« L’Europe doit relever le défi à Prague »

Europe must take on challenge in Prague
Gulf News (Dubaï)

[AUTEUR] Borut Grgic est analyste politique à la School of International Service à Washington et ancien chercheur du Center for Strategic and International Studies

[RESUME] Lors du sommet de l’OTAN à Prague, les États-Unis tenteront de convaincre les pays européens de transformer l’alliance pour lui permettre d’attaquer l’Irak. Comment l’Europe y répondra-t-elle ?
L’Europe tarde à adapter son système de défense aux nouveaux enjeux mondiaux, à l’exception du Royaume-Uni et, plus récemment, de la France. Cette mise à jour est un préalable indispensable à une discussion sur la réforme de l’OTAN. Pourtant, beaucoup d’États européens sont réticents à l’idée de transformer leur appareil militaire obsolète et les nouveaux membres, à de rares exceptions, ne semblent pas prêts à accepter le nouveau rôle que Washington veut leur confier.
L’Europe doit, enfin, accepter les conséquences logiques du projet américain de transformation de l’OTAN en garant de la sécurité mondiale au XXIème siècle. Elle ne semble pas prête à faire cet effort. Cette réaction accentuera le nombre de ceux qui, à Washington, estiment que le vieux continent est devenu un obstacle à ses efforts de construction de la sécurité mondiale. Avec une telle inertie, Prague pourrait bien être un retour en arrière pour l’OTAN au lieu d’être le sommet de l’élargissement et du renforcement qu’il aurait dû être.
Il reste cependant un faible espoir que les pays européens comprennent la nécessité des adaptations réclamées par Washington avec l’annonce alarmante de risques d’attentat sur leur sol.

« Comment Blair pourrait décider de l’échéancier de la guerre en Irak »

How Blair could decide the timing of war against Iraq
The Daily Telegraph (Royaume-Uni)

[AUTEUR] James P. Rubin était sous-secrétaire d’Etat, auprès de Madeleine K. Albright, dans l’administration Clinton.

[RESUME] Le 8 décembre, nous saurons si Saddam Hussein est prêt à désarmer ou s’il continue d’entraver l’action des inspecteurs et nous saurons si les États-Unis s’en tiennent au respect des résolutions de l’ONU ou s’ils reviennent à l’unilatéralisme qui a prévalu cet été.
Avant le débat à l’ONU, la CIA et le gouvernement de Tony Blair avaient affirmé dans deux rapports que Saddam Hussein développe des armes de destruction massive. Qu’arrivera-t-il quand, le 8 décembre, le gouvernement irakien déclarera, comme il l’a fait auparavant, qu’il n’y a pas de programme d’armement en Irak ? Comment réagira le monde face à ce nouveau mensonge allant en contradiction avec les termes de la résolution 1441, alors que l’administration Bush a déjà affirmé qu’elle considèrerait tout nouveau mensonge comme un casus belli ?
L’Irak peut, certes, surprendre à nouveau en rendant public son programme et en laissant les inspecteurs le détruire, mais cela serait étonnant. Saddam Hussein sait bien que les inspecteurs rencontreront d’énormes difficultés pour trouver des armes sur un territoire aussi vaste. Il sait que si les inspecteurs ne trouvent rien, la Chine, la France et la Russie en concluront qu’il n’y a pas lieu de faire la guerre, et que, à l’inverse, si les inspecteurs trouvent quelque chose, elles y verront le signe que le système d’inspection fonctionne et qu’il faut le laisser fonctionner.
Toutes ces hypothèses ne sont pas du goût de Dick Cheney et Donald Rumsfeld qui souhaitent une action rapide et considèrent que la résolution de l’ONU est un piège. Face à eux, il faut souhaiter que Tony Blair parvienne à convaincre George W. Bush d’attendre la fin des inspections avant d’attaquer car, à ce moment, il sera impossible pour le monde de nier l’évidence : Saddam Hussein ment. Une large coalition pourra alors être constituée pour attaquer l’année prochaine.

« L’illusion du contrôle des armes »

Delusions of Arms Control
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Frank J. Gaffney Jr est président du Center for Security Policy, le think tank qui rassemble les principaux "faucons" états-uniens. La dernière enquête du Réseau Voltaire lui était consacrée : « Le Centre pour la politique de sécurité : les marionnettistes de Washington ».

[RESUME] L’annonce que Saddam Hussein dispose de millions d’antidotes, lui permettant d’utiliser des armes chimiques sans danger pour son armée, et qu’il dispose en outre de poisons qui pourraient toucher nos soldats malgré leurs systèmes de protection, a été un choc pour le public américain, mais peut-être pas pour les bonnes raisons.
En effet cette information ne change rien, ce n’est qu’une preuve de plus que le dictateur irakien détient des armes de destruction massive, qu’il est susceptible de les utiliser et que les États-Unis doivent le désarmer par la force. L’important est ailleurs : cette affaire démontre l’absurdité des traités de non-prolifération qui ont été bafoués par de nombreux États susceptibles de s’en prendre aux États-Unis pendant que Washington se désarmait.
En faisant confiance aux signataires des traités, les États-Unis ont grandement entamé leur capacité à faire face à une attaque chimique ou bactériologique. De plus, les traités prévoient qu’en échange de leur signature, les États ne disposant pas d’industries chimiques ou pharmaceutiques seraient aidés, ce qui a donné indirectement à certains pays la capacité pour développer de telles armes. Ces traités ont en définitive accru la prolifération de ces armes.
Cela nous prouve que le seul moyen d’empêcher Saddam Hussein de posséder ce type d’arme est de le renverser et, pour cela, il nous faut préparer nos troupes à faire face à ce type d’armement.

« Donnons un nom à l’ennemi »

Say the name of the enemy
Jerusalem Post (Israël)

[AUTEUR] Daniel Pipes est directeur du Middle East Forum et auteur de Militant Islam Reaches America. Il a récemment fondé Campus Watch une organisation dont le but est de soutenir la vision néo-conservatrice du Proche-Orient dans les universités états-uniennes. Voir à ce sujet, la dernière investigation du Réseau Voltaire : « Le Centre pour la politique de sécurité : les marionnettistes de Washington ».

[RESUME] Les États-Unis sont engagés dans deux guerres, mais ne les mènent pas de la même façon. En effet, alors que le gouvernement Bush s’est engagé clairement contre l’Irak et a récemment décidé de surveiller les Irakiens et les Irako-Américains vivant sur son sol, il reste vague et ne prend pas de mesure concrète contre les militants musulmans. Ainsi, les services d’immigration n’enquêtent que sur des questions superficielles, telles que le casier judiciaire et la nationalité, et occultent le point essentiel : l’idéologie des nouveaux arrivants.
Dans le même temps, les médias et les dirigeant états-uniens offrent des tribunes à ceux qui font la promotion d’une lecture terroriste de l’Islam. Ainsi, profitant du politiquement correct et d’un bon lobbying, les militants musulmans parviennent à promouvoir leur idéologie pendant que des responsables américains continuent d’affirmer que l’Islam est une religion pacifique.
Pour lutter contre les militants musulmans il faudrait :
- comprendre les motivations de l’ennemi en levant le tabou du rôle de l’Islam dans la violence,
- définir les buts de guerre et les ennemis, car il n’est plus suffisant de les appeler "terroristes" et il faut oser les appeler "militants musulmans" afin de combattre également ceux qui font avancer leur idéologie sans avoir recours à la violence,
- définir les alliés qui sont vraiment à nos côtés.

« Trop de secrets »

Too Many Secrets
Washington Post (États-Unis)

[AUTEUR] Mark Tapscott est directeur du Center for Media and Public Policy de la Heritage Foundation. Il a été le responsable des relations publiques du gouvernement Reagan.

[RESUME] L’administration Bush est décidée à cacher une partie de ses actes au grand public, un public d’autant plus docile qu’il semble prêt à abdiquer son droit à l’information contre plus de sécurité. L’exemple de cette volonté de dissimulation est la section 204 du texte établissant le nouveau département à la sécurité de la patrie qui prévoit de restreindre l’accès aux informations "sensibles mais non classifiées" dont la divulgation pourrait entraîner une "vulnérabilité" face au terrorisme. Ce texte permettra d’exclure du débat public toute information embarrassante pour l’administration des États-Unis puisqu’elle sera seule autorisée à décréter ce qui peut être utile aux terroristes ou non.
Ce texte est suffisamment vague pour permettre des abus. Déjà les présidents Clinton, puis Bush, ont utilisé la grâce présidentielle en affirmant se baser sur des informations non publiées au grand public.
Donald Rumsfeld devrait peut-être enfin se souvenir qu’il avait été un défenseur du Freedom of Information Act en 1966.

« Les nouveaux dirigeants de Pékin et Taiwan »

Beijing’new leaders and Taïwan
Taipei Times (Taiwan)

[AUTEUR] Richard Bush est directeur de la Brookings Institution pour les études politiques de l’Asie du Nord-Est. Il est ancien président de l’American Institute in Taiwan (1997-2002) et ancien officier du renseignement national états-unien pour l’Est asiatique (1995-1997).

[RESUME] Il est difficile de prévoir les évolutions des relations entre Taiwan et Pékin après l’élection de nouveaux dirigeants du Parti communiste chinois. Il reste, en effet, de nombreuses incertitudes sur l’attitude des nombreux protégés de Jiang Zemin au Politburo, sur la durée du maintien de l’ancien secrétaire général de ce parti à la tête de l’armée et sur le nom des prochains ministres de la défense et des affaires étrangères.
On peut toutefois parier que, tant que Jiang Zemin conservera son influence, la politique chinoise restera la même, que la logique "une nation, deux systèmes" prévaudra et que, sauf provocation de Taipei, la Chine n’attaquera pas Taiwan. Dans le même temps, aucun rapprochement diplomatique ne sera possible, tant que Pékin ne préparera pas les conditions nécessaires au dialogue.
La nouvelle génération de dirigeants chinois a beau apparaître comme plus pragmatique, plus éduquée et plus ouverte sur le monde que l’ancienne, on ne sait rien de ses idées concernant Taiwan. On peut seulement imaginer qu’elle suivra la politique de Jiang.
Taiwan doit donc éviter toute provocation et promouvoir sa compétitivité économique et ses liens diplomatiques avec les États-Unis afin d’être en position de force quand s’ouvriront, à moyen terme, des négociations avec Pékin.

« Israéliens, notre avenir nous appartient »

Israéliens, notre avenir nous appartient
Libération (France)

[AUTEUR] Avraham B. Yehoshua est un écrivain israélien. Son dernier roman traduit en français est Voyage vers l’an mil (Calmann-Lévy, 1998).

[RESUME] Quels que soient les moyens militaires mis en œuvre par Israël, le pays n’en finira pas avec le terrorisme palestinien car chaque action armée génère de nouveaux terroristes.
Pendant les actions militaires, l’économie du pays décline, les infrastructures sociales israéliennes et, plus encore, palestiniennes sont en ruine et le camp de la paix reste apathique. Il demeure sur un espoir messianique d’une disparition d’Arafat ou de Sharon ou d’un ordre américain qui entraînerait la solution, que tout le monde connaît, pour résoudre le conflit : le retour aux frontières de 1967, la séparation en deux de Jérusalem et la création de deux États pour deux peuples.
Il faut cesser d’attendre ce messie et prendre notre destin en main en organisant le démantèlement des colonies juives et en édifiant une véritable frontière.
C’est au Parti travailliste de mener ce combat. Il faut le réformer et cesser de se disperser dans de nouveaux petits partis qui disparaissent bien vite après des déclarations fracassantes. L’heure est à la lutte politique réaliste derrière Mitzna pour mener une politique de paix israélienne qui ne dépendra pas des conceptions électoralistes américaines, ni des volontés erratiques palestiniennes.