux dictateur du monde.
Bien que nous ayons toujours une grande confiance dans les intentions du président Bush, les sept semaines de négociations à l’ONU ont affaibli sa position. La France a réussi à amender la proposition états-unienne de sorte qu’elle insiste désormais uniquement sur le désarmement de l’Irak et abandonne le renversement de Saddam Hussein. La résolution 1441 a été négociée par des membres de l’administration Bush qui refusent une guerre en Irak et par les diplomates français qui espèrent l’éviter. Le texte final est devenu un piège pour les États-Unis.
En effet, cette résolution va rendre plus difficile une intervention militaire et déplace la décision de faire la guerre, qui appartenait au président Bush, dans les mains de Hans Blix, de la France et de la Russie au Conseil de sécurité, et finalement de Saddam Hussein lui-même.
Hans Blix a été nommé à la tête des inspecteurs en désarmement en signe d’apaisement vis-à-vis de Saddam Hussein qui trouvait son prédécesseur, Richard Buttler, trop sévère. Il est difficile de juger les actions de Blix avant qu’il ait pu mener les inspections en Irak, mais on peut douter qu’il rapportera les entraves que subiront les inspecteurs. En effet, il saura qu’une telle dénonciation déclenchera une guerre que lui et l’ONU veulent éviter.
Le France et la Russie pourront, de leur côté, empêcher les États-Unis d’attaquer l’Irak après le remise du rapport des inspecteurs puisque le texte prévoit une nouvelle délibération du Conseil de sécurité pour décider d’une intervention. Après les inspections, nous serons donc revenus au point de départ, tout en ayant perdu du temps.
Enfin, Saddam Hussein reprend des cartes en main. Il continuera peut-être sa politique d’obstruction, s’exposant ainsi à des frappes américaines. Il est suffisamment stupide pour le faire, comme il l’a montré lors de son refus de négocier en 1990 un retrait du Koweït alors qu’il avait, à l’époque, face à lui, le secrétaire d’État James Baker qui voulait à tout prix éviter une guerre. Toutefois, il peut aussi adopter une autre stratégie, plus problématique pour les États-Unis, en ne dissimulant que partiellement ses capacités militaires aux inspecteurs. Ainsi, les inspecteurs pourront démanteler une partie de son armement et iront dans des zones qu’il aura démilitarisé pour l’occasion. Il n’y aura alors plus de preuves que Bagdad cache quoi que ce soit à l’ONU et cela déligitimera toute intervention américaine.
L’ironie de ces inspections est que, même si les inspecteurs ont accès à tous les sites, nous ne pourrons jamais être sûrs qu’il n’existe plus de programme d’armement chimique, biologique ou nucléaire en Irak. Quoi qu’il en soit, même si le problème des armes de Saddam Hussein était réglé, le problème Saddam Hussein demeurerait.
En fait, les inspections prendront des mois, n’apporteront aucune garantie et, par la suite, il faudra organiser une coalition internationale. Tout cela sera long et nous entraînera peut-être jusqu’au début de l’année 2004, mais dès lors, sera-t-il possible de faire une guerre en pleine campagne électorale aux États-Unis ?
Tous ces éléments ont de quoi rendre pessimiste. Notre seul espoir réside désormais dans le président Bush qui, espérons le, se moquera des avis du Conseil de sécurité et de Hans Blix et attaquera l’Irak quand même.

« La ruine des nations de l’Afghanistan à l’Irak »

Nation-busting from Afghanistan to Iraq
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEURS] Arthur C. Helton et Jennifer Seymour Whitaker sont membres du Council on Foreign Relations.

[RESUME] Les États-Unis, pendant et avant la guerre en Afghanistan, n’ont que peu aidé à la reconstruction du pays. Encore aujourd’hui, Washington dépense trente fois plus pour traquer Al Quaïda dans les grottes et les villages afghans que pour la reconstruction. Dans le même temps, Washington a passé des accords avec des seigneurs de guerre dans tout le pays, décrédibilisant ainsi le gouvernement central aux yeux de la population pour qui le vrai pouvoir est aux mains des bandits. Même les fonds promis par l’administration Bush au gouvernement Karzaï tardent à venir.
L’absence de politique de reconstruction risque d’avoir une conséquence logique : elle va plonger le pays dans le chaos et renforcer les groupes terroristes. Tout cela est une source d’inquiétude pour la future reconstruction de l’Irak.

« Avancer vers la guerre en boîtant »

Hobbling Into War
Washington Post (États-Unis)

[AUTEUR] Ralph Peters est un officier retraité de l’armée américaine et auteur de Beyond Terror : Strategy in a Changing World.

[RESUME] Les médias américains se sont largement fait l’écho d’un plan d’invasion, soi-disant secret, mais en réalité diffusé par le secrétariat à la Défense. En effet, son annonce vise à montrer la motivation des États-Unis à l’Irak et à tous les pays du Proche-Orient. Le Pentagone espère ainsi inciter les minorités irakiennes à se soulever en comptant sur le soutien sans faille de Washington et décourager l’armée de Saddam Hussein face à l’annonce des forces déployées.
Malheureusement, dans une guerre on ne peut jamais planifier les réactions de l’adversaire. Ainsi, le scénario présenté comprend un certain nombre de problèmes pour un œil avisé :
- Pour rassurer nos soi-disant alliés saoudiens, ce plan ne prévoit pas l’utilisation de leur territoire, ce qui pose d’inextricables problèmes de transports de troupes.
- Ce plan exprime les fantasmes de Donald Rumsfeld sur l’usage militaire des hautes technologies. Il sert surtout ses objectifs personnels au détriment de la cohérence de l’offensive.
- Ce plan exige une arrivée progressive de troupes terrestres aéroportées, en comptant dans un premier temps sur la seule présence en territoire irakien de petits groupes très mobiles. Or, l’envoi soudain de troupes nombreuses serait de bien meilleure stratégie. Le débarquement de petites unités préparant l’arrivée des autres est le meilleur moyen d’essuyer de lourdes pertes. Il compromettra nos chances en raison des pressions politiques intérieures et extérieures qui nous demanderont de nous retirer d’Irak à l’annonce des premiers revers.
Quand on fait une guerre, on la fait pour la gagner et vaincre rapidement. On ne fait pas une guerre pour expérimenter une stratégie esthétique ou les théories d’un secrétaire à la Défense.

« Et l’Iran dans tout ça ? »

Et l’Iran dans tout ça ?
Libération (France)

[AUTEUR] Mohammad-Reza Djalili est professeur à l’Institut universitaire de hautes études internationales et à l’Institut d’études du développement, à Genève. Il est l’auteur de Iran : l’illusion réformiste (Presses de Sciences-Po, 2001).

[RESUME] Le point de vue de l’Iran face à une intervention en Irak est complexe et malgré l’opposition officielle à une attaque américaine contre l’Irak, l’unanimité sur cette question n’est que de façade.
Il faut savoir que la frontière commune entre l’Iran et l’Irak est la plus longue qui sépare chacun de ces deux pays d’avec un autre État et qu’elle est largement perméable. De plus, en raison des liens qui unit l’Iran à la majorité chiite irakienne aucun pays, même arabe, ne bénéficie en Irak d’une aussi grande influence que Téhéran malgré les nombreux conflits qu’ont connu les deux États depuis l’indépendance irakienne en 1932.
Ces conflits, de la guerre froide (1969-1975) à la guerre Iran-Irak (1980-1988), ne sont pas liés qu’à des problèmes frontaliers, même si ceux-ci sont prédominant, mais également aux expulsions de résidants d’origine perse des villes saintes irakiennes et à la question kurde. Aussi, ces tensions incessantes et le ressentiment dans la population iranienne vis-à-vis de Saddam Hussein sont autant de raisons pour elle de se réjouir d’un possible renversement du parti Baas en Irak, malgré la compassion pour la population civile irakienne qui devra en payer le prix. En outre, la chute de Saddam Hussein et un Irak affaibli militairement feraient disparaître une menace stratégique pour Téhéran. Enfin, dans certaines couches de la population, on espère que l’instauration d’une démocratie laïque à Bagdad entraînera une démocratisation et une sécularisation du régime iranien.
Toutefois, un succès états-unien contre Bagdad représente un grand risque pour l’Iran. L’installation de troupes américaines en Irak complètera l’encerclement dont souffre Téhéran puisque les troupes de Washington sont déjà positionnées dans les anciennes républiques soviétiques proches, dans le Golfe persique et en Turquie. Sur le plan économique, le contrôle par Washington du pétrole irakien pourrait entraîner une baisse du prix du baril et ruinerait l’économie iranienne. Sur le plan politique, l’instauration d’un régime fédéral en Irak qui laisserait plus d’autonomie aux Kurdes pourrait raviver les velléités indépendantistes au Kurdistan iranien, même si la configuration nationale y est très différente qu’en Irak. Enfin, bien que moins avouée par les dignitaires de Téhéran, la crainte que l’Iran soit la prochaine cible des États-Unis, quand ils en auront terminé avec l’Irak, est très présente.
Malgré tout, certains dirigeant politiques ont un autre raisonnement. Les États-Unis ont débarrassé Téhéran des ennemis Talibans et bientôt de Saddam Hussein. Si Washington s’enlise dans ces deux pays, l’Iran pourra alors jouer sa carte dans la région sans avoir d’adversaire sérieux parmi ses voisins. Cependant, cette éventualité, vue la situation intérieure dans le pays, semble être surtout un pari risqué.

« Les Arabes peuvent-ils influencer les élections israéliennes ? »

Can Arabs influence the Israeli elections ?
Gulf News (États-Unis)

[AUTEUR] Patrick Seale est un analyste et auteur réputé sur le Proche-Orient. Il a notamment publié des ouvrages sur l’histoire contemporaine de la Syrie et une biographie d’Abu Nidal.

[RESUME] Le monde arabe est confronté à deux risques majeurs : une guerre en Irak et une nouvelle victoire d’Ariel Sharon à la prochaine élection législative en Israël. Ces deux problèmes sont potentiellement liés, car une guerre en Irak fournirait un thème de campagne supplémentaire à Sharon et renforcerait encore sa position. Ces deux catastrophe peuvent-elles être évitées ?
Il existe une toute petite chance pour que la guerre en Irak n’ait pas lieu si Saddam Hussein n’offre pas le moindre prétexte aux États-Unis pour attaquer. En Israël, en revanche, la victoire du Likoud semble acquise, même si les têtes de liste de ce parti et du parti travailliste ne sont pas encore connus.
Pourtant, la désignation du chef de file du principal parti de gauche israélien pourrait bien être déterminante. En effet, si Ben Eliezer, l’ancien ministre de la défense du gouvernement d’union nationale d’Ariel Sharon, est désigné, les électeurs arabes ne voteront pas pour son parti, alors qu’ils pourraient le faire si la tête de liste était Mitzna, dont les convictions pacifistes semblent plus évidentes.
Les résultats seront peut-être également influencés par l’attitude des Palestiniens et des pays arabes. En effet, les Israéliens veulent la paix et la sécurité. Leur choix peut donc être modifié s’ils admettent que les Arabes veulent aussi la paix et ont déjà œuvré en ce sens en présentant de multiples plans.