« La résolution anti-guerre »

The anti-war resolution
The Wall Street Journal (États-Unis)
La tribune, publiée le 15 novembre par le Wall Street Journal n’est disponible qu’en accès payant sur le site du quotidien. Elle est en revanche consultable gratuitement sur le site du Center for Security Policy.

[AUTEUR] Frank J. Gaffney Jr. est président du Center for Security Policy, le think tank qui rassemble les principaux "faucons" états-uniens.

[RESUME] L’Irak a pour habitude de n’accepter que les résolutions de l’ONU qui l’arrange, il n’est donc pas étonnant qu’elle accepte de se soumettre à la résolution 1441 qui ligote les États-Unis et soumet leur capacité d’action à un véritable diktat.
La France, la Russie et la Chine au Conseil de sécurité, les bureaucrates de l’ONU de Kofi Annan et l’aile gauche du Parti démocrate espèrent que la résolution empêchera la guerre. Le président Bush a beau affirmer que la capacité d’action des États-Unis n’est pas affaiblie, elle n’en est pas moins fortement limitée.
En effet, désormais il existe une contrainte de temps. Aucune attaque n’est possible avant au moins les 105 jours que dureront les inspections. Puis, toute action sera conditionnée par les conclusions d’Hans Blix, un homme récemment présenté dans la presse, par un de ses anciens collègues (voir la tribune de Per Ahlmark), comme faible et facilement manipulable et par une nouvelle délibération du Conseil de sécurité de l’ONU.
Toutes ces restrictions sont vues par Paris, Moscou et Pékin comme une victoire contre l’administration Bush et sa guerre de libération de l’Irak. Ces États et l’ONU continuent de croire que l’on peut désarmer l’Irak sans changer de régime, ce qui est faux.
Grâce à cette résolution, Saddam Hussein va pouvoir continuer à traiter son peuple comme ses esclaves et les États-Unis, s’ils n’agissent pas vite, risquent de perdre leur plus fidèle alliés dans cette bataille : le peuple d’Irak qui veut être libéré du boucher de Bagdad.

« Saddam a encore roulé ses ennemis »

Saddam has outwitted his enemies again
Daily Telegraph (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Con Coughlin est l’auteur de Saddam, the Secret Life.

[RESUME] L’acceptation par Saddam Hussein du retour des inspecteurs de l’ONU peut être vue comme une humiliation, mais c’est en fait une victoire pour le président irakien. En effet, cela permet à Bagdad de retarder une intervention américaine de plusieurs mois, voire de l’annuler, alors que tout a été mis en place pour que les États-Unis puissent attaquer l’Irak au début de l’année prochaine.
D’après les conseillers de Bush, si Saddam Hussein parvient à faire durer les inspections jusqu’au printemps, période à partir de laquelle les conditions climatiques ne seront plus favorables, il échappera à une attaque pour l’année entière. Pour eux, la faute incombe à Colin Powell, qui a soutenu la poursuite des négociations au Conseil de sécurité de l’ONU.
Donald Rumsfeld et Dick Cheney espéraient que la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU nierait si fortement la souveraineté irakienne que Saddam Hussein la refuserait ; à la manière dont "l’Accord" de Rambouillet soumis par l’administration Clinton à Slobodan Milosevic avait inévitablement entraîné la guerre au Kosovo. Ils reprochent à Powell d’avoir fait trop de concessions aux Français et aux Russes, qui veulent éviter la guerre.
Au terme des inspections, le recours à la force ne sera pas automatique. Il faudra de nouvelles discussions si les inspecteurs déterminent que l’Irak dispose bien d’un programme d’armement. A contrario, il sera difficile diplomatiquement pour les États-Unis de continuer à maintenir l’embargo si les inspecteurs déclarent que Bagdad répond parfaitement aux conditions de la résolutions 1441. Dès lors, si les sanctions sont levées, l’Irak redeviendra un pays riche et pourra utiliser l’argent du pétrole pour acquérir des armes de destructions massives.

« L’armée irakienne est plus coriace que les États-Unis ne le croient »

Iraqi army is tougher than US believes
The Guardian (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Toby Dodge est un expert sur les questions irakiennes à la Warwick University. Il est membre du Royal Institute of International Affairs.

[RESUME] Donald Rumsfeld, guidé par son idéologie, ses options stratégiques discutables et une mauvaise compréhension de la guerre du Golfe, imagine qu’une guerre contre l’Irak sera facile. Il pense que l’armée américaine devra faire face à un adversaire qui capitulera rapidement et qu’un coup d’État militaire contre Saddam Hussein est possible. Malheureusement pour le secrétaire à la Défense, l’armée irakienne est endoctrinée et dirigée par des proches du président irakien, peu disposés à le renverser.
En 1991, le gros des troupes avait été placé autour de la capitale et la défense du Koweït n’avait été que symbolique, il ne s’agit donc pas là d’une bonne référence pour juger la capacité des forces irakiennes. Bagdad a transformé son armée après la guerre du Golfe. Ses techniques et stratégies seront différentes.
Le fonctionnement de l’armée irakienne est désormais décentralisé afin qu’elle puisse réagir plus efficacement au cas où les liens de communication avec le pouvoir central seraient rompus. Elle compte 375 000 hommes qui ont souffert de onze ans de restrictions économiques et qui disposent d’un matériel vieillissant. En revanche, la protection des dirigeants du pays est assurée par trois forces bien équipées : une armée parallèle de 50 à 70 000 hommes, une garde républicaine de 26 000 hommes et des groupes assurant la sécurité de chacun des dignitaires. Ces groupes sont centrés sur la défense de Bagdad, dont la prise sera la clef de la bataille.
De plus, le système d’information irakien est bien rodé et convaincra la population d’aider son armée, tandis que les médias occidentaux dénonceront chaque attaque contre des civils irakiens, ce qui accentuera la pression en Occident contre l’intervention américaine.
La décision du président Bush d’envoyer ou non son armée en Irak sera l’une des plus importantes de son mandat. Mais avant de la prendre, il doit se rendre compte que ce ne sera pas aussi simple que le prétend Donald Rumsfeld.

« Le besoin d’un nouvel ennemi »

Le besoin d’un nouvel ennemi
Libération (France)

[AUTEUR] Eric de La Maisonneuve est général de division réserviste et directeur de la revue Agir.

[RESUME] La disparition de l’URSS a fait perdre à l’Occident son meilleur ennemi, grâce auquel il s’était constitué en tant que bloc. Désormais, les États-Unis et l’Europe sont autant alliés que concurrents.
Jusqu’à présent, les pays occidentaux disposaient d’un adversaire construit sur le plus pur modèle clauswitzien, inquiétant mais prévisible. L’URSS avait été le fédérateur et le tuteur de tous les mouvements qui voulaient pervertir ou déstabiliser le camp occidental (guérillas, mouvements indépendantistes ou autonomistes, mafias et organisations criminelles). Avec sa disparition, ces mouvements ont perdu toute retenue et se sont radicalisés. Cela a changé le visage de l’adversité et entraîné la résurgence de la conflictualité barbare.
L’ONU est incapable de faire face à ces nouveaux dangers. Européens et Américains n’arrivent pas à s’entendre sur cette menace. Les États-Unis veulent faire du terrorisme la nouvelle bête à abattre, mais n’arrivent pas à combattre cet adversaire non-étatique et sans visage identifiable.
Il faut apprendre à connaître cet adversaire, s’inspirer de nos erreurs passées et organiser sur cette base les systèmes de sécurités de demain.

« Le "bon garçon" est devenu un assassin »

The "Good Guy" Turns Assassin
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Laura K. Donohue est professeur de sciences politiques à la Stanford University et membre du Center for International Security and Cooperation basé dans la même université.

[RESUME] Au début du mois, dans la province de Marib au Yemen, six hommes ont été tués dans leur voiture par un missile américain. L’un d’entre eux était Qaed Sinan Harithi, soupçonné d’être un responsable de l’attentat contre l’USS Cole en octobre 2000 et d’être un membre d’Al Quaïda. Un second était citoyen états-unien.
Ce n’est pas la première fois que la Maison-Blanche assassine un "combattant illégal", mais c’est la première fois qu’elle le fait dans un pays où elle ne mène pas une guerre et qu’elle tue ainsi un de ses citoyens. La cible n’était peut-être que Harithi et ce dernier était peut-être membre d’Al Quaïda, mais il n’avait jamais été inculpé et encore moins condamné par un tribunal.
Cette affaire montre à nouveau que le Congrès, en permettant au président, après le 11 septembre 2001, d’employer tous les moyens pour lutter contre le terrorisme, n’a pas institué les garde-fous nécessaires contre les abus de pouvoirs.
Ainsi, les États-Unis ne respectent pas la convention de Genève pour ce qui concerne leurs prisonniers à Guantanamo. Tandis que la Maison-Blanche a autorisé la CIA à commettre des meurtres pour éliminer Al Quaïda, annulant par la même occasion les directives présidentielles de Ford, Carter et Reagan interdisant à toute agence gouvernementale de commettre ou de soutenir un assassinat.
En agissant ainsi, les États-Unis cessent d’être le défenseur des Droits de l’homme qu’ils prétendaient être et encouragent les autres pays à faire de même.

« La Chine Inc. est à présent ouverte au marché »

China Inc. Is Now Open for Business
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Kenneth Lieberthal, est professeur de sciences politiques de l’University of Michigan. Il a été directeur pour l’Asie du National Security Council (1998-2000).

[RESUME] Le seizième congrès du Parti communiste chinois a consacré la victoire de Deng Xiaoping sur Mao. En effet, ce congrès marque l’abandon de la rhétorique socialiste et une accélération de la construction d’un capitalisme d’État, système courant en Asie.
La nouvelle direction du Parti a affirmé sa volonté d’accroître les liens économiques entre la Chine et le reste du monde. Dans les années à venir, la Chine aura à prendre de nombreuses décisions vitales en politique intérieure et étrangère pour son avenir et son intégration complète dans l’économie globale. Pour mener à bien ces grands travaux, elle devra éviter les dissensions à la tête de l’exécutif. Mais malheureusement, les luttes entre clans, entre anciens protégés de Jiang Zemin et nouveaux dirigeants, pourraient nuire à la cohésion de la direction du pays et freiner ces réformes.

« Honte, révulsion et tristesse »

Shame, revulsion, and sadness
Jerusalem Post (Israël)

[AUTEUR] Mazin B. Qumsiyeh est professeur de génétique à l’école de médecine de la Yale University. Il est américano-palestinien et co-fondateur de la Palestine Right to Return Coalition.

[RESUME] Les derniers événements en Israël ont provoqué chez moi un sentiment de honte, de révulsion et de tristesse. De la honte car j’appartiens à la même famille humaine que ceux qui ont attaqué le kibboutz Metzer, une paisible communauté qui ne cherchait que la coexistence pacifique. De la révulsion car la violence m’écœure Et de la tristesse pour les pertes humaines israéliennes et palestiniennes.
Il est temps que nous renoncions à la violence et entamions des actions pacifiques pour qu’elle cesse. Il faut exiger d’Israël et de l’Autorité palestinienne un désarmement complet garanti par une force de paix internationale. En nous basant sur la Déclaration universelle des Droits de l’homme et sur les dix recommandations pour la paix d’Amnesty international nous devons trouver ensemble des moyens de coexister, entre Israéliens et Palestiniens, sans violence.

[CONTEXTE] Dans sa tribune "Professors who hate America", parue le 13 novembre dans le même quotidien et reprise dans Tribunes Libres Internationales n°30, Daniel Pipes avait présenté Mazin B. Qumsiyeh comme "un illuminé d’extrême gauche" au même titre que l’intellectuel états-unien Noam Chomsky. La tribune d’aujourd’hui constitue une réponse à celle de Pipes.